CONFERENCE EPISCOPALE DE COTE D’IVOIRE- LE CHRETIEN FACE A LA POLITIQUE- Formation Politique et Civique- 1

PREFACE

Chers amis, chrétiens catholiques de Côte d’Ivoire.

Le chrétien vit selon sa conviction qui l’engage à travers ce qu’il dit et ce qu’il fait.

Il doit savoir que ses principes de vie émanent du Christ et de son Evangile. L’Apôtre Paul a raison de dire que sa vie, c’est le Christ (Ph 1, 21).

En effet, la vie du chrétien au sein de la société est un témoignage de tolérance et d’acceptation de l’autre avec sa différence. Cette vie est faite de patience en vue d’une vie meilleure faite alors de justice et d’amour. Qu’attendons-nous du chrétien d’aujourd’hui, face à une situation complexe dans la société? Il ne lui convient plus de se ranger automatiquement du côté de la majorité sans réflexion préalable. Son attitude comme son action doivent refléter une maturité d’esprit qui n’intervient pas au hasard.

Pour ce faire, les Evêques, en leur qualité de Pasteurs et d’Educateurs, se sont aperçus que les fidèles chrétiens ont besoin d’approfondir leur connaissance de la doctrine sociale de l’Eglise.

C’est pourquoi, ils ont pris le temps de réfléchir pour écrire ce document qui se met à la portée de tous.

Que chacun en profite pour une lecture personnelle et méditée. Que les groupes de réflexion l’utilisent pour meubler des échanges en carrefour. Ce livret n’est pas fait pour être lu et rangé dans un rayon. Il voudrait être auprès de vous comme un « vade-mecum » pour se prêter à diverses consultations.

Ce document veut être considéré comme le fruit d’une étape de notre marche vers le Père, qui est tendresse et bonté. Il demande à être conseillé et prêté. Il vient comme un guetteur des signes des temps pour prévenir et guérir notre ignorance civique et politique, dans un courant démocratique.

Pour être levain dans la pâte humaine, le chrétien se doit d’être actif et présent dans la société. Il est présent dans ce qui existe pour le transformer progressivement, selon l’esprit de l’évangile qui est amour et vérité.

Les Evêques, Pasteurs de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire, en vous demandant de réserver un bon accueil au Document qu’ils vous envoient dans le contexte des préparatifs des événements de l’an 2000, implorent sur vous et sur le pays, la bénédiction du Dieu Tout-Puissant.

+ Son Excellence Mgr Auguste NOBOU, Archevêque de Korhogo, Président de la Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire

INTRODUCTION

« Chaque être humain est le but de la société et de l’Etat »

MOTIVATIONS

1.  L’Eglise entière célébrera bientôt un événement important, celui du Jubilé de l’An 2000. Ce Jubilé nous rappelle l’offre du salut que Dieu a faite à tous les peuples en son Fils Jésus-Christ. La célébration de cet événement constitue pour nous, Peuple de Dieu, un moment déterminant et privilégie.

2. Nous voulons rappeler aux chrétiens, et exprimer aux hommes de bonne volonté, la réalité concrète de l’événement de l’Incarnation. Désormais, en son Fils Jésus-Christ et par son Eglise, Dieu s’est manifesté à nous et veut accomplir au coeur de notrem onde, son oeuvre de salut dans toutes ses ramifications historiques, sociales, politiques et spirituelles.

Le double aspect individuel et collectif du salut ne passera pas inaperçu.

3. Par ailleurs, dans le contexte de notre pays, nous n’oublierons pas que le Jubilé de l’An 2000 coïncide avec l’entrée dans le deuxième centenaire de notre évangélisation. Comme nous le disions:

« C’est un défi qui nous invite à nous mettre tous en état de Mission, afin que la Parole de Dieu parvienne jusqu’aux extrémités de notre terre ivoirienne, défi à relever coûte que coûte au cours du second Centenaire de l’histoire de notre Eglise ».(1)

4. Il s’agit maintenant d’une pénétration en profondeur de la Bonne Nouvelle du Christ dans nos convictions et comportements, dans nos Institutions politiques, traditionnelles et modernes. A ce stade de notre évangélisation et à ce moment historique, où un vent de démocratie souffle sur notre continent et notre pays, il est absolument nécessaire que le chrétien trouve dans sa foi les raisons de son engagement politique et civique pour la construction de la cité.

