NIETZSCHE ET JEAN-MARC ELA Critiques de la science 3è partie

1) LA CONCEPTION DE LA SCIENCE CHEZ JEAN-MARC ELA

La critique de la science par Jean-Marc Ela tient dans son ouvrage publié aux éditions l’Harmattan en 2006, et qui a pour titre l’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir. Hubert Gérard, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain, qui en a assuré la préface affirme que Jean-Marc Ela connaît bien la science occidentale et il est au fait des problèmes épistémologiques qu’elle pose[1]. Notre préfacier montre que « Jean-Marc Ela n’hésite pas ici à affronter l’institution scientifique dominante pour en dénoncer les faiblesses, les prétentions excessives et l’impérialisme vaniteux, et ouvrir d’autres voies déjà solidement étayées et balisées en leurs débuts[2]. »

Jean-Marc Ela, poursuit le Prof. Gérard, est un écrivain engagé au service des pauvres, et la finalité de la science et de la recherche est « le mieux être des populations avant toute considération de carrière personnelle[3]. » Notre professeur émérite insiste sur la puissance de l’institution universitaire, avec ses universités, ses centres de recherche, ses maisons d’édition d’ouvrages, ses revues et ses associations scientifiques, ses congrès… L’institution universitaire a partie liée avec la religion, parce qu’«elle se proclame une et universelle, socialise et contrôle étroitement ceux qui se rangent sous son drapeau et tout ce qui ne respecte pas ses normes est taxé d’idéologie, cette nouvelle hérésie[4]. » Pourtant la science se distingue de la religion.

La science n’est pas dogmatique. Invoquant l’autorité de Jean Ladrière, le Prof. Gérard semble dire que les scientifiques eux-mêmes doivent établir leurs critères de scientificité. Cette démarche éthique doit garder sa fonction régulatrice[5]. Gérard commente la perspective de Jean-Marc Ela qui est bien africaine. Il va même jusqu’à se culpabiliser en disant que par rapport à la science, les Européens ont-ils « laissé l’espace à l’éclosion de ce désir d’indépendance scientifique chez les Africains[6] ? » Cette première question rejoint une autre qui est la suivante : « N’avons-nous pas trop souvent confondu rigueur scientifique et conformité à nos critères ou habitudes scientifiques[7] ? » Comment aider alors à l’émergence d’une pensée scientifique africaine ?

Le Prof. Gérard propose la réhabilitation des langues locales dans la production et la communication des connaissances scientifiques. Il demande ensuite que la science ne soit pas un simple habit prêt-à-porter venant de l’Occident, mais tienne compte de l’univers culturel africain. En cela, poursuit Gérard, « les scientifiques (doivent être) redevables de leurs recherches à leur population et les amener à centrer leurs efforts sur les besoins et le mieux-être de leurs concitoyens[8]. » L’ouvrage que le Prof. Gérard préface lui apparaît comme un manifeste pour une nouvelle recherche, voire un nouveau paradigme au sens kuhnien. Il est temps à présent de donner la parole à Jean-Marc Ela lui-même.

2.1.) LA CRITIQUE DE LA SCIENCE SELON JEAN-MARC ELA

Après cet avant-propos qui traite des conditions de production des connaissances, de l’histoire de sa vie et de ses questionnements, Ela pose sa problématique : « Si la science n’est le monopole d’aucun peuple, comment l’homme africain peut-il justifier sa prétention à devenir un producteur des savoirs scientifiques ? En outre, si l’on considère l’état d’esprit à l’œuvre au sein des sociétés africaines que faire pour élargir les bases sociales et historiques de la science dans les processus de globalisation en cours[9] ? » Le projet de Jean-Marc Ela est donc de renouveler le débat sur les rapports entre l’Afrique et la science en prenant en compte la crise des milieux d’étude et de recherche et préparer les nouvelles générations africaines à participer à l’aventure humaine de l’intelligence en ce début du nouveau millénaire. Dit autrement, pour notre sociologue, il faut réinventer la science en trois étapes car l’appropriation de l’initiative scientifique s’inscrit dans la dynamique des rapports entre la science, la société et le pouvoir dans le monde de notre temps.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la science ne peut pas donner de définition d’elle-même. Elle est dans l’incapacité de penser sur elle-même et sur ses méthodes. C’est donc à la philosophie qu’elle fait appel pour se définir. Nous ne reviendrons pas sur ces définitions sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord dans l’introduction à cette étude.

