Archive for janvier 2008

Discussion sur DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE FERKESSEDOUGOU 2008

janvier 25, 2008

 

Citer

DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE FERKESSEDOUGOU 2008

Enrichissement illicite, corruption, hypocrisie, mensonge : LA GROSSE COLÈRE DES ÉVÊQUES
(Fraternite-Matin  n°12559 23/01/2008)
Réuni le 20 janvier à Ferké, le clergé ivoirien s’est prononcé à nouveau sur la situation socio-politique. Un profond diagnostic assorti de propositions de sortie de crise.
Chers Ivoiriens,
Chères Ivoiriennes,
Chers Habitants de la Côte d’Ivoire,
Frères et Sœurs,
• Il convient avant tout de rendre grâce au Seigneur qui, durant ces cinq années d’épreuves, de douleurs, de tribulations et de souffrances, nous a évité le pire. Nous exprimons aussi notre gratitude à tous les habitants et amis de la Côte d’Ivoire qui nous ont aidés et soutenus.
• Une aube nouvelle se lève sur notre pays, sur notre chemin difficile vers la paix, après tous les efforts déployés depuis quelques années, qui n’ont pas encore abouti au résultat escompté. Aujourd’hui, la paix est possible et à notre portée. Les actes posés après l’Accord Politique de Ouagadougou nous confortent dans ce sens.
• Mais cette paix ne sera effective que si tous ensemble, chacun pour sa part, citoyen, habitant de ce pays, en toute vérité, nous nous engageons et œuvrons sans duplicité, sans lassitude pour la rendre réelle. Ainsi l’espérance qui naît à l’horizon, apparaît aussi comme une chance pour l’ensemble du pays. C’est aussi un défi et une lourde responsabilité pour nous fils et filles de la Côte d’Ivoire et en particulier pour vous, hommes politiques face à l’histoire.
• C’est dans le cadre de cette étape délicate et décisive dans la marche de notre pays vers la paix, que nous vous adressons ce Message pour non seulement vous soutenir mais vous encourager dans vos efforts par nos prières et vos choix par nos suggestions et contribuer à redonner à la Côte d’Ivoire une paix définitive.
• Dans notre Message, nous voulons porter un regard objectif sur la situation sociopolitique qui demeure préoccupante. Le pire pourrait arriver, si nous n’y prenons garde. A la lumière de ce regard, nous indiquerons, à titre de contribution, les conditions pour instaurer une paix définitive. Cette paix, au demeurant, est possible. Mais elle exige que des engagements soient pris et tenus, en conscience.
SITUATION SOCIO-POLITIQUE PREOCCUPANTE
• Sur ce chemin de la paix, nous voulons mentionner avec reconnaissance et espérance l’événement de la flamme de la paix à Bouaké, la visite du Premier ministre à Gagnoa, celle du Président de la République dans la région du Nord, l’écho de l’Accord Politique de Ouagadougou, le redéploiement de l’administration, la reprise des audiences foraines, l’allègement des barrages.
• Malheureusement, ce qui a créé l’espérance demeure encore sans effet car les gestes de mise en confiance tardent à marquer sensiblement et positivement la vie sociale et politique.
• Il subsiste encore de nombreux points sensibles qui ralentissent la réunification du pays, notamment la situation des préfets et sous-préfets qui ne peuvent pas exercer leur pouvoir, faute de restauration de l’autorité de l’Etat. Le désarmement tarde à s’effectuer, ainsi que l’unicité des caisses de l’Etat.
• Il en est de même pour l’imprécision et le manque de consensus qui règnent autour des dates officielles des élections présidentielles et législatives. Ce manque de repères juridiques et officiels contraignants sur le plan national et international est propice aux camouflages, aux manipulations, aux bras de fer inutiles entre les partis et les acteurs politiques.
• Par ailleurs, il convient de souligner qu’au-delà des déclarations d’intention et des pas réels accomplis vers la paix, la circulation des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire demeure difficile et malaisée.
• Des déclarations de bonne intention sont faites mais ne sont pas suivies d’effets concrets. Cela est inquiétant. Sur les routes, de nombreux barrages subsistent encore: les taxes sont toujours prélevées. Plus grave encore est l’existence de deux armées et de deux états-majors. Dans les zones toujours occupées, l’autorité est entièrement entre les mains des ex-rebelles.
• L’observation attentive de la vie politique présente laisse percevoir qu’au-delà de l’apaisement apparent et précaire, la répartition et l’exercice du pouvoir s’effectue selon le principe des clans d’intérêt; des partis et des acteurs politiques continuent d’adopter des attitudes, de proférer des paroles provocatrices et de produire des écrits incendiaires susceptibles de conduire à des affrontements de populations.
• Pendant ce temps, la corruption se généralise et ruine le pays. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent d’augmenter. Alors que l’aide minimale est refusée à des nécessiteux au nom de la guerre, au nom et à la faveur de cette même guerre, un petit nombre de citoyens s’accaparent avidement des biens du pays et garantissent leur avenir et celui de leur postérité, pour des générations entières. L’on s’est installé dans l’hypocrisie, le mensonge et la duplicité. Le peuple est pris en otage, victime et souffrant.
• Tout cela compromet et risque d’empêcher l’avènement effectif de la paix… Le processus de normalisation de la situation socio- politique peut aboutir à la paix, à certaines conditions dont la toile de fond est la recherche de la vérité.
LES CONDITIONS POUR INSTAURER UNE PAIX DEFINITIVE
Les Moyens
• La première condition pour accéder à la paix définitive, c’est la vérité; la vérité vis-à-vis de Dieu, la vérité en nous-mêmes, la vérité vis-à-vis de notre prochain, la vérité vis-à-vis de la Nation; elle nous permet de reconnaître nos erreurs et de renforcer nos rapports de fraternité, d’amitié et de confiance.
• Jusqu’ici on ignore, par exemple, l’auteur du coup d’Etat, les responsables du charnier de Yopougon, des déchets toxiques.
On se demande encore ce qui s’est réellement passé au cours du bombardement du camp français de Bouaké. On ne sait pas non plus qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion du Premier ministre à Bouaké. Bien que des enquêtes aient été diligentées.
• Ceci traduit bien le manque de confiance entre nous. Or la vérité instaure en nous la sincérité, elle nous rend crédibles, elle restaure la confiance et libère en vue du bien de tous. C’est pourquoi la conversion à la vérité s’impose à tous : aux religieux, aux hommes politiques, aux chefs traditionnels, et à tous les autres citoyens.
• Si nous voulons donner à notre pays une paix définitive, il nous faut être cohérents et vrais et prendre en conséquence les moyens qui s’imposent.