5. Il faut dire que cette démocratie naissante constitue pour nous « un signe des temps ». Elle ouvre l’ère de la corresonsabilité active de chaque citoyen dans l’édification de nos pays africains. Et, à ce niveau, nous chrétiens avec les aures, au nom de notre foi, nous sommes vivement interpellés à nous investtir à fond dans cette oeuvre de construction nationale.

BUT

6. Pour ce faire, une formation civique et chrétienne solide s’impose à tous selon le voeu du Synode africain repris par le Pape Jean-Paul II dans l’exhortation Ecclesia in Africa

« Dans tous les secteurs de la vie de l’Eglise, la formation est d’une importance capitale (…) Le programme de formation doit inclure, en particulier, la formation des laïcs à jouer pleinement leur rôle d’animation chrétienne de l’ordre temporel (politique, culturel, économique et social) qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat. On encouragera les fidèles laïcs compétents et motivés à s’engager dans la politique, dans laquelle, en exerçant correctement des charges publiques, ils pourront travailler ‘au bien commun et, en même temps, préparer la voie à l’évangile' ».(2)

DESTINATAIRES

7. Ce document s’adresse à tous les chrétiens et à tous les autres frères et soeurs qui ne partagent pas notre foi.

8. Vous chrétiens, nous vous invitons à prendre conscience des implications de votre foi dans la vie de tous les jours, surtout au niveau social et politique. Ainsi, vous manifesterez, dans la lumière de votre foi, votre appartenance effective à ce pays qui fera de vous des citoyens à part entière. Vous serez des hommes et des femmes responsables, conscients de leurs droits et devoirs. Vous montrerez que vous aimez votre pays, en adoptant à son égard un patriotisme équilibré et en vous engageant pleinement dans la vie économique, politique, culturelle, religieuse et écologique.

9. Et vous, chers frères et soeurs qui ne partagez pas la foi chrétienne, nous vous adressons également à vous, au nom de la solidarité humaine qui nous unit et nous rassemble sur ce territoire ivoirien. Dans le souci du bien commun, nous voulons vous inviter à sauvegarder et à promouvoir la chose publique dans une franche collaboration.

PLAN DU DOCUMENT

10. Ce document s’articule autour de cinq points.

La première partie rappelle brièvement l’histoire des grandes interventions de l’Eglise en matière sociale depuis les Prophètes, en passant par les Pères de l’Eglise, les Papes, jusqu’à nos propres lettres pastorales.

La deuxième partie dégage les fondements anthropologiques et sociologiques de l’engagement sociopolitique du citoyen.

La troisième partie définit à la lumière de la Parole de Dieu cet engagement du citoyen et particulièrement du citoyen chrétien.

La quatrième partie est une réflexion théologique sur cet engagement du chrétien, à partir de notre foi en Dieu Père, Fils et Esprit, pour dégager les implications pratiques.

La cinquième partie invite chaque citoyen et les différentes couches socio-professionnelles, à s’engager effectivement et concrètement dans la société et à vivre le civisme au quotidien.

CHAPITRE 1 L’EGLISE ET L’ENGAGEMENT SOCIAL DU CHRETIEN – BREF HISTORIQUE

11. A maintes occasions, dans le passé, surtout lorsque les événements politiques l’exigeaient ( en particulier lors des élections), nous vos évêques, nous avons attiré votre attention sur votre place et votre rôle de chrétiens dans la vie politique et sociale de votre pays.

Aujourd’hui, par ce document, nous voulons vous inviter, personnes individuelles, familles, groupes professionnels et associations diverses, à entrer de plein-pied dans la construction de notre communauté nationale, pour la rendre plus humaine et plus fraternelle. C’est à partir de vos paroles, actes et comportements empreints de respect les uns pour les autres, dans l’ouverture, le dialogue et la convivialité, que la nouvelle société s’édifiera.

Notre pratique s’inscrit dans la mission propre de l’Eglise. Dans ce sens, nous rappelons, pour mémoire, quelques interventions des Prophètes, des Pères de l’Eglise et du Magistère pontifical depuis Léon XIII jusqu’à Jean-Paul II. C’est ce qu’on appelle l’enseignement social de l’Eglise. Ces interventions s’inscrivent toutes dans un contexte déterminé. Elles mettent en rapport étroit et conséquent la foi et les défis de la vie sociale de l’époque.

