LA POLITIQUE AU SERVICE DU PAYS – LETTRE PASTORALE DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE3

TROISIEME PARTIE

APPEL PRESSANT A TOUS

1. AUX RESPONSABLES RELIGIEUX

Et d’abord nous les responsables religieux, n’avons-nous pas à nous remettre en cause? Avons-nous toujours su prêcher à temps et à contretemps la parole de Dieu? Et avons-nous aidé suffisamment et à propos les dirigeants et les autres par nos conseils judicieux et nos exemples? Avons-nous su combattre chez nos fidèles l’ indifférence, l’ égoïsme, la tiédeur et le fanatisme?  Nous avons certainement des efforts à faire pour accomplir notre mission dans la société d’aujourd’hui.

2 AUX CROYANTS

Nous lançons un appel fraternel à tous les croyants. Vous savez frères que pour celui qui croit en Dieu, aucune situation n’est désespérée. Dieu, le Tout-Puissant, est au coeur des événements de la vie des hommes. Maître de tout, il conduit avec sagesse notre histoire. il aime la Côte d’ Ivoire. il ne peut l’ abandonner.

Le moment est favorable. En ces heures difficiles, tournez-vous vers Dieu et à la lumière de votre foi, lisez attentivement les événements de ces derniers mois. Vous discernerez les appels de Dieu à la conversion des mentalités, à un profond changement de vie dans la vérité et l’ humilité. Bref, vous y découvrirez une immense source d’espérance.

C’est dans votre foi que vous devez également puisez la force pour oeuvrer au développement intégral de la nation ivoirienne. C’est dans cette foi que, vous croyants, vous devez rechercher et trouver la vraie valeur de la tolérance, du respect de l’autre, de la fraternité et de l’amour. A l’heure des débats politiques, n’oubliez pas cette nécessaire référence à la foi en Dieu.

3. AUX CHRETIENS

Quant à vous chrétiens, vous savez qu’à la suite de notre Maître Jésus-Christ, vous devez être lumière des nations. Dans cette période trouble et ténébreuse de son histoire, la Nation ivoirienne attend, exige même que vous soyez, vous aussi, la lumière qui la guide à travers le tunnel de cette crise. Elle attend la cohérence de votre foi en Jésus avec votre vie de chaque jour dans vos familles, vos professions et vos relations humaines. La Nation tout entière espère que, au nom de Jésus, qui est VERITE et AMOUR, vous vous efforcerez de renoncer à l’égoïsme et à l’orgueil pour encourager et promouvoir la concertation dans la franchise et dans l’humilité.

il ne nous appartient pas de vous orienter vers tel ou tel parti politique. Vous les jugerez concrètement sur leurs intentions et leur programme pour motiver vos choix. Vous vous rappellerez cependant que le parti que vous aurez choisi doit vous pousser à servir les hommes dans le respect des lois de Dieu révélé en Jésus-Christ.

4. AUX DIRIGEANTS ET MILITANTS DE TOUS LES PARTIS POLITIQUES

Une page de notre histoire nationale est tournée. A vous tous il revient d’écrire, dans le respect mutuel et l’unité, la nouvelle page qui s’ouvre devant vous.

Le multipartisme, c’est-à-dire la liberté de choisir son parti, son appartenance politique, ne nous offre pas une panacée, une solution miracle, tant s’en faut. seules les qualités des hommes qui l’emploient et le vivent, peuvent lui imprimer une orientation humaine profitable à tous. En fait c’est un régime exigeant, un régime de remise en question constante, de réajustement périodique. Faute de quoi, les risques encourus sont éprouvants, intolérables à la longue: effritement, dictature de fait des partis, révolte des sans voix, immobilisme, démagogie…

Chers compatriotes qui entendez prendre une part active dans les affaires publiques nationales, adultes et jeunes, nous vous demandons de vérifier vos motivations et de purifier votre regard.

Nous souhaitons surtout que vous viviez avec sérénité, le multipartisme pour que cette nouvelle expérience politique soit un succès. Que jamais des frères et des amis ne s’entredéchirent pour des raisons politiques, étant bien entendu que tous les partis politiques doivent être au service du bonheur de l’homme dans ce pays.

Certes la promotion personnelle et les avantages matériels ont leur importance, mais s’ils sont les seuls à déterminer votre carrière politique, c’est le règne de l’arbitraire, la spirale de la violence verbale et physique. Les hommes qu’il faut pour sortir ce pays de l’ornière devront se tenir au dessus du discours figé de la nostalgie et du verbe démagogique. Mensonge et désinformation, bas calculs et agressions de toutes sortes…rabaissent leurs auteurs et n’apportent en définitive rien de positif à la cause que l’on croit défendre. car seule la vérité rend l’homme vraiment libre et responsable.