Jean-Marc Ela, après avoir rappelé les définitions de la science, pense que le discours scientifique n’est pas d’une pureté absolue. Le chercheur scientifique, pense-t-il, est un être humain, situé historiquement, socialement et intellectuellement. Aussi, celui-ci ne saurait faire l’économie d’une attitude lucide à l’égard des conditions de production de son savoir[10].

Pour notre sociologue, le statut de la science est un véritable enjeu. Et il ajoute qu’il n’est pas évident que l’idée de science échappe réellement à l’ethnocentrisme. Le mot science, en effet, témoigne d’une démarche de la pensée liée au destin scientifique de l’Occident. Mais poursuit notre auteur, l’humanité n’a pas attendu l’Occident pour faire de la science[11]. Puis Ela passe en revue les critiques qui montrent la monopolisation de la science par l’Occident et qui disent que la science est le monopole ou l’attribut de l’Occident[12].

Ici l’Afrique a sa place avec l’œuvre incontournable de Cheikh Anta Diop, sur l’apport de l’Egypte nègre à la science grecque. Jean-Marc Ela évoque ensuite la science chinoise, la civilisation arabe. Ceci a pour conséquence selon notre auteur que l’Occident ne doit pas continuer à affirmer qu’il est le modèle universel à la scientificité[13]. Ce monopole, cet impérialisme doit cesser, car tout ne doit pas être soumis au règne du quantitatif[14]. C’est cela qui constitue la crise de la rationalité moderne. Une nouvelle inquisition s’établit alors, celle du tribunal de la raison. En voulant tout lui soumettre, la raison scientifique est exposée à devenir folle. Ela va, en outre, s’en prendre aux nouveaux oracles des temps modernes.

Les nouveaux maîtres à penser du monde sont les prix Nobel ou les médaillés Fields. Dans la mesure où ceux-ci revendiquent le monopole de la rationalité, ces scientifiques sont l’objet d’une véritable vénération. Ils ont réponse à tout, savent tout et sont consultés sur des sujets complexes qui échappent à leurs compétences. Ils apparaissent alors comme les prélats d’une nouvelle église universelle[15]. Jean-Marc Ela critique donc cette tentation totalitaire qui s’empare de ces scientifiques et cet élitisme qui pactise avec l’ésotérisme.

Ici Ela semble rejoindre la critique nietzschéenne quand il révèle que le progrès des sciences, ce rapprochement met en lumière la nécessité d’accorder toute leur importance aux arts, à la musique ou au dessin en vue de la formation de l’esprit scientifique[16]. Il demande qu’on supprime les barrières artificielles et les cloisons étanches entre les arts, les lettres et les sciences : thème propre à Nietzsche Ainsi, l’imagination et le rêve sont une dimension indispensable à l’esprit scientifique. La science, poursuit notre sociologue, est le produit de l’imaginaire, elle est fille de l’imagination[17].

La science apparaît, selon Jean-Marc Ela comme une activité beaucoup plus riche et plus ambiguë. Pour lui, la science objective n’est plus à l’abri des assauts de l’irrationnel. Voilà pourquoi il va mettre à nu les tribus scientifiques.

Ce qui intéresse Ela comme Nietzsche, c’est de décrypter la banalité[18]. Ces deux chercheurs insistent sur le temps d’épreuve et d’incertitude dans la découverte scientifique. Ce qui fait dire à Ela « la science s’édifie sur la base d’interrogations sur l’ignorance et l’erreur dont la prise de conscience stimule la recherche et engendre la connaissance[19]. » La science doit tenir compte des échecs, des découvertes manquées, des erreurs commises, des tentations qui n’ont pas abouti. En science, pense cet africaniste, l’échec est plus instructif encore que la réussite[20]. C’est pourquoi il nous invite à découvrir la science par le bas. Cette banalité scientifique se conjugue aussi avec l’art du bricolage[21]. Et ceci invite Ela à définir les savants d’aujourd’hui et ceux qui parlent au nom de la science. C’est sa redéfinition des rapports entre la science et la société. A ce propos, notre sociologue veut nous rendre compte des affaires qui jettent des doutes sur les mœurs et l’univers authentique des scientifiques.

