DEMONCRATIE

DEMONCRATIE

Manuel Valls dans un livre récent Pouvoir en a une définition qui pourrait aider le gouvernement Alassane Dramane Ouattara. Il écrit : « Accéder au pouvoir ce n’est pas simplement accéder à des postes, distribuer des places ou récompenser des amis. C’est fondamentalement se donner les moyens d’agir sur le monde au service de tous. Sans volonté déterminée d’accéder au pouvoir, un projet restera une figure de style. Et inversement, toute volonté d’accéder au pouvoir sans véritable projet ne peut que générer la déception ou la désillusion. »( Manuel VALLS.- Pouvoir (Paris, Stock 2010), p. 15). Vu sous cet angle, la notion de pouvoir nous a paru complexe. Aussi avons-nous eu envie de le revisiter. Plus complexe encore, nous a paru le concept de démoncratie.

La démoncratie est un concept nouveau, créé par la jonction de deux mots : le démon(demos) et le pouvoir(cratos). Je vais rapidement définir le pouvoir et ensuite m’attacher à dire un mot sur le démon. En terminant, je dirai comment ce nouveau concept s’applique à la situation nouvelle de la Côte d’Ivoire, depuis le début de la crise ivoirienne en 2002.

1) LE POUVOIR

Par pouvoir, j’entends « (la) relation asymétrique par laquelle un acteur social (un individu, un groupe, une classe sociale, une institution) obtient d’autres acteurs des comportements qu’ils n’auraient pas obtenus spontanément. Elle suppose la coercition. »( Lexique de science politique. Vie et institutions politiques(Paris, Dalloz 2006), p. 415) Le pouvoir politique concerne précisément les relations coercitives s’exerçant au nom des affaires collectives (celles qui concernent la société dans son ensemble). Il s’appuie le plus souvent sur une conception du bien commun. Il suppose l’existence d’une forme de gouvernement et s’exerce dans le cadre d’un territoire et sur une population donnée. Dans une perspective institutionnelle, la notion est utilisée pour désigner, d’une manière générale, les individus et les groupes qui contrôlent les institutions politiques (c’est-à-dire de l’appareil de l’Etat). Cette conception suppose de porter attention à l’activité des élites politiques et administratives. Max Weber définit le pouvoir comme « toute chance de faire triompher au sein d’une relation sociale sa propre volonté ; peu importe sur quoi repose cette chance»( Max WEBER.- Economie et société : l’organisation et les puissances de la société dans leur rapport de l’économie (Pocket 2003)). Il propose ainsi une approche relationnelle et non substantialiste du pouvoir : le pouvoir est une relation ; il n’est pas une substance, une chose que l’on possède. Enfin, malgré l’asymétrie, celui qui est pris dans la relation de pouvoir garde souvent une marge de manœuvre, d’adaptation et de négociation. Les relations de pouvoir peuvent être observées à tous les niveaux de la société. Elles caractérisent non seulement les liens entre gouvernants et gouvernés, mais elles se retrouvent aussi, de façon diffuse, dans l’ensemble des relations sociales. Tout pouvoir n’est donc pas politique. Le pouvoir des parents sur les enfants, par exemple, renvoie à une combinaison, inégale selon les familles, de force, de dépendance matérielle et de relations affectives. Il s’exerce dans le cadre d’une cellule privée. C’est également le cas du pouvoir du patron sur les employés, du maître sur l’élève, ou encore du médecin sur ses patients. Les relations de pouvoir nouent généralement des acteurs sociaux qui ont des intérêts divergents dans la société.

Max Weber, particulièrement attentif aux phénomènes de domination (Herrschaft) ne dit pas grand-chose sur les moyens du pouvoir (macht) et ce qui garantit la réussite de la relation de pouvoir. A l’inverse de la domination, le pouvoir ne suppose pas forcément la légitimité(ou la recherche de la légitimité) et peut fort bien se résumer à l’exercice de la force brute. Il suppose des moyens permettant la capacité durable à produire des résultats. Il repose sur des ressources telles que la force physique, la capacité à distribuer des avantages matériels ou la force de persuasion. La première notion étant explicitée, venons-en à la seconde.

2. LE DEMON

Je parlerai du démon que dans les Saintes Ecritures en suivant Frederick LEAHY. (Frederick LEAHY.- Satan, vaincu et chassé (France, Europress 2010)). La guerre que nous venons de connaître en Côte d’Ivoire ne peut se comprendre véritablement si l’on ne tient pas compte de l’existence de puissances spirituelles opposées à la fois à l’homme et à Dieu. Disons rapidement que le démon déchu, une puissance des ténèbres qui cherche à détruire les œuvres de Dieu. Les anges déchus composent l’armée du Démon. Les Démons ne cessent de s’opposer à Dieu et s’efforcent de déjouer l’accomplissement de sa volonté. Le Démon est un ennemi pernicieux et l’Ecriture nous exhorte souvent à nous montrer vigilants et prêts à affronter ses attaques. Ephésiens 6,16 parle de ses traits enflammés, et Pierre nous appelle à la sobriété et à la vigilance car notre adversaire le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera. Résistez-lui avec une foi ferme… » (1Pierre 5, 8-9). « Résistez au diable, et il fuir lion de vous », dit Jacques (4,7) ; « Ne donnez pas accès au diable », écrit Paul (Ephésiens 4,27), et il met Timothée en garde contre les pièges du diable » (1 Tim 3,7) Le combat contre les puissances des ténèbres atteint une intensité qui exige « toutes les armes de Dieu » (Ephésiens 6,11-17). Le Démon a un pouvoir pour affliger à la fois le corps et l’esprit des hommes, pour créer entre eux des divisions (Job 1,14-17) et diriger contre eux les forces de la nature, dans les limites permises par Dieu. Dans son impiété, le système mondial actuel se laisse souvent diriger par un surnaturalisme maléfique, que nous appelons démoncratie.

