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CONFERENCE EPISCOPALE DE COTE D’IVOIRE – LE CHRETIEN FACE A LA POLITIQUE – Formation Politique et Civique – 2

juillet 26, 2008

CHAPITRE II: BREVE PRESENTATION DE L’ANTHROPOLOGIE ET DE LA SOCIOLOGIE DU POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL ET MODERNE

INTRODUCTION: LE POUVOIR EN GENERAL

1. QU’EST-CE QUE LE POUVOIR ET QU’ELLE EST SA NATURE?

35. Le pouvoir est la capacité de mouvoir et de contraindre quelqu’un pour obtenir de lui quelque chose ou pour lui faire accomplir un acte. Exemple: le pouvoir de Pierre sur Paul est la capacité de Pierre d’obtenir que Paul fasse quelque chose qu’il n’aurait pas fait sans l’intervention de Pierre.

En d’autres termes, le pouvoir est la capacité d’agir d’un individu ou d’un groupe sur un autre individu ou sur un autre groupe. En bref le pouvoir exprime une relation de dépendance des individus-en société les uns vis-à-vis des autres.

36. Le concept de pouvoir implique l’idée de force, de séduction, d’attirance et de domination si bien que le pouvoir signifie toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre les résistances des autres.(1)

Pour saisir davantage la nature du pouvoir, il est bon de le rapprocher et de le distinguer de l’autorité.

2. AUTORITE ET POUVOIR

37. L’autorité désigne toute forme de pouvoir reconnu comme légitime par la loi ou la coutume de ceux qui y sont soumis. L’autorité est donc un pouvoir reconnu comme légitime. Qu’est-ce que la légitimité du pouvoir et d’où vient-elle?

La légitimité du pouvoir signifie concrètement que celui qui exerce le pouvoir politique a la certitude de rencontrer une volonté d’obéir de la part de ceux sur qui il exerce le pouvoir politique; il doit être accepté et reconnu par eux.

La légitimité du pouvoir vient de sa conformité aux règles fixées et reconnues par le groupe dont la Constitution est l’expression accomplie. C’est pourquoi cette Constitution appelée aussi loi fondamentale doit faire l’objet d’un grand respect.

38. Le pouvoir, d’une manière générale, recouvre toutes les formes de relations entre les hommes. Ces relations sont marquées par toutes sortes d’influences telles que la dépendance, la manipulation ou l’exploitation, ainsi par exemple, le pouvoir légitime (l’autorité) d’un Maître sur les employés municipaux qui lui sont officiellement soumis, est tout à fait différent du pouvoir que peuvent avoir sur ces mêmes employés, les intérêts privés susceptibles de les récompenser ou les réseaux de relations dont ils dépendent pour réussir dans leur tâche.

On constate de la sorte que les multiples pouvoirs qui s’exercent sur les mêmes personnes sont de nature différente, et il importe de ne pas les confondre. Cela nous amène à dire qu’il y a une pluralité de pouvoirs.

39. Dans cette deuxième partie, nous verrons successivement le pouvoir dans les sociétés traditionnelles et modernes, le concept  de la démocratie et ses principes, l’xpérience démocratique en Côte d’Ivoire et l’avènement d’une société démocratique dans ce même pays.

A. LE POUVOIR DANS LES COMMUNAUTES TRADITIONNELLES DE LA COTE D’IVOIRE

40. La Côte d’Ivoire, notre pays, sur le plan traditionnel est constituée de plusieurs organisations politiques que l’on peut regrouper en deux systèmes principaux: la chefferie et la royauté.

Ces deux systèmes, différents dans leur stratégie, poursuivent le même but: le maintien et la promotion de l’équilibre social. Dans les communautés traditionnelles, l’exercice du pouvoir est plus qu’un art; c’est une sagesse qui découle de la vision du monde. En effet, l’homme doit vivre en paix, en harmonie avec lui-même, avec ses semblables, avec la nature. C’est pourquoi la pratique du pouvoir est la résultante d’un long processus d’écoute et de négociation en vue de toujours rechercher un consensus. Ainsi, ceux qui exercent le pouvoir sont en contact permament avec toutes les composantes significatives de la communauté: le collège des anciens, les chefs initiatiques, les chefs de terres, les chefs de clans etc. La démocratie traditionnelle est une démocratie consensuelle.

1. LA CHEFFERIE

41. Le système de chefferie traditionnelle a pour caractéristique de permettre la participation effective de tous les individus à la gestion politique de la communauté dans ses dimensions familiales, villageoises et claniques. Ainsi, dès le bas-âge, chaque membre de la communauté est préparé à atteindre cet objectif. C’est là le sens profond des initiations ou des organisations des groupes de générations.

42. Par l’initiation qui peut prendre plusieurs formes selon les ères culturelles, l’individu est préparé à vivre sa vie, à connaître et à reconnaître d’une part, son identité et celle de sa communauté d’origine et d’autre part, sa mission, sa responsabilité vis-à-vis de sa communauté. Il est formé à être un citoyen à part entière, prêt à se donner pour défendre les intérêts et la cause de sa communauté.

43. Quant aux classes d’âge, elles préparent les individus à prendre en groupe, par groupe et à tour de rôle la gestion politique de la communauté villageoise. Elles éduquent les membres de la classe d’âge à défendre les intérêts et la cause de leur village. En effet, les membres d’une classe d’âge sont chargés de veiller à la propreté, à la justice, à l’ordre, à la communication au sein de la communauté, sous le contrôle de leurs aînés.

44. Ces différents systèmes politiques ont pour but d’intégrer l’individu dans la communauté et de faire de lui un responsable de la communauté. Aussi, vivra-t-il dans le groupe et pour le groupe.

Dans une telle communauté, être homme-adulte, autrement dit, homme accompli, c’est prendre part à la gestion de la communauté villageoise toute entière. Les membres de cette classe d’âge au pouvoir ne travaillent pas pour leurs propres intérêts. Ils mettent leur point d’honneur à servir la communauté, à s’investir pour le bien commun.

2. LA ROYAUTE

45. En régime monarchique, le pouvoir politique est héréditaire et de droit divin. Il ne concerne qu’une seule famille ou un clan. Toutefois, le monarque se fait aider dans son gouvernement par des conseillers qui dans certains cas, peuvent exercer le pouvoir en son nom dans leur village respectif.

Ainsi, dans ce système, le pouvoir est exercé par une oligarchie, c’est-à-dire par un groupe restreint de personnes ayant des affinités avec le roi et qui constituent le conseil du royaume. La population reçoit et exécute ses ordres. Le système monarchique ne prépare pas directement tous les individus à une prise en charge des affaires de la société.

46. Ce système semble nier la participation des individus à la gestion du pouvoir, mais en réalité, dans son principe, le pouvoir monarchique est exercé par le peuple à travers le roi qui le représente et le symbolise. Ainsi, en réalité le roi est roi pour le peuple et par le peuple par l’intermédiaire des ancêtres qui fondent son autorité et sacralisent son pouvoir. C’est pourquoi, lorsqu’il est en dysharmonie avec la volonté des ancêtres, le peuple, d’une manière ou d’une autre, peut mettre fin à son règne.

B. LA CONCEPTION MODERNE DU POUVOIR

47. Les sociétés modernes se caractérisent essentiellement par la séparation nette et claire des pouvoirs. En effet, les pouvoirs ne se retrouvent pas entre les mains d’une seule personne. Le pouvoir doit être contrôlé, sinon il devient absolu. C’est pour cette raison que dans les sociétés modernes, les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, économique et intellectuel sont bien séparés. La limitation et la séparation du pouvoir sont une des conditions d’existence de la démocratie. En bref, le pouvoir au sens moderne du terme est un pouvoir public ou politique; il est différent du pouvoir familial, villageois, tribal voire ethnique. Il est aussi sociétal c’est-à-dire qu’il concerne la cité ou la société toute entière. Le pouvoir moderne est pluriel et laïc.

C. LA DEMOCRATIE

1. PRINCIPE

1.1. Définition

48. Etymologiquement et de manière classique, la démocratie se définit comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. En d’autres termes, le pouvoir appartient au peuple, il est exercé par le peuple en vue de son bien-être.

49. Aristote disait déjà que les hommes cherchent non seulement à vivre mais à bien vivre. Pris isolément, les hommes ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes. Ils ne peuvent pas satisfaire tous leurs besoins. Pour mieux vivre, ils cherchent à s’associer. La politique est précisément l’art d’associer les hommes pour vivre ensemble. Elle est au service du bien commun.

50. Certes, le pouvoir appartient au peuple. Mais il n’a jamais été exercé directement par le peuple. Celui-ci délègue son pouvoir à quelques uns de ses membres qu’il se choisit librement pour le représenter et parler en son nom. Ce sont ces élus et ces représentants du peuple qui exercent le pouvoir politique au nom du peuple et pour le bien-être du peuple.

1.2. Peuple souverain

51. Avant d’être définie comme le gouvernement de la majorité, la démocratie signifie tout d’abord que le pouvoir vient du peuple et réside dans le peuple. En d’autres termes, le pouvoir est au peuple et du peuple. il appartient au peuple et non à son (ou ses) chef(s). Le peuple est le souverain et le chef choisi ou élu est son délégué. En effet, le peuple délègue son pouvoir ou sa souveraineté à celui qu’il choisit comme chef pour le gouverner en vue du bien public, c’est-à-dire du bien du peuple. Ainsi, le gouvernant est lié par le contrat au peuple qui le délègue et dont il dépend. Dans cette optique, la démocratie est le système de gouvernement où ceux qui exercent le pouvoir sont à la fois de simples délégués et représentants du peuple. Ils sont soumis au peuple souverain et non le contraire. Le peuple souverain gouverné a primauté sur les gouvernants. L’exercice du pouvoir s’identifie ici à une délégation. En fait, les gouvernants gouvernent et parlent au nom du peuple souverain. Les gouvernés et les gouvernants devront le savoir. En effet, l’esprit démocratique repose sur cette conscience de l’interdépendance les uns des autres. Nous pourrons appeler démocratique la société où les acteurs sociaux commandent leurs représentants politiques qui contrôlent à leur tour l’Etat.(2) La démocratie n’est possible que lorsque le chef détenteur du pouvoir est conçu comme un représentant du peuple, chargé d’appliquer les décision du peuple qui est en fait le seul dépositaire de la souveraineté ou du pouvoir. Ce qui importe ici, c’est cette logique ou ce mouvement qui va de bas en haut, c’est-à-dire de la société civile vers le système politique et de là vers l’Etat. En résumé, la démocratie se définit comme le régime politique où les gouvernés choisissent et contrôlent librement les gouvernants qui les représentent. Ce contrôle s’effectue par la constitution et l’opinion publique: la démocratie sert à gouverner le gouvernement.

1.3. Le peuple au centre du pouvoir

52. La formule classique de la démocratie, définie comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, exprime la place centrale du peuple. Cela signifie que tout vient du peuple, tout est fait par le peuple et tout retourne au peuple. Le peuple est au coeur, au centre du pouvoir politique. Mieux encore, ce qui est au centre ici, c’est le bien du peuple appelé bien commun, ou intérêts des gouvernés. il ne s’agit pas seulement de la défense des intérêts de ceux qui exercent le pouvoir ni de ceux (groupes politiques ou ethniques) qui les ont élus, mais des intérêts du peuple tout entier.

53. le but de la cité, au sens grec du terme, est de procurer le bonheur à tous. En effet, la cité est un ensemble social où les individus doivent non seulement vivre mais surtout bien vivre.

54. En outre, Aristote condamnait la démocratie dans la mesure où il y voyait la défense et le triomphe des intérêts égoïstes de la majorité parce que la véritable démocratie doit protéger et défendre les intérêts de la société tout entière. Comme le dit bien Alain Touraine:

"Les forces politiques doivent être au service des intérêts sociaux et non pas se servir elles-mêmes"(3)

La politique ne doit pas perdre de vue, sa dimension communautaire de recherche du bien commun ou public. Le peuple doit être le premier servi et respecté. C’est en vue de son bien-être que l’on est élu et que l’on travaille dans le domaine politique. le peuple à la fois gouverné et envoyeur est plus important que les gouvernants délégués et envoyés. En effet, qu’on soit en régime théocratique ou ancestrocratique ou démocratique, celui qui exerce le pouvoir (le chef) sait et doit savoir que le pouvoir n’est pas inhérent à sa personne, qu’il le détient d’un autre plus grand que lui, qu’il est soumis à celui qui l’envoie et dont il tient la place. L’envoyeur est plus important que l’envoyé. C’est là que se saisit l’esprit démocratique.

2. EXERCICE DU POUVOIR

55. La démocratie repose sur un certain nombre de principes. Nous en énumérerons quelques uns.

2.1 La participation des citoyens aux décisions politiques

L’élément clé de tout régime démocratique est la volonté de faire participer le citoyen aux prises de décisions politiques.

Cela se fait dans le cas de la démocratie directe. Celle-ci peut se traduire par le vote ou le référendum par lesquels les citoyens expriment leurs opinions sur les grandes questions concernant l’orientation et l’avenir du pays.

Dans le cadre e la démocratie indirecte (ou représentative), la participation des citoyens se fait par l’intermédiaire des représentants.

Les citoyens élisent librement des hommes et des femmes comme leur porte-parole. Ceux-ci sont chargés de discuter et de voter des lois en vue en vue de l’intérêt général de la nation toute entière.

Ainsi, il doit y avoir une écoute mutuelle entre les élus et le peuple en vue de chercher ensemble le bien commun et le bonheur de tous. Le pouvoir doit se rapprocher des citoyens et être à l’écoute de leurs aspirations et attentes.

L’attention aux problèmes et aux préoccupations des électeurs est la condition même de l’audience politique des élus et des gouvernants.

56. La participation aux décisions politiques créera chez les citoyens un sens de leur responsabilité, de leur civisme et de leur patriotisme. Elle permettra aux citoyens d’une part, de s’engager dans les affaires publiques de leur pays et,  d’autre part, ‘avoir un droit de regard critique sur les actions et les comportements des responsables politiques. Tout cela suppose que le peuple soit éduqué, formé et informé afin qu’il soit capable de prendre des décisions et de faire des choix de candidats en connaissance de cause.

57. La liberté est nécessaire à l’exercice d’une authentique participation politique. Elle est non seulement difficile à cerner et à définir, mais aussi à manier. Elle est une arme à double tranchant qui peut être utilisée en bien ou en mal. Il convient de dire que la liberté totale n’existe pas. Toute liberté humaine est relative. Un vieil adage dit précisément: "La liberté de l’un finit là où commence celle de l’autre". Quoi qu’il en soit, la citoyenneté implique l’exercice de la liberté. Elle est nécessaire à l’instauration et au fonctionnement de la démocratie: liberté de parole, de presse, de réunion et d’association, d’opinion et de religion, de choix des électeurs, etc…La liberté inclut bien évidemment la tolérance, le respect mutuel, la reconnaissance et l’acceptation des citoyens les uns des autres quelle que soit soit leur différence ethnique, régionale, religieuse et politique.

2.2 Une égalité entre les citoyens

58. Un autre principe fondamental de la démocratie moderne est l’égalité entre les citoyens. il s’agit ici de l’égalité politque, de l’égalité devant la loi, de l’égalité des chances, de l’égalité sociale ou égalité de respect.

L’égalité politique désigne un droit égal à élire et à se faire élire. L’égalité devant la loi signifie que tout le monde sera traité de la même manière par le système judiciaire et administratif. Tout le monde est soumis à la loi promulguée. C’est pourquoi, ceux qui élaborent et votent les lois doivent le faire d’une manière juste dans l’intérêt général de la nation et non en fonction des intérêts d’un groupe ou d’une personne.

L’égalité des chances veut dire que tout individu peut gravir ou descendre les échelons sociaux selon ses capacités intellectuelles, morales etc. Chaque citoyen occupe la place qu’il mérite.

L’égalité sociale bannit la société à privilèges.

59. En effet, les sociétés modernes démocratiques se caractérisent par le remplacement de l’homo hierarchicus par l’homo aequalis, c’est-à-dire par le passage d’une société hiérarchisée et inégalitaire à une société égalitaire des droits et des chances.

60. La société égalitaire est différente de la société à privilèges liés à la pureté de sang, au rang social, à la naissance ou à l’âge. La société égalitaire est une société où les citoyens s’engagent dans les mêmes conditions et jouissent des mêmes droits. Ainsi, tous ceux qui étaient inégaux physiquement, intellectuellement, économiquement et moralement, deviennent tous égaux en droits, devant la loi et la société civile. L’égalité repose ici sur la conscience d’appartenance commune à un espace humain qui appartient à tout homme, riche ou pauvre, ancien ou jeune. En bref, la société égalitaire est une société d’estime égale pour tous.

2.3. Limitation du pouvoir

61. La démocatisation est envisagée comme un processus qui vise à réduire les inégalités de toute sorte et à partager le pouvoir. En d’autres termes, en régime démocratique, la différenciation des institutions vise explicitement à fragmeneter le pouvoir afin d’éviter des tentations et des dérives autocratiques. C’est en ce sens que la démocratie se différencie dec la monarchie qui est le pouvoir d’un seul, et de l’autocratie qui est le gouvernement où le chef exerce seul (et lui-même) le pouvoir sans limite et sans partage.

Il faut éviter d’accumuler tous les pouvoirs entre les mains d’un seul individu.

62. La vraie démocratie se définit et se distingue par la limitation, la séparation et l’autonomie des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, religieux, économique, syndical. La limitation du pouvoir est une composante essentielle de la démocratie qui se fonde à la fois sur la distinction et l’interdépendance entre l’Etat, la société politique et la société civile.

63. La démocratie n’existe pas en dehors de la reconnaissance de la diversité des groupes socio-culturels, des croyances, des opinions, des groupes politiques, des projets de vie et de société. C’est pourquoi elle est un combat contre toute uniformisation abusive.

La société démocratique apparaît structurellement plutôt comme un milieu hétérogène que homogène (ethniquement, culturellement et politiquement). La vie moderne se caractérise par la coexistence d’une pluralité de valeurs et de choix possibles. Aussi, la société équilibrée est-elle celle qui sait ajuster et intégrer les éléments divers en son sein, c’est-à-dire la société qui réussit ce qu’on appelle la conjonction des contraires ou des opposés.