A – MESSAGE DES PROPHETES

12. Les Prophètes ont été les premiers à initier cette doctrine sociale, à poser les jalons de ce qui deviendra la morale sociale de l’Eglise. Leur pensée sociale et religieuse s’est d’abord élaborée autour du thème de la justice. Pour eux, la justice est la conduite la plus significative.

Pour cela, ils mettent en lumière d’abord le droit du petit, du pauvre, de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, du salarié…Tous ceux que les nantis tendent à exclure du partage des biens.

13. Ainsi, la justice pour eux, n’est pas d’abord le droit de ceux qui ont, c’est avant tout le droit de ceux qui n’ont pas. Le droit du membre de la communauté qui est dans la nécessité. L’étranger n’est pas exclu de la communauté (Ex 23, 9; Dt 24,17).

« Tu n’exploiteras pas le salarié humble et pauvre. Tu ne violeras pas le droit de l’étranger. Tu ne prendras pas en gage le vêtement de la veuve. Souviens-toi que tu as été en servitude en pays d’Egypte et que Yahvé, ton Dieu t ‘a racheté »(3)

14. Pour les prophètes, la religion ne vaut rien sans la justice. En effet, devant l’injustice sociale, Yahvé n’hésite pas à remettre en question ses promesses les plus solennelles. Voilà pourquoi ce que Yahvé attend du peuple qu’il s’est choisi comme la contrepartie de son alliance, ce

« ne sont ni les assemblées de prières, ni les sacrifices, ni les fêtes, ni les pèlerinages, ni les temples grandioses, ni les jeûnes, mais qu’il soit, au milieu des impies, le témoin, le prophète de sa justice. »(4)

Au nom des clauses de l’Alliance, les prophètes exhortent chaque membre de la société à s’engager et à travailler pour la construction ou l’émergence d’une société de droit où la vie devient possible pour tous, spécialement pour les faibles, les humbles, les sans-voix…(5)

15. Cette justice sociale est plus importante que toutes les solennités, les holocaustes, les sacrifices des bêtes grasses.

« Je hais, le méprise vos fêtes; pour vos solennités je n’ai que dégoût. Quand vous m’offrez des holocaustes…vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes! Mais que le droit coule comme l’eau, et la justice, comme un torrent qui ne tarit pas. »(6)

16. A la suite des prophètes dont la voix a été amplifiée par le Christ Jésus et ses apôtres, l’Eglise, depuis les origines, indique sans cesse les implications sociales de l’intervention historique de Dieu. Cela se réalise à travers les Pères de l’Eglise et le Magistère pontifical.

B. LES PERES DE L’EGLISE

« Le propre de la vie sociale est de faire converger vers une fin commune l’activité de chacun. »

17. Les Pères, dans leurs enseignements, invitaient leurs auditeurs à une organisation sociale communautaire, prélude à une réforme des structures de la société. Même si les Pères n’ont pas expressément parlé d’une transformation des structures sociales, la réforme qu’ils préconisent passe par l’attention à autrui qu’il faut considérer comme un frère, et qu’il faut chercher à découvrir, à reconnaître, à aimer pour pouvoir l’aider.

« Tu contemples ton or et tu n’as pas un regard pour tes frères. Tu connais toutes les espèces de monnaie et tu sais distinguer la fausse pièce de la vraie, mais ton frère dans le besoin, tu l’ignores totalement » écrit St Basile(7).

Le partage des biens est la règle d’or que doivent pratiquer les riches, les possédants. C’est grâce à leur générosité que ces derniers seront sauvés. Et cette générosité n’est pas motivée par un élan du coeur, mais par le droit des pauvres. St Basile se fera le chantre de ce droit qu’on doit reconnaître aux pauvres:

« Celui qui dépouille un homme de ses vêtements aura nom de pillard. Et celui qui ne vêt point la nudité du gueux, alors qu’il peut le faire, mérite-t-il un autre nom? A l’affamé appartient le pain que tu gardes. A l’homme nu le manteau que recèlent tes coffres. Au va-nu-pieds, la chaussure qui pourrit chez toi. Au miséreux, l’argent que tu tiens enfoui ».(8)

Cet enseignement des Pères sera repris et approfondi par le Magistère Pontifical depuis le Pape Léon XIII jusqu’à nos jours.

