Archive for mai 2008

MOT DE BIENVENUE A L’OCCASION DU SEMINAIRE DE FORMATION SUR LES NTIC ORGANISE PAR REPRONTIC ET L’AENTIC

mai 31, 2008

Mesdames et messieurs, honorables invités,

Chers amis, étudiants et étudiantes,

          Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au nom du Président de l’UCAO-UUA, le Père TOSSOU Raphaël, en mission hors de la Côte d’Ivoire! Bienvenue  vous tous qui arrivez pour la première fois, dans cette Unité Universitaire située à Abidjan, l’unité Mère de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest. Cette Unité Universitaire a eu 40 ans en Février dernier. Quatre questions habitent mon esprit en ce moment: où sommes-nous? Quel jour sommes-nous? Pourquoi sommes-nous ici? Et enfin comment devons-nous être ici?

          Cet amphithéâtre dans lequel nous sommes, est celui de la Licence 1 du Droit Civil. Voici la réponse à votre première interrogation.

          Aujourd’hui, nous vous accueillons, au moment où  l’Eglise Universelle célèbre la visitation de la Vierge Marie, en cette fin du mois de Mai. Rendre visite, n’est-ce pas dans ce symbolisme qu’il faut comprendre la manifestation de ce jour? Que plusieurs étudiants et étudiantes de nos universités se retrouvent pour fraterniser autour des NTIC, n’est-ce pas un signe de cette légendaire hospitalité africaine qui se manifeste ici dans cet échange du savoir? Voici la réponse à l’interrogation sur le moment de la rencontre.

           Nous sommes réunis pour une raison bien simple; invités par le Réseau des Professionnels en NTIC et par les étudiants des filières Techniques et de la communication, nous sommes venus à ce séminaire qui doit s’ouvrir sur la formation, l,encadrement et la recherche de financement des projets dans ce domaine. Voici la réponse à la troisième interrogation.

          Nous sommes dans une université catholique et ce petit adjectif catholique nous dit le comment nous devons passer cette journée: à l’écoute de l’Espri, dans le recueillement et la prière. Dieu est ici toujours présent et il nous parle. Ici, nous lui accordons la première place en tout. Quand vous sortirez de cet amphi, sachez qu’à midi, la Messe sera en train d’être célébrée et que nous devons respecter la foi des autres. Aussi, c’est vers ce Dieu qui nous a communiqués sa parole que je me tourne à présent dans cette humble prière;

          Que ta grâce inspire notre action Seigneur et la soutienne jusqu,au bout, pour que toute cette manifestation prenne sa source en toi et reçoive de toi son achèvement, par Jésus le Christ notre Seigneur.

Père AKÉ Patrice Jean, Vice-Président de l’UCAO-UUA

CE 31 MAI 2008

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L’imprécation contre le christianisme dans l’Antéchrist de Nietzsche

mai 30, 2008

          M. N’DAH Amani Victorien(licencié en philosophie à l’université de Cocody) a soutenu ce jour (29 Mai 2007) à 14h 30 un Mémoire en Philosophie sur le thème Critique de la religion à partir du christianisme dans l’Antéchrist de Nietzsche. Le travail a été  dirigé par le Prof. BOA THIEMELE Léon Ramsès, Maître de Conférences.

          En tant qu’examinateur de ce Mémoire (Dr AKE Patrice Jean, Maître-Assistant,  patrice.ake@ucocody.ci), j’ai fait les ouvertures suivantes. Le titre du Mémoire aurait pu être plus simple: Critique de la Religion chrétienne dans l’Antéchrist de Nietzsche. Le concept d’imprécation n’a pas été assez relevé par le candidat. Or il oriente toute la critique nietzschéenne. En effet, l’imprécation(1) est employée officiellement dans le cas de la femme soupçonnée d’adultère. Le prêtre écrit sur un rouleau une formule d’imprécation contre le coupable; il délaye ensuite une écriture dans des eaux amères qu’il fait boire à la femme, et ces eaux produisent un effet terrible si vraiment la femme est coupable.

          L’imprécation constitue par elle-même une faute quand un particulier la profère par haine contre le prochain. Le vieillard Job(2) se défend d’avoir formulé l’imprécation, même contre son ennemi. Le méchant, au contraire, se permet cette faute sans scrupule.(3)

          Dieu menace plusieurs fois son peuple de faire de lui, à cause de ses infidélités un objet d’imprécation en telle sorte que les autres peuples le maudiront et l’exécreront.(4). Zacharie(5) dans une vision prophétique, fait allusion au rouleau de la femme adultère, et voit l’imprécation contre le voleur et le parjure écrit sur le rouleau qui a vingt coudées de long et dix de large.

          La formule d’imprécation suivante revient souvent dqns la Sainte écriture contre soi-même: "Que le Seigneur me fasse ceci et ajoute encore cela"(6). Cette formule est même à l’usage de ceux qui n’adorent pas Jehovah et qui remplacent son nom par eholim dii (les dieux). Les Psalmistes profèrent des imprécations contre les ennemis.

1. LES IMPRECATIONS NIETZSCHENNES    

          Nietzsche reprend ce style des imprécations dans l’Antéchrist qui est un livre écrit pour tous et pour personne. Dans son avant-propos, il nous invite à lire d’abord le Zarathoutra avec des oreilles attentives. Son ouvrage est une imprécation contre le christianisme. La première imprécation est pour les ratés et les faibles. Malheur aux ratés et aux faibles qui composent le christianisme(7)! Il ne faudrait pas avoir de compassion pour eux.

          La seconde imprécation est pour l’homme-animal domestique, l’animal grégaire et l’animal-malade. Malheur aux hommes animaux domestiques, animaux grégaires et animaux malades(8). Ce sont des chrétiens. L’Antéchrist5 n’est pas une imprécation en tant que telle. Nietzsche fait un procès en règle au christianisme car il a dévirilisé la vie. Le christianisme a jeté l’anathème sur tous les instincts élémentaires, pris le partis de tout ce qui est bas, manqué et vil et perverti la raison. La troisième imprécation est celle qui est adressée aux compatissants(9). Malheur aux compatissants! Malheur également à tous les déshérités et à tous les condamnés de la vie.

          L’imprécation chez Nietzsche injurie le christianisme comme la religion qui multiplie la misère, qui conserve les misérables et est l’instrument principal de l’aggravation de la décadence.(10)

2. LE CHRISTIANISME NIETZSCHEEN

          Nietzsche, dans l’Antéchrist, définit le christianisme comme un vice(11), comme une compassion active pour tous les ratés et les faibles(12). Cette religion a livré une lutte à mort contre les hommes supérieurs(13). Elle anathématise les instincts élémentaires de ce type d’humanité(14). C’est une religion du faible dont l’idéal est la vie faible. En outre, il a pris le parti de tout ce qui est bas, vil, manqué(15). Nietzsche appelle le christianisme, la religion de la compassion(16). Mais qu’est-ce que la compassion?

          La compassion chrétienne est définie comme l’opposé des émotions toniques qui élèvent l’énergie du sentiment vital. Elle est la dépression, l’augmentation ou l’amplification de la déperdition des forces que la souffrance inflige à la vie. Elle contrarie en tout la grande loi de l’évolution, qui est la loi de la sélection, préserve ce qui est mûr pour périr et défend les déshérités et les condamnés de la vie.(17) Elle n’est pas une vertu mais une faiblesse. Elle nie la vie et est la praxis du nihilisme.(18) En revanche, Schopenhauer a fait de la compassion une vertu et Aristote, un état maladif et dangereux( dont il faut se purger.19)

3. JESUS LE NIETZSCHEEN

          La mort du Nazaréen montre que la somme de vie et d’énergie vitale perdue est absurdemment disproportionnée è l’importance de sa cause(20)

4. LA THEOLOGIE

          La théologie est la science qui est à l’opposée de la philosophie nietzschéenne(21). Elle ignore la passion pour la nature et la physique(22). Elle est arrogante et idéaliste et prétend avoir le droit de considérer la réalité de haut et de si loin.(23)

5. LE PRETRE

          Il est un idéaliste(24) et a en mains toutes les grandes idées(25). il en joue avec un mépris condescendant contre l’intelligence, les sens, les honneurs, le bien-être et la science(26). Ces choses pré-citées sont des forces nuisibles et tentatrices. Son esprit se résume en un pur solipsisme de lui-même.(27) L’humilité, la chasteté, la paauvreté et la sainteté ont fait du mal à la vie et sont des abominations et des vices.(28)Son métier consiste à nier, à décrier et à contaminer la vie(29). Le prêtre passe pour un type supérieur d’humanité(30). Il est l’avocat du Néant et de la négation(31) et est le représentant de la vérité la tête en bas.(32)

6. DIEU

          Il est pur esprit et en cela il est mensonge(33)

 

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1) Dictionnaire de la Bible, p. 853