64. La démocratie est également un combat contre le pouvoir absolu, la dictature du parti ou de l’ethnie(ethnocratie). Aussi, l’action démocratique a-t-elle pour but principal de libérer les individus ou les groupes d’individus des contraintes de toutes sortes qui pèsent sur eux.

On ne dira jamais assez que le contrôle du pouvoir est inhérent à un bon fonctionnement de la démocratie.

D. L’EXPERIENCE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE

1. DU MULTIPARTISME AU PARTI UNIQUE

65. Avant l’indépendance, la Côte d’Ivoire a connu un pluralisme politique. Mais aussitôt après l’indépendance, elle est passée, comme la plupart des pays africains, du multipartisme au monopartisme. A ce propos Antoine Glaser et Stéphane Smith écrivent ceci:

Au sortir de l’ère des indépendances coexistaient plusieurs partis politiques. Avec De Gaulle, les Africains ont reçu comme consigne de créer des Etats forts, Jacobins et à parti unique pour éviter les forces ethniques centripètes, et lutter contre le communisme".(4)

Les différents partis politiques ont été fusionnés en un seul parti: le PDCI-RDA dont la structure peut se résumer en ceci: "Un seul chef, un seul parti, un seul peuple". En bref, à l’indépendance en 1960, le monopartisme est instauré en Côte d’Ivoire et, ce, durant trois décennies.

66. Ainsi jusqu’en 1990, les Ivoiriens ont fait l’expérience de ce qu’on appelle "La démocratie à l’ivoirienne" c’est-à-dire du monolithisme politique. Au sommet se trouve un chef, qui est à la fois chef de l’Etat, et chef du parti, de qui découlent les pouvoirs des institutions, de l’administration, et des sociétés d’Etat. C’est une pseudo démocratie à caractère monarchique.

2. DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

67. un certain nombre d’événements internationaux et nationaux ont poussé l’Etat ivoirien à revenir au multipartisme prévu par la Constitution. Parmi les événements survenus nous en retenons trois:

  • le "vent de l’Est", ou désintégration relative du bloc communiste.
  • le discours de la Baule qui fait de la démocratie et du respect des droits de l’homme, une des conditions de l’aide au développement.
  • le mécontentement et la révolte généralisée des Ivoiriens élèves et étudiants, enseignants, militaires, syndicats et travailleurs.

68. A partir de 1990, on assiste à la naissance d’une pluralité de partis politiques et de journaux depuis longtemps souhaitée par les Ivoiriens. La démocratie naissante prend de l’essor, mais elle a encore du chemin à parcourir.

E. POUR L’AVENEMENT D’UNE VERITABLE SOCIETE DEMOCRATIQUE

69. Avant la souveraineté nationale, coexistaient plusieurs systèmes politiques en Côte d’Ivoire. Nous en avons parlé(5). La Côte d’Ivoire moderne n’a choisi aucun de ces systèmes politiques. Elle s’est plutôt dotée d’une constitution et des institutions politiques inspirées de celles des pays démocratiques modernes. Certes, il n’y a pas une seule forme de démocratie. Mais toutes les formes de démocratie sont appelées à intégrer les valeurs universelles des principes de la démocratie.

70. La Côte d’Ivoire se veut un pays moderne. Elle aspire au progrès et à la démocratie vraie. Pour y parvenir, elle devra s’efforcer d’instaurer un Etat de droit qui implique le respect du droit, l’égalité entre les citoyens et les partis politiques, la séparation et l’autonomie des pouvoirs, et l’effectivité institutionnelle, c’est-à-dire le fonctionnement normal et vrai selon l’esprit et la culture démocratiques des institutions dont la Côte d’Ivoire s’est dotée.

Les Ivoiriens aspirent à la démocratie comme avènement d’une société nouvelle construite à la base sur le peuple et centrée sur l’homme.

1. UNE SOCIETE CONSTRUITE SUR LA BASE DU PEUPLE

71. Dans les sociétés traditionnelles, tout est organisé selon une hiérarchie où le sommet a le monopole de tous les pouvoirs, politique, économique, intellectuel etc…

Dans les sociétés modernes démocratiques, le souverain constitutionnel, c’est le peuple, c’est-à-dire la base. C’est le peuple qui a le monopole de tous les pouvoirs et non le sommet. Toute action démocratique devra donc chercher à donner l’avantage à la base, à la majorité du peuple sur les élites dominantes. C’est pourquoi, nous pouvons dire qu’il n’y a pas de société naturellement démocratique; elle le devient si la loi et les moeurs corrigent l’inégalité des ressources et leur concentration entre les mains d’une minorité.

2. UNE SOCIETE CENTREE SUR L’HOMME

72. A société nouvelle, homme nouveau. La démocratie nous introduit au coeur de la modernité. Celle-ci met l’homme ou l’individu-sujet au centre de l’univers (anthropocentrique) ou de la société (individualiste, pas au sens moraliste d’égoïsme et d’égocentrisme du terme) et revendique pour lui autonomie, liberté, responsabilité et confiance en soi.

L’homme ivoirien moderne veut construire un monde où tout être humain, quel qu’il soit, est respecté pour lui-même, valorisé en lui-m^me et peut vivre dans la dignité.

73. A la lumière de ce qui vient d’être dit, au-delà de la diversité de toutes ses formes, historique, culturelle, anthropologique et sociologique, le pouvoir apparaît comme la recherche constante d’une société d’égalité en quête du bien individuelle et communautaire. En effet, le pouvoir malgré quelques avatars se veut toujours au service de l’homme et de la société. Cet aspect de service et de responsabilité, d’implication individuelle et communautaire qualifie l’orientation démocratique, qui est une conception humaine du pouvoir politique, qu’enseigne la révélation chrétienne. Il importe donc de la mettre en lumière par la formation politique et civique.

 

 

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  1. D. Chagnollaud.- Introduction à la politique, Paris, 1966, p. 13
  2. A. Touraine.- Qu’est-ce que la démocratie? Paris, 1994, p.2
  3. A. Touraine.- O.c., p. 89.
  4. A. Glaser et S. Smith.- L’Afrique sans Africains, Paris, 1994, p. 97
  5. Cf. n° 43-49
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CONFERENCE EPISCOPALE DE COTE D’IVOIRE – LE CHRETIEN FACE A LA POLITIQUE – Formation Politique et Civique – 2

juillet 26, 2008

CHAPITRE II: BREVE PRESENTATION DE L’ANTHROPOLOGIE ET DE LA SOCIOLOGIE DU POUVOIR POLITIQUE TRADITIONNEL ET MODERNE

INTRODUCTION: LE POUVOIR EN GENERAL

1. QU’EST-CE QUE LE POUVOIR ET QU’ELLE EST SA NATURE?

35. Le pouvoir est la capacité de mouvoir et de contraindre quelqu’un pour obtenir de lui quelque chose ou pour lui faire accomplir un acte. Exemple: le pouvoir de Pierre sur Paul est la capacité de Pierre d’obtenir que Paul fasse quelque chose qu’il n’aurait pas fait sans l’intervention de Pierre.

En d’autres termes, le pouvoir est la capacité d’agir d’un individu ou d’un groupe sur un autre individu ou sur un autre groupe. En bref le pouvoir exprime une relation de dépendance des individus-en société les uns vis-à-vis des autres.

36. Le concept de pouvoir implique l’idée de force, de séduction, d’attirance et de domination si bien que le pouvoir signifie toute chance de faire triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre les résistances des autres.(1)

Pour saisir davantage la nature du pouvoir, il est bon de le rapprocher et de le distinguer de l’autorité.

2. AUTORITE ET POUVOIR

37. L’autorité désigne toute forme de pouvoir reconnu comme légitime par la loi ou la coutume de ceux qui y sont soumis. L’autorité est donc un pouvoir reconnu comme légitime. Qu’est-ce que la légitimité du pouvoir et d’où vient-elle?

La légitimité du pouvoir signifie concrètement que celui qui exerce le pouvoir politique a la certitude de rencontrer une volonté d’obéir de la part de ceux sur qui il exerce le pouvoir politique; il doit être accepté et reconnu par eux.

La légitimité du pouvoir vient de sa conformité aux règles fixées et reconnues par le groupe dont la Constitution est l’expression accomplie. C’est pourquoi cette Constitution appelée aussi loi fondamentale doit faire l’objet d’un grand respect.

38. Le pouvoir, d’une manière générale, recouvre toutes les formes de relations entre les hommes. Ces relations sont marquées par toutes sortes d’influences telles que la dépendance, la manipulation ou l’exploitation, ainsi par exemple, le pouvoir légitime (l’autorité) d’un Maître sur les employés municipaux qui lui sont officiellement soumis, est tout à fait différent du pouvoir que peuvent avoir sur ces mêmes employés, les intérêts privés susceptibles de les récompenser ou les réseaux de relations dont ils dépendent pour réussir dans leur tâche.

On constate de la sorte que les multiples pouvoirs qui s’exercent sur les mêmes personnes sont de nature différente, et il importe de ne pas les confondre. Cela nous amène à dire qu’il y a une pluralité de pouvoirs.

39. Dans cette deuxième partie, nous verrons successivement le pouvoir dans les sociétés traditionnelles et modernes, le concept  de la démocratie et ses principes, l’xpérience démocratique en Côte d’Ivoire et l’avènement d’une société démocratique dans ce même pays.

A. LE POUVOIR DANS LES COMMUNAUTES TRADITIONNELLES DE LA COTE D’IVOIRE

40. La Côte d’Ivoire, notre pays, sur le plan traditionnel est constituée de plusieurs organisations politiques que l’on peut regrouper en deux systèmes principaux: la chefferie et la royauté.

Ces deux systèmes, différents dans leur stratégie, poursuivent le même but: le maintien et la promotion de l’équilibre social. Dans les communautés traditionnelles, l’exercice du pouvoir est plus qu’un art; c’est une sagesse qui découle de la vision du monde. En effet, l’homme doit vivre en paix, en harmonie avec lui-même, avec ses semblables, avec la nature. C’est pourquoi la pratique du pouvoir est la résultante d’un long processus d’écoute et de négociation en vue de toujours rechercher un consensus. Ainsi, ceux qui exercent le pouvoir sont en contact permament avec toutes les composantes significatives de la communauté: le collège des anciens, les chefs initiatiques, les chefs de terres, les chefs de clans etc. La démocratie traditionnelle est une démocratie consensuelle.

1. LA CHEFFERIE

41. Le système de chefferie traditionnelle a pour caractéristique de permettre la participation effective de tous les individus à la gestion politique de la communauté dans ses dimensions familiales, villageoises et claniques. Ainsi, dès le bas-âge, chaque membre de la communauté est préparé à atteindre cet objectif. C’est là le sens profond des initiations ou des organisations des groupes de générations.

42. Par l’initiation qui peut prendre plusieurs formes selon les ères culturelles, l’individu est préparé à vivre sa vie, à connaître et à reconnaître d’une part, son identité et celle de sa communauté d’origine et d’autre part, sa mission, sa responsabilité vis-à-vis de sa communauté. Il est formé à être un citoyen à part entière, prêt à se donner pour défendre les intérêts et la cause de sa communauté.

43. Quant aux classes d’âge, elles préparent les individus à prendre en groupe, par groupe et à tour de rôle la gestion politique de la communauté villageoise. Elles éduquent les membres de la classe d’âge à défendre les intérêts et la cause de leur village. En effet, les membres d’une classe d’âge sont chargés de veiller à la propreté, à la justice, à l’ordre, à la communication au sein de la communauté, sous le contrôle de leurs aînés.

44. Ces différents systèmes politiques ont pour but d’intégrer l’individu dans la communauté et de faire de lui un responsable de la communauté. Aussi, vivra-t-il dans le groupe et pour le groupe.

Dans une telle communauté, être homme-adulte, autrement dit, homme accompli, c’est prendre part à la gestion de la communauté villageoise toute entière. Les membres de cette classe d’âge au pouvoir ne travaillent pas pour leurs propres intérêts. Ils mettent leur point d’honneur à servir la communauté, à s’investir pour le bien commun.

2. LA ROYAUTE

45. En régime monarchique, le pouvoir politique est héréditaire et de droit divin. Il ne concerne qu’une seule famille ou un clan. Toutefois, le monarque se fait aider dans son gouvernement par des conseillers qui dans certains cas, peuvent exercer le pouvoir en son nom dans leur village respectif.

Ainsi, dans ce système, le pouvoir est exercé par une oligarchie, c’est-à-dire par un groupe restreint de personnes ayant des affinités avec le roi et qui constituent le conseil du royaume. La population reçoit et exécute ses ordres. Le système monarchique ne prépare pas directement tous les individus à une prise en charge des affaires de la société.

46. Ce système semble nier la participation des individus à la gestion du pouvoir, mais en réalité, dans son principe, le pouvoir monarchique est exercé par le peuple à travers le roi qui le représente et le symbolise. Ainsi, en réalité le roi est roi pour le peuple et par le peuple par l’intermédiaire des ancêtres qui fondent son autorité et sacralisent son pouvoir. C’est pourquoi, lorsqu’il est en dysharmonie avec la volonté des ancêtres, le peuple, d’une manière ou d’une autre, peut mettre fin à son règne.

B. LA CONCEPTION MODERNE DU POUVOIR

47. Les sociétés modernes se caractérisent essentiellement par la séparation nette et claire des pouvoirs. En effet, les pouvoirs ne se retrouvent pas entre les mains d’une seule personne. Le pouvoir doit être contrôlé, sinon il devient absolu. C’est pour cette raison que dans les sociétés modernes, les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, économique et intellectuel sont bien séparés. La limitation et la séparation du pouvoir sont une des conditions d’existence de la démocratie. En bref, le pouvoir au sens moderne du terme est un pouvoir public ou politique; il est différent du pouvoir familial, villageois, tribal voire ethnique. Il est aussi sociétal c’est-à-dire qu’il concerne la cité ou la société toute entière. Le pouvoir moderne est pluriel et laïc.

C. LA DEMOCRATIE

1. PRINCIPE

1.1. Définition

48. Etymologiquement et de manière classique, la démocratie se définit comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. En d’autres termes, le pouvoir appartient au peuple, il est exercé par le peuple en vue de son bien-être.

49. Aristote disait déjà que les hommes cherchent non seulement à vivre mais à bien vivre. Pris isolément, les hommes ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes. Ils ne peuvent pas satisfaire tous leurs besoins. Pour mieux vivre, ils cherchent à s’associer. La politique est précisément l’art d’associer les hommes pour vivre ensemble. Elle est au service du bien commun.

50. Certes, le pouvoir appartient au peuple. Mais il n’a jamais été exercé directement par le peuple. Celui-ci délègue son pouvoir à quelques uns de ses membres qu’il se choisit librement pour le représenter et parler en son nom. Ce sont ces élus et ces représentants du peuple qui exercent le pouvoir politique au nom du peuple et pour le bien-être du peuple.

1.2. Peuple souverain

51. Avant d’être définie comme le gouvernement de la majorité, la démocratie signifie tout d’abord que le pouvoir vient du peuple et réside dans le peuple. En d’autres termes, le pouvoir est au peuple et du peuple. il appartient au peuple et non à son (ou ses) chef(s). Le peuple est le souverain et le chef choisi ou élu est son délégué. En effet, le peuple délègue son pouvoir ou sa souveraineté à celui qu’il choisit comme chef pour le gouverner en vue du bien public, c’est-à-dire du bien du peuple. Ainsi, le gouvernant est lié par le contrat au peuple qui le délègue et dont il dépend. Dans cette optique, la démocratie est le système de gouvernement où ceux qui exercent le pouvoir sont à la fois de simples délégués et représentants du peuple. Ils sont soumis au peuple souverain et non le contraire. Le peuple souverain gouverné a primauté sur les gouvernants. L’exercice du pouvoir s’identifie ici à une délégation. En fait, les gouvernants gouvernent et parlent au nom du peuple souverain. Les gouvernés et les gouvernants devront le savoir. En effet, l’esprit démocratique repose sur cette conscience de l’interdépendance les uns des autres. Nous pourrons appeler démocratique la société où les acteurs sociaux commandent leurs représentants politiques qui contrôlent à leur tour l’Etat.(2) La démocratie n’est possible que lorsque le chef détenteur du pouvoir est conçu comme un représentant du peuple, chargé d’appliquer les décision du peuple qui est en fait le seul dépositaire de la souveraineté ou du pouvoir. Ce qui importe ici, c’est cette logique ou ce mouvement qui va de bas en haut, c’est-à-dire de la société civile vers le système politique et de là vers l’Etat. En résumé, la démocratie se définit comme le régime politique où les gouvernés choisissent et contrôlent librement les gouvernants qui les représentent. Ce contrôle s’effectue par la constitution et l’opinion publique: la démocratie sert à gouverner le gouvernement.

1.3. Le peuple au centre du pouvoir

52. La formule classique de la démocratie, définie comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, exprime la place centrale du peuple. Cela signifie que tout vient du peuple, tout est fait par le peuple et tout retourne au peuple. Le peuple est au coeur, au centre du pouvoir politique. Mieux encore, ce qui est au centre ici, c’est le bien du peuple appelé bien commun, ou intérêts des gouvernés. il ne s’agit pas seulement de la défense des intérêts de ceux qui exercent le pouvoir ni de ceux (groupes politiques ou ethniques) qui les ont élus, mais des intérêts du peuple tout entier.

53. le but de la cité, au sens grec du terme, est de procurer le bonheur à tous. En effet, la cité est un ensemble social où les individus doivent non seulement vivre mais surtout bien vivre.