3. LA DEMONCRATIE EN COTE D’IVOIRE

Le terme de démoncratie, je ne l’ai pas inventé mais il est l’objet de cette politique endiablée qui s’est mis en marche depuis la nuit du 18 Septembre 2002, pour mettre Alassane Dramane Ouattara au pouvoir. Sous la dénomination du MPCI, des rebelles ont pris des armes achetés par leur mentor, pour mettre en péril le Président Gbagbo. 9 ans durant, ils n’ont cessé de tuer, d’égorger, de faire des sacrifices humains, de brûler des personnes qui s’opposaient à cette machination. Que faut-il pour arrêter la folie meurtrière d’Alassane Ouattara ? Avec un chef délétère et très bon acteur devant les caméras, des soutiens puissants et des supporters sectaires, la solution ne vient que de la résistance, dont l’histoire nous vante les mérites qui font les grandes puissances d’aujourd’hui. Car à quoi sert-il de vivre enchaîné depuis 500 ans et se laisser mourir des malheurs qu’engendre le triomphe de l’injustice ?

La résistance de l’Afrique, à travers Laurent Gbagbo, a démontré que les alliés de Ouattara ne veulent pas dialoguer. Et comme en temps de dictature, les défenseurs de la démoncratie sont prêts à tuer pour l’imposer à ces Africains à qui l’on prend tout mais on ne laisse rien, si oui, la mort. La libération de l’Afrique du joug impérialiste français passe indéniablement par une rupture nette des relations avec cette France coupable à tous les niveaux dans le dossier ivoirien. La résistance de l’Afrique de Laurent Gbagbo a malheureusement occasionné de nombreuses pertes en vie humaines et une nouvelle fois, comme pour sceller le pacte quasi mystique que nous imposent les colons, l’humiliation sous sa forme la plus médiatique et donc la plus cruelle.

Les grands médias, que contrôle un oligopole d’hommes et de femmes d’affaires peu scrupuleux quand il s’agit d’enrichissement, agissent en ventouses mentales pour assouvir l’appétit vorace de la bête impérialiste. L’histoire a toujours élevé au rang de héros ceux qui ont fait partie de la résistance, et en tyrans ceux qui ont fait preuve de toujours plus de violence. La Côte d’Ivoire n’en échappe pas, et le tyran a fait ses preuves avant même de s’asseoir enfin sur le fauteuil présidentiel pour lequel il a tant tué(Balla Kéita, Guéi Robert, Tagro Désiré…)

Les tueries de Blolequin, celle de Duékoué ou encore celles souvent évoquées de la terre kidnappée du Nord, sont-elles la faute de Gbagbo ? Faut-il accuser celui qui a dit Non à la guerre ou celui qui a imposé la guerre ? La seule faute de Gbagbo est d’être fidèle à lui-même, vrai, authentique jusqu’au bout. Ouattara le gentleman avait beaucoup de squelettes dans le placard, a-t-l jamais été inquiété par le fameux TPI, tribunal des vaincus, depuis 2002 ? Quand l’absurde poussé à l’extrême arrive à coûter la vie à des milliers de personnes, l’on a peur de devenir fou soi-même tellement c’est fou…

Ces innombrables morts qui jonchent les caniveaux de Côte d’Ivoire sont la seule faute de ceux qui consentent à appuyer sur la gâchette pour ôter la vie d’innocentes personnes qui pourtant – on les a vu par milliers voire des millions sur le regrettée RTI – ont manifesté leur désir de paix et de dialogue. A l’heure où l’espoir d’un dénouement rapide et pacifique faisait vivre le pays, l’on était loin de se rendre compte de l’extrême violence qui sévirait ensuite. L’on parlait déjà depuis des années de la violence sans nom dont étaient capables les rebelles acquis à Ouattara, (des escadrons de la mort, ils ont été rebaptisés par I.B. lui-même Commando invisible), mais l’on avait espéré, en vain qu’une étincelle de compassion les saisirait. Il n’en est rien.