On ne peut pas faire semblant de vouloir la paix et consciemment, en même temps, en cachette œuvrer pour que la guerre perdure. La conversion à la vérité s’impose comme condition primordiale pour aller à la paix. Chaque acteur du processus de paix devra se sentir ici concerné et interpellé.
19. Une lutte vigoureuse devra être urgemment entreprise contre la violence instaurée, la loi du plus fort et de la jungle, l’insécurité effrayante et l’impunité des criminels qui narguent l’autorité de l’Etat.
• Ce début de normalisation de la vie sociale permettra de remettre en circulation la confiance brisée dans le corps social et d’accréditer la volonté affichée des acteurs politiques d’aller résolument et définitivement à la paix.
L’implication des leaders
• En conséquence, les leaders d’opinion, les partis politiques, les hommes et les femmes de médias sont invités à créer un climat d’apaisement. Ils contribueront ainsi à instaurer un cadre de sérénité sociale et de convivialité citoyenne et responsable. Ils instaureront progressivement un esprit et une culture de paix, du respect, voire de l’admiration de l’autre dans sa différence d’origine ethnique et culturelle, religieuse et politique.
• Dans ce cadre, il importe de mettre rapidement fin aux campagnes de dénigrement, aux délations, aux informations partisanes, à la répartition et à l’exercice partisans du pouvoir et de l’autorité; toute chose qui ne met pas en valeur la défense et la promotion d’une part de l’intérêt du pays qui est notre bien commun, et d’autre part des droits et de la dignité des citoyens.
La déontologie de la parole
• Nous vous exhortons à mettre fin, à toutes paroles et attitudes provocatrices, susceptibles de créer et de faire grandir la tension et la méfiance, la confrontation et la déchirure du tissu social. Est-il bon et honnête par exemple de se proclamer Président de la République, maintenant, avant même la tenue des élections? Est- il bon et honnête de croire et de dire que son candidat est vainqueur avant même les élections? Ces interrogations d’une extrême importance exigent une réponse adéquate, sinon elles pourraient occasionner une intensification de la violence.
• Nous vous invitons à renoncer aux menaces, à l’utilisation de la violence physique, de l’intimidation sociale et de l’utilisation idéologique de la jeunesse comme instrument, bouclier et chair à canon. Nous supplions les leaders et les partis politiques d’arrêter la pratique malsaine et ignoble de la manipulation du peuple à des fins égoïstes.
• En agissant de la sorte, ils abusent de leurs propres concitoyens et parents qui ne comprennent rien à leur politique et à ce qui se joue aujourd’hui par rapport à leur propre destin. Il est nécessaire désormais que les leaders politiques respectent le peuple en tenant compte de son avis dans les déclarations et décisions qui engagent tout le pays et son destin.
• Dans la recherche de l’épanouissement social, il convient de mettre en œuvre tout ce qui peut permettre le rapprochement et la convivialité des peuples et des cultures de la Côte d’Ivoire. Il est urgent de susciter chez les Ivoiriens et en particulier chez nos jeunes la culture du travail ; cette tâche incombe en fait aux partis politiques et au Gouvernement, sans oublier les Familles et les Ecoles. C’est bien à cela que nous invite notre devise : Union, Discipline, Travail. La paix est possible à ces diverses conditions.
LA PAIX EST POSSIBLE
• La paix est possible. Cela exige que chaque Ivoirien, chaque décideur, habitant et ami de ce pays prenne l’engagement ferme de la rendre possible en jouant sa partition. La paix que recherche la Côte d’Ivoire est celle qui s’enracine en Dieu et qui jaillit du cœur des hommes politiques, des citoyens, des croyants, des religieux, des hommes des médias et de la société civile. Elle se concrétise dans la défense, le respect et la promotion de la vie. La paix que recherche la Côte d’Ivoire se traduit dans la confiance et la solidarité entre nous.
• L’heure n’est plus aux accusations et aux condamnations. En souillant ce pays de sang humain, nous avons tous failli, mal agi. Cette tragédie nationale qui a coûté tant de vies humaines, brisé tant d’existences, dévasté des familles et détruit des communautés entières est la conséquence de nos inconséquences et de nos injustices, de nos irresponsabilités, de nos silences et de nos complicités multiples.
• Nous devons en demander sincèrement et humblement pardon à Dieu et pardon les uns aux autres, publiquement; et pour cela, nous proposons que soit organisée une journée nationale de deuil, de jeûne, de prière pour tous, sans distinction de religions et de croyances. Tous, nous devons, dans la pure tradition africaine et religieuse de la crainte de Dieu et du respect de la vie, demander pardon pour le sang humain versé.
• Dans la dynamique de cette reconnaissance nationale de crimes commis et à ne plus répéter, nous prendrons tous l’engagement solennel de ne plus jamais emprunter le chemin de la guerre pour résoudre nos problèmes mais d’opter pour le dialogue et la paix. L’amour pour notre pays nous le commande fortement. Chacun aime son pays. Et nous savons que tous, nous aimons notre pays la Côte d’Ivoire. Cet amour du pays consiste à l’aimer vraiment en cherchant à ne pas le piller, à ne pas l’exploiter, à ne pas le brader.
• Dans le sens de la réconciliation, et de la réunification, nous encourageons l’effort en cours de rétrocéder les maisons, les terrains et les biens à leurs propriétaires. Ce même amour du pays doit pouvoir amener les leaders politiques à se retrouver régulièrement pour discuter, s’entendre, rassembler et unir la Côte d’Ivoire autour d’un idéal, d’un projet commun de bonheur.
• Nous savons qu’un tel effort est difficile; car bien souvent, nos options politiques contredisent nos convictions religieuses; mais ayons le courage de nous tourner ensemble vers Dieu en lui adressant cette prière:
• «Donne nous des responsables politiques pénétrés de l’Esprit Saint. Touche le cœur de tous et de chacun. Révèle à tous ton Esprit et qu’ils acceptent de mettre fin à la misère et à la souffrance de leurs frères et sœurs. Suscite des hommes et des femmes pleins d’amour, de justice et de vérité, capables de conduire ton peuple vers son épanouissement total avec courage, désintéressement, générosité et sagesse». (cf. Prière pour la paix en Côte d’Ivoire).
• Que la Vierge, Notre Dame de la Paix, par sa prière, soutienne les efforts de paix en cours et que son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, achève l’œuvre de réconciliation et de paix qu’il a commencée en faveur de notre pays, la Côte d’Ivoire. Au Nom de l’Emmanuel, le Prince de la Paix, nous vous souhaitons une année sainte, source de joie, d’unité et de paix.
Fait à Ferkessédougou, le 20 Janvier 2008
Vos frères, les Evêques de Côte d’Ivoire

