CONFERENCE EPISCOPALE DE COTE D’IVOIRE – LE CHRETIEN FACE A LA POLITIQUE – Formation Politique et Civique – 2

CHAPITRE II: BREVE PRESENTATION DE L’ANTHROPOLOGIE ET DE LA SOCIOLOGIE DU POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL ET MODERNE

INTRODUCTION: LE POUVOIR EN GENERAL

1. QU’EST-CE QUE LE POUVOIR ET QU’ELLE EST SA NATURE?

35. Le pouvoir est la capacité de mouvoir et de contraindre quelqu’un pour obtenir de lui quelque chose ou pour lui faire accomplir un acte. Exemple: le pouvoir de Pierre sur Paul est la capacité de Pierre d’obtenir que Paul fasse quelque chose qu’il n’aurait pas fait sans l’intervention de Pierre.

En d’autres termes, le pouvoir est la capacité d’agir d’un individu ou d’un groupe sur un autre individu ou sur un autre groupe. En bref le pouvoir exprime une relation de dépendance des individus-en société les uns vis-à-vis des autres.

36. Le concept de pouvoir implique l’idée de force, de séduction, d’attirance et de domination si bien que le pouvoir signifie toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre les résistances des autres.(1)

Pour saisir davantage la nature du pouvoir, il est bon de le rapprocher et de le distinguer de l’autorité.

2. AUTORITE ET POUVOIR

37. L’autorité désigne toute forme de pouvoir reconnu comme légitime par la loi ou la coutume de ceux qui y sont soumis. L’autorité est donc un pouvoir reconnu comme légitime. Qu’est-ce que la légitimité du pouvoir et d’où vient-elle?

La légitimité du pouvoir signifie concrètement que celui qui exerce le pouvoir politique a la certitude de rencontrer une volonté d’obéir de la part de ceux sur qui il exerce le pouvoir politique; il doit être accepté et reconnu par eux.

La légitimité du pouvoir vient de sa conformité aux règles fixées et reconnues par le groupe dont la Constitution est l’expression accomplie. C’est pourquoi cette Constitution appelée aussi loi fondamentale doit faire l’objet d’un grand respect.

38. Le pouvoir, d’une manière générale, recouvre toutes les formes de relations entre les hommes. Ces relations sont marquées par toutes sortes d’influences telles que la dépendance, la manipulation ou l’exploitation, ainsi par exemple, le pouvoir légitime (l’autorité) d’un Maître sur les employés municipaux qui lui sont officiellement soumis, est tout à fait différent du pouvoir que peuvent avoir sur ces mêmes employés, les intérêts privés susceptibles de les récompenser ou les réseaux de relations dont ils dépendent pour réussir dans leur tâche.

On constate de la sorte que les multiples pouvoirs qui s’exercent sur les mêmes personnes sont de nature différente, et il importe de ne pas les confondre. Cela nous amène à dire qu’il y a une pluralité de pouvoirs.

39. Dans cette deuxième partie, nous verrons successivement le pouvoir dans les sociétés traditionnelles et modernes, le concept  de la démocratie et ses principes, l’xpérience démocratique en Côte d’Ivoire et l’avènement d’une société démocratique dans ce même pays.

A. LE POUVOIR DANS LES COMMUNAUTES TRADITIONNELLES DE LA COTE D’IVOIRE

40. La Côte d’Ivoire, notre pays, sur le plan traditionnel est constituée de plusieurs organisations politiques que l’on peut regrouper en deux systèmes principaux: la chefferie et la royauté.

Ces deux systèmes, différents dans leur stratégie, poursuivent le même but: le maintien et la promotion de l’équilibre social. Dans les communautés traditionnelles, l’exercice du pouvoir est plus qu’un art; c’est une sagesse qui découle de la vision du monde. En effet, l’homme doit vivre en paix, en harmonie avec lui-même, avec ses semblables, avec la nature. C’est pourquoi la pratique du pouvoir est la résultante d’un long processus d’écoute et de négociation en vue de toujours rechercher un consensus. Ainsi, ceux qui exercent le pouvoir sont en contact permament avec toutes les composantes significatives de la communauté: le collège des anciens, les chefs initiatiques, les chefs de terres, les chefs de clans etc. La démocratie traditionnelle est une démocratie consensuelle.