Chaque jour, l’on apprend de nouveaux décès, de personnes connues et d’anonymes, avec un discours manipulateur qui malheureusement entraine avec lui les adeptes sectaires de Sieur Ouattara. On a dit des rebelles que ce sont des drogués et que, pire encore, ce sont des personnes dotées de toutes leurs facultés mentales qui posent des actes aussi abominables, égorgements, viols, pillages, braquages, exécutions sommaires, etc… c’est à se demander ce qui justifie une telle barbarie, quel programme politique, quel candidat mérite qu’on lui accorde autant d’âmes ? Dans une Afrique qui est civilisée de culture – et non grâce aux colons « bien-intentionnés » qui déjà avilissaient et massacraient les indigènes africains – ce qui se passe en Côte d’Ivoire est tout simplement irréel d’absurdité.

La démoncratie, c’est aussi Mammon ou le Veau d’or, le culte endiablé de la matière ou de l’argent dont Moisés Naím s’est fait un écho dans Le livre noir de l’économie mondiale. Contrebandiers, trafiquants et faussaires (Paris, Bernard Grasset 2005). La démoncratie est le crime mondialisé qui « est en train de transformer le système international, défaisant les règles et reconfigurant les pouvoirs dans la politique et l’économie mondiale. Le Démon prince de l’air, ce sont ces faussaires, contrebandiers, apatrides, qui peuvent se prévaloir de plusieurs nationalités à la foi et ces « réseaux de trafiquants apatrides sont en train de changer le monde»(p.15). Ils appartiennent à « une nouvelle sorte d’entité internationale, par essence apatride et pratiquement insaisissable. »(p.17) L’argent sale est une part fondamentale de cette démoncratie. N’étant plus l’apanage des exotiques offshore telles que les îles Caïmans ou l’île de Man, les réseaux de blanchiment d’argent se sont incrustés dans les infrastructures du système financier. La vitesse, l’interconnexion et le nombre considérable des transactions bancaires leur ont permis de jongler en experts avec les comptes, en créant des sociétés écrans, des circuits vertigineux d’intermédiaires, en mélangeant des opérations légales et illégales.

En Côte d’Ivoire le MPCI d’Allassane Dramane Ouattara a créé un marché parfait pour les trafiquants d’armes et des centres de transbordement de tout ce que l’on veut. Les rebelles se sont transformés en hommes d’affaire. En Afrique de l’Ouest, depuis 2002, le début de la crise militaro-politique en Côte d’Ivoire, mais surtout de 2009 à 2010, les Rebelles, proches de Ouattara ont monnayé d’importantes quantités d’or extraites des mines d’or du Nord. Plusieurs tonnes ont été acheminées au Ghana voisin sous couvert des véhicules de l’ONU. Puis envoyés, par petites quantités, à Anvers(Belgique) pour y être transformés. A l’état de poudre, cet or a été négocié à plus de 15 euros le kilo. La démoncratie, c’est aussi le mensonge éhonté de la presse internationale : le Démon est appelé aussi le Prince du Mensonge. La démoncratie, finalement c’est le cortège des morts. Le temps m’oblige à aller vite à la conclusion.

Je vais terminer ce chapitre en signalant en passant la spécialité de la Côte d’ivoire, reconnue par la démoncratie mondiale car les pays faibles ont leur spécialité. « Les vrais-faux certificats d’usage final sont appréciés dans le commerce des armes de contrebande, par exemple. Des certificats qui garantissent que la marchandise est destinée à un acheteur légitime sont faux parce que les armes vont ailleurs et vrais parce que le document et la signature sont authentiques, achetés contre une commission. »(p.45). La Côte, entre autres brebis galeuses, s’est fait une spécialité dans ce genre de documents. (p. 45) ; finalement, la démoncratie c’est la chute du Président Gbagbo, c’est-à-dire, le sabotage de son effort démocratique, le détournement de la loi du Conseil Constitutionnel et l’installation au pouvoir, d’un usurpateur digne de la race des Victor Bout. Allassane Ouattara veut faire de la Côte d’ivoire, un Etat voyou et son armée appelée Forces Rebelles de Côte d’Ivoire ont déstabilisé tous les quartiers d’Abidjan et de toutes les villes de Côte d’Ivoire…par ce qu’il appelle la pacification. Allassane travaille pour le profit et non pour l’avancée de la démocratie, c’est donc un démoncrate. Un démoncrate peut-il regretté un jour ses péchés ? Je lis sa confession : « Jeune économiste au Fonds Monétaire international, j’étais en mission au Burundi, je crois que c’était en 1972, quand a éclaté le conflit dans ce pays. Nous étions logés à la Banque centrale du Burundi. Le matin, nous voyions passer les camions bennes remplis de cadavres. Les ambassades belge et française assuraient notre protection. C’était donc le début du conflit au Burundi. D’ailleurs quelque temps après, le Fonds Monétaire m’a proposé en 1973, d’y être le représentant de notre institution. Je n’ai pas accepté. J’ai encore en mémoire ces douloureux événements. Pour tous ceux qui me connaissent, je rappelle souvent ces tristes événements, car ce sont malheureusement des innocents qui ont péri. » (Cissé Ibrahim Bacongo.- Alassane Ouattara, une vie singulière. Légende et épopée NEI/CEDA 2007, p. 234).

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