2) Job 31,30

3) Ps 59(58) 13

4) Is 24,6;Jr23,10;29,18;42,18,44,12

5) Za5,1-3

6) Rt 1,7;1R14,44;2R3,35;19,13…

7) Antéchrist 2

8) Antéchrist 3

9) Antéchrist 7

10) Antéchrist 7

11) Antéchrist 2

12) Antéchrist 2

13) Antéchrist 5

14) Antéchrist 5

15) Antéchrist 5

16) Antéchrist 7

17) Antéchrist 7

18) Antéchrist 7

19) Antéchrist 7

20) Antéchrist 7

21) Antéchrist 8

22) Antéchrist 8

23) Antéchrist 8

24) Antéchrist 8

25) Antéchrist 8

26) Antéchrist 8

27) Antéchrist 8

28) Antéchrist 8

29) Antéchrist 8

30) Antéchrist 8

31) Antéchrist 8

32) Antéchrist 8

33) Antéchrist 8

Discussion sur SEMINAIRE DES ETUDIANTS DE L’AENTIC

mai 23, 2008

 

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SEMINAIRE DES ETUDIANTS DE L’AENTIC

Organisé par :

REPRO NTIC, AENTIC, UCAO UUA

Date et heure :

samedi 31 mai 2008 à 08:00

Lieu :

UCAO UUA

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Discussion sur L’Eucharistie pour consruire la justice et la paix

mai 8, 2008

 

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L’Eucharistie pour consruire la justice et la paix

    INTRODUCTION     

          Dans un contexte mondial actuel où le droit est révalorisé(1), la parole du Cardinal Marc Ouellet Archevêque de Québec, Primat du Canada, dans le Document Théologique de base pour le 49è Congrès Eucharistique International 2008, parlant de la situation du christianisme en ce début du troisième millénaire trouve toute sa pertinence: "L’Eglise catholique, consciente du phénomène de la globalisation, s’intéresse à tout ce qui peut promouvoir une civilisation de l’amour et de la paix. Elle puise à la source de la sainte eucharistie l’inspiration et l’énergie qui stimulent l’engagement d’un monde plus juste et fraternel.(2) En ces quelques lignes, nous avons le fil conducteur de notre conférence qui s’intitule Eucharistie pour construire la justice et la paix.

          Dans la pensée contemporaine, nous constatons une forte accentuation du droit en direction des droits de l’homme et cela ne doit pas nous étonner aucunement. Si le contexte de la lutte anti-totalitaire a joué un rôle important dans cette réévaluation du juridique, l’Eglise a fait elle aussi son aggiornamento sur les questions de justice et de paix. L’Eglise d’Afrique, en particulier, pour son second synode veut repenser les problèmes sociaux du continent. Le texte des Linéamenta ne dit-il pas en effet: "L’urgence de cette Deuxième Assemblée spéciale est liée à la souffrance des peuples africains qui perdurent sur ce continent. Nous sommes confrontés à un ensemble de conflits et de problèmes qui constitue le noeud des défis à l’évangélisation dans l’Afrique contemporaine." (3) Les questions de justice et de paix sont au centre de la nouvelle évangélisation, donc au coeur de nos eucharisties.

          Dans notre exposé de ce jour, nous parlerons dans un premier temps nous parlerons de cette civilisation de l’amour, centre d’intérêt de l’Eglise catholique en un monde globalisé. Ensuite, nous verrons l’Eucharistie comme la source de l’engagement pour la justice dans le monde: Eucharistie comme inspiration et Eucharistie comme énergie.

 

1. CIVILISATION DE PAIX, CENTRE D’INTERET DE L’EGLISE CATHOLIQUE DANS UN MONDE GLOBALISE

          L’introduction au Document de base fait mémoire de Dieu aujourd’hui. Le thème central du Congrès est l’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde. Le monde d’aujourd’hui aspire à la liberté de l’amour. Mais "fasciné par ses propres performances créatrices, nous dit le texte, l’homme contemporain tend en effet à oublier son Créateur et à se poser comme l’unique maître de sa propre destinée."(4). Cette tentation de se substituer à Dieu, poursuit notre texte, n’annule toutefois pas l’aspiration à l’infini et les valeurs authentiques qu’il s’efforce de cultiver, même si elles comportent des risques de déviation. Ces valeurs indéniables "portent des fruits de justice"(5). Parmi ces fruits de justice, la paix figure en bonne place.

          Le Document fait mention de la violation des droits de l’homme partout sur la planète, car "des armes de destruction massive s’accumulent, contredisant les discours de paix"(6). Une concentration croissante des biens matériels dans une oligarchie hypothèque le phénomène de globalisation, tandis que les besoins fondamentaux des masses de pauvres sont honteusement ignorés. Ainsi, "la paix du monde, poursuit le texte, est minée par l’injustice et la misère, et le terrorisme devient de plus en plus l’arme des désespérés"(7). Face à de telles drames, "la sainte eucharistie contient l’essentiel de la réponse chrétienne au drame d’un humanisme qui a perdu sa référence constitutive au Dieu créateur et sauveur."(8)

2. L’EUCHARISTIE SOURCE DE L’ENGAGEMENT POUR LA JUSTICE DANS LE MONDE

          L’Eucharistie est la mémoire de Dieu en acte de salut. Mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, "elle porte au monde l’Evangile de la paix définitive, qui demeure toutefois un objet d’espérance dans la vie présente."(9) Face au don de l’Eglise-communion, les chrétiens, en tant que membres de cette Eglise doivent porter une réponse eucharistique. La première réponse est celle de croire et aimer comme Marie en Jésus.

          La seconde réponse consiste, pour les chrétiens, à se laisser réconcilier dans l’unité. Cette réconciliation s’exprime dans l’Eucharistie par l’échange du signe de paix. Le rite de paix fait partie des rites de communion. Il fait suite à l’oraison dominicale. "Les fidèles implorent la paix et l’unité de l’Eglise et toute la famille, et s’expriment leur amour mutuel avant de participer au pain unique, d’après le Missel Romain."(10) Il s’agit d’un signe "de cet amour fraternel que l’assemblée essaie de vivre et qui se construit sans cesse dans le Corps du Christ: ‘ Si vous avez de l’amour pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples'(11)."(12)

          La troisième partie du Document traite de l’Eucharistie pour la vie du monde. L’Eucharistie, c’est la vie du Christ dans nos vies. Les baptisés que nous sommes doivent mener une vie nouvelle, une vie totalement renouvelée. Ce culte spirituel consiste à exercer son propre charisme"en esprit de solidarité et d’humble service, dans la joie et autant que possible dans la paix avec tous, nous rappelle le texte."(13) La paix devient, selon les termes de St Cyprien, le plus grand sacrifice que nous puissions offrir à Dieu. En effet, écrit-il: "Le plus grand sacrifice que l’on puisse offir à Dieu…, c’est notre paix, c’est la concorde fraternelle, c’est le peuple rassemblé par cette unité qui existe entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit."(14).

          L’Eucharistie doit être adorée. le Christ y est présent. Dans son acte d’amour absolu, il obtient pour chacun de nous "l’Esprit d’amour et de paix"(15) qui anime l’adoration de l’Eglise en esprit et en vérité. Les fidèles, devant le Très Saint Sacrement "prient pour la paix et le salut du monde"(16). Mais la prière à elle seule ne suffit pas, les fidèles chrétiens doivent agir pour transformer ce monde, après avoir puisé leur force et leur énergie dans l’Eucharistie.

          Il s’agit alors pour eux de construire la paix par la justice et la charité dans l’Eglise, don accompli pour que le monde ait la vie. L’Eucharistie devient ainsi pour chacun un défi constant posé à la qualité de vie d’amour des disciples du Christ. La finale de l’Evangile selon St Matthieu nous invite à cet amour fraternel: "J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais un étranger, j’étais nu, malade, en prison."(17) Est-ce que ce nous célébrons dans chaque eucharistie est compatible avec nos relations sociales, familiales, interraciales et interethniques ou avec la vie politique et économique à laquelle nous participons?

          Chaque fois que nous tolérons quelque forme de misère, d’injustice, de violence, d’exploitation, de racisme et de privation de liberté, nous sommes inconséquents avec ce que nous célébrons. Celui qui vit une situation de privilège et ne veut pas renoncer aux privilèges pour que d’autres aient ce qui leur est nécessaire et qu’on leur refuse,  est en contradiction avec lui-même. Les groupes habitués à une vie facile pour une vie simplement bonne, pour permettre aux groupes qui se trouvent dans une situation mauvaise de vivre de façon normale, n’ont pas en eux l’énergie de l’eucharistie. "L’eucharistie, ajoute notre texte, convoque les chrétiens à participer à la restauration continue de la condition humaine et de la situation du monde, à défaut de quoi ils sont sérieusement invités à la converstion pour vivre l’appel de l’Evangile: ‘Laisse là ton offrande devant l’autel, et va te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande.'(18)"(19) Partout où l’on assiste à une criminelle destruction de la fraternité au niveau de la famille, des classes sociales, de la nation et des relations internationales, l’eucharistie donne l’énergie nécessaire au chrétien de se faire la caisse de résonnance des cris de justice des grandes majorités dépossédées. L’eucharistie donne du courage au chrétien d’être le porte-voix de ceux qui n’ont pas de voix.