Ici, la question du débat est celle-ci : des êtres chevronnés comme des scientifiques, intransigeants, motivés et passionnés pour la recherche de la vérité, peuvent-ils être des fraudeurs ? L’analyse de cette question met en jeu l’ampleur des enjeux, des stratégies et des conflits dans les rapports entre la science et la société.

L’homme de science, dans son cadre de vie qui est son laboratoire ou sa bibliothèque, a besoin de paix. Dans le quotidien de sa vie, il est exposé comme la plupart des individus, à la fraude scientifique « qui remet en cause la capacité d’invention et d’exploration.[22] » Il faut ajouter à ce problème de fraude, un autre qui est celui des publications. A ce sujet Ela écrit : « S’il n’y a pas de découverte sans publication dans une revue scientifique reconnue au niveau international, il faut s’attendre à des affrontements inévitables avec des patrons qui occupent des positions de pouvoir dans les domaines où la concurrence s’exacerbe et où la soif de réputation, la quête de visibilité et d’honorabilité ou le culte du héros sont une véritable obsession[23]. » Dans un pays comme le Canada où le problème de publications scientifiques ne devrait pas se poser aux chercheurs, il arrive que « (selon Jean-Marc Ela),  certains patrons exigent de signer les travaux d’étudiants auxquels ils n’ont nullement participé[24]. » Et notre sociologue de protester : « Combien de publications signées de sommités universitaires sont en partie le fruit de travaux d’étudiants, sans qu’il en soit fait mention expressément[25]

Il est donc vrai qu’aujourd’hui, la recherche est un business et obéit de plus aux lois du marché. La science est impure de ce point de vue, car elle est l’expression de règlements de comptes, d’espionnage et de plagiats. Aussi, pour notre prêtre sociologue, « faire exister médiatiquement sa recherche est, pour un patron de laboratoire, un outil précieux dans les négociations avec les pouvoirs publics ou les interlocuteurs financiers[26]. » La recherche de plus en plus stagne car les logiques d’institutions entrent en conflit avec les logiques de recherche à travers le système des référents qui contrôlent l’innovation scientifique dans le secteur stratégique de la publication. C’est pour Ela affirme sans vergogne « (qu’) au lieu de stimuler la recherche, l’institution tend à l’étouffer[27]. »

Dans le rapport à la science, le sociologue africain affirme qu’il faut compter avec les mentalités, les habitudes et les modes d’organisation de la recherche où l’on retrouve les forces d’inertie à l’œuvre dans la vie en société[28]. Il reconnaît aussi que le financement de la recherche est lié à de puissants intérêts. La question qui demeure en suspens est celle-ci : sous le couvert de rigueur, les institutions scientifiques ne constituent-elles pas des forces d’immobilisme et ne favorisent-elles pas le poids de la tradition ?

A ce sujet, Ela fait remarquer que le culte du secret continue de perdurer dans les milieux scientifiques, là où tout devrait pouvoir être explicité et reproduit. Et il ajoute « (qu’) alors que la science, qui est affaire de tous exige un espace public de propositions, de débats et d’échanges critiques, on est frappé par la rétention de l’information et la foi du silence qui domine comme si l’univers de la recherche était fondé sur les principes de la Mafia[29]. » Comment alors demeurer un scientifique authentique ?

