Archive for mars 2009

Discours du Pape Benoît XVI lors du voyage apostolique au Cameroun 17 Mars 2009

mars 18, 2009

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs qui représentez ici les Autorités civiles,
Monsieur le Cardinal,
Chers Frères dans l’Épiscopat,
Chers Frères et Sœurs,

Je vous remercie de votre accueil. Et merci à vous, Monsieur le Président, pour les paroles aimables que vous venez de m’adresser. J’apprécie vivement l’invitation qui m’a été faite de venir ici, au Cameroun, et je veux, Excellence, vous en exprimer ma gratitude, ainsi qu’au Président de la Conférence épiscopale nationale, Monseigneur Tonyé Bakot. Je vous salue tous, vous qui m’honorez de votre présence en cette occasion, et je désire vous dire combien je suis heureux de me trouver ici, avec vous, sur la terre d’Afrique pour la première fois depuis mon élection au Siège de Pierre. Je salue chaleureusement mes Frères dans l’Épiscopat ainsi que les prêtres et les fidèles laïcs qui sont ici réunis. Mes salutations respectueuses vont aussi aux Représentants du Gouvernement, aux Autorités civiles et aux membres du Corps diplomatique. Alors que votre pays, comme beaucoup d’autres en Afrique, approche du cinquantième anniversaire de son indépendance, je veux unir ma voix au chœur des félicitations et des vœux fervents que vos amis de par le monde entier vous offriront en cette heureuse circonstance. Dans cette assemblée, je salue aussi avec reconnaissance les membres des autres Confessions chrétiennes et les fidèles des autres religions. En vous joignant à nous aujourd’hui, vous donnez un signe éloquent de la bonne volonté et de l’harmonie qui existent dans ce pays entre les personnes appartenant aux différentes traditions religieuses.

Je viens parmi vous comme un Pasteur, je viens pour confirmer mes frères et sœurs dans la foi. C’est la mission que le Christ a confiée à Pierre à la dernière Cène, et c’est la mission des Successeurs de Pierre. Quand Pierre prêchait aux foules venues à Jérusalem pour la Pentecôte, il y avait, présents parmi eux, des pèlerins provenant d’Afrique. Et, aux premiers siècles du christianisme, le témoignage de nombreux grands saints de ce continent – saint Cyprien, sainte Monique, saint Augustin, saint Athanase, pour n’en nommer que quelques-uns – montre la place remarquable de l’Afrique dans les Annales de l’histoire de l’Église. Depuis lors et jusqu’à nos jours, d’innombrables missionnaires et de nombreux martyrs ont continué de rendre témoignage au Christ dans toute l’Afrique, et aujourd’hui l’Église est bénie par la présence d’environ cent cinquante millions de membres. Comment dès lors, le Successeur de Pierre ne serait-il pas venu en Afrique pour célébrer avec vous la foi au Christ, qui donne la vie ; foi qui soutient et nourrit de si nombreux fils et filles de ce grand continent !

It was here in Yaoundé in 1995 that my venerable Predecessor, Pope John Paul II, promulgated the Post-Synodal Apostolic Exhortation Ecclesia in Africa, the fruit of the First Special Assembly for Africa of the Synod of Bishops, held in Rome the previous year.  Indeed, the tenth anniversary of that historic moment was celebrated with great solemnity in this same city not long ago.  I have come here to issue the Instrumentum Laboris for the Second Special Assembly, which will take place in Rome this coming October.  The Synod Fathers will reflect together on the theme: “The Church in Africa in Service to Reconciliation, Justice and Peace:  ‘You are the salt of the earth … You are the light of the world’ (Mt 5:13-14)”.  Almost ten years into the new millennium, this moment of grace is a summons to all the Bishops, priests, religious and lay faithful of the continent to rededicate themselves to the mission of the Church to bring hope to the hearts of the people of Africa, and indeed to people throughout the world. 

Even amid the greatest suffering, the Christian message always brings hope.  The life of Saint Josephine Bakhita offers a shining example of the transformation that an encounter with the living God can bring to a situation of great hardship and injustice.  In the face of suffering or violence, poverty or hunger, corruption or abuse of power, a Christian can never remain silent.  The saving message of the Gospel needs to be proclaimed loud and clear, so that the light of Christ can shine into the darkness of people’s lives.  Here in Africa, as in so many parts of the world, countless men and women long to hear a word of hope and comfort.  Regional conflicts leave thousands homeless or destitute, orphaned or widowed.  In a continent which, in times past, saw so many of its people cruelly uprooted and traded overseas to work as slaves, today human trafficking, especially of defenceless women and children, has become a new form of slavery.  At a time of global food shortages, financial turmoil, and disturbing patterns of climate change, Africa suffers disproportionately: more and more of her people are falling prey to hunger, poverty, and disease.  They cry out for reconciliation, justice and peace, and that is what the Church offers them.  Not new forms of economic or political oppression, but the glorious freedom of the children of God (cf. Rom 8:21).  Not the imposition of cultural models that ignore the rights of the unborn, but the pure healing water of the Gospel of life.  Not bitter interethnic or interreligious rivalry, but the righteousness, peace and joy of God’s kingdom, so aptly described by Pope Paul VI as the civilization of love (cf. Regina Coeli Message, Pentecost Sunday, 1970). 