© Copyright Fraternite-Matin

Discussion sur DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE FERKESSEDOUGOU 2008

janvier 25, 2008

 

Citer

DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE FERKESSEDOUGOU 2008

Enrichissement illicite, corruption, hypocrisie, mensonge : LA GROSSE COLÈRE DES ÉVÊQUES
(Fraternite-Matin  n°12559 23/01/2008)
Réuni le 20 janvier à Ferké, le clergé ivoirien s’est prononcé à nouveau sur la situation socio-politique. Un profond diagnostic assorti de propositions de sortie de crise.
Chers Ivoiriens,
Chères Ivoiriennes,
Chers Habitants de la Côte d’Ivoire,
Frères et Sœurs,
• Il convient avant tout de rendre grâce au Seigneur qui, durant ces cinq années d’épreuves, de douleurs, de tribulations et de souffrances, nous a évité le pire. Nous exprimons aussi notre gratitude à tous les habitants et amis de la Côte d’Ivoire qui nous ont aidés et soutenus.
• Une aube nouvelle se lève sur notre pays, sur notre chemin difficile vers la paix, après tous les efforts déployés depuis quelques années, qui n’ont pas encore abouti au résultat escompté. Aujourd’hui, la paix est possible et à notre portée. Les actes posés après l’Accord Politique de Ouagadougou nous confortent dans ce sens.
• Mais cette paix ne sera effective que si tous ensemble, chacun pour sa part, citoyen, habitant de ce pays, en toute vérité, nous nous engageons et œuvrons sans duplicité, sans lassitude pour la rendre réelle. Ainsi l’espérance qui naît à l’horizon, apparaît aussi comme une chance pour l’ensemble du pays. C’est aussi un défi et une lourde responsabilité pour nous fils et filles de la Côte d’Ivoire et en particulier pour vous, hommes politiques face à l’histoire.
• C’est dans le cadre de cette étape délicate et décisive dans la marche de notre pays vers la paix, que nous vous adressons ce Message pour non seulement vous soutenir mais vous encourager dans vos efforts par nos prières et vos choix par nos suggestions et contribuer à redonner à la Côte d’Ivoire une paix définitive.
• Dans notre Message, nous voulons porter un regard objectif sur la situation sociopolitique qui demeure préoccupante. Le pire pourrait arriver, si nous n’y prenons garde. A la lumière de ce regard, nous indiquerons, à titre de contribution, les conditions pour instaurer une paix définitive. Cette paix, au demeurant, est possible. Mais elle exige que des engagements soient pris et tenus, en conscience.
SITUATION SOCIO-POLITIQUE PREOCCUPANTE
• Sur ce chemin de la paix, nous voulons mentionner avec reconnaissance et espérance l’événement de la flamme de la paix à Bouaké, la visite du Premier ministre à Gagnoa, celle du Président de la République dans la région du Nord, l’écho de l’Accord Politique de Ouagadougou, le redéploiement de l’administration, la reprise des audiences foraines, l’allègement des barrages.
• Malheureusement, ce qui a créé l’espérance demeure encore sans effet car les gestes de mise en confiance tardent à marquer sensiblement et positivement la vie sociale et politique.
• Il subsiste encore de nombreux points sensibles qui ralentissent la réunification du pays, notamment la situation des préfets et sous-préfets qui ne peuvent pas exercer leur pouvoir, faute de restauration de l’autorité de l’Etat. Le désarmement tarde à s’effectuer, ainsi que l’unicité des caisses de l’Etat.
• Il en est de même pour l’imprécision et le manque de consensus qui règnent autour des dates officielles des élections présidentielles et législatives. Ce manque de repères juridiques et officiels contraignants sur le plan national et international est propice aux camouflages, aux manipulations, aux bras de fer inutiles entre les partis et les acteurs politiques.
• Par ailleurs, il convient de souligner qu’au-delà des déclarations d’intention et des pas réels accomplis vers la paix, la circulation des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire demeure difficile et malaisée.
• Des déclarations de bonne intention sont faites mais ne sont pas suivies d’effets concrets. Cela est inquiétant. Sur les routes, de nombreux barrages subsistent encore: les taxes sont toujours prélevées. Plus grave encore est l’existence de deux armées et de deux états-majors. Dans les zones toujours occupées, l’autorité est entièrement entre les mains des ex-rebelles.
• L’observation attentive de la vie politique présente laisse percevoir qu’au-delà de l’apaisement apparent et précaire, la répartition et l’exercice du pouvoir s’effectue selon le principe des clans d’intérêt; des partis et des acteurs politiques continuent d’adopter des attitudes, de proférer des paroles provocatrices et de produire des écrits incendiaires susceptibles de conduire à des affrontements de populations.
• Pendant ce temps, la corruption se généralise et ruine le pays. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent d’augmenter. Alors que l’aide minimale est refusée à des nécessiteux au nom de la guerre, au nom et à la faveur de cette même guerre, un petit nombre de citoyens s’accaparent avidement des biens du pays et garantissent leur avenir et celui de leur postérité, pour des générations entières. L’on s’est installé dans l’hypocrisie, le mensonge et la duplicité. Le peuple est pris en otage, victime et souffrant.
• Tout cela compromet et risque d’empêcher l’avènement effectif de la paix… Le processus de normalisation de la situation socio- politique peut aboutir à la paix, à certaines conditions dont la toile de fond est la recherche de la vérité.
LES CONDITIONS POUR INSTAURER UNE PAIX DEFINITIVE
Les Moyens
• La première condition pour accéder à la paix définitive, c’est la vérité; la vérité vis-à-vis de Dieu, la vérité en nous-mêmes, la vérité vis-à-vis de notre prochain, la vérité vis-à-vis de la Nation; elle nous permet de reconnaître nos erreurs et de renforcer nos rapports de fraternité, d’amitié et de confiance.
• Jusqu’ici on ignore, par exemple, l’auteur du coup d’Etat, les responsables du charnier de Yopougon, des déchets toxiques.
On se demande encore ce qui s’est réellement passé au cours du bombardement du camp français de Bouaké. On ne sait pas non plus qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion du Premier ministre à Bouaké. Bien que des enquêtes aient été diligentées.
• Ceci traduit bien le manque de confiance entre nous. Or la vérité instaure en nous la sincérité, elle nous rend crédibles, elle restaure la confiance et libère en vue du bien de tous. C’est pourquoi la conversion à la vérité s’impose à tous : aux religieux, aux hommes politiques, aux chefs traditionnels, et à tous les autres citoyens.
• Si nous voulons donner à notre pays une paix définitive, il nous faut être cohérents et vrais et prendre en conséquence les moyens qui s’imposent.
