L’HUMANITE

DEUXIEME SECTION : L’HUMANITE

A côté de toute l’histoire de la civilisation, « la conception d’un dieu en devenir se dévoile, selon les termes de Nietzsche, de plus en plus dans les métamorphoses et les destinées de l’humanité[1]. » L’humanité, poursuit-il, est belle[2].  Elle a en outre de puissantes sources de force[3]. L’ensemble de l’humanité a tendance à la génialité[4]. Nietzsche parle aussi d’humanité future[5].  Nietzsche emploie l’expression ordinaire « la marche générale de l’humanité[6]. » Il fait remarquer que l’humanité peut fort bien périr et dessécher avant le temps, par la folie des moyens[7].

Dans Aurore, Nietzsche nous apprend que « le chemin que prend l’humanité doit servir à prouver sa majesté et sa nature divine[8]. » Mais, pense-t-il, il n’en est rien. Car au bout du chemin se trouve l’urne funéraire du dernier homme qui enterre les morts. Au livre deuxième, Nietzsche pense que la raison de l’humanité croît avec une extraordinaire lenteur, si bien qu’il nie la progression générale de l’humanité[9]. Nietzsche ajoute une autre idée, au paragraphe suivant, en disant que les préceptes moraux ne favorisent pas le bien de l’humanité[10].

Dans le Gai Savoir, au livre premier, dans un paragraphe intitulé « Nos éruptions » Nietzsche dit qu’il y a une infinité de choses que l’humanité s’est appropriées pendant des stades antérieures, mais d’une façon si faible et si embryonnaire que personne n’a pu en percevoir l’appropriation, des choses qui, beaucoup plus tard, peut-être après des siècles, jaillissent soudain à la lumière : elles sont devenues fortes et mûres dans l’intervalle[11]. » Mais Nietzsche ne s’arrête pas, pour autant dans son raisonnement. Il écrit : « L’humanité périrait par ses jugements superficiels et sa crédulité, en un mot, par sa conscience[12]. » Sans ce lien, l’humanité n’existerait plus depuis longtemps.

Le péché, pense Nietzsche n’est pas un manquement envers l’humanité[13]. Il ajoute que Dieu et l’humanité sont imaginés ici séparés, tellement en opposition l’un avec l’autre, qu’au fond il est tout à fait impossible de pécher contre cette dernière. Finalement Nietzsche veut soumettre l’humanité à l’exigence la plus dure de toutes celles qui ne lui ont jamais été imposées[14]. Pour Nietzsche, l’humanité elle-même, à force de se pénétrer du mensonge de la distinction entre monde vrai et monde de l’apparence, a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds[15]. Après la lecture de ces textes généraux de Nietzsche sur l’humanité, entrons dans les textes secondaires.

Le premier texte que nous lisons parle de l’humanité antérieure. Dans Humain trop humain il est fait mention d’elle[16]. Toujours dans ce même chapitre Nietzsche pense que Dieu ne dirige pas les destinées du monde. Personne ne sait, selon lui, le bien-être de l’humanité. Ses besoins n’obligent pas tous les hommes à accomplir des actes semblables. Nietzsche propose à l’humanité des devoirs spéciaux. Pour lui, l’humanité ne doit pas former un gouvernement universel conscient et marcher à sa perte. Il faut la remplacer par une civilisation supérieure[17]. En effet Nietzsche pense que l’humanité souffre partout sur la terre. Il veut espérer quelque chose de l’humanité dans son ensemble et, dans cette mesure, croire en la valeur de la vie. Mais peut-on croire et sentir en soi la conscience totale de l’humanité ? Et cela amène Nietzsche à conclure que l’humanité n’a dans l’ensemble aucun but, et par conséquent, l’homme, en examinant sa marche totale, ne peut y trouver sa consolation, son repos, mais sa désespérance[18].

Une nouvelle habitude s’implante insensiblement en l’homme et elle est assez puissante pour donner à l’humanité la force de produire l’homme sage[19]. L’humanité arrive peut-être à moitié de sa route, à la moitié de son temps d’existence[20]. En outre toute l’humanité n’est qu’une phase de l’évolution d’une espèce déterminée d’animaux à durée limitée : en sorte que l’homme est venu du singe et redeviendra singe, sans qu’il n’y ait personne pour prendre quelque intérêt à ce bizarre dénouement de comédie[21].

La grande source du plaisir, à laquelle l’homme doit presque toute son humanité est la science qui se compose de la métaphysique, de la religion et de l’art consolateurs[22]. Mais Nietzsche a d’autres préoccupations : d’abord, il veut que la statue de l’humanité réussisse et s’achève[23]. Ensuite il souhaite que l’homme des temps futurs suive avec son intelligence les immenses étapes de l’humanité antérieure[24]. Enfin, l’humanité doit, en présence de toute grande force – fût-ce la plus dangereuse – penser à s’en faire un outil pour servir ses desseins[25].


[1] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Caractères de haute et basse civilisation § 238, p. 569 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[2] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Coup d’œil sur l’Etat § 463, p. 644 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[3] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. L’homme avec lui-même § 630, p. 687 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[4] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain II. Opinions et sentences mêlées § 185, p. 768 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[5] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain II. Opinions et sentences mêlées § 223, p. 781 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[6] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain II. Le voyageur et son ombre § 183, p. 898 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[7] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain II. Le voyageur et son ombre § 190, p. 902 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[8] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Aurore. Livre premier § 49, p. 999 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[9] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Aurore. Livre deuxième § 107, p. 1029 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[10] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Aurore. Livre deuxième § 108, p. 1030 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[11] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, II, Le Gai Savoir. Livre premier § 9, p. 58 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[12] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, II, Le Gai Savoir. Livre premier § 11, p. 59 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[13] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, II, Le Gai Savoir. Livre troisième § 135, p. 136 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[14] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, II, Ecce Homo Avant Propos. I, p. 1111 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[15] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, II, Ecce Homo Avant Propos. I, p. 1112 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[16] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Des choses premières et dernières § 13, p. 449 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[17] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Des choses premières et dernières § 25, p. 457 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[18] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Des choses premières et dernières § 33, p. 462 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[19] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Pour servir à l’histoire des sentiments moraux. § 107, p. 500 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[20] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Caractères de haute et basse civilisation § 234, p. 566 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[21] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Caractères de haute et basse civilisation § 247, p. 573 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[22] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Caractères de haute et basse civilisation § 251, p. 575 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[23] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Caractères de haute et basse civilisation § 258, p. 578 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[24] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Caractères de haute et basse civilisation § 292, p. 596 (Paris, Robert Laffont, 1993)

[25] NIETZSCHE (Friedrich).- Œuvres Complètes, I, Humain trop humain I. Coup d’œil sur l’Etat § 446, p. 637 (Paris, Robert Laffont, 1993)

 

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