54. En outre, Aristote condamnait la démocratie dans la mesure où il y voyait la défense et le triomphe des intérêts égoïstes de la majorité parce que la véritable démocratie doit protéger et défendre les intérêts de la société tout entière. Comme le dit bien Alain Touraine:

« Les forces politiques doivent être au service des intérêts sociaux et non pas se servir elles-mêmes »(3)

La politique ne doit pas perdre de vue, sa dimension communautaire de recherche du bien commun ou public. Le peuple doit être le premier servi et respecté. C’est en vue de son bien-être que l’on est élu et que l’on travaille dans le domaine politique. le peuple à la fois gouverné et envoyeur est plus important que les gouvernants délégués et envoyés. En effet, qu’on soit en régime théocratique ou ancestrocratique ou démocratique, celui qui exerce le pouvoir (le chef) sait et doit savoir que le pouvoir n’est pas inhérent à sa personne, qu’il le détient d’un autre plus grand que lui, qu’il est soumis à celui qui l’envoie et dont il tient la place. L’envoyeur est plus important que l’envoyé. C’est là que se saisit l’esprit démocratique.

2. EXERCICE DU POUVOIR

55. La démocratie repose sur un certain nombre de principes. Nous en énumérerons quelques uns.

2.1 La participation des citoyens aux décisions politiques

L’élément clé de tout régime démocratique est la volonté de faire participer le citoyen aux prises de décisions politiques.

Cela se fait dans le cas de la démocratie directe. Celle-ci peut se traduire par le vote ou le référendum par lesquels les citoyens expriment leurs opinions sur les grandes questions concernant l’orientation et l’avenir du pays.

Dans le cadre e la démocratie indirecte (ou représentative), la participation des citoyens se fait par l’intermédiaire des représentants.

Les citoyens élisent librement des hommes et des femmes comme leur porte-parole. Ceux-ci sont chargés de discuter et de voter des lois en vue en vue de l’intérêt général de la nation toute entière.

Ainsi, il doit y avoir une écoute mutuelle entre les élus et le peuple en vue de chercher ensemble le bien commun et le bonheur de tous. Le pouvoir doit se rapprocher des citoyens et être à l’écoute de leurs aspirations et attentes.

L’attention aux problèmes et aux préoccupations des électeurs est la condition même de l’audience politique des élus et des gouvernants.

56. La participation aux décisions politiques créera chez les citoyens un sens de leur responsabilité, de leur civisme et de leur patriotisme. Elle permettra aux citoyens d’une part, de s’engager dans les affaires publiques de leur pays et,  d’autre part, ‘avoir un droit de regard critique sur les actions et les comportements des responsables politiques. Tout cela suppose que le peuple soit éduqué, formé et informé afin qu’il soit capable de prendre des décisions et de faire des choix de candidats en connaissance de cause.

57. La liberté est nécessaire à l’exercice d’une authentique participation politique. Elle est non seulement difficile à cerner et à définir, mais aussi à manier. Elle est une arme à double tranchant qui peut être utilisée en bien ou en mal. Il convient de dire que la liberté totale n’existe pas. Toute liberté humaine est relative. Un vieil adage dit précisément: « La liberté de l’un finit là où commence celle de l’autre ». Quoi qu’il en soit, la citoyenneté implique l’exercice de la liberté. Elle est nécessaire à l’instauration et au fonctionnement de la démocratie: liberté de parole, de presse, de réunion et d’association, d’opinion et de religion, de choix des électeurs, etc…La liberté inclut bien évidemment la tolérance, le respect mutuel, la reconnaissance et l’acceptation des citoyens les uns des autres quelle que soit soit leur différence ethnique, régionale, religieuse et politique.

2.2 Une égalité entre les citoyens

58. Un autre principe fondamental de la démocratie moderne est l’égalité entre les citoyens. il s’agit ici de l’égalité politque, de l’égalité devant la loi, de l’égalité des chances, de l’égalité sociale ou égalité de respect.

L’égalité politique désigne un droit égal à élire et à se faire élire. L’égalité devant la loi signifie que tout le monde sera traité de la même manière par le système judiciaire et administratif. Tout le monde est soumis à la loi promulguée. C’est pourquoi, ceux qui élaborent et votent les lois doivent le faire d’une manière juste dans l’intérêt général de la nation et non en fonction des intérêts d’un groupe ou d’une personne.

L’égalité des chances veut dire que tout individu peut gravir ou descendre les échelons sociaux selon ses capacités intellectuelles, morales etc. Chaque citoyen occupe la place qu’il mérite.

L’égalité sociale bannit la société à privilèges.

59. En effet, les sociétés modernes démocratiques se caractérisent par le remplacement de l’homo hierarchicus par l’homo aequalis, c’est-à-dire par le passage d’une société hiérarchisée et inégalitaire à une société égalitaire des droits et des chances.

60. La société égalitaire est différente de la société à privilèges liés à la pureté de sang, au rang social, à la naissance ou à l’âge. La société égalitaire est une société où les citoyens s’engagent dans les mêmes conditions et jouissent des mêmes droits. Ainsi, tous ceux qui étaient inégaux physiquement, intellectuellement, économiquement et moralement, deviennent tous égaux en droits, devant la loi et la société civile. L’égalité repose ici sur la conscience d’appartenance commune à un espace humain qui appartient à tout homme, riche ou pauvre, ancien ou jeune. En bref, la société égalitaire est une société d’estime égale pour tous.

2.3. Limitation du pouvoir

61. La démocatisation est envisagée comme un processus qui vise à réduire les inégalités de toute sorte et à partager le pouvoir. En d’autres termes, en régime démocratique, la différenciation des institutions vise explicitement à fragmeneter le pouvoir afin d’éviter des tentations et des dérives autocratiques. C’est en ce sens que la démocratie se différencie dec la monarchie qui est le pouvoir d’un seul, et de l’autocratie qui est le gouvernement où le chef exerce seul (et lui-même) le pouvoir sans limite et sans partage.

Il faut éviter d’accumuler tous les pouvoirs entre les mains d’un seul individu.

62. La vraie démocratie se définit et se distingue par la limitation, la séparation et l’autonomie des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, religieux, économique, syndical. La limitation du pouvoir est une composante essentielle de la démocratie qui se fonde à la fois sur la distinction et l’interdépendance entre l’Etat, la société politique et la société civile.

63. La démocratie n’existe pas en dehors de la reconnaissance de la diversité des groupes socio-culturels, des croyances, des opinions, des groupes politiques, des projets de vie et de société. C’est pourquoi elle est un combat contre toute uniformisation abusive.

La société démocratique apparaît structurellement plutôt comme un milieu hétérogène que homogène (ethniquement, culturellement et politiquement). La vie moderne se caractérise par la coexistence d’une pluralité de valeurs et de choix possibles. Aussi, la société équilibrée est-elle celle qui sait ajuster et intégrer les éléments divers en son sein, c’est-à-dire la société qui réussit ce qu’on appelle la conjonction des contraires ou des opposés.

64. La démocratie est également un combat contre le pouvoir absolu, la dictature du parti ou de l’ethnie(ethnocratie). Aussi, l’action démocratique a-t-elle pour but principal de libérer les individus ou les groupes d’individus des contraintes de toutes sortes qui pèsent sur eux.

On ne dira jamais assez que le contrôle du pouvoir est inhérent à un bon fonctionnement de la démocratie.

D. L’EXPERIENCE DEMOCRATIQUE EN COTE D’IVOIRE

1. DU MULTIPARTISME AU PARTI UNIQUE

65. Avant l’indépendance, la Côte d’Ivoire a connu un pluralisme politique. Mais aussitôt après l’indépendance, elle est passée, comme la plupart des pays africains, du multipartisme au monopartisme. A ce propos Antoine Glaser et Stéphane Smith écrivent ceci:

Au sortir de l’ère des indépendances coexistaient plusieurs partis politiques. Avec De Gaulle, les Africains ont reçu comme consigne de créer des Etats forts, Jacobins et à parti unique pour éviter les forces ethniques centripètes, et lutter contre le communisme ».(4)

Les différents partis politiques ont été fusionnés en un seul parti: le PDCI-RDA dont la structure peut se résumer en ceci: « Un seul chef, un seul parti, un seul peuple ». En bref, à l’indépendance en 1960, le monopartisme est instauré en Côte d’Ivoire et, ce, durant trois décennies.

66. Ainsi jusqu’en 1990, les Ivoiriens ont fait l’expérience de ce qu’on appelle « La démocratie à l’ivoirienne » c’est-à-dire du monolithisme politique. Au sommet se trouve un chef, qui est à la fois chef de l’Etat, et chef du parti, de qui découlent les pouvoirs des institutions, de l’administration, et des sociétés d’Etat. C’est une pseudo démocratie à caractère monarchique.

2. DU PARTI UNIQUE AU MULTIPARTISME

67. un certain nombre d’événements internationaux et nationaux ont poussé l’Etat ivoirien à revenir au multipartisme prévu par la Constitution. Parmi les événements survenus nous en retenons trois:

  • le « vent de l’Est », ou désintégration relative du bloc communiste.
  • le discours de la Baule qui fait de la démocratie et du respect des droits de l’homme, une des conditions de l’aide au développement.
  • le mécontentement et la révolte généralisée des Ivoiriens élèves et étudiants, enseignants, militaires, syndicats et travailleurs.

68. A partir de 1990, on assiste à la naissance d’une pluralité de partis politiques et de journaux depuis longtemps souhaitée par les Ivoiriens. La démocratie naissante prend de l’essor, mais elle a encore du chemin à parcourir.

E. POUR L’AVENEMENT D’UNE VERITABLE SOCIETE DEMOCRATIQUE

69. Avant la souveraineté nationale, coexistaient plusieurs systèmes politiques en Côte d’Ivoire. Nous en avons parlé(5). La Côte d’Ivoire moderne n’a choisi aucun de ces systèmes politiques. Elle s’est plutôt dotée d’une constitution et des institutions politiques inspirées de celles des pays démocratiques modernes. Certes, il n’y a pas une seule forme de démocratie. Mais toutes les formes de démocratie sont appelées à intégrer les valeurs universelles des principes de la démocratie.

70. La Côte d’Ivoire se veut un pays moderne. Elle aspire au progrès et à la démocratie vraie. Pour y parvenir, elle devra s’efforcer d’instaurer un Etat de droit qui implique le respect du droit, l’égalité entre les citoyens et les partis politiques, la séparation et l’autonomie des pouvoirs, et l’effectivité institutionnelle, c’est-à-dire le fonctionnement normal et vrai selon l’esprit et la culture démocratiques des institutions dont la Côte d’Ivoire s’est dotée.

Les Ivoiriens aspirent à la démocratie comme avènement d’une société nouvelle construite à la base sur le peuple et centrée sur l’homme.

1. UNE SOCIETE CONSTRUITE SUR LA BASE DU PEUPLE

71. Dans les sociétés traditionnelles, tout est organisé selon une hiérarchie où le sommet a le monopole de tous les pouvoirs, politique, économique, intellectuel etc…

Dans les sociétés modernes démocratiques, le souverain constitutionnel, c’est le peuple, c’est-à-dire la base. C’est le peuple qui a le monopole de tous les pouvoirs et non le sommet. Toute action démocratique devra donc chercher à donner l’avantage à la base, à la majorité du peuple sur les élites dominantes. C’est pourquoi, nous pouvons dire qu’il n’y a pas de société naturellement démocratique; elle le devient si la loi et les moeurs corrigent l’inégalité des ressources et leur concentration entre les mains d’une minorité.

2. UNE SOCIETE CENTREE SUR L’HOMME

72. A société nouvelle, homme nouveau. La démocratie nous introduit au coeur de la modernité. Celle-ci met l’homme ou l’individu-sujet au centre de l’univers (anthropocentrique) ou de la société (individualiste, pas au sens moraliste d’égoïsme et d’égocentrisme du terme) et revendique pour lui autonomie, liberté, responsabilité et confiance en soi.

L’homme ivoirien moderne veut construire un monde où tout être humain, quel qu’il soit, est respecté pour lui-même, valorisé en lui-m^me et peut vivre dans la dignité.

73. A la lumière de ce qui vient d’être dit, au-delà de la diversité de toutes ses formes, historique, culturelle, anthropologique et sociologique, le pouvoir apparaît comme la recherche constante d’une société d’égalité en quête du bien individuelle et communautaire. En effet, le pouvoir malgré quelques avatars se veut toujours au service de l’homme et de la société. Cet aspect de service et de responsabilité, d’implication individuelle et communautaire qualifie l’orientation démocratique, qui est une conception humaine du pouvoir politique, qu’enseigne la révélation chrétienne. Il importe donc de la mettre en lumière par la formation politique et civique.

 

 

______________________________________________________________

  1. D. Chagnollaud.- Introduction à la politique, Paris, 1966, p. 13
  2. A. Touraine.- Qu’est-ce que la démocratie? Paris, 1994, p.2
  3. A. Touraine.- O.c., p. 89.
  4. A. Glaser et S. Smith.- L’Afrique sans Africains, Paris, 1994, p. 97
  5. Cf. n° 43-49

CONFERENCE EPISCOPALE DE COTE D’IVOIRE- LE CHRETIEN FACE A LA POLITIQUE- Formation Politique et Civique- 1

juillet 18, 2008

PREFACE

Chers amis, chrétiens catholiques de Côte d’Ivoire.

Le chrétien vit selon sa conviction qui l’engage à travers ce qu’il dit et ce qu’il fait.

Il doit savoir que ses principes de vie émanent du Christ et de son Evangile. L’Apôtre Paul a raison de dire que sa vie, c’est le Christ (Ph 1, 21).

En effet, la vie du chrétien au sein de la société est un témoignage de tolérance et d’acceptation de l’autre avec sa différence. Cette vie est faite de patience en vue d’une vie meilleure faite alors de justice et d’amour. Qu’attendons-nous du chrétien d’aujourd’hui, face à une situation complexe dans la société? Il ne lui convient plus de se ranger automatiquement du côté de la majorité sans réflexion préalable. Son attitude comme son action doivent refléter une maturité d’esprit qui n’intervient pas au hasard.

Pour ce faire, les Evêques, en leur qualité de Pasteurs et d’Educateurs, se sont aperçus que les fidèles chrétiens ont besoin d’approfondir leur connaissance de la doctrine sociale de l’Eglise.

C’est pourquoi, ils ont pris le temps de réfléchir pour écrire ce document qui se met à la portée de tous.

Que chacun en profite pour une lecture personnelle et méditée. Que les groupes de réflexion l’utilisent pour meubler des échanges en carrefour. Ce livret n’est pas fait pour être lu et rangé dans un rayon. Il voudrait être auprès de vous comme un "vade-mecum" pour se prêter à diverses consultations.

Ce document veut être considéré comme le fruit d’une étape de notre marche vers le Père, qui est tendresse et bonté. Il demande à être conseillé et prêté. Il vient comme un guetteur des signes des temps pour prévenir et guérir notre ignorance civique et politique, dans un courant démocratique.

Pour être levain dans la pâte humaine, le chrétien se doit d’être actif et présent dans la société. Il est présent dans ce qui existe pour le transformer progressivement, selon l’esprit de l’évangile qui est amour et vérité.

Les Evêques, Pasteurs de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire, en vous demandant de réserver un bon accueil au Document qu’ils vous envoient dans le contexte des préparatifs des événements de l’an 2000, implorent sur vous et sur le pays, la bénédiction du Dieu Tout-Puissant.

+ Son Excellence Mgr Auguste NOBOU, Archevêque de Korhogo, Président de la Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire

INTRODUCTION

"Chaque être humain est le but de la société et de l’Etat"

MOTIVATIONS

1.  L’Eglise entière célébrera bientôt un événement important, celui du Jubilé de l’An 2000. Ce Jubilé nous rappelle l’offre du salut que Dieu a faite à tous les peuples en son Fils Jésus-Christ. La célébration de cet événement constitue pour nous, Peuple de Dieu, un moment déterminant et privilégie.

2. Nous voulons rappeler aux chrétiens, et exprimer aux hommes de bonne volonté, la réalité concrète de l’événement de l’Incarnation. Désormais, en son Fils Jésus-Christ et par son Eglise, Dieu s’est manifesté à nous et veut accomplir au coeur de notrem onde, son oeuvre de salut dans toutes ses ramifications historiques, sociales, politiques et spirituelles.

Le double aspect individuel et collectif du salut ne passera pas inaperçu.

3. Par ailleurs, dans le contexte de notre pays, nous n’oublierons pas que le Jubilé de l’An 2000 coïncide avec l’entrée dans le deuxième centenaire de notre évangélisation. Comme nous le disions:

"C’est un défi qui nous invite à nous mettre tous en état de Mission, afin que la Parole de Dieu parvienne jusqu’aux extrémités de notre terre ivoirienne, défi à relever coûte que coûte au cours du second Centenaire de l’histoire de notre Eglise".(1)

4. Il s’agit maintenant d’une pénétration en profondeur de la Bonne Nouvelle du Christ dans nos convictions et comportements, dans nos Institutions politiques, traditionnelles et modernes. A ce stade de notre évangélisation et à ce moment historique, où un vent de démocratie souffle sur notre continent et notre pays, il est absolument nécessaire que le chrétien trouve dans sa foi les raisons de son engagement politique et civique pour la construction de la cité.

5. Il faut dire que cette démocratie naissante constitue pour nous "un signe des temps". Elle ouvre l’ère de la corresonsabilité active de chaque citoyen dans l’édification de nos pays africains. Et, à ce niveau, nous chrétiens avec les aures, au nom de notre foi, nous sommes vivement interpellés à nous investtir à fond dans cette oeuvre de construction nationale.

BUT

6. Pour ce faire, une formation civique et chrétienne solide s’impose à tous selon le voeu du Synode africain repris par le Pape Jean-Paul II dans l’exhortation Ecclesia in Africa

"Dans tous les secteurs de la vie de l’Eglise, la formation est d’une importance capitale (…) Le programme de formation doit inclure, en particulier, la formation des laïcs à jouer pleinement leur rôle d’animation chrétienne de l’ordre temporel (politique, culturel, économique et social) qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat. On encouragera les fidèles laïcs compétents et motivés à s’engager dans la politique, dans laquelle, en exerçant correctement des charges publiques, ils pourront travailler ‘au bien commun et, en même temps, préparer la voie à l’évangile’".(2)

DESTINATAIRES

7. Ce document s’adresse à tous les chrétiens et à tous les autres frères et soeurs qui ne partagent pas notre foi.

8. Vous chrétiens, nous vous invitons à prendre conscience des implications de votre foi dans la vie de tous les jours, surtout au niveau social et politique. Ainsi, vous manifesterez, dans la lumière de votre foi, votre appartenance effective à ce pays qui fera de vous des citoyens à part entière. Vous serez des hommes et des femmes responsables, conscients de leurs droits et devoirs. Vous montrerez que vous aimez votre pays, en adoptant à son égard un patriotisme équilibré et en vous engageant pleinement dans la vie économique, politique, culturelle, religieuse et écologique.