On ne peut pas faire semblant de vouloir la paix et consciemment, en même temps, en cachette œuvrer pour que la guerre perdure. La conversion à la vérité s’impose comme condition primordiale pour aller à la paix. Chaque acteur du processus de paix devra se sentir ici concerné et interpellé.
19. Une lutte vigoureuse devra être urgemment entreprise contre la violence instaurée, la loi du plus fort et de la jungle, l’insécurité effrayante et l’impunité des criminels qui narguent l’autorité de l’Etat.
• Ce début de normalisation de la vie sociale permettra de remettre en circulation la confiance brisée dans le corps social et d’accréditer la volonté affichée des acteurs politiques d’aller résolument et définitivement à la paix.
L’implication des leaders
• En conséquence, les leaders d’opinion, les partis politiques, les hommes et les femmes de médias sont invités à créer un climat d’apaisement. Ils contribueront ainsi à instaurer un cadre de sérénité sociale et de convivialité citoyenne et responsable. Ils instaureront progressivement un esprit et une culture de paix, du respect, voire de l’admiration de l’autre dans sa différence d’origine ethnique et culturelle, religieuse et politique.
• Dans ce cadre, il importe de mettre rapidement fin aux campagnes de dénigrement, aux délations, aux informations partisanes, à la répartition et à l’exercice partisans du pouvoir et de l’autorité; toute chose qui ne met pas en valeur la défense et la promotion d’une part de l’intérêt du pays qui est notre bien commun, et d’autre part des droits et de la dignité des citoyens.
La déontologie de la parole
• Nous vous exhortons à mettre fin, à toutes paroles et attitudes provocatrices, susceptibles de créer et de faire grandir la tension et la méfiance, la confrontation et la déchirure du tissu social. Est-il bon et honnête par exemple de se proclamer Président de la République, maintenant, avant même la tenue des élections? Est- il bon et honnête de croire et de dire que son candidat est vainqueur avant même les élections? Ces interrogations d’une extrême importance exigent une réponse adéquate, sinon elles pourraient occasionner une intensification de la violence.
• Nous vous invitons à renoncer aux menaces, à l’utilisation de la violence physique, de l’intimidation sociale et de l’utilisation idéologique de la jeunesse comme instrument, bouclier et chair à canon. Nous supplions les leaders et les partis politiques d’arrêter la pratique malsaine et ignoble de la manipulation du peuple à des fins égoïstes.
• En agissant de la sorte, ils abusent de leurs propres concitoyens et parents qui ne comprennent rien à leur politique et à ce qui se joue aujourd’hui par rapport à leur propre destin. Il est nécessaire désormais que les leaders politiques respectent le peuple en tenant compte de son avis dans les déclarations et décisions qui engagent tout le pays et son destin.
• Dans la recherche de l’épanouissement social, il convient de mettre en œuvre tout ce qui peut permettre le rapprochement et la convivialité des peuples et des cultures de la Côte d’Ivoire. Il est urgent de susciter chez les Ivoiriens et en particulier chez nos jeunes la culture du travail ; cette tâche incombe en fait aux partis politiques et au Gouvernement, sans oublier les Familles et les Ecoles. C’est bien à cela que nous invite notre devise : Union, Discipline, Travail. La paix est possible à ces diverses conditions.
LA PAIX EST POSSIBLE
• La paix est possible. Cela exige que chaque Ivoirien, chaque décideur, habitant et ami de ce pays prenne l’engagement ferme de la rendre possible en jouant sa partition. La paix que recherche la Côte d’Ivoire est celle qui s’enracine en Dieu et qui jaillit du cœur des hommes politiques, des citoyens, des croyants, des religieux, des hommes des médias et de la société civile. Elle se concrétise dans la défense, le respect et la promotion de la vie. La paix que recherche la Côte d’Ivoire se traduit dans la confiance et la solidarité entre nous.
• L’heure n’est plus aux accusations et aux condamnations. En souillant ce pays de sang humain, nous avons tous failli, mal agi. Cette tragédie nationale qui a coûté tant de vies humaines, brisé tant d’existences, dévasté des familles et détruit des communautés entières est la conséquence de nos inconséquences et de nos injustices, de nos irresponsabilités, de nos silences et de nos complicités multiples.
• Nous devons en demander sincèrement et humblement pardon à Dieu et pardon les uns aux autres, publiquement; et pour cela, nous proposons que soit organisée une journée nationale de deuil, de jeûne, de prière pour tous, sans distinction de religions et de croyances. Tous, nous devons, dans la pure tradition africaine et religieuse de la crainte de Dieu et du respect de la vie, demander pardon pour le sang humain versé.
• Dans la dynamique de cette reconnaissance nationale de crimes commis et à ne plus répéter, nous prendrons tous l’engagement solennel de ne plus jamais emprunter le chemin de la guerre pour résoudre nos problèmes mais d’opter pour le dialogue et la paix. L’amour pour notre pays nous le commande fortement. Chacun aime son pays. Et nous savons que tous, nous aimons notre pays la Côte d’Ivoire. Cet amour du pays consiste à l’aimer vraiment en cherchant à ne pas le piller, à ne pas l’exploiter, à ne pas le brader.
• Dans le sens de la réconciliation, et de la réunification, nous encourageons l’effort en cours de rétrocéder les maisons, les terrains et les biens à leurs propriétaires. Ce même amour du pays doit pouvoir amener les leaders politiques à se retrouver régulièrement pour discuter, s’entendre, rassembler et unir la Côte d’Ivoire autour d’un idéal, d’un projet commun de bonheur.
• Nous savons qu’un tel effort est difficile; car bien souvent, nos options politiques contredisent nos convictions religieuses; mais ayons le courage de nous tourner ensemble vers Dieu en lui adressant cette prière:
• «Donne nous des responsables politiques pénétrés de l’Esprit Saint. Touche le cœur de tous et de chacun. Révèle à tous ton Esprit et qu’ils acceptent de mettre fin à la misère et à la souffrance de leurs frères et sœurs. Suscite des hommes et des femmes pleins d’amour, de justice et de vérité, capables de conduire ton peuple vers son épanouissement total avec courage, désintéressement, générosité et sagesse». (cf. Prière pour la paix en Côte d’Ivoire).
• Que la Vierge, Notre Dame de la Paix, par sa prière, soutienne les efforts de paix en cours et que son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, achève l’œuvre de réconciliation et de paix qu’il a commencée en faveur de notre pays, la Côte d’Ivoire. Au Nom de l’Emmanuel, le Prince de la Paix, nous vous souhaitons une année sainte, source de joie, d’unité et de paix.
Fait à Ferkessédougou, le 20 Janvier 2008
Vos frères, les Evêques de Côte d’Ivoire