Pour rester un exemple dans le domaine scientifique, il faut d’abord, nous le souligne, le prêtre et chercheur Jean-Marc Ela, « non seulement travailler avec obstination et persévérance en assumant les exigences d’une vie d’ascète dans un laboratoire, mais aussi être animé par une passion forte, un enthousiasme permanent et une foi profonde où la recherche puise son dynamisme[30]. » Ensuite la science est une activité collective qui comporte plusieurs tâches : « mobiliser le monde (produire des données lisibles, manipulables), créer des collègues (produire des personnes capables de comprendre ce que l’on fait et ce que l’on dit), s’allier à des acteurs pluriels que l’on intéresse aux opérations précédentes (l’école, l’Etat, l’industrie…), mettre en scène l’activité scientifique par les relations publiques, la confiance, l’idéologie[31]. » Finalement, pour Ela, la pratique scientifique est une pratique sociale. N’est-ce pas pour une autre science que plaide Jean-Marc Ela ?

2.2) PLAIDOYER POUR UNE AUTRE SCIENCE

A partir du moment où la science d’aujourd’hui est l’otage des pouvoirs financiers, ne faudrait-il pas la soustraire de ce joug ? A quoi sert-elle et pour quoi faire ? Devant la crise de la science européo-centrée, certains auteurs comme Jean-Marc Ela pensent qu’il faut réinsérer le savoir dans le champ de la vie. En tant que scientifique africain, Ela déconstruit le mythe du nègre qui est un homme de la sensualité et de l’émotion.

En effet, pour Jean-Marc Ela, « la science d’aujourd’hui éblouit ; mais elle rend aussi aveugle dans la mesure même où, en se spécialisant et en renonçant à reconnaître ses limites en raison de ses prétentions à incarner le savoir, elle ne donne qu’un point de vue de la réalité[32]. » La science occidentale, par ailleurs, n’a rien à apprendre aux Africains sur les questions qui portent sur le sens de leur vie quotidienne. Ela plaide donc pour la fin des ghettos. Il insiste qu’entre les différentes sciences il y ait des interactions, des interférences et de la complémentarité. Mais force est de constater aujourd’hui que l’ordre marchand guide la science. Que peuvent alors faire nos sociétés africaines ?

Depuis la publication de l’Afrique des villages, Jean-Marc Ela pense que « pour retrouver la véritable identité de l’Afrique, il faudrait revenir aux villages où la culture ancestrale est restée elle-même, sans changement[33]. » D’autres penseurs comme Akenda Kapumba penchent pour une rationalité symbolique africaine que viendrait au secours de la rationalité scientifique occidentale. Aussi peut énoncer sa cinquième thèse de la façon suivante : « La croissance de la rationalité ne provient pas d’une subordination hiérarchique à un principe de raison ou à une force du symbolisme. Elle est d’abord essentiellement l’intégration pluraliste dans l’interaction de plusieurs symbolismes et systèmes d’orientation différents[34]. » La question que Mazongelo Lidogo et Dimandja Eluy’a Kondo se posent est celle du type de rationalité développé par les sociétés africaines à tradition orale. La stratégie adoptée consiste, en un premier temps, « à interroger le concept d’oralité tout en faisant ressortir les implications rationnelles et philosophiques d’un mode de communication ; et, en un second temps, à examiner le rapport entre tradition et expérience, de façon à discerner le sens de la parole au sein de l’expérience intégrale du sujet[35]. » Tout ceci ne constitue-t-il pas, selon Ela, les savoirs des gens de la brousse ?

Pour notre sociologue, l’étude des savoirs de la brousse est un domaine immense et inexploité. Les Haussa, par exemple ont fait des recherches poussées sur les noms des animaux[36]. Chez les Camerounais Beti existe un véritable manuel de sciences naturelles. Ces preuves montrent que les Africains ne baignent pas seulement dans la symbolique. Ils ont eux aussi la curiosité scientifique qui les amène à tout observer. Mais la culture unanimiste des Africains peut être un frein à la culture scientifique qui est par essence critique et contradictoire. En Afrique également, il y a un trop grand abandon aux puissances de l’irrationnel. Tels sont les nouveaux défis qui s’imposent à nos universités africaines.