9. Et vous, chers frères et soeurs qui ne partagez pas la foi chrétienne, nous vous adressons également à vous, au nom de la solidarité humaine qui nous unit et nous rassemble sur ce territoire ivoirien. Dans le souci du bien commun, nous voulons vous inviter à sauvegarder et à promouvoir la chose publique dans une franche collaboration.

PLAN DU DOCUMENT

10. Ce document s’articule autour de cinq points.

La première partie rappelle brièvement l’histoire des grandes interventions de l’Eglise en matière sociale depuis les Prophètes, en passant par les Pères de l’Eglise, les Papes, jusqu’à nos propres lettres pastorales.

La deuxième partie dégage les fondements anthropologiques et sociologiques de l’engagement sociopolitique du citoyen.

La troisième partie définit à la lumière de la Parole de Dieu cet engagement du citoyen et particulièrement du citoyen chrétien.

La quatrième partie est une réflexion théologique sur cet engagement du chrétien, à partir de notre foi en Dieu Père, Fils et Esprit, pour dégager les implications pratiques.

La cinquième partie invite chaque citoyen et les différentes couches socio-professionnelles, à s’engager effectivement et concrètement dans la société et à vivre le civisme au quotidien.

CHAPITRE 1 L’EGLISE ET L’ENGAGEMENT SOCIAL DU CHRETIEN – BREF HISTORIQUE

11. A maintes occasions, dans le passé, surtout lorsque les événements politiques l’exigeaient ( en particulier lors des élections), nous vos évêques, nous avons attiré votre attention sur votre place et votre rôle de chrétiens dans la vie politique et sociale de votre pays.

Aujourd’hui, par ce document, nous voulons vous inviter, personnes individuelles, familles, groupes professionnels et associations diverses, à entrer de plein-pied dans la construction de notre communauté nationale, pour la rendre plus humaine et plus fraternelle. C’est à partir de vos paroles, actes et comportements empreints de respect les uns pour les autres, dans l’ouverture, le dialogue et la convivialité, que la nouvelle société s’édifiera.

Notre pratique s’inscrit dans la mission propre de l’Eglise. Dans ce sens, nous rappelons, pour mémoire, quelques interventions des Prophètes, des Pères de l’Eglise et du Magistère pontifical depuis Léon XIII jusqu’à Jean-Paul II. C’est ce qu’on appelle l’enseignement social de l’Eglise. Ces interventions s’inscrivent toutes dans un contexte déterminé. Elles mettent en rapport étroit et conséquent la foi et les défis de la vie sociale de l’époque.

A – MESSAGE DES PROPHETES

12. Les Prophètes ont été les premiers à initier cette doctrine sociale, à poser les jalons de ce qui deviendra la morale sociale de l’Eglise. Leur pensée sociale et religieuse s’est d’abord élaborée autour du thème de la justice. Pour eux, la justice est la conduite la plus significative.

Pour cela, ils mettent en lumière d’abord le droit du petit, du pauvre, de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, du salarié…Tous ceux que les nantis tendent à exclure du partage des biens.

13. Ainsi, la justice pour eux, n’est pas d’abord le droit de ceux qui ont, c’est avant tout le droit de ceux qui n’ont pas. Le droit du membre de la communauté qui est dans la nécessité. L’étranger n’est pas exclu de la communauté (Ex 23, 9; Dt 24,17).

"Tu n’exploiteras pas le salarié humble et pauvre. Tu ne violeras pas le droit de l’étranger. Tu ne prendras pas en gage le vêtement de la veuve. Souviens-toi que tu as été en servitude en pays d’Egypte et que Yahvé, ton Dieu t ‘a racheté"(3)

14. Pour les prophètes, la religion ne vaut rien sans la justice. En effet, devant l’injustice sociale, Yahvé n’hésite pas à remettre en question ses promesses les plus solennelles. Voilà pourquoi ce que Yahvé attend du peuple qu’il s’est choisi comme la contrepartie de son alliance, ce

"ne sont ni les assemblées de prières, ni les sacrifices, ni les fêtes, ni les pèlerinages, ni les temples grandioses, ni les jeûnes, mais qu’il soit, au milieu des impies, le témoin, le prophète de sa justice."(4)

Au nom des clauses de l’Alliance, les prophètes exhortent chaque membre de la société à s’engager et à travailler pour la construction ou l’émergence d’une société de droit où la vie devient possible pour tous, spécialement pour les faibles, les humbles, les sans-voix…(5)

15. Cette justice sociale est plus importante que toutes les solennités, les holocaustes, les sacrifices des bêtes grasses.

"Je hais, le méprise vos fêtes; pour vos solennités je n’ai que dégoût. Quand vous m’offrez des holocaustes…vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes! Mais que le droit coule comme l’eau, et la justice, comme un torrent qui ne tarit pas."(6)

16. A la suite des prophètes dont la voix a été amplifiée par le Christ Jésus et ses apôtres, l’Eglise, depuis les origines, indique sans cesse les implications sociales de l’intervention historique de Dieu. Cela se réalise à travers les Pères de l’Eglise et le Magistère pontifical.

B. LES PERES DE L’EGLISE

"Le propre de la vie sociale est de faire converger vers une fin commune l’activité de chacun."

17. Les Pères, dans leurs enseignements, invitaient leurs auditeurs à une organisation sociale communautaire, prélude à une réforme des structures de la société. Même si les Pères n’ont pas expressément parlé d’une transformation des structures sociales, la réforme qu’ils préconisent passe par l’attention à autrui qu’il faut considérer comme un frère, et qu’il faut chercher à découvrir, à reconnaître, à aimer pour pouvoir l’aider.

"Tu contemples ton or et tu n’as pas un regard pour tes frères. Tu connais toutes les espèces de monnaie et tu sais distinguer la fausse pièce de la vraie, mais ton frère dans le besoin, tu l’ignores totalement" écrit St Basile(7).

Le partage des biens est la règle d’or que doivent pratiquer les riches, les possédants. C’est grâce à leur générosité que ces derniers seront sauvés. Et cette générosité n’est pas motivée par un élan du coeur, mais par le droit des pauvres. St Basile se fera le chantre de ce droit qu’on doit reconnaître aux pauvres:

"Celui qui dépouille un homme de ses vêtements aura nom de pillard. Et celui qui ne vêt point la nudité du gueux, alors qu’il peut le faire, mérite-t-il un autre nom? A l’affamé appartient le pain que tu gardes. A l’homme nu le manteau que recèlent tes coffres. Au va-nu-pieds, la chaussure qui pourrit chez toi. Au miséreux, l’argent que tu tiens enfoui".(8)

Cet enseignement des Pères sera repris et approfondi par le Magistère Pontifical depuis le Pape Léon XIII jusqu’à nos jours.

C. LE MAGISTERE PONTIFICAL(9) ET LE CONCILE VATICAN II

18. Dès le début de son pontificat, le pape Léon XIII écrit une encyclique(10) appelée Immortale Dei (1881). Il écrit ce document au moment où les pouvoirs publics interféraient sur les décisions de l’Eglise et tentaient de l’influencer. Il intervient pour définir la souveraineté de chaque pouvoir, temporel et spirituel. Dieu a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances: la puissance spirituelle et la puissance temporelle; la première préposée aux choses divines, et la seconde aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine puisque renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité avec sa nature et son but spécial. il y a donc comme une sphère circonscrite dans laquelle chacune exerce son action jure proprio.

19. Le même pape, en 1891, publie un document retentissant intitulé Rerum Novarum, pour traiter de la condition sociale des ouvriers. A cette époque, la condition des ouvriers était devenue un danger pour la société. En effet, les rapports entre les patrons et les ouvriers s’étaient détérioriés car, d’une part, la richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence, ce qui a créé pour ces derniers une situation d’infortune et de misère imméritée et d’autre part, des hommes turbulents et astucieux cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter les troubles(11).

Dans cette lettre encyclique, tout en respectant les droits des patrons, le pape Léon XIII réhabilite la condition des ouvriers et garantit leur droit.

20. L’un des successeurs de Léon XIII, le pape Pie IX, en 1973, face à la montée et à la propagande du communisme athée, met les chrétiens et les hommes de bonne volonté en garde contre cette doctrine, à travers l’encyclique Divini Redemptoris (19 mars 1937) où il affirme sans ambages que le communisme est intrinsèquement pervers(12). Par ce cri d’alarme Pie XI engage les chrétiens à rejeter publiquement le Communisme. Et cela vaut encore aujourd’hui face aux normes subtiles du communisme qui résident dans le rejet de Dieu de la vie de l’homme.

21. La même année, le Reich(13) multiplie ses mesures coercitives et répressives envers la jeunesse: le nazisme bat son plein. C’est alors que le Pape Pie XI publie une lettre encyclique intitulée Mit brennender Sorge(14). Il y condamne la doctrine raciste du nazisme et son exaltation de la supériorité de la race aryenne. En un mot il rejette au nom de la foi chrétienne cette doctrine anti-chrétienne.

22. Plus tard, après la deuxième guerre mondiale, la situation internationale des années de la guerre froide était surtout dominée par la menace nucléaire. Tout conflit devenait rtop dangereux parce qu’il mettait en jeu des armes atomiques aux capacités de destructions incalculables. Les deux Grands, les Etats-Unis et l’Union soviétique avaient en fait accumulé un arsenal nucléaire capable de détruire toute l’humanité. C’est dans ce climat de peur généralisée et surtout à la suite de la crise de Cuba, où l’installation de fusées soviétiques avait mené le monde tout près d’un conflit nucléaire que le pape Jean XXIII publie l’encyclique Pacem in terris le 11 Avril 1963. Le pape met le monde entier en garde contre le danger de la guerre et les bienfaits de la paix, la paix "objet du désir profond de l’humanité de tous les temps". Par cette encyclique, il exhorte les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à s’engager en faveur de la paix et à la construire par tous les moyens.

23. La construction de cette paix passe par l’amélioration des conditions et l’augmentation du niveau de vie des hommes et des peuples. Ainsi, dans la même perspective, le pape Paul VI, dans son encylique Populorum Progressio, affirme bien fort que le

"développement est le nouveau nom de la paix"(15)

24. Le Concile Vatican II, spécialement dans sa constitution pastorale Gaudium et spes(16)(7 décembre 1967), parle de la

"sauvegarde de la paix et de la construction de la communauté des nations"(17)

Il souligne l’importance de la paix et demande aux nations de mettre un frein aux guerres et à la course aux armements.

25. Plus près de nous, le Pape Jean-Paul II, fait écho au synode des évêques africains. Dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Africa au chapitre VI intitulé "Construire le Royaume", il affirme que la politique ne doit pas être une tribune de discours sans prise sur la réalité ou le concret de la vie quotidienne, la vie réelle. Ainsi, il exhorte les laïcs catholiques qui occupent des fonctions publiques à faire correspondre leur engagement civil à leur témoignage pour la justice et la solidarité.

"De nos jours, dans une société pluraliste, c’est toujours grâce aux engagements des laïcs catholiques dans la vie publique que l’Eglise a le meilleur impact…"(18)

26. Le pape Jean-Paul II invite aussi les hommes politiques à construire l’unité nationale. Cela exige qu’il faille par exemple:

  • "concilier les différences extrêmes et dépasser les animosités ethniques anciennes";
  • adopter des politiques appropriées aptes à améliorer la croissance et les investissements afin de créer des emplois;
  • protéger le patrimoine commun contre toutes les formes de gaspillage et de détournement réalisés par des citoyens dépourvus de sens civique et des étrangers sans scrupule;
  • fustiger aussi le commerce des armes qui sèment la mort.

27. A cet effet, le pape lance un appel à tous les pays qui vendent des armes à l’Afrique, en les suppliant "d’arrêter de le faire". En retour il demande aux gouvernements africains

"de renoncer aux dépenses militaires excessives afin de consacrer plus de ressources à l’éducation, à la santé et au bien-être de leurs peuples."(19)

Il invite les laïcs chrétiens à s’engager "dans les luttes démocratiques selon l’esprit de l’évangile" afin que l’Eglise soit effectivement "présente à la construction d’un état de droit partout en Afrique"(20)

Avec l’assemblée synodale, le Saint Père

"fait monter vers le Seigneur une prière fervente pour que surgissent en Afrique des responsables politiques – hommes et femmes – saints, pour qu’il y ait de saints chefs d’Etat qui aiment leur peuple jusqu’au bout et qui désirent servir, plutôt que se servir". (21)

28. Tous ces documents et bien d’autres encore, ont pour but d’attirer votre attention de décideurs, d’hommes politiques, de simples citoyens, pour tout dire, de tous les hommes de bonne volonté, sur tout dire les événements qui secouent le monde des hommes et qui sont en dernière analyse des événements politiques déterminant le cours de notre monde, de notre continent africain, de notre pays, la Côte d’Ivoire.

C’est dans le souci de vous aider dans votre engagement social et politique que nous vous avons écrit diverses lettres pastorales dont nous ne vous rappelons que celles qui touchent la question politique et sociale.

D. LE MAGISTERE LOCAL

29. Ainsi le 2 décembre 1982, dans notre lettre pastorale sur l’éducation, nous attirions votre attention sur l’orientation très matérialiste que prenait la société ivoirienne; ce qui, à terme, pouvait engendrer une société dualiste où se creuse la distance entre les pauvres et les riches.

"Cette sorte de société ignorera la communication naturelle, régulière entre les différentes couches sociales. Le dialogue véritable s’y avère impossible ou tout au moins conventionnel et artificiel. Les pauvres, par peur des grands, risquent de se contenter d’écouter et d’enregistrer ce que leur disent les hommes au pouvoir, jusqu’à ce que, à bout de patience et de tolérance, le peuple exacerbé en vienne à s’armer de courage et d’audace pour se rebeller contre une telle société. L’histoire nous montre que le peuple déchaîné est plus violent et commet plus de dégâts qu’un fleuve qui rompt ses digues et détruit tout sur son passage".(22)

30. Aujourd’hui nous pouvons remercier le Seigneur d’avoir épargné à notre pays ce durcissement de position des deux couches qui se mettaient en place et qui apparaissaient à certains comme une vue de l’esprit.

31. Au premier trimestre de l’année 1990, notre pays a frôlé la catastrophe. les troubles sociaux, le soulèvement des étudiants auxquels s’est jointe une jeunesse désoeuvrée, sans foi ni loi, au nom évocateur de "loubards" qui n’avaient rien à perdre, les descentes des militaires dans la rue…créèrent une telle tension dans le pays que la peur d’un chambardement envahit tous les coeurs. Nous vous avions alors adressé un message dans lequel nous vous exhortions au dialogue vrai, à

"un changement radical de mentalité, de comportement de la part de chacun et de tous sans exception et cela à tous les niveaux, en vous laissant pénétrer et interpeller par la vérité."

Nous avons évité un tel malheur grâce, d’une part à la mobilisation, dans la prière en faveur de notre pays, de toutes les confessions religieuses confondues et d’autre part, aux interventions personnelles et directes de certaines personnalités civiles et religieuses, auprès des partis en conflit.

32. Nous avons pris l’habitude, à l’occasion des élections, d’adresser une lettre pastorale aux chrétiens et à vous tous, frères et soeurs habitant ce pays, pour vous rappeler votre devoir de citoyens et vous exhorter à dépassionner les débats politiques, pour rechercher le bien de la nation entière.

33. Ainsi en 1990, nous vous avons adressé la lettre pastorale sur la politique au service du pays, à travers laquelle nous avons analysé la crise qui a secoué notre pays, diagnostiqué et reconnu les causes et tiré les leçons qui s’imposaient. nous avons dit que l’objectif final de la politique, c’est la poursuite et le service du bien commun de la nation.

En 1995, l’année de la deuxième législature, depuis l’avènement de la démocratie multipartiste en Côte d’ivoire, nous avons parlé de la préparation morale et spirituelle pour aborder les élections toutes proches.

34. Nous souhaitons vivement que ces documents et celui que vous tenez entre les mains trouvent des cadres et des forums appropriés de réflexion qui aboutissent à l’action. Cet engagement auquel nous vous invitons s’inscrit également dans l’esprit de nos sociétés traditionnelles qui sont régies par un principe de solidarité réciproque ou dialectique. La communauté est au service de l’individu et l’individu au service de la communauté. En somme, c’est le bien commun qui est toujours recherché.

Les Evêques de Côte d’Ivoire

A suivre

 

__________________________________________________

  1. Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire.- Lettre pastorale à l’occasion du premier centenaire de l’Evangélisation de la Côte d’Ivoire, 18 avril 1995, n° 14, p. 5
  2. JEAN-PAULII.- Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 14 Septembre 1995, n° 75
  3. Dt 24,17
  4. Is 1,11-17
  5. Is 1,16-17; Am 5,21-24;Jr 7,5-6
  6. Am 5, 21-24
  7. Homélie 6, Riches et pauvres, p. 71, PG 31, 268
  8. Homélie 6, Contre la richesse, p. 76, PG 31, 277
  9. Magistère pontifical: un ensemble des enseignements des papes.
  10. L’Encyclique est une lettre écrite par le pape; c’est souvent une lettre circulaire adressée par le pape à tous les évêques et chrétiens du monde entier unis à Rome. Le mot a été utilisé pour la première fois au XIIIè siècle et est moins ancien que la réalité qu’il désigne, car de telles lettres existaient bien avant cette date. Une encyclique, quoi que n’ayant pas une valeur dogmatique, a du poids dans l’Eglise. Il ne faut pas la comparer ni à une loi ni à un règlement intérieur, ni à une constitution. Le plus souvent, elle expose, en le précisant, l’enseignement de l’Eglise sur un problème particulier que les nécessités de l’heure ont mis en évidence. Mais cet enseignement ne bénéficie pas du caractère d’infaillibilité. Les encycliques sont désignés par leur incipit, c’est-à-dire leurs premiers mots. L’encyclique comme telle est une manifestation du magistère ordinaire. Littéralement "des choses nouvelles" traduites par "la soif d’innovation".
  11. Cf n°1 de l’encyclique.
  12. Cf n° 58
  13. Le Reich signifie l’empire allemand.
  14. "Mit brenneder Sorge": avec une vie inquiétude.
  15. PAUL VI.- encycl. Populorum progressio, 26 mars 1967, n° 70
  16. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II.- Const. past. Gaudium et spes, 7 décembre 1967, chap. V
  17. Chap. V.
  18. Ecclesia in Africa, 108
  19. Ecclesia in Africa, 118
  20. Ecclesia in Africa, 112
  21. Ecclesia in Africa, 111
  22. Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire.- Lettre pastorale sur l’éducation, 2 décembre 1982, p. 6

CONFERENCE EPISCOPALE DE COTE D’IVOIRE- LE CHRETIEN FACE A LA POLITIQUE- Formation Politique et Civique- 1

juillet 18, 2008

PREFACE

Chers amis, chrétiens catholiques de Côte d’Ivoire.