© Copyright Fraternite-Matin

DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE FERKESSEDOUGOU 2008

janvier 25, 2008

Enrichissement illicite, corruption, hypocrisie, mensonge : LA GROSSE COLÈRE DES ÉVÊQUES
(Fraternite-Matin  n°12559 23/01/2008)
Réuni le 20 janvier à Ferké, le clergé ivoirien s’est prononcé à nouveau sur la situation socio-politique. Un profond diagnostic assorti de propositions de sortie de crise.
Chers Ivoiriens,
Chères Ivoiriennes,
Chers Habitants de la Côte d’Ivoire,
Frères et Sœurs,
• Il convient avant tout de rendre grâce au Seigneur qui, durant ces cinq années d’épreuves, de douleurs, de tribulations et de souffrances, nous a évité le pire. Nous exprimons aussi notre gratitude à tous les habitants et amis de la Côte d’Ivoire qui nous ont aidés et soutenus.
• Une aube nouvelle se lève sur notre pays, sur notre chemin difficile vers la paix, après tous les efforts déployés depuis quelques années, qui n’ont pas encore abouti au résultat escompté. Aujourd’hui, la paix est possible et à notre portée. Les actes posés après l’Accord Politique de Ouagadougou nous confortent dans ce sens.
• Mais cette paix ne sera effective que si tous ensemble, chacun pour sa part, citoyen, habitant de ce pays, en toute vérité, nous nous engageons et œuvrons sans duplicité, sans lassitude pour la rendre réelle. Ainsi l’espérance qui naît à l’horizon, apparaît aussi comme une chance pour l’ensemble du pays. C’est aussi un défi et une lourde responsabilité pour nous fils et filles de la Côte d’Ivoire et en particulier pour vous, hommes politiques face à l’histoire.
• C’est dans le cadre de cette étape délicate et décisive dans la marche de notre pays vers la paix, que nous vous adressons ce Message pour non seulement vous soutenir mais vous encourager dans vos efforts par nos prières et vos choix par nos suggestions et contribuer à redonner à la Côte d’Ivoire une paix définitive.
• Dans notre Message, nous voulons porter un regard objectif sur la situation sociopolitique qui demeure préoccupante. Le pire pourrait arriver, si nous n’y prenons garde. A la lumière de ce regard, nous indiquerons, à titre de contribution, les conditions pour instaurer une paix définitive. Cette paix, au demeurant, est possible. Mais elle exige que des engagements soient pris et tenus, en conscience.
SITUATION SOCIO-POLITIQUE PREOCCUPANTE
• Sur ce chemin de la paix, nous voulons mentionner avec reconnaissance et espérance l’événement de la flamme de la paix à Bouaké, la visite du Premier ministre à Gagnoa, celle du Président de la République dans la région du Nord, l’écho de l’Accord Politique de Ouagadougou, le redéploiement de l’administration, la reprise des audiences foraines, l’allègement des barrages.
• Malheureusement, ce qui a créé l’espérance demeure encore sans effet car les gestes de mise en confiance tardent à marquer sensiblement et positivement la vie sociale et politique.
• Il subsiste encore de nombreux points sensibles qui ralentissent la réunification du pays, notamment la situation des préfets et sous-préfets qui ne peuvent pas exercer leur pouvoir, faute de restauration de l’autorité de l’Etat. Le désarmement tarde à s’effectuer, ainsi que l’unicité des caisses de l’Etat.
• Il en est de même pour l’imprécision et le manque de consensus qui règnent autour des dates officielles des élections présidentielles et législatives. Ce manque de repères juridiques et officiels contraignants sur le plan national et international est propice aux camouflages, aux manipulations, aux bras de fer inutiles entre les partis et les acteurs politiques.
• Par ailleurs, il convient de souligner qu’au-delà des déclarations d’intention et des pas réels accomplis vers la paix, la circulation des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire demeure difficile et malaisée.
• Des déclarations de bonne intention sont faites mais ne sont pas suivies d’effets concrets. Cela est inquiétant. Sur les routes, de nombreux barrages subsistent encore: les taxes sont toujours prélevées. Plus grave encore est l’existence de deux armées et de deux états-majors. Dans les zones toujours occupées, l’autorité est entièrement entre les mains des ex-rebelles.
• L’observation attentive de la vie politique présente laisse percevoir qu’au-delà de l’apaisement apparent et précaire, la répartition et l’exercice du pouvoir s’effectue selon le principe des clans d’intérêt; des partis et des acteurs politiques continuent d’adopter des attitudes, de proférer des paroles provocatrices et de produire des écrits incendiaires susceptibles de conduire à des affrontements de populations.
• Pendant ce temps, la corruption se généralise et ruine le pays. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent d’augmenter. Alors que l’aide minimale est refusée à des nécessiteux au nom de la guerre, au nom et à la faveur de cette même guerre, un petit nombre de citoyens s’accaparent avidement des biens du pays et garantissent leur avenir et celui de leur postérité, pour des générations entières. L’on s’est installé dans l’hypocrisie, le mensonge et la duplicité. Le peuple est pris en otage, victime et souffrant.
• Tout cela compromet et risque d’empêcher l’avènement effectif de la paix… Le processus de normalisation de la situation socio- politique peut aboutir à la paix, à certaines conditions dont la toile de fond est la recherche de la vérité.
LES CONDITIONS POUR INSTAURER UNE PAIX DEFINITIVE
Les Moyens
• La première condition pour accéder à la paix définitive, c’est la vérité; la vérité vis-à-vis de Dieu, la vérité en nous-mêmes, la vérité vis-à-vis de notre prochain, la vérité vis-à-vis de la Nation; elle nous permet de reconnaître nos erreurs et de renforcer nos rapports de fraternité, d’amitié et de confiance.
• Jusqu’ici on ignore, par exemple, l’auteur du coup d’Etat, les responsables du charnier de Yopougon, des déchets toxiques.
On se demande encore ce qui s’est réellement passé au cours du bombardement du camp français de Bouaké. On ne sait pas non plus qui sont les auteurs de l’attentat contre l’avion du Premier ministre à Bouaké. Bien que des enquêtes aient été diligentées.
• Ceci traduit bien le manque de confiance entre nous. Or la vérité instaure en nous la sincérité, elle nous rend crédibles, elle restaure la confiance et libère en vue du bien de tous. C’est pourquoi la conversion à la vérité s’impose à tous : aux religieux, aux hommes politiques, aux chefs traditionnels, et à tous les autres citoyens.
• Si nous voulons donner à notre pays une paix définitive, il nous faut être cohérents et vrais et prendre en conséquence les moyens qui s’imposent.