Ici, aussi, une idée chère à Ela est développée : les recherches de nos universités doivent tenir compte de nos milieux sociaux. En un sens, « la science est loin d’être au centre des préoccupations actuelles des sociétés africaines. Si l’on examine la représentation de la science dans ces sociétés, il faut s’attendre à des surprises dans les différents milieux et institutions académiques[37]. » Il y a partout en Afrique une inadéquation entre la recherche scientifique qui est européo-centrée et le milieu de vie. La recherche à l’université est quasi-inexistante, faute de moyens. C’est ce qui crée la crise d’identité des chercheurs africains. Dépité, Ela écrit : « Si l’Afrique ne peut se prévaloir d’être le continent du rythme et de l’émotivité exaltée par les écrivains de la négritude, le rapport à la science doit revenir au cœur de toute réflexion sur l’entrée dans le continent noir dans le nouveau siècle[38]. Il faut pour cela que la recherche devienne une passion dans les universités africaines. Cheikh Anta Diop pourrait être ce levain pour les jeunes africains de demain.

Dans Cheikh Anta Diop ou l’honneur de penser, il cite cet illustre savant ces termes : « Les spécialistes africains, rappelle Ch. A. Diop, doivent prendre des mesures conservatoires. Il s’agit d’être apte à découvrir une vérité scientifique par ses propres moyens, en se passant de l’approbation d’autrui, de savoir conserver ainsi son autonomie intellectuelle jusqu’à ce que les idéologues qui se couvrent du manteau de la science se rendent compte que l’ère de la supercherie intellectuelle est révolue. La compétence devient la vertu suprême de l’Africain qui veut désaliéner son peuple[39]. » Pour Ela, être fidèle à la mémoire scientifique et révolutionnaire de Cheikh Anta Diop, c’est, pour nous autres Africains d’aujourd’hui, nous engager dans la voie de la responsabilité et de la créativité[40].

Ela va même jusqu’à proposer l’expérience d’une science métisse qui n’est rien d’autre que l’entrée de l’Afrique dans l’ère des réseaux, l’ouverture réelle de la recherche à l’interculturel. A cet égard, « au lieu que la science interroge les cultures du haut de son universalité, ce sont les contextes socioculturels qui interpellent la science à partir des questions que ces contextes posent aux chercheurs[41]. » La recherche en réseaux n’a de sens effectivement que si elle restaure, selon Ela, la pluralité des regards et la capacité de rompre avec les stratégies et les ruses d’une rationalité close, dominante et destructrice.

Pour conclure, Ela demande de réinventer la science pour construire en Afrique les sociétés où l’être humain peut s’épanouir dans la totalité et la profondeur des dimensions de son existence. Au moment où de nombreux acteurs prennent conscience qu’il n’existe pas qu’une seule recette de la réussite, les chercheurs africains doivent méditer plus que jamais le testament de Franz Fanon : « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir[42]. »

CONCLUSION

Au regard de l’analyse que nous venons de faire, nous pouvons retenir que la science d’aujourd’hui fait partie d’un système de production et d’un système politique, son discours même est devenu institution. Pour Jean-Marc Ela, les orientations que la science prend et les conséquences qu’elle entraîne, engagent la responsabilité éthique de la science tant au niveau des scientifiques en tant que tels, qu’au niveau sociétal. Chez Nietzsche, également, la science est une question centrale. Son point de vue est celui d’un philosophe et non celui d’un praticien. Celui d’Ela est celui d’un sociologue. Nietzsche, tout comme Ela, insistent sur l’historicité des sciences, faite de tâtonnements, de réfutations, de débats, de théories formulées et remises en chantier, de rôle joué par les institutions.