Le chrétien vit selon sa conviction qui l’engage à travers ce qu’il dit et ce qu’il fait.

Il doit savoir que ses principes de vie émanent du Christ et de son Evangile. L’Apôtre Paul a raison de dire que sa vie, c’est le Christ (Ph 1, 21).

En effet, la vie du chrétien au sein de la société est un témoignage de tolérance et d’acceptation de l’autre avec sa différence. Cette vie est faite de patience en vue d’une vie meilleure faite alors de justice et d’amour. Qu’attendons-nous du chrétien d’aujourd’hui, face à une situation complexe dans la société? Il ne lui convient plus de se ranger automatiquement du côté de la majorité sans réflexion préalable. Son attitude comme son action doivent refléter une maturité d’esprit qui n’intervient pas au hasard.

Pour ce faire, les Evêques, en leur qualité de Pasteurs et d’Educateurs, se sont aperçus que les fidèles chrétiens ont besoin d’approfondir leur connaissance de la doctrine sociale de l’Eglise.

C’est pourquoi, ils ont pris le temps de réfléchir pour écrire ce document qui se met à la portée de tous.

Que chacun en profite pour une lecture personnelle et méditée. Que les groupes de réflexion l’utilisent pour meubler des échanges en carrefour. Ce livret n’est pas fait pour être lu et rangé dans un rayon. Il voudrait être auprès de vous comme un « vade-mecum » pour se prêter à diverses consultations.

Ce document veut être considéré comme le fruit d’une étape de notre marche vers le Père, qui est tendresse et bonté. Il demande à être conseillé et prêté. Il vient comme un guetteur des signes des temps pour prévenir et guérir notre ignorance civique et politique, dans un courant démocratique.

Pour être levain dans la pâte humaine, le chrétien se doit d’être actif et présent dans la société. Il est présent dans ce qui existe pour le transformer progressivement, selon l’esprit de l’évangile qui est amour et vérité.

Les Evêques, Pasteurs de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire, en vous demandant de réserver un bon accueil au Document qu’ils vous envoient dans le contexte des préparatifs des événements de l’an 2000, implorent sur vous et sur le pays, la bénédiction du Dieu Tout-Puissant.

+ Son Excellence Mgr Auguste NOBOU, Archevêque de Korhogo, Président de la Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire

INTRODUCTION

« Chaque être humain est le but de la société et de l’Etat »

MOTIVATIONS

1.  L’Eglise entière célébrera bientôt un événement important, celui du Jubilé de l’An 2000. Ce Jubilé nous rappelle l’offre du salut que Dieu a faite à tous les peuples en son Fils Jésus-Christ. La célébration de cet événement constitue pour nous, Peuple de Dieu, un moment déterminant et privilégie.

2. Nous voulons rappeler aux chrétiens, et exprimer aux hommes de bonne volonté, la réalité concrète de l’événement de l’Incarnation. Désormais, en son Fils Jésus-Christ et par son Eglise, Dieu s’est manifesté à nous et veut accomplir au coeur de notrem onde, son oeuvre de salut dans toutes ses ramifications historiques, sociales, politiques et spirituelles.

Le double aspect individuel et collectif du salut ne passera pas inaperçu.

3. Par ailleurs, dans le contexte de notre pays, nous n’oublierons pas que le Jubilé de l’An 2000 coïncide avec l’entrée dans le deuxième centenaire de notre évangélisation. Comme nous le disions:

« C’est un défi qui nous invite à nous mettre tous en état de Mission, afin que la Parole de Dieu parvienne jusqu’aux extrémités de notre terre ivoirienne, défi à relever coûte que coûte au cours du second Centenaire de l’histoire de notre Eglise ».(1)

4. Il s’agit maintenant d’une pénétration en profondeur de la Bonne Nouvelle du Christ dans nos convictions et comportements, dans nos Institutions politiques, traditionnelles et modernes. A ce stade de notre évangélisation et à ce moment historique, où un vent de démocratie souffle sur notre continent et notre pays, il est absolument nécessaire que le chrétien trouve dans sa foi les raisons de son engagement politique et civique pour la construction de la cité.

5. Il faut dire que cette démocratie naissante constitue pour nous « un signe des temps ». Elle ouvre l’ère de la corresonsabilité active de chaque citoyen dans l’édification de nos pays africains. Et, à ce niveau, nous chrétiens avec les aures, au nom de notre foi, nous sommes vivement interpellés à nous investtir à fond dans cette oeuvre de construction nationale.

BUT

6. Pour ce faire, une formation civique et chrétienne solide s’impose à tous selon le voeu du Synode africain repris par le Pape Jean-Paul II dans l’exhortation Ecclesia in Africa

« Dans tous les secteurs de la vie de l’Eglise, la formation est d’une importance capitale (…) Le programme de formation doit inclure, en particulier, la formation des laïcs à jouer pleinement leur rôle d’animation chrétienne de l’ordre temporel (politique, culturel, économique et social) qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat. On encouragera les fidèles laïcs compétents et motivés à s’engager dans la politique, dans laquelle, en exerçant correctement des charges publiques, ils pourront travailler ‘au bien commun et, en même temps, préparer la voie à l’évangile' ».(2)

DESTINATAIRES

7. Ce document s’adresse à tous les chrétiens et à tous les autres frères et soeurs qui ne partagent pas notre foi.

8. Vous chrétiens, nous vous invitons à prendre conscience des implications de votre foi dans la vie de tous les jours, surtout au niveau social et politique. Ainsi, vous manifesterez, dans la lumière de votre foi, votre appartenance effective à ce pays qui fera de vous des citoyens à part entière. Vous serez des hommes et des femmes responsables, conscients de leurs droits et devoirs. Vous montrerez que vous aimez votre pays, en adoptant à son égard un patriotisme équilibré et en vous engageant pleinement dans la vie économique, politique, culturelle, religieuse et écologique.

9. Et vous, chers frères et soeurs qui ne partagez pas la foi chrétienne, nous vous adressons également à vous, au nom de la solidarité humaine qui nous unit et nous rassemble sur ce territoire ivoirien. Dans le souci du bien commun, nous voulons vous inviter à sauvegarder et à promouvoir la chose publique dans une franche collaboration.

PLAN DU DOCUMENT

10. Ce document s’articule autour de cinq points.

La première partie rappelle brièvement l’histoire des grandes interventions de l’Eglise en matière sociale depuis les Prophètes, en passant par les Pères de l’Eglise, les Papes, jusqu’à nos propres lettres pastorales.

La deuxième partie dégage les fondements anthropologiques et sociologiques de l’engagement sociopolitique du citoyen.

La troisième partie définit à la lumière de la Parole de Dieu cet engagement du citoyen et particulièrement du citoyen chrétien.

La quatrième partie est une réflexion théologique sur cet engagement du chrétien, à partir de notre foi en Dieu Père, Fils et Esprit, pour dégager les implications pratiques.

La cinquième partie invite chaque citoyen et les différentes couches socio-professionnelles, à s’engager effectivement et concrètement dans la société et à vivre le civisme au quotidien.

CHAPITRE 1 L’EGLISE ET L’ENGAGEMENT SOCIAL DU CHRETIEN – BREF HISTORIQUE

11. A maintes occasions, dans le passé, surtout lorsque les événements politiques l’exigeaient ( en particulier lors des élections), nous vos évêques, nous avons attiré votre attention sur votre place et votre rôle de chrétiens dans la vie politique et sociale de votre pays.

Aujourd’hui, par ce document, nous voulons vous inviter, personnes individuelles, familles, groupes professionnels et associations diverses, à entrer de plein-pied dans la construction de notre communauté nationale, pour la rendre plus humaine et plus fraternelle. C’est à partir de vos paroles, actes et comportements empreints de respect les uns pour les autres, dans l’ouverture, le dialogue et la convivialité, que la nouvelle société s’édifiera.

Notre pratique s’inscrit dans la mission propre de l’Eglise. Dans ce sens, nous rappelons, pour mémoire, quelques interventions des Prophètes, des Pères de l’Eglise et du Magistère pontifical depuis Léon XIII jusqu’à Jean-Paul II. C’est ce qu’on appelle l’enseignement social de l’Eglise. Ces interventions s’inscrivent toutes dans un contexte déterminé. Elles mettent en rapport étroit et conséquent la foi et les défis de la vie sociale de l’époque.

A – MESSAGE DES PROPHETES

12. Les Prophètes ont été les premiers à initier cette doctrine sociale, à poser les jalons de ce qui deviendra la morale sociale de l’Eglise. Leur pensée sociale et religieuse s’est d’abord élaborée autour du thème de la justice. Pour eux, la justice est la conduite la plus significative.

Pour cela, ils mettent en lumière d’abord le droit du petit, du pauvre, de la veuve, de l’orphelin, de l’étranger, du salarié…Tous ceux que les nantis tendent à exclure du partage des biens.

13. Ainsi, la justice pour eux, n’est pas d’abord le droit de ceux qui ont, c’est avant tout le droit de ceux qui n’ont pas. Le droit du membre de la communauté qui est dans la nécessité. L’étranger n’est pas exclu de la communauté (Ex 23, 9; Dt 24,17).

« Tu n’exploiteras pas le salarié humble et pauvre. Tu ne violeras pas le droit de l’étranger. Tu ne prendras pas en gage le vêtement de la veuve. Souviens-toi que tu as été en servitude en pays d’Egypte et que Yahvé, ton Dieu t ‘a racheté »(3)

14. Pour les prophètes, la religion ne vaut rien sans la justice. En effet, devant l’injustice sociale, Yahvé n’hésite pas à remettre en question ses promesses les plus solennelles. Voilà pourquoi ce que Yahvé attend du peuple qu’il s’est choisi comme la contrepartie de son alliance, ce

« ne sont ni les assemblées de prières, ni les sacrifices, ni les fêtes, ni les pèlerinages, ni les temples grandioses, ni les jeûnes, mais qu’il soit, au milieu des impies, le témoin, le prophète de sa justice. »(4)

Au nom des clauses de l’Alliance, les prophètes exhortent chaque membre de la société à s’engager et à travailler pour la construction ou l’émergence d’une société de droit où la vie devient possible pour tous, spécialement pour les faibles, les humbles, les sans-voix…(5)

15. Cette justice sociale est plus importante que toutes les solennités, les holocaustes, les sacrifices des bêtes grasses.

« Je hais, le méprise vos fêtes; pour vos solennités je n’ai que dégoût. Quand vous m’offrez des holocaustes…vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes! Mais que le droit coule comme l’eau, et la justice, comme un torrent qui ne tarit pas. »(6)

16. A la suite des prophètes dont la voix a été amplifiée par le Christ Jésus et ses apôtres, l’Eglise, depuis les origines, indique sans cesse les implications sociales de l’intervention historique de Dieu. Cela se réalise à travers les Pères de l’Eglise et le Magistère pontifical.

B. LES PERES DE L’EGLISE

« Le propre de la vie sociale est de faire converger vers une fin commune l’activité de chacun. »

17. Les Pères, dans leurs enseignements, invitaient leurs auditeurs à une organisation sociale communautaire, prélude à une réforme des structures de la société. Même si les Pères n’ont pas expressément parlé d’une transformation des structures sociales, la réforme qu’ils préconisent passe par l’attention à autrui qu’il faut considérer comme un frère, et qu’il faut chercher à découvrir, à reconnaître, à aimer pour pouvoir l’aider.

« Tu contemples ton or et tu n’as pas un regard pour tes frères. Tu connais toutes les espèces de monnaie et tu sais distinguer la fausse pièce de la vraie, mais ton frère dans le besoin, tu l’ignores totalement » écrit St Basile(7).

Le partage des biens est la règle d’or que doivent pratiquer les riches, les possédants. C’est grâce à leur générosité que ces derniers seront sauvés. Et cette générosité n’est pas motivée par un élan du coeur, mais par le droit des pauvres. St Basile se fera le chantre de ce droit qu’on doit reconnaître aux pauvres:

« Celui qui dépouille un homme de ses vêtements aura nom de pillard. Et celui qui ne vêt point la nudité du gueux, alors qu’il peut le faire, mérite-t-il un autre nom? A l’affamé appartient le pain que tu gardes. A l’homme nu le manteau que recèlent tes coffres. Au va-nu-pieds, la chaussure qui pourrit chez toi. Au miséreux, l’argent que tu tiens enfoui ».(8)

Cet enseignement des Pères sera repris et approfondi par le Magistère Pontifical depuis le Pape Léon XIII jusqu’à nos jours.

C. LE MAGISTERE PONTIFICAL(9) ET LE CONCILE VATICAN II

18. Dès le début de son pontificat, le pape Léon XIII écrit une encyclique(10) appelée Immortale Dei (1881). Il écrit ce document au moment où les pouvoirs publics interféraient sur les décisions de l’Eglise et tentaient de l’influencer. Il intervient pour définir la souveraineté de chaque pouvoir, temporel et spirituel. Dieu a divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances: la puissance spirituelle et la puissance temporelle; la première préposée aux choses divines, et la seconde aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine puisque renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité avec sa nature et son but spécial. il y a donc comme une sphère circonscrite dans laquelle chacune exerce son action jure proprio.

19. Le même pape, en 1891, publie un document retentissant intitulé Rerum Novarum, pour traiter de la condition sociale des ouvriers. A cette époque, la condition des ouvriers était devenue un danger pour la société. En effet, les rapports entre les patrons et les ouvriers s’étaient détérioriés car, d’une part, la richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence, ce qui a créé pour ces derniers une situation d’infortune et de misère imméritée et d’autre part, des hommes turbulents et astucieux cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter les troubles(11).

Dans cette lettre encyclique, tout en respectant les droits des patrons, le pape Léon XIII réhabilite la condition des ouvriers et garantit leur droit.

20. L’un des successeurs de Léon XIII, le pape Pie IX, en 1973, face à la montée et à la propagande du communisme athée, met les chrétiens et les hommes de bonne volonté en garde contre cette doctrine, à travers l’encyclique Divini Redemptoris (19 mars 1937) où il affirme sans ambages que le communisme est intrinsèquement pervers(12). Par ce cri d’alarme Pie XI engage les chrétiens à rejeter publiquement le Communisme. Et cela vaut encore aujourd’hui face aux normes subtiles du communisme qui résident dans le rejet de Dieu de la vie de l’homme.

21. La même année, le Reich(13) multiplie ses mesures coercitives et répressives envers la jeunesse: le nazisme bat son plein. C’est alors que le Pape Pie XI publie une lettre encyclique intitulée Mit brennender Sorge(14). Il y condamne la doctrine raciste du nazisme et son exaltation de la supériorité de la race aryenne. En un mot il rejette au nom de la foi chrétienne cette doctrine anti-chrétienne.

22. Plus tard, après la deuxième guerre mondiale, la situation internationale des années de la guerre froide était surtout dominée par la menace nucléaire. Tout conflit devenait rtop dangereux parce qu’il mettait en jeu des armes atomiques aux capacités de destructions incalculables. Les deux Grands, les Etats-Unis et l’Union soviétique avaient en fait accumulé un arsenal nucléaire capable de détruire toute l’humanité. C’est dans ce climat de peur généralisée et surtout à la suite de la crise de Cuba, où l’installation de fusées soviétiques avait mené le monde tout près d’un conflit nucléaire que le pape Jean XXIII publie l’encyclique Pacem in terris le 11 Avril 1963. Le pape met le monde entier en garde contre le danger de la guerre et les bienfaits de la paix, la paix « objet du désir profond de l’humanité de tous les temps ». Par cette encyclique, il exhorte les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à s’engager en faveur de la paix et à la construire par tous les moyens.

23. La construction de cette paix passe par l’amélioration des conditions et l’augmentation du niveau de vie des hommes et des peuples. Ainsi, dans la même perspective, le pape Paul VI, dans son encylique Populorum Progressio, affirme bien fort que le

« développement est le nouveau nom de la paix »(15)

24. Le Concile Vatican II, spécialement dans sa constitution pastorale Gaudium et spes(16)(7 décembre 1967), parle de la

« sauvegarde de la paix et de la construction de la communauté des nations »(17)

Il souligne l’importance de la paix et demande aux nations de mettre un frein aux guerres et à la course aux armements.

25. Plus près de nous, le Pape Jean-Paul II, fait écho au synode des évêques africains. Dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Africa au chapitre VI intitulé « Construire le Royaume », il affirme que la politique ne doit pas être une tribune de discours sans prise sur la réalité ou le concret de la vie quotidienne, la vie réelle. Ainsi, il exhorte les laïcs catholiques qui occupent des fonctions publiques à faire correspondre leur engagement civil à leur témoignage pour la justice et la solidarité.

« De nos jours, dans une société pluraliste, c’est toujours grâce aux engagements des laïcs catholiques dans la vie publique que l’Eglise a le meilleur impact… »(18)

26. Le pape Jean-Paul II invite aussi les hommes politiques à construire l’unité nationale. Cela exige qu’il faille par exemple:

  • « concilier les différences extrêmes et dépasser les animosités ethniques anciennes »;
  • adopter des politiques appropriées aptes à améliorer la croissance et les investissements afin de créer des emplois;
  • protéger le patrimoine commun contre toutes les formes de gaspillage et de détournement réalisés par des citoyens dépourvus de sens civique et des étrangers sans scrupule;
  • fustiger aussi le commerce des armes qui sèment la mort.