          Aujourd’hui la condition présente du monde et la façon suivant laquelle celui-ci s’organisent, contredisent le projet de Dieu qui est d’installer son Royaume dans lequel tous seraient ses fils libres et obéissants, et vraiment frères les uns des autres. Le Royaume de Dieu dans le monde se construit contre le Royaume du péché, de l’égoïsme et de la pauvreté que Dieu ne veut pas, car il est le fruit de rapports sociaux injustes. Le Royaume divise. Ce n’est pas n’importe quelle attitude, ni n’importe quel type de croissance que Dieu accepte. il y a ceux qui sont installés dans leur projet de richesse et de pouvoir excluant, sans responsabilités sociales. Leur pouvoir n’est pas au service des justes causes pour le bien de tous, mais profite aux intérêts de quelques-uns. Le pouvoir ne se légitime que s’il protège la justice. Les puissants peuvent exercer la violence pour se défendre. Ils élèvent des gibets pour ceux qui se battent pour un monde moins divisé entre riches et pauvres; ils crucifient, sur ces gibets les prophètes d’une plus grande justice, ceux qui défendent la cause des pauvres et les pauvres eux-mêmes. "Sur la base des données statistiques disponibles,affirme le Document,…moins de la moitié des sommes immenses qui sont destinées globalement aux armements seraient plus que suffisantes pour sauver de l’indigence d’une façon stable l’armée innombrable des pauvres."(20) L’Eucharistie est notre soutien dans un engagement courageux et enthousiaste vers un monde plus juste.

CONCLUSION

           En guise de conclusion, il serait utile de rappeler que l’eucharistie mène à sa perfection le corps mystique de l’Eglise. Les chrétiens s’offrent sans cesse comme une oblation vivante, sainte et agréable à Dieu. Nous sommes d’avis avec le P.A. Liège(21), pour affirmer que le Christ dans l’Eucharistie est toujours là comme celui qui rassemble, qui réconcilie, qui abat les murs de séparation. C’est cela que nous proclamons quand nous entendons que le Christ est notre sacrement de l’unité. Mais cette unité est vécue par nous dans l’espérance, car "nous espérons avancer toujours davantage vers le monde de la totale communion, poursuit-il, ce monde où tous ensemble nous ne ferons plus qu’un dans le Christ."(22) Cette unité doit progresser dans l’Eglise et parmi les hommes. Car pour nous qui sommes au coeur des conflits, des tensions, c’est un acte de foi rude, mais cette paix est déjà dans la logique du présent qui nous est donné. Ce présent qui conduit au futur doit se réaliser dans un impératif actif: ceux qui célèbrent l’eucharistie sont impliqués dans l’univers des réconciliations, des pardons, dans tous les combats pour la progression de la fraternité, au sein de la société comme au sein de la communauté chrétienne. Car toutes les tâches de réconciliation qui nous incombent, tâches de justice, d’unité, de compréhension, de communion, de fraternité, sont impliquées dans l’eucharistie, et si nous les esquivons, nous sommes des menteurs. Pour terminer avec J.J. Allmen, "de tous les exemples que l’Eglise peut donner, le pire, le plus nocif, le plus humiliant pour elle, c’est celui de l’irréconciliation"(23), j’y ajouterai de l’injustice et de la guerre.

Père AKE Patrice Jean

Pake.uua@ucao-cerao.org

 

                   

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1) RENAUT(Alain) et SOSOE(Lukas).- Philosophie du droit (Paris, PUF 1991), p. 31

2) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.6

3) Linéamenta 10 § 2

4) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.11

5) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.11

6) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.12

7) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.13

8) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.13

9) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.14

10) Présentation Générale du Missel Romain A.E.L.F,1974, p.19

11)Jn 13,35

12) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.39.

13) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.45.

14) CYPRIEN(St).- Commentaire sur la prière du Seigneur. Cf. Liturgie des heures, vol. III, p. 190, cité dans Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.45.

15) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.46.

16) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.48.

17) Mt 25,31-46

18) Mt 5,23-24

19) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.57.

20) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.58.

21)P.A. LIEGE.- Pour mieux comprendre l’eucharistie (Paris, Cerf 1981), p. 103

22) P.A. LIEGE.- Pour mieux comprendre l’eucharistie (Paris, Cerf 1981), p. 103

23)ZIZIOULA(Jean), TILLARD(Jean-Marie Roger),(ALLMEN JJ von).- L’Eucharistie (Mame 1970), p. 156

L’Eucharistie pour consruire la justice et la paix

mai 8, 2008

    INTRODUCTION     

          Dans un contexte mondial actuel où le droit est révalorisé(1), la parole du Cardinal Marc Ouellet Archevêque de Québec, Primat du Canada, dans le Document Théologique de base pour le 49è Congrès Eucharistique International 2008, parlant de la situation du christianisme en ce début du troisième millénaire trouve toute sa pertinence: "L’Eglise catholique, consciente du phénomène de la globalisation, s’intéresse à tout ce qui peut promouvoir une civilisation de l’amour et de la paix. Elle puise à la source de la sainte eucharistie l’inspiration et l’énergie qui stimulent l’engagement d’un monde plus juste et fraternel.(2) En ces quelques lignes, nous avons le fil conducteur de notre conférence qui s’intitule Eucharistie pour construire la justice et la paix.

          Dans la pensée contemporaine, nous constatons une forte accentuation du droit en direction des droits de l’homme et cela ne doit pas nous étonner aucunement. Si le contexte de la lutte anti-totalitaire a joué un rôle important dans cette réévaluation du juridique, l’Eglise a fait elle aussi son aggiornamento sur les questions de justice et de paix. L’Eglise d’Afrique, en particulier, pour son second synode veut repenser les problèmes sociaux du continent. Le texte des Linéamenta ne dit-il pas en effet: "L’urgence de cette Deuxième Assemblée spéciale est liée à la souffrance des peuples africains qui perdurent sur ce continent. Nous sommes confrontés à un ensemble de conflits et de problèmes qui constitue le noeud des défis à l’évangélisation dans l’Afrique contemporaine." (3) Les questions de justice et de paix sont au centre de la nouvelle évangélisation, donc au coeur de nos eucharisties.

          Dans notre exposé de ce jour, nous parlerons dans un premier temps nous parlerons de cette civilisation de l’amour, centre d’intérêt de l’Eglise catholique en un monde globalisé. Ensuite, nous verrons l’Eucharistie comme la source de l’engagement pour la justice dans le monde: Eucharistie comme inspiration et Eucharistie comme énergie.

 

1. CIVILISATION DE PAIX, CENTRE D’INTERET DE L’EGLISE CATHOLIQUE DANS UN MONDE GLOBALISE

          L’introduction au Document de base fait mémoire de Dieu aujourd’hui. Le thème central du Congrès est l’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde. Le monde d’aujourd’hui aspire à la liberté de l’amour. Mais "fasciné par ses propres performances créatrices, nous dit le texte, l’homme contemporain tend en effet à oublier son Créateur et à se poser comme l’unique maître de sa propre destinée."(4). Cette tentation de se substituer à Dieu, poursuit notre texte, n’annule toutefois pas l’aspiration à l’infini et les valeurs authentiques qu’il s’efforce de cultiver, même si elles comportent des risques de déviation. Ces valeurs indéniables "portent des fruits de justice"(5). Parmi ces fruits de justice, la paix figure en bonne place.

          Le Document fait mention de la violation des droits de l’homme partout sur la planète, car "des armes de destruction massive s’accumulent, contredisant les discours de paix"(6). Une concentration croissante des biens matériels dans une oligarchie hypothèque le phénomène de globalisation, tandis que les besoins fondamentaux des masses de pauvres sont honteusement ignorés. Ainsi, "la paix du monde, poursuit le texte, est minée par l’injustice et la misère, et le terrorisme devient de plus en plus l’arme des désespérés"(7). Face à de telles drames, "la sainte eucharistie contient l’essentiel de la réponse chrétienne au drame d’un humanisme qui a perdu sa référence constitutive au Dieu créateur et sauveur."(8)

2. L’EUCHARISTIE SOURCE DE L’ENGAGEMENT POUR LA JUSTICE DANS LE MONDE

          L’Eucharistie est la mémoire de Dieu en acte de salut. Mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, "elle porte au monde l’Evangile de la paix définitive, qui demeure toutefois un objet d’espérance dans la vie présente."(9) Face au don de l’Eglise-communion, les chrétiens, en tant que membres de cette Eglise doivent porter une réponse eucharistique. La première réponse est celle de croire et aimer comme Marie en Jésus.

          La seconde réponse consiste, pour les chrétiens, à se laisser réconcilier dans l’unité. Cette réconciliation s’exprime dans l’Eucharistie par l’échange du signe de paix. Le rite de paix fait partie des rites de communion. Il fait suite à l’oraison dominicale. "Les fidèles implorent la paix et l’unité de l’Eglise et toute la famille, et s’expriment leur amour mutuel avant de participer au pain unique, d’après le Missel Romain."(10) Il s’agit d’un signe "de cet amour fraternel que l’assemblée essaie de vivre et qui se construit sans cesse dans le Corps du Christ: ‘ Si vous avez de l’amour pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples'(11)."(12)

          La troisième partie du Document traite de l’Eucharistie pour la vie du monde. L’Eucharistie, c’est la vie du Christ dans nos vies. Les baptisés que nous sommes doivent mener une vie nouvelle, une vie totalement renouvelée. Ce culte spirituel consiste à exercer son propre charisme"en esprit de solidarité et d’humble service, dans la joie et autant que possible dans la paix avec tous, nous rappelle le texte."(13) La paix devient, selon les termes de St Cyprien, le plus grand sacrifice que nous puissions offrir à Dieu. En effet, écrit-il: "Le plus grand sacrifice que l’on puisse offir à Dieu…, c’est notre paix, c’est la concorde fraternelle, c’est le peuple rassemblé par cette unité qui existe entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit."(14).