1. LA CHEFFERIE

41. Le système de chefferie traditionnelle a pour caractéristique de permettre la participation effective de tous les individus à la gestion politique de la communauté dans ses dimensions familiales, villageoises et claniques. Ainsi, dès le bas-âge, chaque membre de la communauté est préparé à atteindre cet objectif. C’est là le sens profond des initiations ou des organisations des groupes de générations.

42. Par l’initiation qui peut prendre plusieurs formes selon les ères culturelles, l’individu est préparé à vivre sa vie, à connaître et à reconnaître d’une part, son identité et celle de sa communauté d’origine et d’autre part, sa mission, sa responsabilité vis-à-vis de sa communauté. Il est formé à être un citoyen à part entière, prêt à se donner pour défendre les intérêts et la cause de sa communauté.

43. Quant aux classes d’âge, elles préparent les individus à prendre en groupe, par groupe et à tour de rôle la gestion politique de la communauté villageoise. Elles éduquent les membres de la classe d’âge à défendre les intérêts et la cause de leur village. En effet, les membres d’une classe d’âge sont chargés de veiller à la propreté, à la justice, à l’ordre, à la communication au sein de la communauté, sous le contrôle de leurs aînés.

44. Ces différents systèmes politiques ont pour but d’intégrer l’individu dans la communauté et de faire de lui un responsable de la communauté. Aussi, vivra-t-il dans le groupe et pour le groupe.

Dans une telle communauté, être homme-adulte, autrement dit, homme accompli, c’est prendre part à la gestion de la communauté villageoise toute entière. Les membres de cette classe d’âge au pouvoir ne travaillent pas pour leurs propres intérêts. Ils mettent leur point d’honneur à servir la communauté, à s’investir pour le bien commun.

2. LA ROYAUTE

45. En régime monarchique, le pouvoir politique est héréditaire et de droit divin. Il ne concerne qu’une seule famille ou un clan. Toutefois, le monarque se fait aider dans son gouvernement par des conseillers qui dans certains cas, peuvent exercer le pouvoir en son nom dans leur village respectif.

Ainsi, dans ce système, le pouvoir est exercé par une oligarchie, c’est-à-dire par un groupe restreint de personnes ayant des affinités avec le roi et qui constituent le conseil du royaume. La population reçoit et exécute ses ordres. Le système monarchique ne prépare pas directement tous les individus à une prise en charge des affaires de la société.

46. Ce système semble nier la participation des individus à la gestion du pouvoir, mais en réalité, dans son principe, le pouvoir monarchique est exercé par le peuple à travers le roi qui le représente et le symbolise. Ainsi, en réalité le roi est roi pour le peuple et par le peuple par l’intermédiaire des ancêtres qui fondent son autorité et sacralisent son pouvoir. C’est pourquoi, lorsqu’il est en dysharmonie avec la volonté des ancêtres, le peuple, d’une manière ou d’une autre, peut mettre fin à son règne.

B. LA CONCEPTION MODERNE DU POUVOIR

47. Les sociétés modernes se caractérisent essentiellement par la séparation nette et claire des pouvoirs. En effet, les pouvoirs ne se retrouvent pas entre les mains d’une seule personne. Le pouvoir doit être contrôlé, sinon il devient absolu. C’est pour cette raison que dans les sociétés modernes, les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, économique et intellectuel sont bien séparés. La limitation et la séparation du pouvoir sont une des conditions d’existence de la démocratie. En bref, le pouvoir au sens moderne du terme est un pouvoir public ou politique; il est différent du pouvoir familial, villageois, tribal voire ethnique. Il est aussi sociétal c’est-à-dire qu’il concerne la cité ou la société toute entière. Le pouvoir moderne est pluriel et laïc.

C. LA DEMOCRATIE

1. PRINCIPE

1.1. Définition

48. Etymologiquement et de manière classique, la démocratie se définit comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. En d’autres termes, le pouvoir appartient au peuple, il est exercé par le peuple en vue de son bien-être.

