Discussion sur Le geste fondamental de la pensée

 

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Le geste fondamental de la pensée

LE GESTE FONDAMENTAL DE LA PENSEE CHEZ M. HEIDEGGER.

HERMENEUTIQUE D’UN PASSAGE ETHOLOGIQUE

Le geste fondamental de la pensée chez M. Heidegger, hermeneutique d’un passage ethologique: tel est le titre de la thèse de Doctorat de M. Pauquoud Konan Jean Elysée, dirigé par le Prof. DIBI Kouadio Augustin, Professeur Titulaire de Philosophie.
Cette thèse pose le problème de la traduction ou encore de l’interprétation (herméneutique) d’un passage du Fragment VI de Parménide que M. Heidegger a eu à interpréter pendant tout un semestre et qui a été l’objet d’une publication Qu’appelle-t-on penser? Il va s’en dire que l’impétrant a eu à ramasser toute l’oeuvre de Heidegger dans un geste fondamental, ce qui le fait passer de la colonie de la pensée grecque, qui est la métaphysique, à la Mère-Patrie qui est l’éthique.

1. LA COLONIE DE LA PENSEE GRECQUE

Selon M. Pauquoud Konan, Parménide a osé faire de l’être, qui n’est autre que le dire de l’être, l’élément et le destin de la pensée. Il renverse par là une problématique qui commençait à se faire jour de son temps et qui est celle de l’adéqation de la pensée à une réalité extérieure, qu’elle s’efforcerait de connaître, de se représenter: comment la pensée peut-elle penser cet autre qui est devant elle? Si toute connaissance implique une certaine identification entre le connaissant et le connu, comment la pensée peut-elle s’identifier à la réalité dans son altérité? En d’autres termes, si on appelle vérité l’adéquation de la pensée et de la réalité, comment la vérité est-elle possible?
L’être de Parménide s’énonce ainsi: "Ce qui peut être dit et pensé, doit nécessairement être, car cela est pour être, mais ce n’est rien, n’est pas." (Fragment VI du Poème). La première interprétation vient de Clément d’Alexandrie dans les Stromates où notre auteur soutient que la pensée et l’existence sont une même chose. La pensée, en tant qu’identique à l’être, est donc par essence vérité, c’est-à-dire, au sens étmologique du grec aletheia, dévoilement. L’équation de la pensée et de l’être rend par essence inutile toute adéquation et a fortiori, impossible toute in-adéquation. Toute pensée est vraie, puisque toute pensée dit l’être, sans quoi elle ne serait pas pensée. Voilà le paradoxe en forme de tautologie que Parménide lègue à la postérité, en même temps que l’avertissement solennel de la déesse: "Non, tu ne plieras jamais le non-être à être; de cette route de recherche détourne ta pensée." L’interdiction de penser le non-être ne fait qu’un avec l’identification de l’être et de la pensée. Il ne faudra donc rien de moins qu’un parricide, forme à peine attenuée d’un déicide, pour venir à bout de l’ontologie implacablement tautologique de Parménide. Mais en viendra-t-on à bout?
Parménide propose dans ce verset, en termes clairs des considérations sur ce qui peut être connu, dans le contexte contre la voie négative. Il discrédite par ce biais la voie négative et souligne que l’objet de la pensée doit être un objet réel. En dépit de son obscurité, ce passage confirme que le refus du "n’est pas", s’explique par une préoccupation majeure. Parménide s’efforce de définir quelle doit être la teneur d’une pensée authentique. En poète, il enchaîne avec une mise en garde contre une deuxième voie erronnée, reconnue comme la voie de la recherche poursuivie par les mortels. On ne trouve pas de trace de cette troisième voie dans ce verset: il n’est pas difficile d’en découvrir la raison. La déesse était là pour désigner les alternatives logiques et cohérentes parmi lesquelles les chercheurs rationnels devaient choisir. La troisième voie est tout simplement le chemin que vous suivez naturellement si, comme la majorité des mortels, vous ne faites pas le bon choix, à cause de votre manque de sens critique. Il vous arrivera de dire ou de sous-entendre à la fois qu’une chose est et n’est pas, en admettant le changement et le devenir. C’est pourquoi vous allez osciller sans trouver d’issue entre l’une et l’autre des voies définies. Ainsi, dans ce verset, vous suivez un chemin "qui revient sur lui-même", c’est-à-dire contradictoire. Evidemment vous reconnaîtrez qu’être et ne pas être ne sont pas la même chose. Mais à défaut de pouvoir choisir l’un ou l’autre, vous finirez par considérer les deux comme état pareils.
La thèse de Parménide appelle, à vrai dire, non pas une, mais deux contestations. La première consiste à lui opposer le fait de l’erreur. Juger faussement; c’est dire que ce qui est n’est pas ou ce qui n’est pas est. C’est donc enfreindre l’interdiction de la déesse, ce qui ne serait que regrettable si une telle infraction n’était présentée par Parménide comme proprement impossible, le non-être est en effet déclaré par lui impensable et indicible. Le fait irrécusable de l’erreur atteste au contraire la pensabilité et la dicibilité, fussent-elles déviantes, d’un certain non-être. Mais cette réfutation n’atteint pas le coeur de la pensée parménidienne.

2 LA MERE PATRIE: L’ETHIQUE

 Si la pensée, en tant que percevoir, reçoit son être de l’être de l’étant, elle est aussi cette présentation du présent qui nous livre la chose présente dans sa présence et qui la place ainsi devant nous, afin que nous nous tenions devant elle et que, à l’intérieur d’elle-même, nous puissions soutenir cette tenue. Mais l’éthique dépasse ce trait fondamental de la pensée qui est la réprésentation. L’éthique réjoint l’^tre comme son demeurer, son séjourner. Ainsi la pensée devient l’habiter de l’être. Et c’est cela l’éthos de l’être, l’herméneutique de ce passage.
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