27. A cet effet, le pape lance un appel à tous les pays qui vendent des armes à l’Afrique, en les suppliant « d’arrêter de le faire ». En retour il demande aux gouvernements africains

« de renoncer aux dépenses militaires excessives afin de consacrer plus de ressources à l’éducation, à la santé et au bien-être de leurs peuples. »(19)

Il invite les laïcs chrétiens à s’engager « dans les luttes démocratiques selon l’esprit de l’évangile » afin que l’Eglise soit effectivement « présente à la construction d’un état de droit partout en Afrique »(20)

Avec l’assemblée synodale, le Saint Père

« fait monter vers le Seigneur une prière fervente pour que surgissent en Afrique des responsables politiques – hommes et femmes – saints, pour qu’il y ait de saints chefs d’Etat qui aiment leur peuple jusqu’au bout et qui désirent servir, plutôt que se servir ». (21)

28. Tous ces documents et bien d’autres encore, ont pour but d’attirer votre attention de décideurs, d’hommes politiques, de simples citoyens, pour tout dire, de tous les hommes de bonne volonté, sur tout dire les événements qui secouent le monde des hommes et qui sont en dernière analyse des événements politiques déterminant le cours de notre monde, de notre continent africain, de notre pays, la Côte d’Ivoire.

C’est dans le souci de vous aider dans votre engagement social et politique que nous vous avons écrit diverses lettres pastorales dont nous ne vous rappelons que celles qui touchent la question politique et sociale.

D. LE MAGISTERE LOCAL

29. Ainsi le 2 décembre 1982, dans notre lettre pastorale sur l’éducation, nous attirions votre attention sur l’orientation très matérialiste que prenait la société ivoirienne; ce qui, à terme, pouvait engendrer une société dualiste où se creuse la distance entre les pauvres et les riches.

« Cette sorte de société ignorera la communication naturelle, régulière entre les différentes couches sociales. Le dialogue véritable s’y avère impossible ou tout au moins conventionnel et artificiel. Les pauvres, par peur des grands, risquent de se contenter d’écouter et d’enregistrer ce que leur disent les hommes au pouvoir, jusqu’à ce que, à bout de patience et de tolérance, le peuple exacerbé en vienne à s’armer de courage et d’audace pour se rebeller contre une telle société. L’histoire nous montre que le peuple déchaîné est plus violent et commet plus de dégâts qu’un fleuve qui rompt ses digues et détruit tout sur son passage ».(22)

30. Aujourd’hui nous pouvons remercier le Seigneur d’avoir épargné à notre pays ce durcissement de position des deux couches qui se mettaient en place et qui apparaissaient à certains comme une vue de l’esprit.

31. Au premier trimestre de l’année 1990, notre pays a frôlé la catastrophe. les troubles sociaux, le soulèvement des étudiants auxquels s’est jointe une jeunesse désoeuvrée, sans foi ni loi, au nom évocateur de « loubards » qui n’avaient rien à perdre, les descentes des militaires dans la rue…créèrent une telle tension dans le pays que la peur d’un chambardement envahit tous les coeurs. Nous vous avions alors adressé un message dans lequel nous vous exhortions au dialogue vrai, à

« un changement radical de mentalité, de comportement de la part de chacun et de tous sans exception et cela à tous les niveaux, en vous laissant pénétrer et interpeller par la vérité. »

Nous avons évité un tel malheur grâce, d’une part à la mobilisation, dans la prière en faveur de notre pays, de toutes les confessions religieuses confondues et d’autre part, aux interventions personnelles et directes de certaines personnalités civiles et religieuses, auprès des partis en conflit.

32. Nous avons pris l’habitude, à l’occasion des élections, d’adresser une lettre pastorale aux chrétiens et à vous tous, frères et soeurs habitant ce pays, pour vous rappeler votre devoir de citoyens et vous exhorter à dépassionner les débats politiques, pour rechercher le bien de la nation entière.

33. Ainsi en 1990, nous vous avons adressé la lettre pastorale sur la politique au service du pays, à travers laquelle nous avons analysé la crise qui a secoué notre pays, diagnostiqué et reconnu les causes et tiré les leçons qui s’imposaient. nous avons dit que l’objectif final de la politique, c’est la poursuite et le service du bien commun de la nation.

En 1995, l’année de la deuxième législature, depuis l’avènement de la démocratie multipartiste en Côte d’ivoire, nous avons parlé de la préparation morale et spirituelle pour aborder les élections toutes proches.

34. Nous souhaitons vivement que ces documents et celui que vous tenez entre les mains trouvent des cadres et des forums appropriés de réflexion qui aboutissent à l’action. Cet engagement auquel nous vous invitons s’inscrit également dans l’esprit de nos sociétés traditionnelles qui sont régies par un principe de solidarité réciproque ou dialectique. La communauté est au service de l’individu et l’individu au service de la communauté. En somme, c’est le bien commun qui est toujours recherché.

Les Evêques de Côte d’Ivoire

A suivre

 

__________________________________________________

  1. Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire.- Lettre pastorale à l’occasion du premier centenaire de l’Evangélisation de la Côte d’Ivoire, 18 avril 1995, n° 14, p. 5
  2. JEAN-PAULII.- Exhortation apostolique Ecclesia in Africa, 14 Septembre 1995, n° 75
  3. Dt 24,17
  4. Is 1,11-17
  5. Is 1,16-17; Am 5,21-24;Jr 7,5-6
  6. Am 5, 21-24
  7. Homélie 6, Riches et pauvres, p. 71, PG 31, 268
  8. Homélie 6, Contre la richesse, p. 76, PG 31, 277
  9. Magistère pontifical: un ensemble des enseignements des papes.
  10. L’Encyclique est une lettre écrite par le pape; c’est souvent une lettre circulaire adressée par le pape à tous les évêques et chrétiens du monde entier unis à Rome. Le mot a été utilisé pour la première fois au XIIIè siècle et est moins ancien que la réalité qu’il désigne, car de telles lettres existaient bien avant cette date. Une encyclique, quoi que n’ayant pas une valeur dogmatique, a du poids dans l’Eglise. Il ne faut pas la comparer ni à une loi ni à un règlement intérieur, ni à une constitution. Le plus souvent, elle expose, en le précisant, l’enseignement de l’Eglise sur un problème particulier que les nécessités de l’heure ont mis en évidence. Mais cet enseignement ne bénéficie pas du caractère d’infaillibilité. Les encycliques sont désignés par leur incipit, c’est-à-dire leurs premiers mots. L’encyclique comme telle est une manifestation du magistère ordinaire. Littéralement « des choses nouvelles » traduites par « la soif d’innovation ».
  11. Cf n°1 de l’encyclique.
  12. Cf n° 58
  13. Le Reich signifie l’empire allemand.
  14. « Mit brenneder Sorge »: avec une vie inquiétude.
  15. PAUL VI.- encycl. Populorum progressio, 26 mars 1967, n° 70
  16. CONCILE OECUMENIQUE VATICAN II.- Const. past. Gaudium et spes, 7 décembre 1967, chap. V
  17. Chap. V.
  18. Ecclesia in Africa, 108
  19. Ecclesia in Africa, 118
  20. Ecclesia in Africa, 112
  21. Ecclesia in Africa, 111
  22. Conférence Episcopale de Côte d’Ivoire.- Lettre pastorale sur l’éducation, 2 décembre 1982, p. 6

LETTRE PASTORALE A L’OCCASION DES PROCHAINES ELECTIONS 1995

juillet 15, 2008

Chers frères et chères soeurs,

En 1990, à pareille époque, nous, Evêques de Côte d’Ivoire, vous avons adressé une lettre sur la politique au service du pays.(1).

Nous avons, avec vous, analysé la crise qui a secoué notre pays. Nous en avons diagnostiqué et reconnu les causes. Nous en avons tiré les leçons qui s’imposaient: si le pays tenait à se relever, il fallait que tous et chacun, nous comprenions que l’objectif final de la politique, c’est la poursuite et le service du bien commun de la Nation.

Un appel pressant, jailli de nos coeurs de pasteurs et de responsables spirituels, vous a été adressé et est parvenu, nous le pensons, à chacune et à chacun de vous. Cette lettre, nous vous en recommandons la relecture et la méditation au cours de ces quelques mois qui nous séparent des élections.

Nous vous adressons la présente lettre pour vous aider à vous préparer moralement et spirituellement aux élections prochaines.

Le pays va connaître des consultations populaires qui vont porter au pouvoir des citoyens et cela, pour une période de cinq ans. Le pays sera dirigé par des hommes et des femmes qu’il se sera donnés. Alors, nous comprenons tous l’enjeu et la gravité des événements que nous allons vivre.

L’Etat prépare l’organisation matérielle des élections. Nous estimons de notre devoir de rappeler à vos consciences de chrétiens et de croyants d’autres religions, les implications morales et spirituelles que suppose une bonne préparation à ces élections.

Nous vous proposons de réfléchir avec vous sur le devoir de vote et sur l’attitude à avoir devant le code électoral.

1. DEVOIR DE VOTE

Dans notre lettre du 18 juillet 1990 sur la politique au service du pays, nous avons consacré tout un paragraphe au devoir de vote. Nous voudrions situer cet important devoir avant, pendant et après son accomplissement.

1.1 AVANT LE VOTE

D’abordle recensement. Il est à la fois un droit et un devoir. A ce niveau, qu’il nous soit permis d’évoquer, à l’attention de tout chrétien et de tout croyant en Dieu, l’exemple de Joseph et de Marie. Etrangers à Nazareth, ils se sont rendus à Bethléem, parcourant une longue distance pour accomplir leur devoir de se faire recenser effectivement…Nous lançons un appel aux Ivoiriens afin qu’ils réservent un bon accueil aux agents recenceurs qui leur sont envoyés à domicile, et qu’ils fassent un effort pour se procurer des attestations administratifs d’identité au cas où ils auront été omis.

Ensuite le vote. Faut-il rappeler que le devoir de vote est un des devoirs fondamentaux des citoyens d’un pays. Par le vote, le citoyen exprime librement son opinion personnelle, sa sensiblité politique et son appréciation des hommes et des institutions.

Par le vote, le citoyen prouve qu’il n’est pas un élément passif d’une masse informe mais un membre actifi, vivant et libre, d’un peuple qui choisit ses dirigeants.

Par le vote, le citoyen vit concrètement la "démocratie". il participe au pouvoir et à la souveraineté du peuple.

1.2. PENDANT LE VOTE

Encore faut-il que le citoyen soit informé; ainsi libre et consciencieux, il accomplira comme il convient, le devoir de vote.

Le bon vote est celui qui procède d’un citoyen formé. Il faut un minimum d’éducation civique pour permettre aux électeurs de voter en connaissance de cause. Cela requiert au moins une connaissance élémentaire des institutions de l’Etat et une information globale sur leurs objectifs et leurs fonctionnements. Cela suppose également le respect des opinions et des personnes. Il faut amener chacun à comprendre que l’adversaire politique n’est pas un ennemi mais un citoyen, un frère qui pense autrement que nous. Tous, nous devons faire en sorte que le respect, la politesse et l’humour fraternel président aux rapports entre les partis politiques.

Le bn vote procède d’un citoyen libre qui vote à l’abri de toute pression, et même des consignes qui vont contre sa conscience. L’histoire et l’actualité nous montrent et nous enseignent que les partis politiques ne sont pas des fins en soi mais des moyens qui se créent et qui s’organisent en vue du service du peuple par l’exercice du pouvoir ou la participation à la gestion des affaires publiques. Le primat des partis ne saurait édicter des ordres à des consciences éclairées et assurées de faire le bon choix. C’est pour cela qu’il est prévu des isoloirs où l’électeur est censé se trouver seul devant sa conscience et devant Dieu.

Le bon choix procède également du citoyen consciencieux qui prend au sérieux le devoir de vote. "Le choix des citoyens doit porter sur des hommes intelligents et compétents, doués d’un minimum de culture politique, soucieux de développer le pays en tenant compte de toutes les couches sociales. Ces hommes doivent servir le pays avec désintéressement et non se servir. Ils feront preuve de qualités morales telles que le dévouement, l’ esprit de service, le courage, la prudence et surtout l’ honnêteté"(2)

Le bon vote ne saurait tolérer l’abstention facile, l’absentéisme inconscient ni la légèreté coupable. On doit éviter d’alourdir l’atmosphère du vote par des provocations verbales et des actes de violence. Le vote peut et doit se dérouler dans la paix.

Même les réclamations doivent pouvoir être conduites conformément à la loi, dans la sérénité, auprès des institutions prévues à cet effet.

Mais, ici, vous nous permettrez de faire une suggestion susceptible de renforcer la confiance entre les différents citoyens de ce pays dans le déroulement de ces élections. Il s’agit de l’institution d’une commission nationale de contrôle des consultations électorales. Une commission qui serait formée de membres des différentes sensibilités politiques.

1.3. APRES LE VOTE

Il est légitime et normal que tous les citoyens, tous les partis politiques et tout le pays attendent de l’Etat qu’il organise des élections transparentes. Une fois cette condition remplie, tous doivent faire un effort pour admettre et respecter le verdict des urnes.

Après les élections, les élus et leurs partis éprouveront une joie légitime. Rien de plus normal. Mais, on évitera d’organiser des manifestations de triomphe, de mépris et d’humiliation à l’endroit des adversaires politiques malchanceux. Le même amour de la patrie habite aussi ces derniers. Eux aussi sont fils et filles du pays. Il n ‘y a pas de raison de céder à la tentation de les "écraser".

Bien au contraire, les élus se montreront grands en tendant la main à leurs collègues qui n’auront pas eu les faveurs des électeurs. ce faisant, ils contribueront au maintien et à la sauvegarde de la paix sociale. Ils inviteront leurs concurrents politiques à s’atteler avec eux à la construction nationale.

II – LE CODE ELECTORAL

Notre intention ici n’est pas de définir ce qu’est un code électoral ni d’en donner une appréciation doctrinale en détail. nous nous gardons bien d’empéiéter sur la compétence des hommes d’Etat et sur celle des grands spécialistes du droit constitutionel. Nous voulons dégager avec vous quelques pistes de réflexion susceptibles de vous aider à porter un jugement serein sur ce code.

II. 1- LE CODE EST UNE LOI QUI RELEVE DU DROIT POSITIF NATURELLEMENT EVOLUTIF

Pour l’avoir sérieusement parcouru, nous nous retrouvons devant une loi qui relève du droit positif des Etats modernes. Contrairement au droit naturel qui se confond essentiellement avec la morale naturelle, définitive dans son essence, le droit positif s’élabore et évolue dans la société et avec la société. Comme élément du droit positif de l’Etat, le code nous apparaît comme un ensemble de normes proposées par le Gouvernement et promulgué par le Chef de l’Etat, compte tenu de l’évolution sociale et politique du pays. Nous ne sommes plus en 1960, ni non plus en 1990. Les Ivoiriens ont, semble-t-il, pris conscience de leurs droits et de leurs devoirs civiques. Par le code, le législateur répond à une situation avec toute sa complexité, ses requêtes et ses exigences.

Mais comme toute loi humaine, le code est inévitablement imparfait. Il est perfectible, donc susceptible d’amélioration.

II. 2 – LES LOIS DU DROIT POSITIF S’AMENDENT PAR DES VOIES LEGALES

Malgré ses limites, une loi d’Etat qui fait l’objet d’un vote par l’institution de l’Etat qui en a la compétence, en l’occurence l’Assemblée Nationale, jouit du présupposé d’être tenue pour l’expression de la volonté générale.

C’est le peuple qui est censé s’exprimer par ses représentants. Respecter la loi c’est témoigner du respect pour le peuple et pour les institutions de l’Etat et de la République.

La loi demeure la loi, malgré tout ce qu’on peut en dire. Toute loi du droit positif peut s’amender mais nécessairement par des voies légales. Autrement, ce serait la porte ouverte à l’arbitraire, à l’anarchie, et au chaos.

CONCLUSION

Notre pays est résolument entré dans les voies de la démocratie moderne. La nation ivoirienne s’est donnée des institutions qui sans être les meilleures du monde nous ont procuré des acquis importants. Dans quelques mois, tout le pays sera en pleine période électorale. Ce ne sera pas la première fois que nous connaîtrons les élections.

Nous lançons un vibrant appel à tous les gouvernants: qu’ils mettent tout en oeuvre afin que les consultations populaires se passent dans la discipline, la transparence et la paix.

Nous nous adressons également aux partis politiques; nous les invitons à respecter leurs adversaires et à mettre les intérêts supérieurs de la Nation au dessus des visées purement partisanes. Ce faisant, ils mettront le pays à l’abri de tout désordre social et consolideront sa place dans le concert des nations modernes et démocratiques.

Nous nous adressons à tous nos frères et soeurs pour qu’ils se préparent à accomplir leur devoir d’électeurs et d’électrices en toute conscience. Nous vous invitons instamment, frères et soeurs, à joindre à la préparation matérielle, une bonne préparation spirituelle avec des moments de prières pour demander au TOUT-PUISSANT, d’éclairer de la lumière de son Esprit, la conscience et l’intelligence des gouvernants et des gouvernés afin que les prochaines élections se passent dans les meilleures conditions et à la satisfaction de tous.

Ne l’oublions pas, les prières qui sont montés vers Dieu de la part de toutes les confessions religieuses en 1990, nous ont épargnés des catastrophes qui nous guettaient de partout; nous espérons que ce même Dieu nous écoutera encore en 1995 pour nous éviter les dangers que nous craignons.

Nous prions surtout pour que la confiance renaisse effectivement entre tous les enfants de ce pays.

DIEU BENISSE LA COTE D’IVOIRE

Yopougon, le 25 juin 1995

Vos frères les Evêques

________________________________________

  1. Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire: Lettre Pastorale sur la politique au service du pays, Abidjan, 1990
  2. Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire: Lettre Pastorale sur la politique au service du pays, Abidjan, 1990, p. 10

LETTRE PASTORALE A L’OCCASION DES PROCHAINES ELECTIONS 1995

juillet 15, 2008

Chers frères et chères soeurs,

En 1990, à pareille époque, nous, Evêques de Côte d’Ivoire, vous avons adressé une lettre sur la politique au service du pays.(1).

