LES ATTENTES DES CATHOLIQUES FRANCAIS

En France, des catholiques insistent sur l’urgence pour tous de « revenir à la source » de l’Écriture, sans négliger l’étude du texte
I
ls ne seront pas au Synode des évêques, mais observeront ses travaux avec attention. Exégè­tes, formateurs, animateurs de groupes bibliques, ils énoncent volontiers ce qu’ils aimeraient voir mis en valeur dans les échanges des évêques sur «la Parole de Dieu ». D’abord, la place centrale de l’Écriture dans la vie de l’Église. « J’aimerais que le Synode insiste sur la dimension biblique de toute la pastorale , avance le P.Gérard Billon, théologien et responsable du service biblique catholique « Évangile et vie ». Il ne suffit pas de créer des groupes bibliques un peu partout, mais il faut que l’Écriture irrigue toute la vie de l’Église.»
Myriam Callet, responsable de la formation biblique pour le diocèse de Saint-Étienne, insiste sur la for­mation des ministres. « Il faut que le Synode redise la nécessité d’une formation à l’homélie pour les prê­tres et les diacres » , souligne-t-elle. Françoise Larroque, responsable d’un groupe biblique œcuméni­que depuis cinquante ans dans le diocèse de Saint-Denis, va dans le même sens : « Les pasteurs protes­tants sont beaucoup mieux formés et, du coup, il faut reconnaître que les protestants connaissent mieux la Bible que nous, catholiques. » Autre attente : la revalorisation de l’étude de la Bible, dont le texte est souvent déconcertant, et la culture dont il témoigne lointaine. «Beaucoup de lecteurs ont des difficultés avec l’Ancien Testament, le visage d’un Dieu violent et les textes immoraux qu’on y trouve », témoigne Myriam
Callet, qui souligne aussi le risque que le texte biblique soit « utilisé » pour « justifier des positions ».
« Pour certains catholiques, le fon­damentalisme est rassurant
, cons­tate-t-elle. Ils aimeraient pouvoir se passer d’un travail sur le texte, et prier tout de suite, parfois avant même de l’avoir lu ! »
Où en est-on aujourd’hui dans la lecture de la Bible, au sein de l’Église de France ? Après la remise en valeur de l’Écriture par le con­cile Vatican II, les communautés catholiques sont passées par trois phases. Dans les années1960 et 1970, d’abord, le boom des grou­pes bibliques, d’emblée œcuméni­ques, qui ont cherché à vulgariser une approche critique et scientifi­que du texte biblique. Deuxième étape, dans les années 1990, avec le développement des « Écoles de la Parole » et des groupes de « lectio divina », visant à promouvoir une connaissance plus intérieure des Écritures, proposant un itinéraire pour passer de la connaissance du texte à la reconnaissance de la Parole de Dieu. Aujourd’hui, les communautés sont entrées dans une nouvelle phase, caractérisée par la multiplication des initiatives visant à promouvoir une lecture suivie de l’Écriture, notamment dans le cadre des « Années de la Parole ». Un mouvement qu’il faut encourager, selon le P. Gérard Billon : « C’est une approche moins technique que l’approche historico­critique, et moins “spiritualiste” – au mauvais sens du terme – que les dé­rives auxquelles expose une mau­vaise compréhension de la “lectio divina”. » Il y a pour lui aujourd’hui une nécessité : celle d’insister sur l’importance du texte, tel qu’il est, en prenant le temps de l’observer et de l’étudier à plusieurs.
Soutenir la soif de l’Écriture, Sœur Élisabeth, moniale domi­ nicaine, aimerait voir figurer cet objectif au rang des priorités du Synode. Cette soif, elle la cons­tate à chaque rencontre du groupe biblique qu’elle anime au monas­tère Saint-Dominique de Dax. Les membres de ce groupe se situent
« à des niveaux très divers dans la vie de l’Église et la connaissance du texte »
, mais ils se donnent tous « la peine d’un travail en profondeur » , souligne-t-elle, admirative. « Dans cette rencontre avec l’Écriture, ils découvrent avec un certain émerveillement leurs racines. Je le vois à la manière dont leur regard s’intériorise. Ils sont concentrés, ten­dus vers un “plus grand”, un “plus profond”. » Pour la religieuse, il est essentiel que le Synode vienne ren­contrer cette soif. « Le Synode serait un échec s’il restait au niveau des petites recettes , prévient-elle. J’ai envie d’un souffle adressé à tous, pas seulement aux évêques ou au monde ecclésiastique, qu’on s’élève un peu, qu’on approfondisse. Que le Synode essaie de transmettre un message fort : que la Parole est fondamentale et qu’elle est source de vie. »
S’il y a une soif à ne pas dé­cevoir, il s’en faut de beaucoup qu’elle soit largement partagée. Le concile Vatican II avait pour­tant ardemment souhaité que les fidèles, « pareillement » aux clercs, bénéficient de la lecture directe de la Bible et d’une familiarité avec le texte des Écritures. « Il faut le redire et le redire , insiste Sœur Élisabeth.
Trop souvent encore la Parole reste celle de la messe, découpée par petites tranches, dans des lectures que beaucoup ne comprennent pas.» «Il y a encore nécessité de pousser l’ensemble des chrétiens à se saisir de la Parole »
, confirme le P. Jean-Pierre Lémonon, exégète, qui attend du Synode « qu’il libère vraiment la Parole de Dieu, alors que trop de chrétiens ont peur de se tromper, peur que la parole qu’ils pourraient dire sur l’Écriture ne soit pas pleinement orthodoxe ».
Cette « source » que constitue l’Écriture, le P. Gérard Billon aime­rait la voir placée à sa « juste place »,
alors que certaines communautés doivent désormais se passer de cé­lébrations eucharistiques, faute de prêtres disponibles. « Dans notre monde, où les communautés chré­tiennes ont moins la possibilité de s’abreuver à l’Eucharistie, il faut redire que la foi peut s’abreuver à la Parole de Dieu et que les commu­nautés peuvent se nourrir du pain de la Parole » , plaide-t-il. « Il faut remettre la Parole de Dieu au cen­tre des communautés chrétiennes,
insiste également le P. Jean-Pierre Lémonon. En nous rappelant que la Parole elle-même est sacrement, le signe de la présence de Dieu parmi nous. » Pour tous, enfin, le Synode ne devra pas se payer pas de mots. « C’est l’occasion pour les évêques de montrer qu’eux-mêmes se nourris­sent de ce dont ils parlent » , souligne le P. Gérard Billon, qui rappelle l’insistance du concile Vatican II :
« Nul ne peut annoncer à l’extérieur ce dont il n’est pas nourri à l’inté­rieur. »
Sœur Élisabeth va dans le même sens: «Nos évêques sont surchargés par des tâches diverses, il faut que le goût de la Parole soit revivifié en eux. »

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