C. LE MAGISTERE PONTIFICAL(9) ET LE CONCILE VATICAN II

18. Dès le début de son pontificat, le pape Léon XIII écrit une encyclique(10) appelée Immortale Dei (1881). Il écrit ce document au moment où les pouvoirs publics interféraient sur les décisions de l’Eglise et tentaient de l’influencer. Il intervient pour définir la souveraineté de chaque pouvoir, temporel et spirituel. Dieu a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances: la puissance spirituelle et la puissance temporelle; la première préposée aux choses divines, et la seconde aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine puisque renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité avec sa nature et son but spécial. il y a donc comme une sphère circonscrite dans laquelle chacune exerce son action jure proprio.

19. Le même pape, en 1891, publie un document retentissant intitulé Rerum Novarum, pour traiter de la condition sociale des ouvriers. A cette époque, la condition des ouvriers était devenue un danger pour la société. En effet, les rapports entre les patrons et les ouvriers s’étaient détérioriés car, d’une part, la richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence, ce qui a créé pour ces derniers une situation d’infortune et de misère imméritée et d’autre part, des hommes turbulents et astucieux cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter les troubles(11).

Dans cette lettre encyclique, tout en respectant les droits des patrons, le pape Léon XIII réhabilite la condition des ouvriers et garantit leur droit.

20. L’un des successeurs de Léon XIII, le pape Pie IX, en 1973, face à la montée et à la propagande du communisme athée, met les chrétiens et les hommes de bonne volonté en garde contre cette doctrine, à travers l’encyclique Divini Redemptoris (19 mars 1937) où il affirme sans ambages que le communisme est intrinsèquement pervers(12). Par ce cri d’alarme Pie XI engage les chrétiens à rejeter publiquement le Communisme. Et cela vaut encore aujourd’hui face aux normes subtiles du communisme qui résident dans le rejet de Dieu de la vie de l’homme.

21. La même année, le Reich(13) multiplie ses mesures coercitives et répressives envers la jeunesse: le nazisme bat son plein. C’est alors que le Pape Pie XI publie une lettre encyclique intitulée Mit brennender Sorge(14). Il y condamne la doctrine raciste du nazisme et son exaltation de la supériorité de la race aryenne. En un mot il rejette au nom de la foi chrétienne cette doctrine anti-chrétienne.

22. Plus tard, après la deuxième guerre mondiale, la situation internationale des années de la guerre froide était surtout dominée par la menace nucléaire. Tout conflit devenait rtop dangereux parce qu’il mettait en jeu des armes atomiques aux capacités de destructions incalculables. Les deux Grands, les Etats-Unis et l’Union soviétique avaient en fait accumulé un arsenal nucléaire capable de détruire toute l’humanité. C’est dans ce climat de peur généralisée et surtout à la suite de la crise de Cuba, où l’installation de fusées soviétiques avait mené le monde tout près d’un conflit nucléaire que le pape Jean XXIII publie l’encyclique Pacem in terris le 11 Avril 1963. Le pape met le monde entier en garde contre le danger de la guerre et les bienfaits de la paix, la paix « objet du désir profond de l’humanité de tous les temps ». Par cette encyclique, il exhorte les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à s’engager en faveur de la paix et à la construire par tous les moyens.

23. La construction de cette paix passe par l’amélioration des conditions et l’augmentation du niveau de vie des hommes et des peuples. Ainsi, dans la même perspective, le pape Paul VI, dans son encylique Populorum Progressio, affirme bien fort que le

« développement est le nouveau nom de la paix »(15)

24. Le Concile Vatican II, spécialement dans sa constitution pastorale Gaudium et spes(16)(7 décembre 1967), parle de la

« sauvegarde de la paix et de la construction de la communauté des nations »(17)

Il souligne l’importance de la paix et demande aux nations de mettre un frein aux guerres et à la course aux armements.

