LES CONFESSIONS DE ST AUGUSTIN(Suite1)

LES CONFESSIONS DE ST AUGUSTIN(Suite1)

          De même, la nature précise de l’ ouvrage a été l’ objet de débats. Dans les dix premiers livres, St Augustin présente des événements déterminés de sa vie; Il ne dit pas quels ont été ses critères de sélection, mais il ne nous donne pas davantage des informations autobiographiques précises que le lecteur curieux aimerait connaître, tout comme il s’ attarde à des questions qui ont peu d’ intérêt biographique. En fait, St Augustin ne nous a pas donné une autobiographie au sens moderne. Il ne s’ intéresse à l’ autobiographie que dans la mesure où sa vie illustre une théologie anthropologique (ou une anthropologie théologique): la vie humaine est le produit des décisions libres, guidée par la grâce de Dieu jusqu’ à son terme.

          Quelques commentateurs ont douté de l’ historicité de certaines parties de l’ ouvrage, en particulier de la conversion intellectuelle au livre VII et de la conversion morale au livre VIII. En fonction des affirmations de St Augustin et de ses principes d’ exégèse, sa véracité ne peut pas être mise en doute. Au livre X,1,1, il évoque son intention de dire la vérité en ces termes: <<Mais vous  » vous avez aimé la vérité » puisque « celui qui réalise la vérité vient à la lumière ». Je veux donc la réaliser dans mon coeur devant vous par les aveux que je fais, et devant un grand nombre de témoins par ce que j’ écris ici-même.>>(1) Quelle que soit la signification du terme « vérité » dans ce contexte, ce passage plaide pour l’ historicité de l’ ouvrage. Ensuite, St Augustin choisit des événements dans sa vie et dans la vie des autres qui illustrent au mieux ses positions philosophiques et théologiques. Un tel choix ne s’ oppose pas à l’ historicité, il la justifie même. En cela le Prof. Assalé Aka-Bwassi Dominique a raison d’ écrire ceci:  » La réflexion d’ Augustin sur le sens de l’ histoire l’a sûrement conduit à une théologie de l’histoire qui établit que Dieu est au coeur de l’histoire des hommes. Mais c’ est plus sûrement par la conviction moins augustinienne que Dieu est présent dans l’histoire de chaque homme que cette théologie elle-même a été possible. »(2)

          Troisièmement, St Augustin nous dit souvent, conformément à l’ exégèse paulinienne, qu’ un sens symbolique, loin d’ exclure les faits historiques, en dépend plutôt. L’ exemple que St Paul prend de Sarah et d’Agar, d’Isaac et d’Ismaël(3) comme symboles de deux Testaments, indique cette harmonie entre la réalité et le symbole. Quatrièmement, St Augustin utilise une « forme littéraire » pour raconter les récits de conversion, dans les Confessions. Cette forme littéraire, il ne l’ invente pas – en fait, c’ est la base pour l’ essentiel de la littérature ancienne et de l’ écriture – mais il est le premier à l’ appliquer à sa conversion. Une telle forme littéraire n’ exclut pas l’ historicité des événements racontés. Bien plutôt, elle indique comment St Augustin interprète les autres conversions à la lumière de la sienne. La réflexion. La réflexion sur sa ^propre conversion fournit une sorte de formule pour présenter les autres. De fait, son récit des événements est stylisé. Bien qu’ il mette l’ accent sur les choses et non sur le verbe, St Augustin est essentiellement un rhéteur. Il devait à peine connaître et par conséquent il n’ a presque pas suivi les canons contemporains de la « méthode historique ».

          Conformément à la nature de St Augustin comme « quelconque », les Confessions I et II décrivent la petite enfance de St Augustin – l’ ouvrage suit les âges de l’ homme, tels que nous les trouvons dans le monde ancien: infantia, pueritia, adulescens, juventus. Dans les deux livres, St Augustin est décrit comme pécheur. il est le fils prodigue partant loin de la maison paternelle. Il ne décrit pas les événements de son enfance à partir des souvenirs qu’il en a, mais plutôt en fonction de la réflexion sur la nature de la petite enfance et de l’ enfance en général, comme il l’a observée chez d’ autres enfants. Il en va de même pour l’ adolescence. Le vol des poires est à peine un événement qui peut avoir un intérêt autobiographique. En fait, St Augustin s’ intéresse beaucoup plus à une théologie biblique de la grâce qu’ à une autobiographie. En  fonction de la remarque marginale du livre II, où St Augustin écrit: »Je les entendais se vanter de leurs vilenies et se glorifier d’ autant plus qu’ils étaient plus infâmes; et j’ aimais à faire comme eux, non seulement pour le plaisir, mais aussi par gloriole »(4), nous nous apercevons qu’il a inventé des histoires de prouesses sexuelles pour les raconter à ses camarades, car il n’ avait rien à leur dire à l’ époque. Nous pouvons penser qu’ Augustin n’ a pas été le grand pécheur qu’il dépeint. Le rhéteur africain et le théologien oppose constamment la misère humaine et la miséricorde divine.

A suivre…………….

Dr AKE Patrice Jean

Maître-Assistant de Philosophie à l’UFR-SHS de l’Université de Cocody

patrice.ake@ucocody.ci

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  1. AUGUSTIN(St).- Confessions X,1,1 (Paris, Belles Lettres 1926)
  2. ASSALE AKA-BWASSI Dominique.- St Augustin et la théorie de l’ historicité (Abidjan, CRDI 2003), p. 1
  3. Ga 4, 22-24
  4. AUGUSTIN(St).- Confessions II,3,7 (Paris, Belles Lettres 1926)
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