          L’Eucharistie doit être adorée. le Christ y est présent. Dans son acte d’amour absolu, il obtient pour chacun de nous "l’Esprit d’amour et de paix"(15) qui anime l’adoration de l’Eglise en esprit et en vérité. Les fidèles, devant le Très Saint Sacrement "prient pour la paix et le salut du monde"(16). Mais la prière à elle seule ne suffit pas, les fidèles chrétiens doivent agir pour transformer ce monde, après avoir puisé leur force et leur énergie dans l’Eucharistie.

          Il s’agit alors pour eux de construire la paix par la justice et la charité dans l’Eglise, don accompli pour que le monde ait la vie. L’Eucharistie devient ainsi pour chacun un défi constant posé à la qualité de vie d’amour des disciples du Christ. La finale de l’Evangile selon St Matthieu nous invite à cet amour fraternel: "J’ai eu faim, j’ai eu soif, j’étais un étranger, j’étais nu, malade, en prison."(17) Est-ce que ce nous célébrons dans chaque eucharistie est compatible avec nos relations sociales, familiales, interraciales et interethniques ou avec la vie politique et économique à laquelle nous participons?

          Chaque fois que nous tolérons quelque forme de misère, d’injustice, de violence, d’exploitation, de racisme et de privation de liberté, nous sommes inconséquents avec ce que nous célébrons. Celui qui vit une situation de privilège et ne veut pas renoncer aux privilèges pour que d’autres aient ce qui leur est nécessaire et qu’on leur refuse,  est en contradiction avec lui-même. Les groupes habitués à une vie facile pour une vie simplement bonne, pour permettre aux groupes qui se trouvent dans une situation mauvaise de vivre de façon normale, n’ont pas en eux l’énergie de l’eucharistie. "L’eucharistie, ajoute notre texte, convoque les chrétiens à participer à la restauration continue de la condition humaine et de la situation du monde, à défaut de quoi ils sont sérieusement invités à la converstion pour vivre l’appel de l’Evangile: ‘Laisse là ton offrande devant l’autel, et va te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande.'(18)"(19) Partout où l’on assiste à une criminelle destruction de la fraternité au niveau de la famille, des classes sociales, de la nation et des relations internationales, l’eucharistie donne l’énergie nécessaire au chrétien de se faire la caisse de résonnance des cris de justice des grandes majorités dépossédées. L’eucharistie donne du courage au chrétien d’être le porte-voix de ceux qui n’ont pas de voix.

          Aujourd’hui la condition présente du monde et la façon suivant laquelle celui-ci s’organisent, contredisent le projet de Dieu qui est d’installer son Royaume dans lequel tous seraient ses fils libres et obéissants, et vraiment frères les uns des autres. Le Royaume de Dieu dans le monde se construit contre le Royaume du péché, de l’égoïsme et de la pauvreté que Dieu ne veut pas, car il est le fruit de rapports sociaux injustes. Le Royaume divise. Ce n’est pas n’importe quelle attitude, ni n’importe quel type de croissance que Dieu accepte. il y a ceux qui sont installés dans leur projet de richesse et de pouvoir excluant, sans responsabilités sociales. Leur pouvoir n’est pas au service des justes causes pour le bien de tous, mais profite aux intérêts de quelques-uns. Le pouvoir ne se légitime que s’il protège la justice. Les puissants peuvent exercer la violence pour se défendre. Ils élèvent des gibets pour ceux qui se battent pour un monde moins divisé entre riches et pauvres; ils crucifient, sur ces gibets les prophètes d’une plus grande justice, ceux qui défendent la cause des pauvres et les pauvres eux-mêmes. "Sur la base des données statistiques disponibles,affirme le Document,…moins de la moitié des sommes immenses qui sont destinées globalement aux armements seraient plus que suffisantes pour sauver de l’indigence d’une façon stable l’armée innombrable des pauvres."(20) L’Eucharistie est notre soutien dans un engagement courageux et enthousiaste vers un monde plus juste.

CONCLUSION

           En guise de conclusion, il serait utile de rappeler que l’eucharistie mène à sa perfection le corps mystique de l’Eglise. Les chrétiens s’offrent sans cesse comme une oblation vivante, sainte et agréable à Dieu. Nous sommes d’avis avec le P.A. Liège(21), pour affirmer que le Christ dans l’Eucharistie est toujours là comme celui qui rassemble, qui réconcilie, qui abat les murs de séparation. C’est cela que nous proclamons quand nous entendons que le Christ est notre sacrement de l’unité. Mais cette unité est vécue par nous dans l’espérance, car "nous espérons avancer toujours davantage vers le monde de la totale communion, poursuit-il, ce monde où tous ensemble nous ne ferons plus qu’un dans le Christ."(22) Cette unité doit progresser dans l’Eglise et parmi les hommes. Car pour nous qui sommes au coeur des conflits, des tensions, c’est un acte de foi rude, mais cette paix est déjà dans la logique du présent qui nous est donné. Ce présent qui conduit au futur doit se réaliser dans un impératif actif: ceux qui célèbrent l’eucharistie sont impliqués dans l’univers des réconciliations, des pardons, dans tous les combats pour la progression de la fraternité, au sein de la société comme au sein de la communauté chrétienne. Car toutes les tâches de réconciliation qui nous incombent, tâches de justice, d’unité, de compréhension, de communion, de fraternité, sont impliquées dans l’eucharistie, et si nous les esquivons, nous sommes des menteurs. Pour terminer avec J.J. Allmen, "de tous les exemples que l’Eglise peut donner, le pire, le plus nocif, le plus humiliant pour elle, c’est celui de l’irréconciliation"(23), j’y ajouterai de l’injustice et de la guerre.

Père AKE Patrice Jean

Pake.uua@ucao-cerao.org

 

                   

_______________________________________________________

1) RENAUT(Alain) et SOSOE(Lukas).- Philosophie du droit (Paris, PUF 1991), p. 31

2) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.6

3) Linéamenta 10 § 2

4) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.11

5) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.11

6) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.12

7) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.13

8) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.13

9) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.14

10) Présentation Générale du Missel Romain A.E.L.F,1974, p.19

11)Jn 13,35

12) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.39.

13) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.45.

14) CYPRIEN(St).- Commentaire sur la prière du Seigneur. Cf. Liturgie des heures, vol. III, p. 190, cité dans Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.45.

15) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.46.

16) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.48.

17) Mt 25,31-46

18) Mt 5,23-24

19) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.57.

20) Document Théologique de base pour le 49è Congrès eucharistique International 2008 L’Eucharistie, Don pour la vie du monde, (Québec, Canada 2006), p.58.

21)P.A. LIEGE.- Pour mieux comprendre l’eucharistie (Paris, Cerf 1981), p. 103

22) P.A. LIEGE.- Pour mieux comprendre l’eucharistie (Paris, Cerf 1981), p. 103

23)ZIZIOULA(Jean), TILLARD(Jean-Marie Roger),(ALLMEN JJ von).- L’Eucharistie (Mame 1970), p. 156

Discussion sur LES PAROLES DE JESUS A LA VEILLE DE SA MORT

mai 8, 2008

 

Citer

LES PAROLES DE JESUS A LA VEILLE DE SA MORT

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ !

Chacun de nous sait l’importance d’un testament. Il vous est arrivé à vous aussi de vous pencher sur un être cher pour ne rien perdre de ses dernières paroles. Les paroles que saint Jean met sur les lèvres de Jésus, ce jeudi soir, la veille de sa mort, sont des paroles graves, comme un adieu, une dernière recommandation, un testament, en somme. La liturgie de ce dimanche nous en fait lire le début seulement. Comment commenter ce texte sans en briser l’élan, comment le comprendre sans le dénaturer ? D’autant que ce texte est subtil, déroutant même, reconnaissons-le. On peut être dérouté par trois phrases prononcées par Jésus :

· Dérouté par ce qu’il a dit du monde ;

· Dérouté par ce qu’il a dit de la gloire ;

· Dérouté par ce qu’il a dit de la vie éternelle.

Ce qu’il a dit du monde : "Ce n’est pas pour le monde que je prie". Comment cela ? Et nous qui n’en finissons pas de prier pour le monde à longueur de messes, pour qu’il n’y ait plus de guerres, moins de famine, pour qu’il y ait plus d’amour, de partage, de pardon, et voici que Jésus, lui, ne prierait pas pour le monde ?

Savez-vous que saint Jean, dans son évangile, emploie le mot monde en deux sens différents ? Tantôt, c’est la société d’hommes, de femmes, d’enfants, telle qu’elle est, notre monde en somme. Bien sûr que Jésus prie pour ce monde, bien sûr que Jésus aime ce monde. Il est venu dans ce monde non pour le juger ou le condamner, mais pour le sauver. Il a donné sa vie pour sauver ce monde.