49. Aristote disait déjà que les hommes cherchent non seulement à vivre mais à bien vivre. Pris isolément, les hommes ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes. Ils ne peuvent pas satisfaire tous leurs besoins. Pour mieux vivre, ils cherchent à s’associer. La politique est précisément l’art d’associer les hommes pour vivre ensemble. Elle est au service du bien commun.

50. Certes, le pouvoir appartient au peuple. Mais il n’a jamais été exercé directement par le peuple. Celui-ci délègue son pouvoir à quelques uns de ses membres qu’il se choisit librement pour le représenter et parler en son nom. Ce sont ces élus et ces représentants du peuple qui exercent le pouvoir politique au nom du peuple et pour le bien-être du peuple.

1.2. Peuple souverain

51. Avant d’être définie comme le gouvernement de la majorité, la démocratie signifie tout d’abord que le pouvoir vient du peuple et réside dans le peuple. En d’autres termes, le pouvoir est au peuple et du peuple. il appartient au peuple et non à son (ou ses) chef(s). Le peuple est le souverain et le chef choisi ou élu est son délégué. En effet, le peuple délègue son pouvoir ou sa souveraineté à celui qu’il choisit comme chef pour le gouverner en vue du bien public, c’est-à-dire du bien du peuple. Ainsi, le gouvernant est lié par le contrat au peuple qui le délègue et dont il dépend. Dans cette optique, la démocratie est le système de gouvernement où ceux qui exercent le pouvoir sont à la fois de simples délégués et représentants du peuple. Ils sont soumis au peuple souverain et non le contraire. Le peuple souverain gouverné a primauté sur les gouvernants. L’exercice du pouvoir s’identifie ici à une délégation. En fait, les gouvernants gouvernent et parlent au nom du peuple souverain. Les gouvernés et les gouvernants devront le savoir. En effet, l’esprit démocratique repose sur cette conscience de l’interdépendance les uns des autres. Nous pourrons appeler démocratique la société où les acteurs sociaux commandent leurs représentants politiques qui contrôlent à leur tour l’Etat.(2) La démocratie n’est possible que lorsque le chef détenteur du pouvoir est conçu comme un représentant du peuple, chargé d’appliquer les décision du peuple qui est en fait le seul dépositaire de la souveraineté ou du pouvoir. Ce qui importe ici, c’est cette logique ou ce mouvement qui va de bas en haut, c’est-à-dire de la société civile vers le système politique et de là vers l’Etat. En résumé, la démocratie se définit comme le régime politique où les gouvernés choisissent et contrôlent librement les gouvernants qui les représentent. Ce contrôle s’effectue par la constitution et l’opinion publique: la démocratie sert à gouverner le gouvernement.

1.3. Le peuple au centre du pouvoir

52. La formule classique de la démocratie, définie comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, exprime la place centrale du peuple. Cela signifie que tout vient du peuple, tout est fait par le peuple et tout retourne au peuple. Le peuple est au coeur, au centre du pouvoir politique. Mieux encore, ce qui est au centre ici, c’est le bien du peuple appelé bien commun, ou intérêts des gouvernés. il ne s’agit pas seulement de la défense des intérêts de ceux qui exercent le pouvoir ni de ceux (groupes politiques ou ethniques) qui les ont élus, mais des intérêts du peuple tout entier.

53. le but de la cité, au sens grec du terme, est de procurer le bonheur à tous. En effet, la cité est un ensemble social où les individus doivent non seulement vivre mais surtout bien vivre.

54. En outre, Aristote condamnait la démocratie dans la mesure où il y voyait la défense et le triomphe des intérêts égoïstes de la majorité parce que la véritable démocratie doit protéger et défendre les intérêts de la société tout entière. Comme le dit bien Alain Touraine:

"Les forces politiques doivent être au service des intérêts sociaux et non pas se servir elles-mêmes"(3)

La politique ne doit pas perdre de vue, sa dimension communautaire de recherche du bien commun ou public. Le peuple doit être le premier servi et respecté. C’est en vue de son bien-être que l’on est élu et que l’on travaille dans le domaine politique. le peuple à la fois gouverné et envoyeur est plus important que les gouvernants délégués et envoyés. En effet, qu’on soit en régime théocratique ou ancestrocratique ou démocratique, celui qui exerce le pouvoir (le chef) sait et doit savoir que le pouvoir n’est pas inhérent à sa personne, qu’il le détient d’un autre plus grand que lui, qu’il est soumis à celui qui l’envoie et dont il tient la place. L’envoyeur est plus important que l’envoyé. C’est là que se saisit l’esprit démocratique.