25. Plus près de nous, le Pape Jean-Paul II, fait écho au synode des évêques africains. Dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Africa au chapitre VI intitulé « Construire le Royaume », il affirme que la politique ne doit pas être une tribune de discours sans prise sur la réalité ou le concret de la vie quotidienne, la vie réelle. Ainsi, il exhorte les laïcs catholiques qui occupent des fonctions publiques à faire correspondre leur engagement civil à leur témoignage pour la justice et la solidarité.

« De nos jours, dans une société pluraliste, c’est toujours grâce aux engagements des laïcs catholiques dans la vie publique que l’Eglise a le meilleur impact… »(18)

26. Le pape Jean-Paul II invite aussi les hommes politiques à construire l’unité nationale. Cela exige qu’il faille par exemple:

  • « concilier les différences extrêmes et dépasser les animosités ethniques anciennes »;
  • adopter des politiques appropriées aptes à améliorer la croissance et les investissements afin de créer des emplois;
  • protéger le patrimoine commun contre toutes les formes de gaspillage et de détournement réalisés par des citoyens dépourvus de sens civique et des étrangers sans scrupule;
  • fustiger aussi le commerce des armes qui sèment la mort.

27. A cet effet, le pape lance un appel à tous les pays qui vendent des armes à l’Afrique, en les suppliant « d’arrêter de le faire ». En retour il demande aux gouvernements africains

« de renoncer aux dépenses militaires excessives afin de consacrer plus de ressources à l’éducation, à la santé et au bien-être de leurs peuples. »(19)

Il invite les laïcs chrétiens à s’engager « dans les luttes démocratiques selon l’esprit de l’évangile » afin que l’Eglise soit effectivement « présente à la construction d’un état de droit partout en Afrique »(20)

Avec l’assemblée synodale, le Saint Père

« fait monter vers le Seigneur une prière fervente pour que surgissent en Afrique des responsables politiques – hommes et femmes – saints, pour qu’il y ait de saints chefs d’Etat qui aiment leur peuple jusqu’au bout et qui désirent servir, plutôt que se servir ». (21)

28. Tous ces documents et bien d’autres encore, ont pour but d’attirer votre attention de décideurs, d’hommes politiques, de simples citoyens, pour tout dire, de tous les hommes de bonne volonté, sur tout dire les événements qui secouent le monde des hommes et qui sont en dernière analyse des événements politiques déterminant le cours de notre monde, de notre continent africain, de notre pays, la Côte d’Ivoire.

C’est dans le souci de vous aider dans votre engagement social et politique que nous vous avons écrit diverses lettres pastorales dont nous ne vous rappelons que celles qui touchent la question politique et sociale.

D. LE MAGISTERE LOCAL

29. Ainsi le 2 décembre 1982, dans notre lettre pastorale sur l’éducation, nous attirions votre attention sur l’orientation très matérialiste que prenait la société ivoirienne; ce qui, à terme, pouvait engendrer une société dualiste où se creuse la distance entre les pauvres et les riches.

« Cette sorte de société ignorera la communication naturelle, régulière entre les différentes couches sociales. Le dialogue véritable s’y avère impossible ou tout au moins conventionnel et artificiel. Les pauvres, par peur des grands, risquent de se contenter d’écouter et d’enregistrer ce que leur disent les hommes au pouvoir, jusqu’à ce que, à bout de patience et de tolérance, le peuple exacerbé en vienne à s’armer de courage et d’audace pour se rebeller contre une telle société. L’histoire nous montre que le peuple déchaîné est plus violent et commet plus de dégâts qu’un fleuve qui rompt ses digues et détruit tout sur son passage ».(22)

30. Aujourd’hui nous pouvons remercier le Seigneur d’avoir épargné à notre pays ce durcissement de position des deux couches qui se mettaient en place et qui apparaissaient à certains comme une vue de l’esprit.