Tantôt l’apôtre Jean emploie le mot monde pour désigner l’ensemble des forces mauvaises qui pervertissent le monde et ruinent les relations humaines, "l’esprit du monde" dont il faut bien se garder. À cette lumière, aucune peine à comprendre ce que Jésus a voulu dire, aucune peine à comprendre ce que Jésus a dit ailleurs à ses disciples : "Je vous envoie dans le monde, le Royaume est là, mais méfiez-vous du monde".

Continuons la lecture. Il y a de quoi être dérouté aussi par ce que Jésus dit de la gloire : "Père, l’heure est venue maintenant, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. Toi, Père, glorifie-moi maintenant".

On croit rêver. En effet, la gloire, qu’est-ce que ce mot évoque pour nous ? Couronne, auréole, défilé, podium, diplôme, coupe, succès éclatant. Jésus parle de recevoir la gloire, alors qu’il est sur le point d’être arrêté. Il est trahi par l’un des siens. Ses ennemis sont sûrs enfin de se débarrasser de lui. Ses amis vont le quitter. Pas glorieux, tout cela ! Un échec sur toute la ligne !

Pas glorieux, en effet, au sens de gloriole ! Mais savez-vous que dans la langue de Jésus, la langue hébraïque, le mot "gloire" signifie : "Ce qui fait du poids". Eh bien ! Une vie donnée, ça fait le poids, une vie offerte par amour, ça fait le poids. La splendeur d’une vie qui est entièrement amour, ça fait le poids, c’est cela la gloire. Pas étonnant que Jésus parle de gloire au moment de donner sa vie.

L’écrivain Flaubert, vous le savez peut-être, parmi ses œuvres a laissé un petit recueil de trois Nouvelles. L’une d’entre elles est consacrée à Jean-Baptiste. Flaubert raconte que les disciples de Jean sont venus récupérer son corps, après qu’Hérode l’eut fait décapiter. Et il conclut sa Nouvelle par cette phrase, ô combien significative : "La tête de Jean-Baptiste était lourde". Oui, lo5r$e d% ,a g,o)r% $’5n% 6i% &i$èle jusqu’à la mort !

Au point où nous en sommes, j’aurais envie que nous prenions tous quelques instants de silence pour que chacun d’entre nous s’interroge : "À quoi est-ce que j’attache le plus de poids dans ma vie ?". Nous serons bien obligés de convenir que nous donnons parfois de l’importance à ce que nous appelons des réussites et qui n’en sont pas. Ce qui fait du poids aux yeux de Dieu dans nos vies s’appelle service, don de soi, partage, pardon. Cherchez bien, heureusement, nous vivons aussi des journées qui font le poids. Elles ne font pas de bruit mais elles font le poids !

Il nous reste un peu de temps, enfin, pour nous étonner de ce que Jésus dit de la vie éternelle. Beaucoup, et nous en sommes peut-être, reportent la vie éternelle après la mort, dans l’au-delà, selon la formule traditionnelle « et le paradis à la fin de vos jours. » Il est grand temps d’entendre ce que Jésus nous dit ce matin : "La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ".

Le mot "connaître" risque de nous égarer. Nous pensons qu’il s’agit avant tout et peut-être exclusivement d’une affaire d’intelligence. Mais dans la langue de Jésus, la langue de la Bible, c’est beaucoup plus. Connaître quelqu’un, c’est avoir avec lui une relation d’amour et de fidélité. La vie éternelle, ce sera bien sûr un jour la communion définitive des hommes en Dieu, mais c’est, tout de suite, la communication avec lui, l’intimité avec lui. C’est tout de suite cette relation d’amour et de fidélité avec le Christ qui nous indique le chemin vers le Père. C’est tout de suite la construction du Royaume de Dieu, ici et maintenant. C’est tout de suite que nous devons créer ces avant-goûts de vie éternelle.

Tenez, vous savez ce qu’est un appartement témoin. Lorsque l’on construit un immeuble d’habitation, c’est souvent que l’on achève et décore un appartement témoin qui permet de deviner ce que sera l’immeuble achevé.

Eh bien ! La vocation des chrétiens, c’est de réaliser tout de suite des appartements témoins qui permettront de deviner ce que sera le Royaume de Dieu, quand il sera achevé, ce que sera la vie éternelle.

Le Frère Timothy Radcliffe, qui fut ces dernières années le Maître général de dominicains, décrit avec émotion un de ces appartements témoins. "J’étais au Rwanda pendant la période tragique où Hutus et Tutsis se massacraient. J’ai pu rendre visite à une petite communauté de religieuses. Certaines étaient Hutus, d’autres étaient Tutsis. Chacune avait des membres de sa famille qui avaient été massacrés. Elles étaient pourtant ensemble, réunies dans la prière et l’affection. Au Rwanda, il y avait des quartiers d’enfer, il y avait aussi un coin de paradis !"

Sans aller jusqu’à ces comportements héroïques et prophétiques, qui ne sont pas à la portée de tout le monde, chacun de nous sait bien prendre des initiatives, tenir des engagements, créer des relations, poser des gestes généreux qui sont comme des esquisses de la vie éternelle à laquelle Dieu nous appelle.

Voilà ! Ces quelques réflexions nous ont-elles aidés à mieux comprendre l’évangile de ce dimanche. ? Sommes-nous plus à l’aise avec le "monde" que Jésus nous demande d’aimer, tout en nous gardant de "l’esprit du monde". Avons-nous réalisé la différence entre la "gloriole" et la "gloire" et, enfin, avons-nous retenu que la "vie éternelle" n’est pas un lot de consolation pour plus tard mais notre vocation pour aujourd’hui ?

Père AKE Patrice Jean

Pake.uua@ucao-cerao.org

LES PAROLES DE JESUS A LA VEILLE DE SA MORT

mai 8, 2008

 

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ !

Chacun de nous sait l’importance d’un testament. Il vous est arrivé à vous aussi de vous pencher sur un être cher pour ne rien perdre de ses dernières paroles. Les paroles que saint Jean met sur les lèvres de Jésus, ce jeudi soir, la veille de sa mort, sont des paroles graves, comme un adieu, une dernière recommandation, un testament, en somme. La liturgie de ce dimanche nous en fait lire le début seulement. Comment commenter ce texte sans en briser l’élan, comment le comprendre sans le dénaturer ? D’autant que ce texte est subtil, déroutant même, reconnaissons-le. On peut être dérouté par trois phrases prononcées par Jésus :

· Dérouté par ce qu’il a dit du monde ;

· Dérouté par ce qu’il a dit de la gloire ;

· Dérouté par ce qu’il a dit de la vie éternelle.

Ce qu’il a dit du monde : "Ce n’est pas pour le monde que je prie". Comment cela ? Et nous qui n’en finissons pas de prier pour le monde à longueur de messes, pour qu’il n’y ait plus de guerres, moins de famine, pour qu’il y ait plus d’amour, de partage, de pardon, et voici que Jésus, lui, ne prierait pas pour le monde ?

Savez-vous que saint Jean, dans son évangile, emploie le mot monde en deux sens différents ? Tantôt, c’est la société d’hommes, de femmes, d’enfants, telle qu’elle est, notre monde en somme. Bien sûr que Jésus prie pour ce monde, bien sûr que Jésus aime ce monde. Il est venu dans ce monde non pour le juger ou le condamner, mais pour le sauver. Il a donné sa vie pour sauver ce monde.

Tantôt l’apôtre Jean emploie le mot monde pour désigner l’ensemble des forces mauvaises qui pervertissent le monde et ruinent les relations humaines, "l’esprit du monde" dont il faut bien se garder. À cette lumière, aucune peine à comprendre ce que Jésus a voulu dire, aucune peine à comprendre ce que Jésus a dit ailleurs à ses disciples : "Je vous envoie dans le monde, le Royaume est là, mais méfiez-vous du monde".

Continuons la lecture. Il y a de quoi être dérouté aussi par ce que Jésus dit de la gloire : "Père, l’heure est venue maintenant, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie. Toi, Père, glorifie-moi maintenant".

On croit rêver. En effet, la gloire, qu’est-ce que ce mot évoque pour nous ? Couronne, auréole, défilé, podium, diplôme, coupe, succès éclatant. Jésus parle de recevoir la gloire, alors qu’il est sur le point d’être arrêté. Il est trahi par l’un des siens. Ses ennemis sont sûrs enfin de se débarrasser de lui. Ses amis vont le quitter. Pas glorieux, tout cela ! Un échec sur toute la ligne !

Pas glorieux, en effet, au sens de gloriole ! Mais savez-vous que dans la langue de Jésus, la langue hébraïque, le mot "gloire" signifie : "Ce qui fait du poids". Eh bien ! Une vie donnée, ça fait le poids, une vie offerte par amour, ça fait le poids. La splendeur d’une vie qui est entièrement amour, ça fait le poids, c’est cela la gloire. Pas étonnant que Jésus parle de gloire au moment de donner sa vie.