5. AUX JEUNES GENS ET JEUNES FILLES

Dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, vous constituez la frange la plus nombreuse de la population.

En partie, vous êtes à l’origine de ce changement généralisé. Dans ce vent de renouveau, vous avez osé, certains, prendre vos responsabilités dans le bien. D’autres, mal informés ou pervers, ont posé des actes répréhensibles. Qu’ils sachent, ces derniers, que « persévérer dans le mal est diabolique ».

Dans cette période d’incertitude et de brouillard, soyez vous-mêmes. Efforcez-vous de faire le bon choix. Cela suppose de votre part une volonté constante de vous informer objectivement et de vous former afin de vous déterminer en toute connaissance de cause.

Avec vos parents, vos éducateurs, vous avez particulièrement porté le poids de « l’année blanche ». Certains d’entre vous ont employé ces longs moments de loisirs à la réflexion, à l’aide organisée à leurs frères plus pauvres, à l’étude, à la prière. Cela est positif.

Nous souhaitons avec vous tous que les cours reprennent dans de meilleurs conditions; que les autorités et vous-mêmes, dans une concertation constante, trouviez les voies et moyens d’une reprise harmonieuse et profitable à tout le pays.

Jeunes gens et jeunes filles, dans l’atmosphère actuelle où les vraies valeurs humaines s’estompent, sachez faire la part des choses. gardez en tout votre liberté d’action. habituellement, vous êtes exigeants pour les adultes, soyez aussi sans complaisance pour vous-mêmes. Mettez dans votre vie un maximum de foi, d’espérance et de charité.

6. AUX CITOYENS ET CITOYENNES

Hommes et femmes de toutes origines et de toutes religions, efforcez-vous de vivre cette période de crise généralisée d’une façon positive. C’est-à-dire reconnaissez dans le calme et la lucidité, la profondeur et la multiplicité des problème qui sont les nôtres sans désespérer de l’avenir.

L’histoire de tout un pays ne peut se limiter à trente ans d’existence. Il n’est pas tonifiant de situer définitivement l’âge d’or de la Côte d’Ivoire dans le passé. Ce serait également illusoire et dangereux de gommer ce passé et de miser uniquement sur le présent et l’avenir. les peuples sans mémoire sont des peuples très vulnérables. L’histoire est toujours maîtresse de vie.

Malgré des erreurs de parcours, notre pays, aujourd’hui encore, dispose d’immenses possibilités pour construire un avenir meilleur.

Comptez ses nombreuses ressources humaines: population jeune bouillonnante de vie, cadres autochtones diversifiés et compétents qui ne demandent qu’à s’investir dans le secteur privé et dans les institutions publiques. Une prise de conscience plus nette des défis nationaux arme le courage et d’enthousiasme ceux qui se donnent la peine de réfléchir. La Côte d’Ivoire, dit-on, regorge de richesse dans le sol et le sous-sol et n’a pas encore entamé la phase précieuse des transformations industrielles.

Nous souhaitons que progressivement chacun quitte son manteau de consommateur assisté. Soyez de ceux qui conçoivent, qui produisent et participent intelligemment aux prises de décisions au plan local, national et international.

La Côte d’Ivoire est une terre d’acueil et l’Ivoirien veux rester hospitalier. Mais il entend aussi être respecté et maître chez lui. Cependant, il ne peut atteindre cet objectif que par son travail. C’est pourquoi aucun métier honnête, si obscur soit-il ne devrait lui répugner. Qu’il se décide donc au travail bien fait, à l’épargne, moteurs de toute vraie réussite économique.

Enfin, la concertation nationale période déjà instituée et toujours désirée par beaucoup d’entre vous, si elle est effectuée dans la transparence et le respect de l’autre, peut nous apporter un regain d’énergie et de fraternité constructive.

EN GUISE DE CONCLUSION

Les pays, comme les hommes, connaissent, dans leur évolution, leurs heures de gloire et leurs heures d’épreuves plus ou moins prolongées. La Côte d’Ivoire peut convertir ses échecs en victoires sur elle-même, ses revers en changes de redressement et de développement intégral selon les voeux de ses filles et de ses fils.

Puisse le seigneur dans sa grande miséricorde, apaiser les rancoeurs, panser nos plaies, susciter chez nous des hommes et des femmes compétents et capables aux postes qui leur sied. Que Dieu nous aide à relever nos défis dans la sérénité, la paix, l’amour de la patrie et l’unité nationale.

Fait à Abidjan, le 18 Juillet 1990

Vos frères les Evêques de Côte d’Ivoire

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