2. EXERCICE DU POUVOIR

55. La démocratie repose sur un certain nombre de principes. Nous en énumérerons quelques uns.

2.1 La participation des citoyens aux décisions politiques

L’élément clé de tout régime démocratique est la volonté de faire participer le citoyen aux prises de décisions politiques.

Cela se fait dans le cas de la démocratie directe. Celle-ci peut se traduire par le vote ou le référendum par lesquels les citoyens expriment leurs opinions sur les grandes questions concernant l’orientation et l’avenir du pays.

Dans le cadre e la démocratie indirecte (ou représentative), la participation des citoyens se fait par l’intermédiaire des représentants.

Les citoyens élisent librement des hommes et des femmes comme leur porte-parole. Ceux-ci sont chargés de discuter et de voter des lois en vue en vue de l’intérêt général de la nation toute entière.

Ainsi, il doit y avoir une écoute mutuelle entre les élus et le peuple en vue de chercher ensemble le bien commun et le bonheur de tous. Le pouvoir doit se rapprocher des citoyens et être à l’écoute de leurs aspirations et attentes.

L’attention aux problèmes et aux préoccupations des électeurs est la condition même de l’audience politique des élus et des gouvernants.

56. La participation aux décisions politiques créera chez les citoyens un sens de leur responsabilité, de leur civisme et de leur patriotisme. Elle permettra aux citoyens d’une part, de s’engager dans les affaires publiques de leur pays et,  d’autre part, ‘avoir un droit de regard critique sur les actions et les comportements des responsables politiques. Tout cela suppose que le peuple soit éduqué, formé et informé afin qu’il soit capable de prendre des décisions et de faire des choix de candidats en connaissance de cause.

57. La liberté est nécessaire à l’exercice d’une authentique participation politique. Elle est non seulement difficile à cerner et à définir, mais aussi à manier. Elle est une arme à double tranchant qui peut être utilisée en bien ou en mal. Il convient de dire que la liberté totale n’existe pas. Toute liberté humaine est relative. Un vieil adage dit précisément: "La liberté de l’un finit là où commence celle de l’autre". Quoi qu’il en soit, la citoyenneté implique l’exercice de la liberté. Elle est nécessaire à l’instauration et au fonctionnement de la démocratie: liberté de parole, de presse, de réunion et d’association, d’opinion et de religion, de choix des électeurs, etc…La liberté inclut bien évidemment la tolérance, le respect mutuel, la reconnaissance et l’acceptation des citoyens les uns des autres quelle que soit soit leur différence ethnique, régionale, religieuse et politique.

2.2 Une égalité entre les citoyens

58. Un autre principe fondamental de la démocratie moderne est l’égalité entre les citoyens. il s’agit ici de l’égalité politque, de l’égalité devant la loi, de l’égalité des chances, de l’égalité sociale ou égalité de respect.

L’égalité politique désigne un droit égal à élire et à se faire élire. L’égalité devant la loi signifie que tout le monde sera traité de la même manière par le système judiciaire et administratif. Tout le monde est soumis à la loi promulguée. C’est pourquoi, ceux qui élaborent et votent les lois doivent le faire d’une manière juste dans l’intérêt général de la nation et non en fonction des intérêts d’un groupe ou d’une personne.

L’égalité des chances veut dire que tout individu peut gravir ou descendre les échelons sociaux selon ses capacités intellectuelles, morales etc. Chaque citoyen occupe la place qu’il mérite.

L’égalité sociale bannit la société à privilèges.

59. En effet, les sociétés modernes démocratiques se caractérisent par le remplacement de l’homo hierarchicus par l’homo aequalis, c’est-à-dire par le passage d’une société hiérarchisée et inégalitaire à une société égalitaire des droits et des chances.