L’écrivain Flaubert, vous le savez peut-être, parmi ses œuvres a laissé un petit recueil de trois Nouvelles. L’une d’entre elles est consacrée à Jean-Baptiste. Flaubert raconte que les disciples de Jean sont venus récupérer son corps, après qu’Hérode l’eut fait décapiter. Et il conclut sa Nouvelle par cette phrase, ô combien significative : "La tête de Jean-Baptiste était lourde". Oui, lo5r$e d% ,a g,o)r% $’5n% 6i% &i$èle jusqu’à la mort !

Au point où nous en sommes, j’aurais envie que nous prenions tous quelques instants de silence pour que chacun d’entre nous s’interroge : "À quoi est-ce que j’attache le plus de poids dans ma vie ?". Nous serons bien obligés de convenir que nous donnons parfois de l’importance à ce que nous appelons des réussites et qui n’en sont pas. Ce qui fait du poids aux yeux de Dieu dans nos vies s’appelle service, don de soi, partage, pardon. Cherchez bien, heureusement, nous vivons aussi des journées qui font le poids. Elles ne font pas de bruit mais elles font le poids !

Il nous reste un peu de temps, enfin, pour nous étonner de ce que Jésus dit de la vie éternelle. Beaucoup, et nous en sommes peut-être, reportent la vie éternelle après la mort, dans l’au-delà, selon la formule traditionnelle « et le paradis à la fin de vos jours. » Il est grand temps d’entendre ce que Jésus nous dit ce matin : "La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul vrai Dieu et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ".

Le mot "connaître" risque de nous égarer. Nous pensons qu’il s’agit avant tout et peut-être exclusivement d’une affaire d’intelligence. Mais dans la langue de Jésus, la langue de la Bible, c’est beaucoup plus. Connaître quelqu’un, c’est avoir avec lui une relation d’amour et de fidélité. La vie éternelle, ce sera bien sûr un jour la communion définitive des hommes en Dieu, mais c’est, tout de suite, la communication avec lui, l’intimité avec lui. C’est tout de suite cette relation d’amour et de fidélité avec le Christ qui nous indique le chemin vers le Père. C’est tout de suite la construction du Royaume de Dieu, ici et maintenant. C’est tout de suite que nous devons créer ces avant-goûts de vie éternelle.

Tenez, vous savez ce qu’est un appartement témoin. Lorsque l’on construit un immeuble d’habitation, c’est souvent que l’on achève et décore un appartement témoin qui permet de deviner ce que sera l’immeuble achevé.

Eh bien ! La vocation des chrétiens, c’est de réaliser tout de suite des appartements témoins qui permettront de deviner ce que sera le Royaume de Dieu, quand il sera achevé, ce que sera la vie éternelle.

Le Frère Timothy Radcliffe, qui fut ces dernières années le Maître général de dominicains, décrit avec émotion un de ces appartements témoins. "J’étais au Rwanda pendant la période tragique où Hutus et Tutsis se massacraient. J’ai pu rendre visite à une petite communauté de religieuses. Certaines étaient Hutus, d’autres étaient Tutsis. Chacune avait des membres de sa famille qui avaient été massacrés. Elles étaient pourtant ensemble, réunies dans la prière et l’affection. Au Rwanda, il y avait des quartiers d’enfer, il y avait aussi un coin de paradis !"

Sans aller jusqu’à ces comportements héroïques et prophétiques, qui ne sont pas à la portée de tout le monde, chacun de nous sait bien prendre des initiatives, tenir des engagements, créer des relations, poser des gestes généreux qui sont comme des esquisses de la vie éternelle à laquelle Dieu nous appelle.

Voilà ! Ces quelques réflexions nous ont-elles aidés à mieux comprendre l’évangile de ce dimanche. ? Sommes-nous plus à l’aise avec le "monde" que Jésus nous demande d’aimer, tout en nous gardant de "l’esprit du monde". Avons-nous réalisé la différence entre la "gloriole" et la "gloire" et, enfin, avons-nous retenu que la "vie éternelle" n’est pas un lot de consolation pour plus tard mais notre vocation pour aujourd’hui ?

Père AKE Patrice Jean

Pake.uua@ucao-cerao.org

Discussion sur RATIONALITE DE L’EXPERIENCE RELIGIEUSE

mai 4, 2008

 

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RATIONALITE DE L’EXPERIENCE RELIGIEUSE

INTRODUCTION

          Alain de Libera dans son ouvrage Raison et foi, archéologie d’une crise d’Albert le Grand à Jean Paul II reprend une citation célèbre d’Emile Durkheim

"(Le drame de la scolastique, c’est qu’elle) a introduit la raison dans le dogme, tout en se refusant à nier le dogme. Entre ces deux puissances, elle a essayé de tenir la balance égale; ce fut à la foi sa grandeur et sa misère"(1)

          Entre Dieu et la raison, y a-t-il encore place pour la conjonction de coordination? Si oui, quel statut lui accorder? Pour notre part, nous pensons qu’il existe une rationalité de l’expérience religieuse.

          L’objet que nous abordons ici n’est ni la connaissance sous son aspect général et formel (logique), ni non plus sous ce même aspect général et formel (ontologie). L’objet de cette foi rationnelle est, dans une première approche encore formelle, l’Etre en et par soi, ou l’absolu existant, ou de quelque nom qu’on l’appelle, Dieu. Par là nous ne savons pas encore en vérité de quoi nous parlons, nous savons seulement que nous visons la Réalité telle qu’elle est, et non pas sous quelque mode et à quelque niveau qu’elle se présente.

          Cette définition, est avons-nous souligné, encore formelle, c’est-à-dire vide. Cela se manifeste par l’embarras à trouver un mot adéquat à utiliser pour désigner ce que nous cherchons. Le mot Dieu, en lui-même, ne donne aucun renseignement sur notre entreprise.

"Pris pour soi le mot Dieu est un son privé de sens, rien qu’un nom; c’est seulement le prédicat qui dit ce qu’il est qui est son rempli s sèment et sa signification, le début vide ne devient un savoir effectif que dans cette fin"(2)

          La formalité de la définition nous met en garde contre un double écueil:

  • celui, d’une part, de refuser le discours dans l’illusion que le mot Dieu suffit immédiatement;
  • celui, d’autre part de constituer un faux discours à partir de ce mot considéré comme fondement absolue.

 

          La définition émet un projet à réaliser et à comprendre. Ce projet consiste à chercher la réalité que nous visons lorsque nous employons le mot Dieu. Nous sommes invités à prendre au sérieux les prédicats qui déterminent son sens; à ne pas leur donner un sens aussi immédiat que le mot Dieu, comme si les prédicats ne lui ajoutaient rien. Il s’agit, en un mot, d’élaborer un discours où le mot Dieu devient rempli en vérité.

"C’est le mouvement (du discours) dans son ensemble, du début à la fin, la fin reprenant le début, par conséquent à la fois linéaire et circulaire, qui constitue la manifes­tation de Dieu, ou, ce qui est la même chose, qui réalise en l’homme l’idée de Dieu"(3).

          Cependant, lorsque nous déclarons que le mot Dieu pris pour lui-même, n’a pas de sens, nous ne prétendons pas être renvoyés au rouet; ou à un commencement absolu., comme si ce terme n’avait pas pour lui une longue tradition religieuse qu’il serait sans aucun doute téméraire de répudier sans examen. Nous avons seulement souligné qu’il n’est pas de signe absolument préférable pour désigner ce que nous cherchons, et qu’il est nécessaire de recourir à la réflexion pour médiatiser dans un langage, devenu conscient l’expérience sous – jacente à la réflexion.

          En parlant d’une expérience sous-jacente à la réflexion, nous prenons position pour une philosophie avec présuppositions. Comme ne cesse de l’affirmer Paul Ricœur partout dans son oeuvre,

"il n’y a pas de philo­sophie sans présuppositions"(4).

          Il est en effet, impossible de philo­sopher dans un état de totale abstraction.

L’attitude d’indifférence qui voudrait se faire pur spectateur, dégagée de tout poids, de toute mémoire et de toute perspective pour considérer avec sympathie constituerait la ruine de l’appropriation, parce qu’elle refuserait, si elle était possible de comprendre

"n’étant portée par le souci d’aucune question"(5).

          La philosophie comme ap­propriation requiert donc le secours d’une question qui la porte. La compréhension qu’"elle exige est la reprise créatrice " de notre effort pour exister et vivre. Comme l’oiseau de Minerve, la philosophie prend son envol à la tombée de la nuit (Hegel). Elle est toujours post factum elle est toujours précédée par cela même qu’elle cherche à comprendre. En d’autres termes, la philosophie, c’est l’expérience qui s’apparaît à elle-même en se disant raison universelle; c’est l’expérience qui se reconnaît et s’affirme comme expérience humaine. La réflexion philo­sophique

" se trouve donc totalement circonscrite par la totalité englobante qui est le vécu en tant que vécu humain; (elle) part de l’expérience, telle qu’elle s’impose en surgissant dans son immédiateté et (elle) y fait retour en le comprenant désormais selon son "sens" véritable. C’est dire que le parcours rationnel assure la médiation de l’expérience par rapport à elle-même, réalisant, si l’on peut dire, l’investissement de rationalité que l’homme est contraint d’opérer au niveau de ce qui est vécu par lui, simplement pour que cette expérience soit une expérience humaine"(6).