Alors qu’au Cameroun plus d’un quart de la population est catholique, l’Église est en mesure de mener à bien sa mission de réconfort et de réconciliation. Au Centre Cardinal Léger je pourrai constater par moi-même la sollicitude pastorale de cette Église locale envers les personnes malades et souffrantes ; et il est particulièrement souhaitable que les malades du sida puissent recevoir dans ce pays un traitement gratuit. L’éducation est un autre aspect essentiel du ministère de l’Église : maintenant nous pouvons voir les efforts de générations de missionnaires enseignants porter des fruits quand nous contemplons l’œuvre accomplie par l’Université catholique d’Afrique centrale, qui est un signe de grande espérance pour l’avenir de cette région.

Car le Cameroun est bien une terre d’espérance pour beaucoup d’hommes et de femmes de cette région centrale de l’Afrique. Des milliers de réfugiés, fuyant des pays dévastés par la guerre, ont été accueillis ici. C’est une terre de la vie où le gouvernement parle clairement pour la défense des droits des enfants à naître. C’est une terre de paix : à travers le dialogue qu’ils ont mené, le Cameroun et le Nigeria ont résolu leur différend concernant la péninsule de Bakassi et montré au monde ce qu’une diplomatie patiente peut produire de bon. C’est un pays jeune, un pays béni parce que la population y est jeune, pleine de vitalité et décidée à construire un monde plus juste et plus paisible. A juste titre, le Cameroun est décrit comme une « Afrique en miniature » qui abrite en son sein plus de deux cents groupes ethniques différents capables de vivre en harmonie les uns avec les autres. Voilà bien des motifs pour rendre grâce et louer Dieu !

Venant parmi vous aujourd’hui, je prie pour que l’Église, ici et dans toute l’Afrique, puisse continuer à croître en sainteté, dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Je prie pour que les travaux de la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Évêques fassent briller d’une vive flamme les dons que l’Esprit a répandus sur l’Église en Afrique. Je prie pour chacun d’entre vous, pour vos familles et ceux qui vous sont proches, et je vous demande de vous unir à ma prière pour tous les peuples de ce vaste continent. Que Dieu bénisse le Cameroun ! Et que Dieu bénisse l’Afrique !

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NOUS AVONS NOTRE ESPERANCE DANS LE DIEU VIVANT

mars 4, 2009

"La jeunesse, temps de l’espérance.

"Nous ressentons tous le besoin d’espérance, non pas d’une espérance quelconque, mais d’une espérance solide et fiable… La jeunesse en particulier est un temps d’espérance, parce qu’elle regarde vers l’avenir avec de nombreuses attentes. Quand on est jeune, on porte en soi des idéaux, des rêves et des projets ; la jeunesse est le temps où mûrissent des choix décisifs pour le reste de la vie. Aussi, peut-être pour cette raison, est-ce la saison de l’existence où émergent avec force les questions de fond…qui deviennent pressantes quand il faut affronter des obstacles qui parfois semblent insurmontables… On se demande alors où puiser et comment tenir vivante dans notre cour la flamme de l’espérance?".

"A la recherche de la "grande espérance".

"L’expérience montre que les qualités personnelles et les biens matériels ne suffisent pas à fonder cette espérance que l’âme humaine recherche en permanence… La politique, la science, la technique, l’économie et toute autre ressource matérielle ne sont pas suffisantes à elles seules pour offrir la grande espérance à laquelle tous aspirent. Cette espérance ne peut être que Dieu seul, qui embrasse l’univers et qui peut nous proposer et nous donner ce que, seuls, nous ne pouvons atteindre. C’est pourquoi une des conséquences principales de l’oubli de Dieu est l’évident désarroi qui marque nos sociétés, avec ses dimensions de solitude et de violence, d’insatisfaction et de perte de confiance qui aboutissent fréquemment à la désespérance… La crise de l’espérance touche plus facilement les nouvelles générations qui, dans des contextes socioculturels privés de certitudes, de valeurs et de solides références, doivent affronter des difficultés qui semblent supérieures à leurs forces". Pour beaucoup malheureusement "l’issue presque inévitable est la fuite aliénante vers des comportements à risque et violents, vers la dépendance de la drogue et de l’alcool, et vers tant d’autres formes de déséquilibres… Mais comment annoncer l’espérance à ces jeunes?… Le premier engagement qui nous concerne tous est donc celui d’une nouvelle évangélisation qui aide les nouvelles générations à redécouvrir le visage authentique de Dieu, qui est amour. A vous, chers jeunes, qui êtes en recherche d’une espérance ferme, j’adresse les mêmes paroles que saint Paul adressait aux chrétiens persécutés de la Rome d’alors: Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude, à vous qui croyez, la joie et la paix, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint".