60. La société égalitaire est différente de la société à privilèges liés à la pureté de sang, au rang social, à la naissance ou à l’âge. La société égalitaire est une société où les citoyens s’engagent dans les mêmes conditions et jouissent des mêmes droits. Ainsi, tous ceux qui étaient inégaux physiquement, intellectuellement, économiquement et moralement, deviennent tous égaux en droits, devant la loi et la société civile. L’égalité repose ici sur la conscience d’appartenance commune à un espace humain qui appartient à tout homme, riche ou pauvre, ancien ou jeune. En bref, la société égalitaire est une société d’estime égale pour tous.

2.3. Limitation du pouvoir

61. La démocatisation est envisagée comme un processus qui vise à réduire les inégalités de toute sorte et à partager le pouvoir. En d’autres termes, en régime démocratique, la différenciation des institutions vise explicitement à fragmeneter le pouvoir afin d’éviter des tentations et des dérives autocratiques. C’est en ce sens que la démocratie se différencie dec la monarchie qui est le pouvoir d’un seul, et de l’autocratie qui est le gouvernement où le chef exerce seul (et lui-même) le pouvoir sans limite et sans partage.

Il faut éviter d’accumuler tous les pouvoirs entre les mains d’un seul individu.

62. La vraie démocratie se définit et se distingue par la limitation, la séparation et l’autonomie des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, religieux, économique, syndical. La limitation du pouvoir est une composante essentielle de la démocratie qui se fonde à la fois sur la distinction et l’interdépendance entre l’Etat, la société politique et la société civile.

63. La démocratie n’existe pas en dehors de la reconnaissance de la diversité des groupes socio-culturels, des croyances, des opinions, des groupes politiques, des projets de vie et de société. C’est pourquoi elle est un combat contre toute uniformisation abusive.

La société démocratique apparaît structurellement plutôt comme un milieu hétérogène que homogène (ethniquement, culturellement et politiquement). La vie moderne se caractérise par la coexistence d’une pluralité de valeurs et de choix possibles. Aussi, la société équilibrée est-elle celle qui sait ajuster et intégrer les éléments divers en son sein, c’est-à-dire la société qui réussit ce qu’on appelle la conjonction des contraires ou des opposés.

64. La démocratie est également un combat contre le pouvoir absolu, la dictature du parti ou de l’ethnie(ethnocratie). Aussi, l’action démocratique a-t-elle pour but principal de libérer les individus ou les groupes d’individus des contraintes de toutes sortes qui pèsent sur eux.

On ne dira jamais assez que le contrôle du pouvoir est inhérent à un bon fonctionnement de la démocratie.

D. L’EXPERIENCE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE

1. DU MULTIPARTISME AU PARTI UNIQUE

65. Avant l’indépendance, la Côte d’Ivoire a connu un pluralisme politique. Mais aussitôt après l’indépendance, elle est passée, comme la plupart des pays africains, du multipartisme au monopartisme. A ce propos Antoine Glaser et Stéphane Smith écrivent ceci:

Au sortir de l’ère des indépendances coexistaient plusieurs partis politiques. Avec De Gaulle, les Africains ont reçu comme consigne de créer des Etats forts, Jacobins et à parti unique pour éviter les forces ethniques centripètes, et lutter contre le communisme".(4)

Les différents partis politiques ont été fusionnés en un seul parti: le PDCI-RDA dont la structure peut se résumer en ceci: "Un seul chef, un seul parti, un seul peuple". En bref, à l’indépendance en 1960, le monopartisme est instauré en Côte d’Ivoire et, ce, durant trois décennies.

66. Ainsi jusqu’en 1990, les Ivoiriens ont fait l’expérience de ce qu’on appelle "La démocratie à l’ivoirienne" c’est-à-dire du monolithisme politique. Au sommet se trouve un chef, qui est à la fois chef de l’Etat, et chef du parti, de qui découlent les pouvoirs des institutions, de l’administration, et des sociétés d’Etat. C’est une pseudo démocratie à caractère monarchique.

2. DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

67. un certain nombre d’événements internationaux et nationaux ont poussé l’Etat ivoirien à revenir au multipartisme prévu par la Constitution. Parmi les événements survenus nous en retenons trois:

  • le "vent de l’Est", ou désintégration relative du bloc communiste.
  • le discours de la Baule qui fait de la démocratie et du respect des droits de l’homme, une des conditions de l’aide au développement.
  • le mécontentement et la révolte généralisée des Ivoiriens élèves et étudiants, enseignants, militaires, syndicats et travailleurs.