          Quelle est l’expérience susceptible de susciter notre questionnement et que présuppose la foi rationnelle? Le propos de ce paragraphe est de déterminer nos présuppositions en les assumant.

          Si la philosophie n’existe que pour la question qui la porte, elle doit aussi son existence à une situation d’où surgit la question. Pour notre part, nous avouons franchement que cette situation est notre insertion dans un milieu de croyants et de chrétiens. Au sein de cette com­munauté confessante, nous savons, de certitude initiale, que Dieu est un nom propre qui désigne, comme Hegel,

"non un être ou une essence ou un universel en général qui est posé, mais un réfléchi en soi-même, un sujet".

          C’est pour cette raison que nous avons tenu à préciser plus haut que la définition émet le projet d’atteindre la Réalité telle qu’elle est, et non pas sous quelque mode et à quelque niveau qu’elle se présente. Notre sentiment est que Dieu, s’il existe, ne saurait être un être particulier parmi les autres.

"Car, si Dieu existe, il ne peut-être que l’universalité absolue en laquelle subsistent tous les êtres et tous les éléments de ce monde"»(7) .

          De plus, si Dieu existe, ce nom propre par lequel nous le désignons suggère un rapport de sujet à sujet. Certes, nous ne savons pas encore de quel type de rapport-il s’agit; il se pourrait même que devant les méfaits d’un certain personnalisme religieux nous soyons emmenés à faire appel à cette autre tradition pour laquelle Dieu est celui qui n’a pas de nom. Il reste néanmoins que pour nous, de part notre insertion dans une communauté confessante, Dieu se présente revêtu d’une valeur de subjectivité. C’est en prenant au sérieux notre tradition religieuse et chrétienne que nous émettons notre hypothèse de travail : l’idée de Dieu est à arracher de 1 ‘ enlisement des choses pour lui faire franchir le seuil d’irréductible subjectivité; plus rigoureusement, il nous faudra comprendre que l’idée de Dieu est l’expression du rapport mutuel des libertés se réalisant dans 1’histoire et comme histoire en ayant site à l’ombre de la liberté fondatrice. Le cours aura pour objet essentiel la reconnaissance de la liberté par les libertés.

          La question de Dieu et la question de la radicalité de l’existence libre de l’homme constituent une seule et unique question qu’on peut qualifier de religieuse. Si on entend par religion, en effet ce qui "relie " l’homme à Dieu, ce qui est finalement en jeu c’est la détermination de l’explicitation de la nature de ce rapport. Tirée de notre expérience religieuse, la question qui porte notre recherche peut-être ainsi formulée: la religion nous assure de l’existence de Dieu, qu’en est-il? Quel est le sens du mot Dieu que nous héritons d’une foi historique? Quelle relation l’homme entretient-il dans son existence libre avec la liberté absolue si elle est "prouvée"?

          Entendons-nous: il ne s’agit nullement d’intenter un procès à une quelconque religion positive dans le but de justifier ou d’invalider son contenu doctrinal ou sa signification historique. Il s’agit plutôt de nous mettre en question pour accéder à une attitude de liberté qui rend sensée et promeut une interrogation critique et créatrice relative à la possibilité présente d’une expérience spirituelle sensée.

"Il s agit, ici et maintenant de notre histoire (qui ne peut faire abstraction de la tradition chrétienne) , d’indiquer des perspectives élémentaires et de tracer des orientations fondamentales hors desquelles toute affirmation religieuse (chrétienne y compris ) risque de sombrer dans le vide et la torpeur d’une mythologie imaginaire et dogmatique ."(8)

          Il apparaît clairement de la précision de notre projet que nous ne saurions faire usage du sens limité que Leibniz donne au mot théodicée.

"Il a écrit en effet contre Bayle, l’encyclopédie, ses Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal (1970) : justification de la bonté et de la providence, dans la perspective du problème du mal." "Théou diké": procès et justification de Dieu(9).

          Certes, le terme a fait fortune, il a cependant deux inconvénients: celui d’abord de restreindre la recherche a la réfutation des objections tirées du problème du mal; celui ensuite d’instituer le "procès de Dieu. On a beau en effet le renvoyer absous – (et souvent pour des raisons assez anthropologique) -on ne le "traite" pas comme Dieu en entreprenant de le juger. On comprend alors qu’un Gabriel Marcel ait déclaré dans son Journal Métaphysique :

« La théodicée c’est de l’athéisme ». (10)

          Nous écartons ce dessein partiel non seulement comme contraire à notre intention, mais aussi comme contradictoire à la philosophie même. "Si la vérité est, elle se justifie elle-même; plus exactement, elle se manifeste elle même, et sa manifestation n’a rien d’un plaidoyer.

          Parce que chez ST Thomas les rapports foi et raison amènent la création d’une théologie philosophique, il nous faut analyser les preuves de l’existence de Dieu, au niveau de 1’objectivité. Etant donné que les cinq preuves thomistes sont des voies pour atteindre Pieu, un examen minutieux des preuves thomistes s’avère nécessaire.

A suivre……………..

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1) LIBERA(Alain de).- Raison et foi, archéologie d’une crise d’Albert le Grand à Jean Paul (Paris, Seuil 2003), p. 7

2) MOREL (Georges).- Problèmes actuels de religion, (Paris, Aubier 1968) , p. 229s

3) MOREL (Georges).- Problèmes actuels de religion, (Paris, Aubier 1968) , p. 229s

4) RICOEUR(Paul).- Philosophie de la volonté. Finitude et culpabilité. La symbolique du mal,(Paris, Aubier, 1960), p. 30  , tome 2

5) RICOEUR(Paul).- Philosophie de la volonté. Finitude et culpabilité. La symbolique du mal,(Paris, Aubier, 1960), p. 30  , tome 2

6)  GWENDOLINE(Jarczyk) et LABARRIERE(Pierre, Jean).- "Absolu/sujet. Le logique. Le dialectique et le spéculatif" dans Laval théologique et philosophique, vol. 51, n°2, Université de Laval 1995, p. 239.

7) GWENDOLINE(Jarczyk) et LABARRIERE(Pierre, Jean).- "Absolu/sujet. Le logique. Le dialectique et le spéculatif" dans Laval théologique et philosophique, vol. 51, n°2, Université de Laval 1995, p. 250.

8) GUIBAL(Francis).- "Questions post-hégéliennes. A patir de l’oeuvre de George Morel. 73/3 1986 363

9) BLOND (Le, Jean-Marie).- Théologie Philosophique, Cours au Scholasticat S.J. Chantilly, 1964-1965, p.1.

10) MARCEL(Gabriel).- Journal Métaphysique (Paris, Gallimard 1927), p. 32

RATIONALITE DE L’EXPERIENCE RELIGIEUSE

mai 4, 2008

INTRODUCTION

          Alain de Libera dans son ouvrage Raison et foi, archéologie d’une crise d’Albert le Grand à Jean Paul II reprend une citation célèbre d’Emile Durkheim

"(Le drame de la scolastique, c’est qu’elle) a introduit la raison dans le dogme, tout en se refusant à nier le dogme. Entre ces deux puissances, elle a essayé de tenir la balance égale; ce fut à la foi sa grandeur et sa misère"(1)

          Entre Dieu et la raison, y a-t-il encore place pour la conjonction de coordination? Si oui, quel statut lui accorder? Pour notre part, nous pensons qu’il existe une rationalité de l’expérience religieuse.

          L’objet que nous abordons ici n’est ni la connaissance sous son aspect général et formel (logique), ni non plus sous ce même aspect général et formel (ontologie). L’objet de cette foi rationnelle est, dans une première approche encore formelle, l’Etre en et par soi, ou l’absolu existant, ou de quelque nom qu’on l’appelle, Dieu. Par là nous ne savons pas encore en vérité de quoi nous parlons, nous savons seulement que nous visons la Réalité telle qu’elle est, et non pas sous quelque mode et à quelque niveau qu’elle se présente.

          Cette définition, est avons-nous souligné, encore formelle, c’est-à-dire vide. Cela se manifeste par l’embarras à trouver un mot adéquat à utiliser pour désigner ce que nous cherchons. Le mot Dieu, en lui-même, ne donne aucun renseignement sur notre entreprise.

"Pris pour soi le mot Dieu est un son privé de sens, rien qu’un nom; c’est seulement le prédicat qui dit ce qu’il est qui est son rempli s sèment et sa signification, le début vide ne devient un savoir effectif que dans cette fin"(2)

          La formalité de la définition nous met en garde contre un double écueil:

  • celui, d’une part, de refuser le discours dans l’illusion que le mot Dieu suffit immédiatement;
  • celui, d’autre part de constituer un faux discours à partir de ce mot considéré comme fondement absolue.

 

          La définition émet un projet à réaliser et à comprendre. Ce projet consiste à chercher la réalité que nous visons lorsque nous employons le mot Dieu. Nous sommes invités à prendre au sérieux les prédicats qui déterminent son sens; à ne pas leur donner un sens aussi immédiat que le mot Dieu, comme si les prédicats ne lui ajoutaient rien. Il s’agit, en un mot, d’élaborer un discours où le mot Dieu devient rempli en vérité.