On ne peut pas faire semblant de vouloir la paix et consciemment, en même temps, en cachette œuvrer pour que la guerre perdure. La conversion à la vérité s’impose comme condition primordiale pour aller à la paix. Chaque acteur du processus de paix devra se sentir ici concerné et interpellé.
19. Une lutte vigoureuse devra être urgemment entreprise contre la violence instaurée, la loi du plus fort et de la jungle, l’insécurité effrayante et l’impunité des criminels qui narguent l’autorité de l’Etat.
• Ce début de normalisation de la vie sociale permettra de remettre en circulation la confiance brisée dans le corps social et d’accréditer la volonté affichée des acteurs politiques d’aller résolument et définitivement à la paix.
L’implication des leaders
• En conséquence, les leaders d’opinion, les partis politiques, les hommes et les femmes de médias sont invités à créer un climat d’apaisement. Ils contribueront ainsi à instaurer un cadre de sérénité sociale et de convivialité citoyenne et responsable. Ils instaureront progressivement un esprit et une culture de paix, du respect, voire de l’admiration de l’autre dans sa différence d’origine ethnique et culturelle, religieuse et politique.
• Dans ce cadre, il importe de mettre rapidement fin aux campagnes de dénigrement, aux délations, aux informations partisanes, à la répartition et à l’exercice partisans du pouvoir et de l’autorité; toute chose qui ne met pas en valeur la défense et la promotion d’une part de l’intérêt du pays qui est notre bien commun, et d’autre part des droits et de la dignité des citoyens.
La déontologie de la parole
• Nous vous exhortons à mettre fin, à toutes paroles et attitudes provocatrices, susceptibles de créer et de faire grandir la tension et la méfiance, la confrontation et la déchirure du tissu social. Est-il bon et honnête par exemple de se proclamer Président de la République, maintenant, avant même la tenue des élections? Est- il bon et honnête de croire et de dire que son candidat est vainqueur avant même les élections? Ces interrogations d’une extrême importance exigent une réponse adéquate, sinon elles pourraient occasionner une intensification de la violence.
• Nous vous invitons à renoncer aux menaces, à l’utilisation de la violence physique, de l’intimidation sociale et de l’utilisation idéologique de la jeunesse comme instrument, bouclier et chair à canon. Nous supplions les leaders et les partis politiques d’arrêter la pratique malsaine et ignoble de la manipulation du peuple à des fins égoïstes.
• En agissant de la sorte, ils abusent de leurs propres concitoyens et parents qui ne comprennent rien à leur politique et à ce qui se joue aujourd’hui par rapport à leur propre destin. Il est nécessaire désormais que les leaders politiques respectent le peuple en tenant compte de son avis dans les déclarations et décisions qui engagent tout le pays et son destin.
• Dans la recherche de l’épanouissement social, il convient de mettre en œuvre tout ce qui peut permettre le rapprochement et la convivialité des peuples et des cultures de la Côte d’Ivoire. Il est urgent de susciter chez les Ivoiriens et en particulier chez nos jeunes la culture du travail ; cette tâche incombe en fait aux partis politiques et au Gouvernement, sans oublier les Familles et les Ecoles. C’est bien à cela que nous invite notre devise : Union, Discipline, Travail. La paix est possible à ces diverses conditions.
LA PAIX EST POSSIBLE
• La paix est possible. Cela exige que chaque Ivoirien, chaque décideur, habitant et ami de ce pays prenne l’engagement ferme de la rendre possible en jouant sa partition. La paix que recherche la Côte d’Ivoire est celle qui s’enracine en Dieu et qui jaillit du cœur des hommes politiques, des citoyens, des croyants, des religieux, des hommes des médias et de la société civile. Elle se concrétise dans la défense, le respect et la promotion de la vie. La paix que recherche la Côte d’Ivoire se traduit dans la confiance et la solidarité entre nous.
• L’heure n’est plus aux accusations et aux condamnations. En souillant ce pays de sang humain, nous avons tous failli, mal agi. Cette tragédie nationale qui a coûté tant de vies humaines, brisé tant d’existences, dévasté des familles et détruit des communautés entières est la conséquence de nos inconséquences et de nos injustices, de nos irresponsabilités, de nos silences et de nos complicités multiples.
• Nous devons en demander sincèrement et humblement pardon à Dieu et pardon les uns aux autres, publiquement; et pour cela, nous proposons que soit organisée une journée nationale de deuil, de jeûne, de prière pour tous, sans distinction de religions et de croyances. Tous, nous devons, dans la pure tradition africaine et religieuse de la crainte de Dieu et du respect de la vie, demander pardon pour le sang humain versé.
• Dans la dynamique de cette reconnaissance nationale de crimes commis et à ne plus répéter, nous prendrons tous l’engagement solennel de ne plus jamais emprunter le chemin de la guerre pour résoudre nos problèmes mais d’opter pour le dialogue et la paix. L’amour pour notre pays nous le commande fortement. Chacun aime son pays. Et nous savons que tous, nous aimons notre pays la Côte d’Ivoire. Cet amour du pays consiste à l’aimer vraiment en cherchant à ne pas le piller, à ne pas l’exploiter, à ne pas le brader.
• Dans le sens de la réconciliation, et de la réunification, nous encourageons l’effort en cours de rétrocéder les maisons, les terrains et les biens à leurs propriétaires. Ce même amour du pays doit pouvoir amener les leaders politiques à se retrouver régulièrement pour discuter, s’entendre, rassembler et unir la Côte d’Ivoire autour d’un idéal, d’un projet commun de bonheur.
• Nous savons qu’un tel effort est difficile; car bien souvent, nos options politiques contredisent nos convictions religieuses; mais ayons le courage de nous tourner ensemble vers Dieu en lui adressant cette prière:
• «Donne nous des responsables politiques pénétrés de l’Esprit Saint. Touche le cœur de tous et de chacun. Révèle à tous ton Esprit et qu’ils acceptent de mettre fin à la misère et à la souffrance de leurs frères et sœurs. Suscite des hommes et des femmes pleins d’amour, de justice et de vérité, capables de conduire ton peuple vers son épanouissement total avec courage, désintéressement, générosité et sagesse». (cf. Prière pour la paix en Côte d’Ivoire).
• Que la Vierge, Notre Dame de la Paix, par sa prière, soutienne les efforts de paix en cours et que son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur, achève l’œuvre de réconciliation et de paix qu’il a commencée en faveur de notre pays, la Côte d’Ivoire. Au Nom de l’Emmanuel, le Prince de la Paix, nous vous souhaitons une année sainte, source de joie, d’unité et de paix.
Fait à Ferkessédougou, le 20 Janvier 2008
Vos frères, les Evêques de Côte d’Ivoire

© Copyright Fraternite-Matin

Discussion sur DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE 2003

janvier 25, 2008

 

Citer

DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE 2003

Déclaration des évêques de Côte d’Ivoire

"L’impunité dont jouissent certains individus amène au triste constat qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a pas de véritable pouvoir étatique"
Au moment où tous les regards sont tournés vers Paris pour une solution possible à la crise ivoirienne, les évêques de Côte d’Ivoire réunis à Abengourou ,à l’occasion de la 75e assemblée plénière de la Conférence épiscopale qui s’est tenue du 14 au 19 janvier, ont, dans une déclaration lue par le vice-président de la Conférence épiscopale, Mgr Laurent Mandjo, dépeint les maux qui minent la société ivoirienne. Une société " fragilisée " selon eux par l’hypocrisie, le mensonge, et rongée par l’impunité et le laxisme, le manque d’amour et de liberté…Ils proposent par ailleurs des solutions de sortie de crise.

Comme chaque année, au mois de janvier, vos frères, les Evêques de Côte d’Ivoire, se sont réunis pour examiner les problèmes de l’Eglise en terre ivoirienne, à savoir son développement, son expansion, le fonctionnement de ses institutions… L’Eglise est insérée dans une société; elle fait corps avec elle. Les problèmes sociaux ne la laissent donc pas indifférente. Ainsi la crise que traverse notre pays était au centre, non seulement de nos travaux, mais aussi de nos réflexions et surtout de nos prières et célébrations. Nous avons prié pour la paix dans notre pays, pour la réconciliation de tous ses fils et filles.
A présent, nous voulons jeter avec vous un regard sur notre société ; un simple diagnostic nous révèle qu’elle est malade. Les maux dont elle souffre sont : le mensonge sous toutes ses formes, l’injustice et l’impunité, le manque d’amour et de liberté. Nous voulons ensuite vous proposer ce que nous envisageons pour sortir de cette crise et consolider la paix sociale dans notre pays, à la lumière des 4 piliers que présente le récent document pontifical pour instaurer la paix dans le monde, à savoir : la vérité, la justice, l’amour et la liberté.

I/Regard sur la société ivoirienne

1. 1 Une société fragilisée
Une des caractéristiques de notre démocratie est le mensonge. En Côte d’Ivoire, on cultive le mensonge. Nous sommes confrontés à une crise de la vérité. Trop de mensonges faussent le débat politique. L’hypocrisie a façonné nos comportements, la duplicité est devenue la norme dans nos relations humaines ; le non-respect de la parole donnée mine la concrétisation de nos engagements. L’hypocrisie semble avoir été institutionnalisée; mensonges et demi-vérités jalonnent les discours. Dans notre pays, on peut fomenter un coup d’Etat et ne jamais savoir qui en sont les auteurs et les commanditaires. On peut découvrir un charnier et ne jamais connaître celui qui l’a planifié et mis à exécution. Jusqu’à ce jour et malgré la tenue du Forum national pour la réconciliation, on ignore les auteurs et les commanditaires du premier coup d’Etat. Malgré l’enquête diligentée, le mystère entoure toujours le charnier de Yopougon.
En fait, si la société s’enlise de la sorte dans le mensonge, c’est que le spectre des enlèvements, des assassinats et des menaces de mort plane sur la tête de ceux qui osent dire la vérité. Certaines personnalités sont ainsi contraintes à la vie clandestine.
Les relations entre partis politiques laissent à désirer : conflits entre partis politiques, critiques négatives et destructrices, alliances contre nature ou suicidaires, oppositions systématiques aux idées et innovations du parti au pouvoir, perte du sens de l’intérêt supérieur de la nation au profit des intérêts particuliers et partisans.

1. 2 L’impunité et le laxisme
L’impunité et le laxisme rongent aussi notre société. Un individu peut être pris la main dans la pâte et continuer de vivre en toute quiétude comme si de rien n’était. On peut être condamné par le tribunal et se retrouver aussitôt en liberté ou en dehors du pays.
L’exercice du pouvoir dans notre pays, au niveau des institutions républicaines, est des plus laxistes. On y relève un manque flagrant de fermeté face à des dérives dangereuses qui méritent une réaction prompte et décisive. L’impunité dont jouissent certains individus amène au triste constat qu’en Côte d’Ivoire il n’y a pas de véritable pouvoir étatique.

