ETHIQUE, DROIT et SOCIETES CONTEMPORAINES

ETHIQUE, DROIT et SOCIETES CONTEMPORAINES

Que faut-il entendre par éthique?

Le terme grec « ήθίκή  » a été rendu dans le grec moderne par ήθος qui signifie caractère, et ήθικός qui veut dire moral. Certains partent de cette étymologie du grec pour faire la différence avec la morale qui vient du latin mos (mœurs, coutumes). Ce terme de moral sert à désigner « les conceptions intuitives qui guident les hommes dans leur appréhension du bien et du mal que la discipline philosophique qui aborde ces questions » (Dictionnaire des Notions Philosophiques, p. 1664). Si « Ethique » s’adosse au grec « ethos », comme morale au latin mos, moris, la proximité sémantique de ces racines risque de masquer des distinctions qui autorisent l’écart entre leurs emplois.

  1. Dans beaucoup d’ouvrages contemporains, en France notamment, l’interchangeabilité est fréquente et répond à un souci de variation stylistique: cf. singulièrement J. Nabert dans ses Eléments pour une éthique (Paris, PUF, 1943) et le préfacier de la seconde édition (Aubier, 1962), P. Ricœur.
  2. Cependant, exprimant ou non le lien du grec à la langue savante, l’éthique a souvent été considérée comme la morale des philosophes – ou philosophie morale – c’est-à-dire comme proprement théorique.
  3. Or un faisceau d’indices concordants limite cette appréhension des choses en induisant à comprendre l' »éthique » toujours davantage comme l’accomplissement de la philosophie pratique – là où la morale reste suspendue dans un monde de normes jamais pleinement réalisées:
  1. Originellement lié à un ethos signifiant habitude, caractère, voire demeure, l' »éthique » est largement aussi concret que le « moral »;
  2. En interrogeant ceux qui disposent des deux termes, la morale apparaît comme pesée d’un système de règles communes et l’éthique comme collant à chaque individualité;
  3. La disparité d’orientation en philosophie pratique suggère un clivage interprétatif complété par un relais historique. Dans le premier cas, là où la morale est corrélative d’une centration sur la conscience, avec une idée de transcendance – fût-elle sociale – et d’opposition à la nature, l’éthique suppose une certaine inhérence ou immanence (cf. manere: demeurer) au monde. Et l’on assiste peut-être à une certaine dilution de la morale – à travers des crises successives au bénéfice d’abord d’une vaste objection amoraliste (nos sociétés industrielles ayant neutralisé ou laminé les valeurs, sous le signe des faits et du rendement), puis d’esquisses de renouveau, relevant précisément du registre éthique: exigence de fonder la conduite humaine, de donner un sens à la vie, au moment même où bien des attitudes éludent ou nient cette possibilité fondatrice (de l’esthétisme au tragique, la vie comme jeu, sans fondement).

Par éthique nous entendons la  » science ayant pour objet le jugement d’appréciation en tant qu’il s’applique à la distinction du bien et du mal » (Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie d’André Lalande, p. 305)

Historiquement, le mot « Ethique » a été appliqué à la Morale sous toutes ses formes, soit comme science, soit comme art de diriger la conduite. Sous fond d’un certain stoïcisme, les moments forts de la recherche éthique en Occident suivent les étapes suivantes:

  1. D’abord Diderot qui définit l’éthique politique selon ces deux objets principaux: « la culture de la nature intelligente, l’institution du peuple » (opinion des anciens philosophes, dans Littré, V°)
  2. Wolff, ensuite, pour qui la « Philosophie morale, ou éthique, est une science pratique, qui enseigne comment l’homme peut librement ordonner ses actions suivant la loi de la nature » (Ethica, I, 1) Même signification dans le nom des Sociétés éthiques (Ethical societies) anglaises et américaines.
  3. Ampère a appliqué ce mot, au contraire, à la morale descriptive (sciences des mœurs) par opposition à la morale prescriptive (science de ce qu’il faut vouloir), à laquelle il donnait le nom de Thélésiologie. (Essai sur la philosophie des sciences, 2è partie, section c, n° 3 et 4). H. Spencer entend de même l’Ethique comme un fragment d’n tout dont elle est inséparable et qui est l’étude de la conduite universelle (Data of Ethica. Chap. 1).

Il en résulte que, dans l’usage ordinaire, ce mot est employé tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, et le plus souvent avec le même vague que le mot morale.

Il semble qu’il y a ici trois concepts distincts à séparer:

  1. La Morale, c’est-à-dire l’ensemble des prescriptions admises à une époque et dans une sociétés déterminées, l’effort pour se conformer à ces prescriptions, l’exhortation à les suivre.
  2. La science de fait ayant pour objet la conduite des hommes (ou même, selon la vue de Spencer, des êtres vivants en général), abstraction faite des jugements d’appréciation que portent les hommes sur cette conduite. Nous proposons de la nommer Ethographie ou Ethologie.
  3. La science qui prend pour objet immédiat les jugements d’appréciation sur les actes qualifiés bons ou mauvais. C’est ce que nous proposons d’appeler Ethique. – En effet, quelque hypothèse qu’on adopte sur l’origine et la nature des principes de la morale, il n’est pas douteux que les jugements de valeur portant sur la conduite sont des faits réels, dont il y a lieu de déterminer les caractères, et que l’étude de la conduite ne peut être substituée à l’étude directe de ceux-ci, puisque la conduite des hommes n’est pas toujours conforme à leurs propres jugements sur la valeur des actes. Sans doute, il arrive qu’en fait, les questions de Morale et celle d’Ethique, ainsi définies, sont mêlées; mais cela n’exclut pas une distinction très nette de leurs définitions.
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