68. A partir de 1990, on assiste à la naissance d’une pluralité de partis politiques et de journaux depuis longtemps souhaitée par les Ivoiriens. La démocratie naissante prend de l’essor, mais elle a encore du chemin à parcourir.

E. POUR L’AVENEMENT D’UNE VERITABLE SOCIETE DEMOCRATIQUE

69. Avant la souveraineté nationale, coexistaient plusieurs systèmes politiques en Côte d’Ivoire. Nous en avons parlé(5). La Côte d’Ivoire moderne n’a choisi aucun de ces systèmes politiques. Elle s’est plutôt dotée d’une constitution et des institutions politiques inspirées de celles des pays démocratiques modernes. Certes, il n’y a pas une seule forme de démocratie. Mais toutes les formes de démocratie sont appelées à intégrer les valeurs universelles des principes de la démocratie.

70. La Côte d’Ivoire se veut un pays moderne. Elle aspire au progrès et à la démocratie vraie. Pour y parvenir, elle devra s’efforcer d’instaurer un Etat de droit qui implique le respect du droit, l’égalité entre les citoyens et les partis politiques, la séparation et l’autonomie des pouvoirs, et l’effectivité institutionnelle, c’est-à-dire le fonctionnement normal et vrai selon l’esprit et la culture démocratiques des institutions dont la Côte d’Ivoire s’est dotée.

Les Ivoiriens aspirent à la démocratie comme avènement d’une société nouvelle construite à la base sur le peuple et centrée sur l’homme.

1. UNE SOCIETE CONSTRUITE SUR LA BASE DU PEUPLE

71. Dans les sociétés traditionnelles, tout est organisé selon une hiérarchie où le sommet a le monopole de tous les pouvoirs, politique, économique, intellectuel etc…

Dans les sociétés modernes démocratiques, le souverain constitutionnel, c’est le peuple, c’est-à-dire la base. C’est le peuple qui a le monopole de tous les pouvoirs et non le sommet. Toute action démocratique devra donc chercher à donner l’avantage à la base, à la majorité du peuple sur les élites dominantes. C’est pourquoi, nous pouvons dire qu’il n’y a pas de société naturellement démocratique; elle le devient si la loi et les moeurs corrigent l’inégalité des ressources et leur concentration entre les mains d’une minorité.

2. UNE SOCIETE CENTREE SUR L’HOMME

72. A société nouvelle, homme nouveau. La démocratie nous introduit au coeur de la modernité. Celle-ci met l’homme ou l’individu-sujet au centre de l’univers (anthropocentrique) ou de la société (individualiste, pas au sens moraliste d’égoïsme et d’égocentrisme du terme) et revendique pour lui autonomie, liberté, responsabilité et confiance en soi.

L’homme ivoirien moderne veut construire un monde où tout être humain, quel qu’il soit, est respecté pour lui-même, valorisé en lui-m^me et peut vivre dans la dignité.

73. A la lumière de ce qui vient d’être dit, au-delà de la diversité de toutes ses formes, historique, culturelle, anthropologique et sociologique, le pouvoir apparaît comme la recherche constante d’une société d’égalité en quête du bien individuelle et communautaire. En effet, le pouvoir malgré quelques avatars se veut toujours au service de l’homme et de la société. Cet aspect de service et de responsabilité, d’implication individuelle et communautaire qualifie l’orientation démocratique, qui est une conception humaine du pouvoir politique, qu’enseigne la révélation chrétienne. Il importe donc de la mettre en lumière par la formation politique et civique.

 

 

______________________________________________________________

  1. D. Chagnollaud.- Introduction à la politique, Paris, 1966, p. 13
  2. A. Touraine.- Qu’est-ce que la démocratie? Paris, 1994, p.2
  3. A. Touraine.- O.c., p. 89.
  4. A. Glaser et S. Smith.- L’Afrique sans Africains, Paris, 1994, p. 97
  5. Cf. n° 43-49
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :