Discussion sur LES CINQ PREUVES THOMISTES DE L’EXISTENCE DE DIEU1

 

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LES CINQ PREUVES THOMISTES DE L’EXISTENCE DE DIEU1

Le Compendium theologiae

           Nous distinguons les dates des deux parties du Compendium: la première date des années 1265-1267 et la seconde du retour de Naples(1272). Ce livre est sans doute avec le Contra gentiles un des parallèles les plus proches de la prima via de la Summa.

Le commentaire des Physiques

          Avant dernière réplique de la prima via, la recherche de l’existence de Dieu dans le Commentaire des Physiques conforme une date proche de la prima pars de la Summa. L’usage de l’acte et de la puissance y est présent, calquant apparemment de près la prima via de la Summa, le tout avec un souci d’intégrer la pensée d’Aristote face aux données de la Révélation ou de la foi.

Le commentaire des métaphysiques

          En raison de sa longueur, ce commentaire est difficile à dater. Il reste assez proche de la prima via de la Summa. C’est un texte important car St Thomas semble y affirmer assez clairement la justification essentielle de la non-régression à l’infini: l’antériorité de l’acte sur la puissance. St Thomas fait ainsi aboutir la démonstartion d’Aristote au livre XII (Mét. A), en utilisant cette antériorité de l’acte sur la puissance ainsi que toutes les données de Physiques VIII. Sa reconnaissance des liens qui unissent acte et fin lui permet de mettre en valeur toute l’originalité d’Aristote. La méthodologie semble de ce point de vue très analogue à la prima via. Ce commentaire présente un intérêt historique important. Il est le dernier lieu des oeuvres d’enseignement universitaire de St Thomas. Or, dans cette dernière recherche rigoureuse, tout l’effort de l’intelligence de l’existence de Dieu est axé sur l’antériorité de l’acte sur la puissance.

Le commentaire de l’évangile de st Jean

          Ce commentaire qui a été écrit pendant la période de maturité vers 1270-1272, expose dans son prologue quatre voies, dont la première est appelée la plus efficace. Mais alors que Stéphane-Marie Barbellion s’attend "à une reprise de la prima via de la Summa, (il retrouve) l’argument de la finalité dans les êtres qui appelle l’existence d’une intelligence."(1). Les qutres raisonnements, quant à eux, sont utilisés plutôt pour établir les manières d’être de Dieu comme l’éternité, la conjonction de l’esse et de l’essence, la vérité ou l’infinité. Il est donc intéressant de voir la cinquième voie de la Summa proclamée "la plus efficace" dans la dernière partie de la vie du Doctor communis. L’optique est-elle ici davantage pastorale? Ou l’explicitation des notions d’acte et de puissance est-elle à l’origine de ce nouvel ordre dans la conception de St Thomas?

          Trois autres arguments sont encore données, fondés respectivement sur le plus et le moins dans la mutabilité (la voie du mouvement est donc reléguée en deuxième position et mêlée à la méthodologie de la quarta via de la Summa);puis la participation et enfin la vérité qui est toujours plus large que ce que le particulier peut atteindre. Le quatrième argument est très intéressant pour relire la quarta via de la Summa, car il est original par rapport à tout ce que Barbellion a rencontré chez l’Aquinate. Et voilà pourquoi il se pose cette question en définitive: "Existe-t-il une voie pour le vrai"?(2)

Le commentaire de l’épître aux Romains

          Ce commentaire a été écrit de la main même de St Thomas, lors de sa deuxième période parisienne entre 1272-1273. Il résume les trois voies classiques. Dabord la via causalitatem, c’est-à-dire la voie de causalité, est présentée comme étant celle qui s’enracine sur notre défectibilité et qui conduit à un principe indéfectible. Puis la voie d’éminence (appelée ici via excellentiae) qui profite de la voie causale pour essayer de contempler Dieu. De même pour la troisième voie (negationis). Ce passage aura aussi une grande importance pour saisir ce qui importe le plus en fin de carrière chez l’Aquinate. La voie causale est la seule qui atteigne l’existence de Dieu. Les autres voies ne font que pousser la voie causale dans ses conséquences. Notons aussi que cette interprétation est déjà présente dans la Summa. Enfin, l’un des derniers regards de l’Aquinate sur l’expérience de base est celle de notre limite.

Le commentaire sur le Symbole des Apôtres ou Credo

          Ce commentaire qui date du carême 1273, est d’un style à portée plus pastorale. Il aura donc moins d’intérêt pour nous. L’Aquinate propose d’abord de laisser les arguments subtils pour prendre un exemple populaire où revient l’argument de l’ordre (une maison rangée qui implique une cause) et celui du plus et du moins dans la beauté et la noblesse. Les quatrième et cinquième voies de la Summa ont donc pris encore plus d’importance. Est-ce parce qu’elles sont plus connaturelles à l’esprit humain, lequel est intelligence et volonté, et est donc finalisé par le vrai et le bien? A ce titre, ce commentaire s’accorde bien avec l’argumentation des deux commentaires précédents.

Le commentaire sur les psaumes, XIII,1

          Ce commentaire qui est rattaché à la période terminale de l’Aquinate est considéré comme inachevé en raison de la maladie et de la mort de son auteur. Son intérêt réside dans la référence à St Anselme ou à St Jean Damascène pour expliquer en quoi est insensé celui qui dit: "Dieu n’existe pas" Pour Barbellion, "il nous semble que nous sommes en face d’une tentative d’assomption de la démonstration anselmienne: il est effectivement impossible de penser Dieu comme n’existant pas, s’il s’agit de Dieu en lui-même."(3). En ce qui concerne la connaissance de Dieu par rapport à nous, l’Aquinate est plus réservé: cette connaissance est naturelle mais il ne va pas jusqu’à dire qu’elle est évidente. Il convient donc d’assumer l’analyse d’Anselme dans un sens précis Barebellion pense qu’ "on ne peut nier l’existence de Dieu secundum se, c’est-à-dire dans la mesure où l’on a pu atteindre sa réalité, et atteindre  cette réalité ne peut se faire que dans la vision béatifique où nous verrons Dieu tel qu’il est."(4) Telle est en tout cas la raison que donne l’Aquinate dans le texte parallèle du commentaire du De trinitate de Boèce.

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1) BARBELLION(Stéphane-Marie).- Les Preuves de l’existence de Dieu. Pour une relecture des cinq voies de St Thomas d’Aquin (Paris, Cerf 1999), p.  233

2) BARBELLION(Stéphane-Marie).- Les Preuves de l’existence de Dieu. Pour une relecture des cinq voies de St Thomas d’Aquin (Paris, Cerf 1999), p.  235

3) BARBELLION(Stéphane-Marie).- Les Preuves de l’existence de Dieu. Pour une relecture des cinq voies de St Thomas d’Aquin (Paris, Cerf 1999), p.  239

4) BARBELLION(Stéphane-Marie).- Les Preuves de l’existence de Dieu. Pour une relecture des cinq voies de St Thomas d’Aquin (Paris, Cerf 1999), p.  240.

 

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