Préface de la 2è édition de la critique de la raison pure de Kant

PREFACE DE LA 2è EDITION

TEXTE

Cet essai réussit à souhait et promet à la Métaphysique, dans sa première partie, où elle ne s’occupe que des concepts a priori dont les objets correspondants peuvent être donnés dans l’expérience conformément à ces concepts, le sûr chemin d’une science. On peut, en effet, très bine expliquer, à l’aide de ce changement de méthode, la possibilité d’une connaissance a priori et, ce qui est encore plus, doter les lois, qui servent a priori de fondement à la nature, considérée comme l’ensemble des objets de l’expérience, de leurs preuves suffisantes – deux choses qui étaient impossibles avec la méthode jusqu’ici adoptée. Mais cette déduction de notre pouvoir de connaître a priori conduit, dans la première partie de la Métaphysique, à un résultat étrange et qui en apparence, est très préjudiciable au but qu’elle poursuit dans sa seconde partie: c’est qu’avec ce pouvoir nous ne pouvons pas dépasser les limites de l’expérience possible, ce qui pourtant est l’affaire la plus essentielle de cette science. Mais la vérité du résultat auquel nous arrivons dans cette première application de notre connaissance rationnelle a priori nous est fournie par la contre-épreuve de l’expérimentation, en cela même que cette faculté n’atteint que des phénomènes et non les choses en soi qui, bien que réelles par elles-mêmes, restent inconnues de nous. Car ce qui nous porte à sortir nécessairement des limites de l’expérience et de tous les phénomènes, c’est l’Inconditionné que la raison exige dans les choses en soi, nécessairement et à bon droit, pour tout ce qui est conditionné, afin d’achever ainsi la série des conditions. Or, en admettant que notre connaissance expérimentale se règle sur les objets en tant que choses en soi, on trouve que l’Inconditionné ne peut pas être pensé sans contradiction; au contraire, si l’on admet que notre représentation des choses telles qu’elle nous sont données ne se règle pas sur les choses mêmes considérées comme choses en soi, mais que c’est plutôt ces objets, comme phénomènes qui se règlent sur notre mode de représentation, la contradiction disparaît, et si, par conséquent, l’Inconditionné ne doit pas se trouver dans les choses en tant que nous les connaissons (qu’elles nous sont données), mais bien dans les choses en tant que nous ne les connaissons pas, en tant que choses en soi, c’est une preuve que ce que nous avons admis tout d’abord à titre d’essai est fondé*.

*Cette expérimentation de la raison pure a beaucoup d’analogie avec celle que les chimistes appellent souvent essai de réduction, mais généralement procédé synthétique. L’analyse du métaphysicien sépare la connaissance a priori en deux éléments très différents, à savoir: celui des choses comme phénomènes et celui des choses en soi. La dialectique les réunit de nouveau pour faire l’accord avec l’idée rationnelle nécessaire de l’inconditionné et elle trouve que cet accord n’est jamais produit que par cette distinction, laquelle est par conséquent vraie.

Or, il nous reste encore à chercher, après avoir refusé à la raison spéculative tout progrès dans le champ du supra-sensible, s’il ne se trouve pas, dans le domaine de sa connaissance pratique, des données qui lui permettent de déterminer ce concept rationnel transcendant de l’Inconditionné et de dépasser, de cette manière, conformément au désir de la Métaphysique, les limites de toute expérience possible avec notre connaissance a priori, mais uniquement possible au point de vue pratique. En suivant cette méthode la raison nous a du moins procuré un champ libre pour une pareille extension, bien qu’elle ait dû le laisser. Il nous est donc encore permis, elle-même nous y invite, de le remplir, si nous pouvons, pour des données pratiques.*

*C’est ainsi que les lois centrales des mouvements des corps célestes convertirent en certitude absolue la théorie que COPERNIC n’avait admise tout d’abord que comme une hypothèse, et qu’elles prouvèrent en même temps la force invisible qui lie le système du monde (l’attraction de NEWTON) et qui n’aurait jamais été démontrée si COPERNIC n’avait pas osé rechercher, d’une manière contraire au témoignage des sens, mais pourtant vraie, l’explication des mouvements observés, non dans les objets du ciel, mais dans leur spectateur. Dans cette préface, je ne présente que comme une hypothèse le changement de méthode que j’expose dans la Critique et qui est analogue à cette hypothèse de COPERNIC. Ce changement sera toutefois établi dans le traité même par la nature de nos représentations de l’espace et du temps et par les concepts élémentaires de l’entendement; il sera donc prouvé non plus hypothétiquement, mais bien apodictiquement. Je le présente ici comme hypothèse uniquement pour faire ressortir le caractère toujours hypothétique des premiers essais d’une réforme de ce genre.

COMMENTAIRE

On pourrait dire que cette conception de la connaissance et de son rapport productif à l’objet est trop unilatéral: le sens de l’expérience s’y opposerait. La connaissance pourrait bien, après tout, s’effectuer d’une telle manière spontanée; mais la valeur de l’expérience, à laquelle même GALILEE et COPERNIC ont dû se soumettre, n’en subsisterait pas moins. Or, bien que ce sens de l’expérience – dans la mesure où cette dernière est une source particulière de la connaissance – ne soit nullement congédié, il ne peut pourtant être pris en considération à cet endroit. Il s’agit, au contraire, de fonder ici le concept d’expérience sur la connaissance et de l’assimiler à cette connaissance; mais il ne s’agit pas de le rapporter à l’accumulation et au développement des connaissances dans lesquelles la signification de l’expérience est ordinairement comprise. C’est ce que signifient les propositions: "

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