"C’est le mouvement (du discours) dans son ensemble, du début à la fin, la fin reprenant le début, par conséquent à la fois linéaire et circulaire, qui constitue la manifes­tation de Dieu, ou, ce qui est la même chose, qui réalise en l’homme l’idée de Dieu"(3).

          Cependant, lorsque nous déclarons que le mot Dieu pris pour lui-même, n’a pas de sens, nous ne prétendons pas être renvoyés au rouet; ou à un commencement absolu., comme si ce terme n’avait pas pour lui une longue tradition religieuse qu’il serait sans aucun doute téméraire de répudier sans examen. Nous avons seulement souligné qu’il n’est pas de signe absolument préférable pour désigner ce que nous cherchons, et qu’il est nécessaire de recourir à la réflexion pour médiatiser dans un langage, devenu conscient l’expérience sous – jacente à la réflexion.

          En parlant d’une expérience sous-jacente à la réflexion, nous prenons position pour une philosophie avec présuppositions. Comme ne cesse de l’affirmer Paul Ricœur partout dans son oeuvre,

"il n’y a pas de philo­sophie sans présuppositions"(4).

          Il est en effet, impossible de philo­sopher dans un état de totale abstraction.

L’attitude d’indifférence qui voudrait se faire pur spectateur, dégagée de tout poids, de toute mémoire et de toute perspective pour considérer avec sympathie constituerait la ruine de l’appropriation, parce qu’elle refuserait, si elle était possible de comprendre

"n’étant portée par le souci d’aucune question"(5).

          La philosophie comme ap­propriation requiert donc le secours d’une question qui la porte. La compréhension qu’"elle exige est la reprise créatrice " de notre effort pour exister et vivre. Comme l’oiseau de Minerve, la philosophie prend son envol à la tombée de la nuit (Hegel). Elle est toujours post factum elle est toujours précédée par cela même qu’elle cherche à comprendre. En d’autres termes, la philosophie, c’est l’expérience qui s’apparaît à elle-même en se disant raison universelle; c’est l’expérience qui se reconnaît et s’affirme comme expérience humaine. La réflexion philo­sophique

" se trouve donc totalement circonscrite par la totalité englobante qui est le vécu en tant que vécu humain; (elle) part de l’expérience, telle qu’elle s’impose en surgissant dans son immédiateté et (elle) y fait retour en le comprenant désormais selon son "sens" véritable. C’est dire que le parcours rationnel assure la médiation de l’expérience par rapport à elle-même, réalisant, si l’on peut dire, l’investissement de rationalité que l’homme est contraint d’opérer au niveau de ce qui est vécu par lui, simplement pour que cette expérience soit une expérience humaine"(6).

          Quelle est l’expérience susceptible de susciter notre questionnement et que présuppose la foi rationnelle? Le propos de ce paragraphe est de déterminer nos présuppositions en les assumant.

          Si la philosophie n’existe que pour la question qui la porte, elle doit aussi son existence à une situation d’où surgit la question. Pour notre part, nous avouons franchement que cette situation est notre insertion dans un milieu de croyants et de chrétiens. Au sein de cette com­munauté confessante, nous savons, de certitude initiale, que Dieu est un nom propre qui désigne, comme Hegel,

"non un être ou une essence ou un universel en général qui est posé, mais un réfléchi en soi-même, un sujet".

          C’est pour cette raison que nous avons tenu à préciser plus haut que la définition émet le projet d’atteindre la Réalité telle qu’elle est, et non pas sous quelque mode et à quelque niveau qu’elle se présente. Notre sentiment est que Dieu, s’il existe, ne saurait être un être particulier parmi les autres.

"Car, si Dieu existe, il ne peut-être que l’universalité absolue en laquelle subsistent tous les êtres et tous les éléments de ce monde"»(7) .

          De plus, si Dieu existe, ce nom propre par lequel nous le désignons suggère un rapport de sujet à sujet. Certes, nous ne savons pas encore de quel type de rapport-il s’agit; il se pourrait même que devant les méfaits d’un certain personnalisme religieux nous soyons emmenés à faire appel à cette autre tradition pour laquelle Dieu est celui qui n’a pas de nom. Il reste néanmoins que pour nous, de part notre insertion dans une communauté confessante, Dieu se présente revêtu d’une valeur de subjectivité. C’est en prenant au sérieux notre tradition religieuse et chrétienne que nous émettons notre hypothèse de travail : l’idée de Dieu est à arracher de 1 ‘ enlisement des choses pour lui faire franchir le seuil d’irréductible subjectivité; plus rigoureusement, il nous faudra comprendre que l’idée de Dieu est l’expression du rapport mutuel des libertés se réalisant dans 1’histoire et comme histoire en ayant site à l’ombre de la liberté fondatrice. Le cours aura pour objet essentiel la reconnaissance de la liberté par les libertés.

          La question de Dieu et la question de la radicalité de l’existence libre de l’homme constituent une seule et unique question qu’on peut qualifier de religieuse. Si on entend par religion, en effet ce qui "relie " l’homme à Dieu, ce qui est finalement en jeu c’est la détermination de l’explicitation de la nature de ce rapport. Tirée de notre expérience religieuse, la question qui porte notre recherche peut-être ainsi formulée: la religion nous assure de l’existence de Dieu, qu’en est-il? Quel est le sens du mot Dieu que nous héritons d’une foi historique? Quelle relation l’homme entretient-il dans son existence libre avec la liberté absolue si elle est "prouvée"?

          Entendons-nous: il ne s’agit nullement d’intenter un procès à une quelconque religion positive dans le but de justifier ou d’invalider son contenu doctrinal ou sa signification historique. Il s’agit plutôt de nous mettre en question pour accéder à une attitude de liberté qui rend sensée et promeut une interrogation critique et créatrice relative à la possibilité présente d’une expérience spirituelle sensée.

"Il s agit, ici et maintenant de notre histoire (qui ne peut faire abstraction de la tradition chrétienne) , d’indiquer des perspectives élémentaires et de tracer des orientations fondamentales hors desquelles toute affirmation religieuse (chrétienne y compris ) risque de sombrer dans le vide et la torpeur d’une mythologie imaginaire et dogmatique ."(8)

          Il apparaît clairement de la précision de notre projet que nous ne saurions faire usage du sens limité que Leibniz donne au mot théodicée.

"Il a écrit en effet contre Bayle, l’encyclopédie, ses Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal (1970) : justification de la bonté et de la providence, dans la perspective du problème du mal." "Théou diké": procès et justification de Dieu(9).

          Certes, le terme a fait fortune, il a cependant deux inconvénients: celui d’abord de restreindre la recherche a la réfutation des objections tirées du problème du mal; celui ensuite d’instituer le "procès de Dieu. On a beau en effet le renvoyer absous – (et souvent pour des raisons assez anthropologique) -on ne le "traite" pas comme Dieu en entreprenant de le juger. On comprend alors qu’un Gabriel Marcel ait déclaré dans son Journal Métaphysique :

« La théodicée c’est de l’athéisme ». (10)

          Nous écartons ce dessein partiel non seulement comme contraire à notre intention, mais aussi comme contradictoire à la philosophie même. "Si la vérité est, elle se justifie elle-même; plus exactement, elle se manifeste elle même, et sa manifestation n’a rien d’un plaidoyer.

          Parce que chez ST Thomas les rapports foi et raison amènent la création d’une théologie philosophique, il nous faut analyser les preuves de l’existence de Dieu, au niveau de 1’objectivité. Etant donné que les cinq preuves thomistes sont des voies pour atteindre Pieu, un examen minutieux des preuves thomistes s’avère nécessaire.

A suivre……………..

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1) LIBERA(Alain de).- Raison et foi, archéologie d’une crise d’Albert le Grand à Jean Paul (Paris, Seuil 2003), p. 7

2) MOREL (Georges).- Problèmes actuels de religion, (Paris, Aubier 1968) , p. 229s

3) MOREL (Georges).- Problèmes actuels de religion, (Paris, Aubier 1968) , p. 229s

4) RICOEUR(Paul).- Philosophie de la volonté. Finitude et culpabilité. La symbolique du mal,(Paris, Aubier, 1960), p. 30  , tome 2

5) RICOEUR(Paul).- Philosophie de la volonté. Finitude et culpabilité. La symbolique du mal,(Paris, Aubier, 1960), p. 30  , tome 2

6)  GWENDOLINE(Jarczyk) et LABARRIERE(Pierre, Jean).- "Absolu/sujet. Le logique. Le dialectique et le spéculatif" dans Laval théologique et philosophique, vol. 51, n°2, Université de Laval 1995, p. 239.

7) GWENDOLINE(Jarczyk) et LABARRIERE(Pierre, Jean).- "Absolu/sujet. Le logique. Le dialectique et le spéculatif" dans Laval théologique et philosophique, vol. 51, n°2, Université de Laval 1995, p. 250.

8) GUIBAL(Francis).- "Questions post-hégéliennes. A patir de l’oeuvre de George Morel. 73/3 1986 363

9) BLOND (Le, Jean-Marie).- Théologie Philosophique, Cours au Scholasticat S.J. Chantilly, 1964-1965, p.1.

10) MARCEL(Gabriel).- Journal Métaphysique (Paris, Gallimard 1927), p. 32