Nous avons, avec vous, analysé la crise qui a secoué notre pays. Nous en avons diagnostiqué et reconnu les causes. Nous en avons tiré les leçons qui s’imposaient: si le pays tenait à se relever, il fallait que tous et chacun, nous comprenions que l’objectif final de la politique, c’est la poursuite et le service du bien commun de la Nation.

Un appel pressant, jailli de nos coeurs de pasteurs et de responsables spirituels, vous a été adressé et est parvenu, nous le pensons, à chacune et à chacun de vous. Cette lettre, nous vous en recommandons la relecture et la méditation au cours de ces quelques mois qui nous séparent des élections.

Nous vous adressons la présente lettre pour vous aider à vous préparer moralement et spirituellement aux élections prochaines.

Le pays va connaître des consultations populaires qui vont porter au pouvoir des citoyens et cela, pour une période de cinq ans. Le pays sera dirigé par des hommes et des femmes qu’il se sera donnés. Alors, nous comprenons tous l’enjeu et la gravité des événements que nous allons vivre.

L’Etat prépare l’organisation matérielle des élections. Nous estimons de notre devoir de rappeler à vos consciences de chrétiens et de croyants d’autres religions, les implications morales et spirituelles que suppose une bonne préparation à ces élections.

Nous vous proposons de réfléchir avec vous sur le devoir de vote et sur l’attitude à avoir devant le code électoral.

1. DEVOIR DE VOTE

Dans notre lettre du 18 juillet 1990 sur la politique au service du pays, nous avons consacré tout un paragraphe au devoir de vote. Nous voudrions situer cet important devoir avant, pendant et après son accomplissement.

1.1 AVANT LE VOTE

D’abordle recensement. Il est à la fois un droit et un devoir. A ce niveau, qu’il nous soit permis d’évoquer, à l’attention de tout chrétien et de tout croyant en Dieu, l’exemple de Joseph et de Marie. Etrangers à Nazareth, ils se sont rendus à Bethléem, parcourant une longue distance pour accomplir leur devoir de se faire recenser effectivement…Nous lançons un appel aux Ivoiriens afin qu’ils réservent un bon accueil aux agents recenceurs qui leur sont envoyés à domicile, et qu’ils fassent un effort pour se procurer des attestations administratifs d’identité au cas où ils auront été omis.

Ensuite le vote. Faut-il rappeler que le devoir de vote est un des devoirs fondamentaux des citoyens d’un pays. Par le vote, le citoyen exprime librement son opinion personnelle, sa sensiblité politique et son appréciation des hommes et des institutions.

Par le vote, le citoyen prouve qu’il n’est pas un élément passif d’une masse informe mais un membre actifi, vivant et libre, d’un peuple qui choisit ses dirigeants.

Par le vote, le citoyen vit concrètement la « démocratie ». il participe au pouvoir et à la souveraineté du peuple.

1.2. PENDANT LE VOTE

Encore faut-il que le citoyen soit informé; ainsi libre et consciencieux, il accomplira comme il convient, le devoir de vote.

Le bon vote est celui qui procède d’un citoyen formé. Il faut un minimum d’éducation civique pour permettre aux électeurs de voter en connaissance de cause. Cela requiert au moins une connaissance élémentaire des institutions de l’Etat et une information globale sur leurs objectifs et leurs fonctionnements. Cela suppose également le respect des opinions et des personnes. Il faut amener chacun à comprendre que l’adversaire politique n’est pas un ennemi mais un citoyen, un frère qui pense autrement que nous. Tous, nous devons faire en sorte que le respect, la politesse et l’humour fraternel président aux rapports entre les partis politiques.

Le bn vote procède d’un citoyen libre qui vote à l’abri de toute pression, et même des consignes qui vont contre sa conscience. L’histoire et l’actualité nous montrent et nous enseignent que les partis politiques ne sont pas des fins en soi mais des moyens qui se créent et qui s’organisent en vue du service du peuple par l’exercice du pouvoir ou la participation à la gestion des affaires publiques. Le primat des partis ne saurait édicter des ordres à des consciences éclairées et assurées de faire le bon choix. C’est pour cela qu’il est prévu des isoloirs où l’électeur est censé se trouver seul devant sa conscience et devant Dieu.

Le bon choix procède également du citoyen consciencieux qui prend au sérieux le devoir de vote. « Le choix des citoyens doit porter sur des hommes intelligents et compétents, doués d’un minimum de culture politique, soucieux de développer le pays en tenant compte de toutes les couches sociales. Ces hommes doivent servir le pays avec désintéressement et non se servir. Ils feront preuve de qualités morales telles que le dévouement, l’ esprit de service, le courage, la prudence et surtout l’ honnêteté »(2)

Le bon vote ne saurait tolérer l’abstention facile, l’absentéisme inconscient ni la légèreté coupable. On doit éviter d’alourdir l’atmosphère du vote par des provocations verbales et des actes de violence. Le vote peut et doit se dérouler dans la paix.

Même les réclamations doivent pouvoir être conduites conformément à la loi, dans la sérénité, auprès des institutions prévues à cet effet.

Mais, ici, vous nous permettrez de faire une suggestion susceptible de renforcer la confiance entre les différents citoyens de ce pays dans le déroulement de ces élections. Il s’agit de l’institution d’une commission nationale de contrôle des consultations électorales. Une commission qui serait formée de membres des différentes sensibilités politiques.

1.3. APRES LE VOTE

Il est légitime et normal que tous les citoyens, tous les partis politiques et tout le pays attendent de l’Etat qu’il organise des élections transparentes. Une fois cette condition remplie, tous doivent faire un effort pour admettre et respecter le verdict des urnes.

Après les élections, les élus et leurs partis éprouveront une joie légitime. Rien de plus normal. Mais, on évitera d’organiser des manifestations de triomphe, de mépris et d’humiliation à l’endroit des adversaires politiques malchanceux. Le même amour de la patrie habite aussi ces derniers. Eux aussi sont fils et filles du pays. Il n ‘y a pas de raison de céder à la tentation de les « écraser ».

Bien au contraire, les élus se montreront grands en tendant la main à leurs collègues qui n’auront pas eu les faveurs des électeurs. ce faisant, ils contribueront au maintien et à la sauvegarde de la paix sociale. Ils inviteront leurs concurrents politiques à s’atteler avec eux à la construction nationale.

II – LE CODE ELECTORAL

Notre intention ici n’est pas de définir ce qu’est un code électoral ni d’en donner une appréciation doctrinale en détail. nous nous gardons bien d’empéiéter sur la compétence des hommes d’Etat et sur celle des grands spécialistes du droit constitutionel. Nous voulons dégager avec vous quelques pistes de réflexion susceptibles de vous aider à porter un jugement serein sur ce code.

II. 1- LE CODE EST UNE LOI QUI RELEVE DU DROIT POSITIF NATURELLEMENT EVOLUTIF

Pour l’avoir sérieusement parcouru, nous nous retrouvons devant une loi qui relève du droit positif des Etats modernes. Contrairement au droit naturel qui se confond essentiellement avec la morale naturelle, définitive dans son essence, le droit positif s’élabore et évolue dans la société et avec la société. Comme élément du droit positif de l’Etat, le code nous apparaît comme un ensemble de normes proposées par le Gouvernement et promulgué par le Chef de l’Etat, compte tenu de l’évolution sociale et politique du pays. Nous ne sommes plus en 1960, ni non plus en 1990. Les Ivoiriens ont, semble-t-il, pris conscience de leurs droits et de leurs devoirs civiques. Par le code, le législateur répond à une situation avec toute sa complexité, ses requêtes et ses exigences.

Mais comme toute loi humaine, le code est inévitablement imparfait. Il est perfectible, donc susceptible d’amélioration.

II. 2 – LES LOIS DU DROIT POSITIF S’AMENDENT PAR DES VOIES LEGALES

Malgré ses limites, une loi d’Etat qui fait l’objet d’un vote par l’institution de l’Etat qui en a la compétence, en l’occurence l’Assemblée Nationale, jouit du présupposé d’être tenue pour l’expression de la volonté générale.

C’est le peuple qui est censé s’exprimer par ses représentants. Respecter la loi c’est témoigner du respect pour le peuple et pour les institutions de l’Etat et de la République.

La loi demeure la loi, malgré tout ce qu’on peut en dire. Toute loi du droit positif peut s’amender mais nécessairement par des voies légales. Autrement, ce serait la porte ouverte à l’arbitraire, à l’anarchie, et au chaos.

CONCLUSION

Notre pays est résolument entré dans les voies de la démocratie moderne. La nation ivoirienne s’est donnée des institutions qui sans être les meilleures du monde nous ont procuré des acquis importants. Dans quelques mois, tout le pays sera en pleine période électorale. Ce ne sera pas la première fois que nous connaîtrons les élections.

Nous lançons un vibrant appel à tous les gouvernants: qu’ils mettent tout en oeuvre afin que les consultations populaires se passent dans la discipline, la transparence et la paix.

Nous nous adressons également aux partis politiques; nous les invitons à respecter leurs adversaires et à mettre les intérêts supérieurs de la Nation au dessus des visées purement partisanes. Ce faisant, ils mettront le pays à l’abri de tout désordre social et consolideront sa place dans le concert des nations modernes et démocratiques.

Nous nous adressons à tous nos frères et soeurs pour qu’ils se préparent à accomplir leur devoir d’électeurs et d’électrices en toute conscience. Nous vous invitons instamment, frères et soeurs, à joindre à la préparation matérielle, une bonne préparation spirituelle avec des moments de prières pour demander au TOUT-PUISSANT, d’éclairer de la lumière de son Esprit, la conscience et l’intelligence des gouvernants et des gouvernés afin que les prochaines élections se passent dans les meilleures conditions et à la satisfaction de tous.

Ne l’oublions pas, les prières qui sont montés vers Dieu de la part de toutes les confessions religieuses en 1990, nous ont épargnés des catastrophes qui nous guettaient de partout; nous espérons que ce même Dieu nous écoutera encore en 1995 pour nous éviter les dangers que nous craignons.

Nous prions surtout pour que la confiance renaisse effectivement entre tous les enfants de ce pays.

DIEU BENISSE LA COTE D’IVOIRE

Yopougon, le 25 juin 1995

Vos frères les Evêques

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  1. Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire: Lettre Pastorale sur la politique au service du pays, Abidjan, 1990
  2. Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire: Lettre Pastorale sur la politique au service du pays, Abidjan, 1990, p. 10

DESCRIPTIF DU LOGO DE L’UCAO

juillet 11, 2008

Le Logo de l’UCAO a été pensé pour assumer la dynamique de l’interaction du présent et de l’avenir. Comme on pourra le constater, grâce aux explications qui suivent, rien n’y est placé au hasard. Laissons-nous donc prendre par cette vision d’ensemble.

  1. L’englobant ovale représente le cosmos et évoque la quête d’un savoir infini ouvert aux dimensions du monde dans sa globalité, un savoir capable d’entretenir la Vie. Il n’y a pas d’Université qu’à ce prix.
  2. Le "U" symbolise, à la fois, le "U" de l’Universel, auquel aspire tout savoir scientifique: le "U" de l’Université, comme structure et un espace important de formation; le "U" de l’Université, comme structure et un espace important de formation; le "U" de l’Unité, car il s’agit d’un réseau d’universités où chaque pays met son espace national et ses potentialités au service de tous; et enfin une qutrième évocation, le "U" qui indique l’idée d’Utilité, parce que l’Université catholique ne doit pas être un lieu isolé du monde et sans impact sur lui. Ces quatre finalités, incarnées dans le "U", voulu imposant, sont matérialisées dans les quatre traits collés, en haut, à droite de l’englobant. L’Université libère l’horizon du savoir, le dilate et, du particulier ou du singulier dont il assume la culture qu’il doit contribuer à transformer, elle l’ouvre sur l’Universel.
  3. La carte de l’Afrique situe le lieu géographique. C’est bien en Afrique que nous sommes; et c’est elle qui incarne le singulier que toutes les sciences doivent sentir et assumer. Cette Afrique doit aspirer, par le savoir, à atteindre les frontières de l’infini. Ce sera la véritable source de sa libération et le point de départ de son ouverture à tous "les mondes".
  4. La croix indique, de façon évidente, l’identité chrétienne de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest. Celle-ci ne doit pas trahir cette spécificité, puisqu’elle l’affiche.
  5. Le triptyque "Science" "Foi" et "Action" est à la fois un rappel et un appel. Il rappelle ce que suppose une Université d’obédience chrétienne: un lieu où l’on s’instruit et se forme à un niveau supérieur de savoir; mais aussi un espace ouvert à la transcendance; enfin, un souci permanent de savoir faire pour être Utile au devenir de la Cité, qui a été évoqué dans la notion d’utilité. Dans la finalité profonde de l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest, il s’agit d’un appel à l’excellence, à la conviction et à l’efficacité.
  6. Le trait central qui fédère le tout n’est pas une rupture, comme on pourrait le croire en l’observant en haut et en bas, mais un refus d’enfermement.
  7. UCAO: c’est tout simplement l’acronyme de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest; CUWA (Catholic University of West Africa) est son analogue anglais. Il est évident que l’Afrique de demain ne peut et ne doit plus faire l’économie du plurilinguisme. L’Université doit en être un lieu d’expression qualifiée, permettant de surmonter la surdétermination des barrières linguistiques héritées de la colonisation, pour profiter de la complémentarité dynamique des langues.
  8. La couleur rouge brodeaux reste fidèle à la couleur préférée de l’ICAO, structure-mère de l’UCAO. cete couleur nous rapproche du roule latéritique des terres de la zone intertropicale de l’Afrique où l’UCAO implante ses Unités universitaires. Le bleu vif pousse à la quête insatiable de la Sagesse et incite à la connaissance des profondeurs infinies de l’être. Ce bleu est aussi celui de la FIUC(Fédération Internationale des Universités Catholiques) dont l’UCAO fait partie. Comme on peut le constater, à travers les différentes explications ci-dessus, le logo de l’UCAO, par son caractère plutôt imposant, veut incarner une réalité, une ambition et une perspective. Il sera le drapeau de l’UCAO dans tous les pays de la CERAO.

Alphonse QUENUM

Recteur

DESCRIPTIF DU LOGO DE L’UCAO

juillet 11, 2008

UCAO

Le Logo de l’UCAO a été pensé pour assumer la dynamique de l’interaction du présent et de l’avenir. Comme on pourra le constater, grâce aux explications qui suivent, rien n’y est placé au hasard. Laissons-nous donc prendre par cette vision d’ensemble.

  1. L’englobant ovale représente le cosmos et évoque la quête d’un savoir infini ouvert aux dimensions du monde dans sa globalité, un savoir capable d’entretenir la Vie. Il n’y a pas d’Université qu’à ce prix.
  2. Le « U » symbolise, à la fois, le « U » de l’Universel, auquel aspire tout savoir scientifique: le « U » de l’Université, comme structure et un espace important de formation; le « U » de l’Université, comme structure et un espace important de formation; le « U » de l’Unité, car il s’agit d’un réseau d’universités où chaque pays met son espace national et ses potentialités au service de tous; et enfin une qutrième évocation, le « U » qui indique l’idée d’Utilité, parce que l’Université catholique ne doit pas être un lieu isolé du monde et sans impact sur lui. Ces quatre finalités, incarnées dans le « U », voulu imposant, sont matérialisées dans les quatre traits collés, en haut, à droite de l’englobant. L’Université libère l’horizon du savoir, le dilate et, du particulier ou du singulier dont il assume la culture qu’il doit contribuer à transformer, elle l’ouvre sur l’Universel.
  3. La carte de l’Afrique situe le lieu géographique. C’est bien en Afrique que nous sommes; et c’est elle qui incarne le singulier que toutes les sciences doivent sentir et assumer. Cette Afrique doit aspirer, par le savoir, à atteindre les frontières de l’infini. Ce sera la véritable source de sa libération et le point de départ de son ouverture à tous « les mondes ».
  4. La croix indique, de façon évidente, l’identité chrétienne de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest. Celle-ci ne doit pas trahir cette spécificité, puisqu’elle l’affiche.
  5. Le triptyque « Science » « Foi » et « Action » est à la fois un rappel et un appel. Il rappelle ce que suppose une Université d’obédience chrétienne: un lieu où l’on s’instruit et se forme à un niveau supérieur de savoir; mais aussi un espace ouvert à la transcendance; enfin, un souci permanent de savoir faire pour être Utile au devenir de la Cité, qui a été évoqué dans la notion d’utilité. Dans la finalité profonde de l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest, il s’agit d’un appel à l’excellence, à la conviction et à l’efficacité.
  6. Le trait central qui fédère le tout n’est pas une rupture, comme on pourrait le croire en l’observant en haut et en bas, mais un refus d’enfermement.
  7. UCAO: c’est tout simplement l’acronyme de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest; CUWA (Catholic University of West Africa) est son analogue anglais. Il est évident que l’Afrique de demain ne peut et ne doit plus faire l’économie du plurilinguisme. L’Université doit en être un lieu d’expression qualifiée, permettant de surmonter la surdétermination des barrières linguistiques héritées de la colonisation, pour profiter de la complémentarité dynamique des langues.
  8. La couleur rouge brodeaux reste fidèle à la couleur préférée de l’ICAO, structure-mère de l’UCAO. cete couleur nous rapproche du roule latéritique des terres de la zone intertropicale de l’Afrique où l’UCAO implante ses Unités universitaires. Le bleu vif pousse à la quête insatiable de la Sagesse et incite à la connaissance des profondeurs infinies de l’être. Ce bleu est aussi celui de la FIUC(Fédération Internationale des Universités Catholiques) dont l’UCAO fait partie. Comme on peut le constater, à travers les différentes explications ci-dessus, le logo de l’UCAO, par son caractère plutôt imposant, veut incarner une réalité, une ambition et une perspective. Il sera le drapeau de l’UCAO dans tous les pays de la CERAO.