Nietzsche, en parlant de l’esprit scientifique, pense à « cette foi en la possibilité de pénétrer les lois de la nature et en la vertu de panacée accordée au savoir[43]. » Pour lui, l’homme scientifique renferme un véritable paradoxe[44]. Cet homme se comporte comme « s’il était un des fiers désœuvrés du bonheur, comme si l’existence n’était pas une chose funeste et grave, mais un patrimoine garanti, pour une durée éternelle[45]. » Nietzsche ajoute ceci : « Il croit pouvoir se permettre de gaspiller une vie à élucider des problèmes qui, somme toute, ne devraient compter que pour quelqu’un qui serait assuré d’avoir l’éternité devant lui[46]. »…Chaque pas en avant devrait lui remettre ces questions en mémoire : D’où venons-nous ? Où allons-nous ? A quoi bon vivre ? Ces questions se retrouvent aussi dans le critique élaienne. Jean-Marc Ela se pose aussi la question : « La science pour qui et pour quoi faire[47] ? » car selon lui, l’esprit critique tend à disparaitre chez les professionnels de la science et l’homme de science devient un homme-masse typique de notre siècle.

Finalement, tous les deux critiques se rejoignent pour dire que la conscience scientifique est un abîme ; le mot science dans les gueules des tapageurs, est simplement un vice, un abus et un attentat à la pudeur. La science d’aujourd’hui n’a plus foi en elle-même. Ainsi pour penser et connaître la science Nietzsche et Ela pensent qu’il faut conjuguer quatre points de vue : la théorie, l’expérimentation, la société et la culture. Dans un passage intitulé « Rendre la science aux citoyens » Ela écrit : « Pour participer à ce travail d’invention, le scientifique ne peut ignorer les préoccupations des citoyens. Cette attitude s’impose à toutes les sciences[48]. »



[1] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), pp. 13-14.

[2] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 14

[3] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 14

[4] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 15

[5] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 16

[6] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 16

[7] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 16

[8] GERARD(Hubert).- « Préface » à ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 17

[9] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 26

[10] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 32

[11] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 34

[12] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 38

[13] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 37

[14] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 47

[15] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 49

[16] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 55

[17] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 57

[18] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 66

[19] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 68

[20] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 67

[21] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 70

[22] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 75

[23] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 77

[24] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 77

[25] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 78

[26] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 79

[27] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 79

[28] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 80

[29] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 80

[30] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 82

[31] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 85

[32] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 101

[33] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique des villages (Paris, Karthala, 1992), p. 11

[34] AKENDA (Kapumba).- « Rationalité comme élaboration croissante des symboles » dans « Philosophie Africaine : rationalité et rationalités » Recherches Philosophiques Africaines n° 24. Actes de la XIVè Semaine Philosophique de Kinshasa du 24 au 30 avril 1994 (Kinshasa, F.C.K 1996), p. 59

[35] MAZONGELO(Lidogo) et DIMANDJA (Eluy’a).- « Oralité et Rationalité » dans « Philosophie Africaine : rationalité et rationalités » Recherches Philosophiques Africaines n° 24. Actes de la XIVè Semaine Philosophique de Kinshasa du 24 au 30 avril 1994 (Kinshasa, F.C.K 1996), p. 80

[36] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 161

[37] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 189

[38] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 196

[39] ELA(Jean-Marc).- Cheikh Anta Diop ou l’honneur de penser (Paris, l’Harmattan, 1989), p. 125

[40] ELA(Jean-Marc).- Cheikh Anta Diop ou l’honneur de penser (Paris, l’Harmattan, 1989), p. 126

[41] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 352

[42] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 407

[43] NIETZSCHE(Friedrich).- La Naissance de la Tragédie § 17, dans Œuvres Complètes, I, (Paris, Robert Laffont, 1993), p. 96

[44] NIETZSCHE(Friedrich).- Considérations Inactuelles I, David Strauss, le Confesseur et l’écrivain § 8, dans Œuvres Complètes, I, (Paris, Robert Laffont, 1993), p. 185

[45] NIETZSCHE(Friedrich).- Considérations Inactuelles I, David Strauss, le Confesseur et l’écrivain § 8, dans Œuvres Complètes, I, (Paris, Robert Laffont, 1993), p. 185

[46] NIETZSCHE(Friedrich).- Considérations Inactuelles I, David Strauss, le Confesseur et l’écrivain § 8, dans Œuvres Complètes, I, (Paris, Robert Laffont, 1993), p. 185

[47] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 94

[48] ELA(Jean-Marc).- L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir (Paris, l’Harmattan 2006), p. 363

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