"Saint Paul, témoin de l’espérance".

"Se trouvant immergé dans des difficultés et des épreuves de toute sorte, Paul écrivait à son fidèle disciple Timothée : ® Nous avons mis notre espérance dans le Dieu vivant ¯ (1 Tim 4, 10). Comment était née en lui cette espérance ? Pour répondre à une telle question, nous devons partir de sa rencontre avec Jésus ressuscité sur la route de Damas. A l’époque, Saul était un jeune comme vous, d’environ vingt ou vingt-cinq ans, fidèle observant de la Loi de Moïse et décidé à combattre…ceux qu’il considérait comme des ennemis de Dieu… Après cette rencontre, la vie de Paul changea radicalement… Il fut intérieurement transformé par l’amour divin rencontré dans la personne de Jésus-Christ. Un jour, il écrira: Ma vie dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. De persécuteur, il est donc devenu témoin et missionnaire. Il fonda des communautés chrétiennes en Asie Mineure et en Grèce, parcourant des milliers de kilomètres et affrontant toutes sortes de péripéties, jusqu’au martyre à Rome. Tout cela par amour du Christ".

La grande espérance est en Christ.

Pour Paul, l’espérance n’est pas seulement un idéal ou un sentiment, mais une personne vivante, Jésus Christ, le Fils de Dieu… Si nous ne sommes pas seuls, s’il est avec nous, ou mieux, si c’est lui notre présent et notre avenir, pourquoi avoir peur?".

Le chemin vers la grande espérance.

"De même qu’il a rencontré un jour le jeune Paul, Jésus veut rencontrer aussi chacun de vous". Mais on pourrait me demander comment puis-je le rencontrer? "Ou plutôt, de quelle façon Jésus s’approche-t-il de moi? L’Eglise nous enseigne que le désir de rencontrer le Seigneur est déjà un fruit de sa grâce… La prière persévérante ouvre notre cour pour l’accueillir". Donc, "donnez de la place à la prière dans votre vie. Prier seul est bien, et prier ensemble est encore plus beau et plus profitable, parce que le Seigneur a assuré d’être présent là où deux ou trois sont réunis en son nom … Prenez part à la liturgie de votre paroisse et nourrissez-vous abondamment de la Parole de Dieu et d’une participation active aux Sacrements. Comme vous le savez, le sommet et le centre de l’existence et de la mission de chaque croyant et de chaque communauté chrétienne est l’Eucharistie".

Agir selon l’espérance chrétienne.

Si vous vous nourrissez du Christ, chers jeunes, et vivez immergés en lui comme l’apôtre Paul, vous ne pourrez pas ne pas parler de lui et le faire connaître et aimer par tant de vos amis et contemporains. Devenus ses fidèles disciples, vous serez ainsi capables de contribuer à former des communautés chrétiennes imprégnées d’amour… L’Eglise compte sur vous pour cet engagement missionnaire : que les difficultés et les épreuves rencontrées ne vous découragent pas. Soyez patients et persévérants, dominant la tendance naturelle des jeunes à la précipitation, à tout vouloir et tout de suite… Si Jésus est devenu votre espérance, dites-le aussi aux autres avec votre joie et votre engagement spirituel, apostolique et social… Faites des choix qui manifestent votre foi et montrez que vous avez compris les pièges de l’idolâtrie de l’argent, des biens matériels, de la carrière et du succès, et ne vous laissez pas attirer par ces chimères. Ne cédez pas à la logique de l’intérêt égoïste, mais cultivez l’amour du prochain et efforcez-vous de vous mettre vous-mêmes et vos capacités humaines et professionnelles au service du bien commun et de la vérité, toujours prêts à répondre à qui vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Le chrétien authentique n’est jamais triste, même s’il se trouve à devoir affronter diverses épreuves, parce que la présence de Jésus est le secret de sa joie et de sa paix".

Marie, Mère de l’Espérance.

"La Vierge Marie, Mère de l’espérance, nous accompagne. Celle qui a incarné l’espérance d’Israël, qui a donné au monde le Sauveur et qui est restée ferme dans l’espérance au pied de la Croix, est pour nous un modèle et un soutien. Par-dessus tout, Marie intercède pour nous et nous guide de l’obscurité de nos difficultés à l’aube radieuse de la rencontre avec le Ressuscité… Marie, Etoile de la mer, guide toi-même les jeunes du monde entier à la rencontre de ton divin fils Jésus, et sois aussi la gardienne céleste de leur fidélité à l’Evangile et de leur espérance!".

BENOIT XVI, PAPE