Alphonse QUENUM

Recteur

LA POLITIQUE AU SERVICE DU PAYS – LETTRE PASTORALE DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE3

juillet 7, 2008

TROISIEME PARTIE

APPEL PRESSANT A TOUS

1. AUX RESPONSABLES RELIGIEUX

Et d’abord nous les responsables religieux, n’avons-nous pas à nous remettre en cause? Avons-nous toujours su prêcher à temps et à contretemps la parole de Dieu? Et avons-nous aidé suffisamment et à propos les dirigeants et les autres par nos conseils judicieux et nos exemples? Avons-nous su combattre chez nos fidèles l’ indifférence, l’ égoïsme, la tiédeur et le fanatisme?  Nous avons certainement des efforts à faire pour accomplir notre mission dans la société d’aujourd’hui.

2 AUX CROYANTS

Nous lançons un appel fraternel à tous les croyants. Vous savez frères que pour celui qui croit en Dieu, aucune situation n’est désespérée. Dieu, le Tout-Puissant, est au coeur des événements de la vie des hommes. Maître de tout, il conduit avec sagesse notre histoire. il aime la Côte d’ Ivoire. il ne peut l’ abandonner.

Le moment est favorable. En ces heures difficiles, tournez-vous vers Dieu et à la lumière de votre foi, lisez attentivement les événements de ces derniers mois. Vous discernerez les appels de Dieu à la conversion des mentalités, à un profond changement de vie dans la vérité et l’ humilité. Bref, vous y découvrirez une immense source d’espérance.

C’est dans votre foi que vous devez également puisez la force pour oeuvrer au développement intégral de la nation ivoirienne. C’est dans cette foi que, vous croyants, vous devez rechercher et trouver la vraie valeur de la tolérance, du respect de l’autre, de la fraternité et de l’amour. A l’heure des débats politiques, n’oubliez pas cette nécessaire référence à la foi en Dieu.

3. AUX CHRETIENS

Quant à vous chrétiens, vous savez qu’à la suite de notre Maître Jésus-Christ, vous devez être lumière des nations. Dans cette période trouble et ténébreuse de son histoire, la Nation ivoirienne attend, exige même que vous soyez, vous aussi, la lumière qui la guide à travers le tunnel de cette crise. Elle attend la cohérence de votre foi en Jésus avec votre vie de chaque jour dans vos familles, vos professions et vos relations humaines. La Nation tout entière espère que, au nom de Jésus, qui est VERITE et AMOUR, vous vous efforcerez de renoncer à l’égoïsme et à l’orgueil pour encourager et promouvoir la concertation dans la franchise et dans l’humilité.

il ne nous appartient pas de vous orienter vers tel ou tel parti politique. Vous les jugerez concrètement sur leurs intentions et leur programme pour motiver vos choix. Vous vous rappellerez cependant que le parti que vous aurez choisi doit vous pousser à servir les hommes dans le respect des lois de Dieu révélé en Jésus-Christ.

4. AUX DIRIGEANTS ET MILITANTS DE TOUS LES PARTIS POLITIQUES

Une page de notre histoire nationale est tournée. A vous tous il revient d’écrire, dans le respect mutuel et l’unité, la nouvelle page qui s’ouvre devant vous.

Le multipartisme, c’est-à-dire la liberté de choisir son parti, son appartenance politique, ne nous offre pas une panacée, une solution miracle, tant s’en faut. seules les qualités des hommes qui l’emploient et le vivent, peuvent lui imprimer une orientation humaine profitable à tous. En fait c’est un régime exigeant, un régime de remise en question constante, de réajustement périodique. Faute de quoi, les risques encourus sont éprouvants, intolérables à la longue: effritement, dictature de fait des partis, révolte des sans voix, immobilisme, démagogie…

Chers compatriotes qui entendez prendre une part active dans les affaires publiques nationales, adultes et jeunes, nous vous demandons de vérifier vos motivations et de purifier votre regard.

Nous souhaitons surtout que vous viviez avec sérénité, le multipartisme pour que cette nouvelle expérience politique soit un succès. Que jamais des frères et des amis ne s’entredéchirent pour des raisons politiques, étant bien entendu que tous les partis politiques doivent être au service du bonheur de l’homme dans ce pays.

Certes la promotion personnelle et les avantages matériels ont leur importance, mais s’ils sont les seuls à déterminer votre carrière politique, c’est le règne de l’arbitraire, la spirale de la violence verbale et physique. Les hommes qu’il faut pour sortir ce pays de l’ornière devront se tenir au dessus du discours figé de la nostalgie et du verbe démagogique. Mensonge et désinformation, bas calculs et agressions de toutes sortes…rabaissent leurs auteurs et n’apportent en définitive rien de positif à la cause que l’on croit défendre. car seule la vérité rend l’homme vraiment libre et responsable.

5. AUX JEUNES GENS ET JEUNES FILLES

Dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, vous constituez la frange la plus nombreuse de la population.

En partie, vous êtes à l’origine de ce changement généralisé. Dans ce vent de renouveau, vous avez osé, certains, prendre vos responsabilités dans le bien. D’autres, mal informés ou pervers, ont posé des actes répréhensibles. Qu’ils sachent, ces derniers, que "persévérer dans le mal est diabolique".

Dans cette période d’incertitude et de brouillard, soyez vous-mêmes. Efforcez-vous de faire le bon choix. Cela suppose de votre part une volonté constante de vous informer objectivement et de vous former afin de vous déterminer en toute connaissance de cause.

Avec vos parents, vos éducateurs, vous avez particulièrement porté le poids de "l’année blanche". Certains d’entre vous ont employé ces longs moments de loisirs à la réflexion, à l’aide organisée à leurs frères plus pauvres, à l’étude, à la prière. Cela est positif.

Nous souhaitons avec vous tous que les cours reprennent dans de meilleurs conditions; que les autorités et vous-mêmes, dans une concertation constante, trouviez les voies et moyens d’une reprise harmonieuse et profitable à tout le pays.

Jeunes gens et jeunes filles, dans l’atmosphère actuelle où les vraies valeurs humaines s’estompent, sachez faire la part des choses. gardez en tout votre liberté d’action. habituellement, vous êtes exigeants pour les adultes, soyez aussi sans complaisance pour vous-mêmes. Mettez dans votre vie un maximum de foi, d’espérance et de charité.

6. AUX CITOYENS ET CITOYENNES

Hommes et femmes de toutes origines et de toutes religions, efforcez-vous de vivre cette période de crise généralisée d’une façon positive. C’est-à-dire reconnaissez dans le calme et la lucidité, la profondeur et la multiplicité des problème qui sont les nôtres sans désespérer de l’avenir.

L’histoire de tout un pays ne peut se limiter à trente ans d’existence. Il n’est pas tonifiant de situer définitivement l’âge d’or de la Côte d’Ivoire dans le passé. Ce serait également illusoire et dangereux de gommer ce passé et de miser uniquement sur le présent et l’avenir. les peuples sans mémoire sont des peuples très vulnérables. L’histoire est toujours maîtresse de vie.

Malgré des erreurs de parcours, notre pays, aujourd’hui encore, dispose d’immenses possibilités pour construire un avenir meilleur.

Comptez ses nombreuses ressources humaines: population jeune bouillonnante de vie, cadres autochtones diversifiés et compétents qui ne demandent qu’à s’investir dans le secteur privé et dans les institutions publiques. Une prise de conscience plus nette des défis nationaux arme le courage et d’enthousiasme ceux qui se donnent la peine de réfléchir. La Côte d’Ivoire, dit-on, regorge de richesse dans le sol et le sous-sol et n’a pas encore entamé la phase précieuse des transformations industrielles.

Nous souhaitons que progressivement chacun quitte son manteau de consommateur assisté. Soyez de ceux qui conçoivent, qui produisent et participent intelligemment aux prises de décisions au plan local, national et international.

La Côte d’Ivoire est une terre d’acueil et l’Ivoirien veux rester hospitalier. Mais il entend aussi être respecté et maître chez lui. Cependant, il ne peut atteindre cet objectif que par son travail. C’est pourquoi aucun métier honnête, si obscur soit-il ne devrait lui répugner. Qu’il se décide donc au travail bien fait, à l’épargne, moteurs de toute vraie réussite économique.

Enfin, la concertation nationale période déjà instituée et toujours désirée par beaucoup d’entre vous, si elle est effectuée dans la transparence et le respect de l’autre, peut nous apporter un regain d’énergie et de fraternité constructive.

EN GUISE DE CONCLUSION

Les pays, comme les hommes, connaissent, dans leur évolution, leurs heures de gloire et leurs heures d’épreuves plus ou moins prolongées. La Côte d’Ivoire peut convertir ses échecs en victoires sur elle-même, ses revers en changes de redressement et de développement intégral selon les voeux de ses filles et de ses fils.

Puisse le seigneur dans sa grande miséricorde, apaiser les rancoeurs, panser nos plaies, susciter chez nous des hommes et des femmes compétents et capables aux postes qui leur sied. Que Dieu nous aide à relever nos défis dans la sérénité, la paix, l’amour de la patrie et l’unité nationale.

Fait à Abidjan, le 18 Juillet 1990

Vos frères les Evêques de Côte d’Ivoire

LA POLITIQUE AU SERVICE DU PAYS – LETTRE PASTORALE DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE3

juillet 7, 2008

TROISIEME PARTIE

APPEL PRESSANT A TOUS

1. AUX RESPONSABLES RELIGIEUX

Et d’abord nous les responsables religieux, n’avons-nous pas à nous remettre en cause? Avons-nous toujours su prêcher à temps et à contretemps la parole de Dieu? Et avons-nous aidé suffisamment et à propos les dirigeants et les autres par nos conseils judicieux et nos exemples? Avons-nous su combattre chez nos fidèles l’ indifférence, l’ égoïsme, la tiédeur et le fanatisme?  Nous avons certainement des efforts à faire pour accomplir notre mission dans la société d’aujourd’hui.

2 AUX CROYANTS

Nous lançons un appel fraternel à tous les croyants. Vous savez frères que pour celui qui croit en Dieu, aucune situation n’est désespérée. Dieu, le Tout-Puissant, est au coeur des événements de la vie des hommes. Maître de tout, il conduit avec sagesse notre histoire. il aime la Côte d’ Ivoire. il ne peut l’ abandonner.

Le moment est favorable. En ces heures difficiles, tournez-vous vers Dieu et à la lumière de votre foi, lisez attentivement les événements de ces derniers mois. Vous discernerez les appels de Dieu à la conversion des mentalités, à un profond changement de vie dans la vérité et l’ humilité. Bref, vous y découvrirez une immense source d’espérance.

C’est dans votre foi que vous devez également puisez la force pour oeuvrer au développement intégral de la nation ivoirienne. C’est dans cette foi que, vous croyants, vous devez rechercher et trouver la vraie valeur de la tolérance, du respect de l’autre, de la fraternité et de l’amour. A l’heure des débats politiques, n’oubliez pas cette nécessaire référence à la foi en Dieu.

3. AUX CHRETIENS

Quant à vous chrétiens, vous savez qu’à la suite de notre Maître Jésus-Christ, vous devez être lumière des nations. Dans cette période trouble et ténébreuse de son histoire, la Nation ivoirienne attend, exige même que vous soyez, vous aussi, la lumière qui la guide à travers le tunnel de cette crise. Elle attend la cohérence de votre foi en Jésus avec votre vie de chaque jour dans vos familles, vos professions et vos relations humaines. La Nation tout entière espère que, au nom de Jésus, qui est VERITE et AMOUR, vous vous efforcerez de renoncer à l’égoïsme et à l’orgueil pour encourager et promouvoir la concertation dans la franchise et dans l’humilité.

il ne nous appartient pas de vous orienter vers tel ou tel parti politique. Vous les jugerez concrètement sur leurs intentions et leur programme pour motiver vos choix. Vous vous rappellerez cependant que le parti que vous aurez choisi doit vous pousser à servir les hommes dans le respect des lois de Dieu révélé en Jésus-Christ.

4. AUX DIRIGEANTS ET MILITANTS DE TOUS LES PARTIS POLITIQUES

Une page de notre histoire nationale est tournée. A vous tous il revient d’écrire, dans le respect mutuel et l’unité, la nouvelle page qui s’ouvre devant vous.

Le multipartisme, c’est-à-dire la liberté de choisir son parti, son appartenance politique, ne nous offre pas une panacée, une solution miracle, tant s’en faut. seules les qualités des hommes qui l’emploient et le vivent, peuvent lui imprimer une orientation humaine profitable à tous. En fait c’est un régime exigeant, un régime de remise en question constante, de réajustement périodique. Faute de quoi, les risques encourus sont éprouvants, intolérables à la longue: effritement, dictature de fait des partis, révolte des sans voix, immobilisme, démagogie…

Chers compatriotes qui entendez prendre une part active dans les affaires publiques nationales, adultes et jeunes, nous vous demandons de vérifier vos motivations et de purifier votre regard.

Nous souhaitons surtout que vous viviez avec sérénité, le multipartisme pour que cette nouvelle expérience politique soit un succès. Que jamais des frères et des amis ne s’entredéchirent pour des raisons politiques, étant bien entendu que tous les partis politiques doivent être au service du bonheur de l’homme dans ce pays.

Certes la promotion personnelle et les avantages matériels ont leur importance, mais s’ils sont les seuls à déterminer votre carrière politique, c’est le règne de l’arbitraire, la spirale de la violence verbale et physique. Les hommes qu’il faut pour sortir ce pays de l’ornière devront se tenir au dessus du discours figé de la nostalgie et du verbe démagogique. Mensonge et désinformation, bas calculs et agressions de toutes sortes…rabaissent leurs auteurs et n’apportent en définitive rien de positif à la cause que l’on croit défendre. car seule la vérité rend l’homme vraiment libre et responsable.

5. AUX JEUNES GENS ET JEUNES FILLES

Dans la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui, vous constituez la frange la plus nombreuse de la population.

En partie, vous êtes à l’origine de ce changement généralisé. Dans ce vent de renouveau, vous avez osé, certains, prendre vos responsabilités dans le bien. D’autres, mal informés ou pervers, ont posé des actes répréhensibles. Qu’ils sachent, ces derniers, que « persévérer dans le mal est diabolique ».

Dans cette période d’incertitude et de brouillard, soyez vous-mêmes. Efforcez-vous de faire le bon choix. Cela suppose de votre part une volonté constante de vous informer objectivement et de vous former afin de vous déterminer en toute connaissance de cause.

Avec vos parents, vos éducateurs, vous avez particulièrement porté le poids de « l’année blanche ». Certains d’entre vous ont employé ces longs moments de loisirs à la réflexion, à l’aide organisée à leurs frères plus pauvres, à l’étude, à la prière. Cela est positif.

Nous souhaitons avec vous tous que les cours reprennent dans de meilleurs conditions; que les autorités et vous-mêmes, dans une concertation constante, trouviez les voies et moyens d’une reprise harmonieuse et profitable à tout le pays.

Jeunes gens et jeunes filles, dans l’atmosphère actuelle où les vraies valeurs humaines s’estompent, sachez faire la part des choses. gardez en tout votre liberté d’action. habituellement, vous êtes exigeants pour les adultes, soyez aussi sans complaisance pour vous-mêmes. Mettez dans votre vie un maximum de foi, d’espérance et de charité.

6. AUX CITOYENS ET CITOYENNES

Hommes et femmes de toutes origines et de toutes religions, efforcez-vous de vivre cette période de crise généralisée d’une façon positive. C’est-à-dire reconnaissez dans le calme et la lucidité, la profondeur et la multiplicité des problème qui sont les nôtres sans désespérer de l’avenir.

L’histoire de tout un pays ne peut se limiter à trente ans d’existence. Il n’est pas tonifiant de situer définitivement l’âge d’or de la Côte d’Ivoire dans le passé. Ce serait également illusoire et dangereux de gommer ce passé et de miser uniquement sur le présent et l’avenir. les peuples sans mémoire sont des peuples très vulnérables. L’histoire est toujours maîtresse de vie.

Malgré des erreurs de parcours, notre pays, aujourd’hui encore, dispose d’immenses possibilités pour construire un avenir meilleur.

Comptez ses nombreuses ressources humaines: population jeune bouillonnante de vie, cadres autochtones diversifiés et compétents qui ne demandent qu’à s’investir dans le secteur privé et dans les institutions publiques. Une prise de conscience plus nette des défis nationaux arme le courage et d’enthousiasme ceux qui se donnent la peine de réfléchir. La Côte d’Ivoire, dit-on, regorge de richesse dans le sol et le sous-sol et n’a pas encore entamé la phase précieuse des transformations industrielles.

Nous souhaitons que progressivement chacun quitte son manteau de consommateur assisté. Soyez de ceux qui conçoivent, qui produisent et participent intelligemment aux prises de décisions au plan local, national et international.

La Côte d’Ivoire est une terre d’acueil et l’Ivoirien veux rester hospitalier. Mais il entend aussi être respecté et maître chez lui. Cependant, il ne peut atteindre cet objectif que par son travail. C’est pourquoi aucun métier honnête, si obscur soit-il ne devrait lui répugner. Qu’il se décide donc au travail bien fait, à l’épargne, moteurs de toute vraie réussite économique.

Enfin, la concertation nationale période déjà instituée et toujours désirée par beaucoup d’entre vous, si elle est effectuée dans la transparence et le respect de l’autre, peut nous apporter un regain d’énergie et de fraternité constructive.

EN GUISE DE CONCLUSION

Les pays, comme les hommes, connaissent, dans leur évolution, leurs heures de gloire et leurs heures d’épreuves plus ou moins prolongées. La Côte d’Ivoire peut convertir ses échecs en victoires sur elle-même, ses revers en changes de redressement et de développement intégral selon les voeux de ses filles et de ses fils.

Puisse le seigneur dans sa grande miséricorde, apaiser les rancoeurs, panser nos plaies, susciter chez nous des hommes et des femmes compétents et capables aux postes qui leur sied. Que Dieu nous aide à relever nos défis dans la sérénité, la paix, l’amour de la patrie et l’unité nationale.

Fait à Abidjan, le 18 Juillet 1990

Vos frères les Evêques de Côte d’Ivoire