31. Au premier trimestre de l’année 1990, notre pays a frôlé la catastrophe. les troubles sociaux, le soulèvement des étudiants auxquels s’est jointe une jeunesse désoeuvrée, sans foi ni loi, au nom évocateur de « loubards » qui n’avaient rien à perdre, les descentes des militaires dans la rue…créèrent une telle tension dans le pays que la peur d’un chambardement envahit tous les coeurs. Nous vous avions alors adressé un message dans lequel nous vous exhortions au dialogue vrai, à

« un changement radical de mentalité, de comportement de la part de chacun et de tous sans exception et cela à tous les niveaux, en vous laissant pénétrer et interpeller par la vérité. »

Nous avons évité un tel malheur grâce, d’une part à la mobilisation, dans la prière en faveur de notre pays, de toutes les confessions religieuses confondues et d’autre part, aux interventions personnelles et directes de certaines personnalités civiles et religieuses, auprès des partis en conflit.

32. Nous avons pris l’habitude, à l’occasion des élections, d’adresser une lettre pastorale aux chrétiens et à vous tous, frères et soeurs habitant ce pays, pour vous rappeler votre devoir de citoyens et vous exhorter à dépassionner les débats politiques, pour rechercher le bien de la nation entière.

33. Ainsi en 1990, nous vous avons adressé la lettre pastorale sur la politique au service du pays, à travers laquelle nous avons analysé la crise qui a secoué notre pays, diagnostiqué et reconnu les causes et tiré les leçons qui s’imposaient. nous avons dit que l’objectif final de la politique, c’est la poursuite et le service du bien commun de la nation.

En 1995, l’année de la deuxième législature, depuis l’avènement de la démocratie multipartiste en Côte d’ivoire, nous avons parlé de la préparation morale et spirituelle pour aborder les élections toutes proches.

34. Nous souhaitons vivement que ces documents et celui que vous tenez entre les mains trouvent des cadres et des forums appropriés de réflexion qui aboutissent à l’action. Cet engagement auquel nous vous invitons s’inscrit également dans l’esprit de nos sociétés traditionnelles qui sont régies par un principe de solidarité réciproque ou dialectique. La communauté est au service de l’individu et l’individu au service de la communauté. En somme, c’est le bien commun qui est toujours recherché.

Les Evêques de Côte d’Ivoire

A suivre

 

__________________________________________________

  1. Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire.- Lettre pastorale à l’occasion du premier centenaire de l’Evangélisation de la Côte d’Ivoire, 18 avril 1995, n° 14, p. 5
  2. JEAN-PAULII.- Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 14 Septembre 1995, n° 75
  3. Dt 24,17
  4. Is 1,11-17
  5. Is 1,16-17; Am 5,21-24;Jr 7,5-6
  6. Am 5, 21-24
  7. Homélie 6, Riches et pauvres, p. 71, PG 31, 268
  8. Homélie 6, Contre la richesse, p. 76, PG 31, 277
  9. Magistère pontifical: un ensemble des enseignements des papes.
  10. L’Encyclique est une lettre écrite par le pape; c’est souvent une lettre circulaire adressée par le pape à tous les évêques et chrétiens du monde entier unis à Rome. Le mot a été utilisé pour la première fois au XIIIè siècle et est moins ancien que la réalité qu’il désigne, car de telles lettres existaient bien avant cette date. Une encyclique, quoi que n’ayant pas une valeur dogmatique, a du poids dans l’Eglise. Il ne faut pas la comparer ni à une loi ni à un règlement intérieur, ni à une constitution. Le plus souvent, elle expose, en le précisant, l’enseignement de l’Eglise sur un problème particulier que les nécessités de l’heure ont mis en évidence. Mais cet enseignement ne bénéficie pas du caractère d’infaillibilité. Les encycliques sont désignés par leur incipit, c’est-à-dire leurs premiers mots. L’encyclique comme telle est une manifestation du magistère ordinaire. Littéralement « des choses nouvelles » traduites par « la soif d’innovation ».
  11. Cf n°1 de l’encyclique.
  12. Cf n° 58
  13. Le Reich signifie l’empire allemand.
  14. « Mit brenneder Sorge »: avec une vie inquiétude.
  15. PAUL VI.- encycl. Populorum progressio, 26 mars 1967, n° 70
  16. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II.- Const. past. Gaudium et spes, 7 décembre 1967, chap. V
  17. Chap. V.
  18. Ecclesia in Africa, 108
  19. Ecclesia in Africa, 118
  20. Ecclesia in Africa, 112
  21. Ecclesia in Africa, 111
  22. Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire.- Lettre pastorale sur l’éducation, 2 décembre 1982, p. 6
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