1.3 Le manque d’amour
Aux yeux de nombre d’Ivoiriens, l’honnêteté, l’intégrité et la justice semblent des valeurs d’un autre âge. La recherche excessive du confort, la course effrénée à l’argent, la soif excessive de l’argent orientent malheureusement la vie des Ivoiriens. L’argent est devenu un critère de reconnaissance de la dignité humaine. C’est ici que se trouve la source de nos divisions, y compris la division au sein de nos institutions républicaines comme l’armée ou les partis politiques. On est membre d’un parti politique non pas à cause de l’idéal ou du programme de développement proposé, mais en fonction de l’intérêt financier que l’on peut retirer ou du poste à occuper.
La presse ivoirienne n’est pas en reste, elle qui, dans sa grande majorité, est à la solde des chefs de partis politiques. Nous savons qu’un pays ou un royaume divisé court à sa perte.
1.4 Le manque de liberté L’Ivoirien pense qu’il jouit d’une grande liberté mais, en fait, il est semblable à un prisonnier qui ignore son état réel de vie. L’Ivoirien a tendance à s’agripper à ceux qui le font vivre et le soutiennent financièrement. La situation de guerre que nous vivons en ce moment semble être le résultat des valeurs que nous avons bafouées, foulées au pied et qui ont pour nom la vérité, la justice, l’amour, la liberté. Mais nous avons foi en un avenir meilleur ; acceptons de faire place à ces valeurs dans notre société.

II/Propositions de sortie de crise

2. 1 Le devoir de vérité s’impose à tous.
Il s’impose à tous, de manière particulière il s’impose à tous les acteurs de la vie politique afin de libérer la Côte d’Ivoire. L’heure est venue de nous débarrasser du langage de mensonge, de quitter l’arène des coups bas et de la duplicité, de l’hypocrisie, pour adopter désormais le langage de la vérité libératrice et constructive.
2.2. Le devoir de liberté.
Cet engagement à emprunter le chemin de la vérité doit s’accompagner de la ferme résolution de vouloir œuvrer pour notre libération. L’Ivoirien doit accepter de se libérer par rapport à la puissance de l’argent et à la soif du pouvoir ; le pouvoir est donné en vue du service et non pour se servir. Et cela, nos hommes politiques doivent le comprendre et l’admettre une fois pour toutes.
L’acquisition de la liberté passe par l’arrêt définitif des escadrons de la mort, l’arrêt définitif de toute stratégie visant à détruire la vie humaine.
La laïcité de l’Etat doit être sauvegardée à tout prix pour garantir la liberté religieuse. Que chaque communauté religieuse pratique sa foi sans prendre les hommes politiques en otage et sans être l’otage d’hommes politiques. Que les communautés religieuses se respectent mutuellement.

2.3 L’Amour.
Nous aimer les uns les autres est un commandement de Dieu ; l’amour est don de soi, ouverture aux autres et acceptation des autres. Personne ne doit être rejeté. Cet amour s’appelle solidarité, tolérance et pardon, excluant toute trace de haine et de violence.
Apprenons à nous aimer entre nous ; arrêtons de nous combattre et de nous torpiller, de nous catégoriser entre gens du Nord et du Sud, gens de l’Ouest et de l’Est. Nous vous invitons à cultiver et entretenir en vous l’amour du pays, dans votre comportement de tous les jours et dans l’accomplissement consciencieux de vos tâches quotidiennes. Développons en nous l’amour du travail bien fait et le goût du mérite. Nous éviterons ainsi la corruption et la recherche du gain facile.
Aimer son pays, c’est le servir avec une conscience professionnelle et un désintéressement total. Aimer son pays, c’est partager un idéal commun, à savoir privilégier en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, l’intérêt supérieur du pays, en le plaçant au-dessus de nos intérêts particuliers et personnels.

2.4 La Justice
La pratique de cette justice passe par un exercice du pouvoir étatique à même de garantir la paix et la sécurité de tous; la reconnaissance des valeurs et des compétences à la place du népotisme et du favoritisme.
Elle passe par la diffusion d’informations justes et vraies sur le pays et sur le monde.
Ici, nous voulons interpeller la communauté internationale et nos frères africains qui vivent avec nous ; la communauté internationale devra faire l’effort de ne pas tronquer les informations prises ici et diffusées ailleurs dans le monde. Elle devra surtout s’engager à nous aider à sortir du sous-développement en achetant nos produits à des prix justes.
Nous prions nos frères africains d’arrêter d’exiger de nous ce qu’ils refusent chez eux. Qu’ils sachent reconnaître et apprécier la facilité d’intégration qui leur a été offerte depuis notre accession à l’indépendance et tous les avantages qui leur ont été accordés tant au plan social, économique que politique. Qu’ils ne perdent pas de vue le principe fondamental de la réciprocité.
Conclusion : Frères et sœurs, le Pape Jean XXIII nous rappelle dans son encyclique "Pacem in terris" que la Paix est " l’objet du profond désir de l’humanité de tous les temps ". Car Dieu a créé l’homme et l’a placé dans l’ordre de la tranquillité et de l’harmonie. Ainsi, nous savons que les Ivoiriens sont attachés à la paix, ils ne connaissaient pas la guerre. C’est pourquoi ils font entièrement confiance à leurs frères et sœurs qui participent au sommet de Paris. Qu’ils mettent tout en œuvre pour que les négociations aboutissent à un accord de paix sincère. Personne ne doit compromettre cette paix que les Ivoiriens appellent de tous leurs vœux.
Ce qu’il nous faut comprendre aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas d’un côté les anges et de l’autre les démons, d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Il y a plutôt de part et d’autre, des frères qui doivent être capables de se parler, de se dire la vérité et après quoi de se comprendre pour s’accueillir mutuellement et se réconcilier. Ainsi se dessine le Chemin de l’Espérance pour une Côte d’Ivoire renouvelée.

Fait à Abengourou, le 18 janvier 2003
Vos frères les archevêques et évêques de Côte d’Ivoire

Index





Palazzo "de Propaganda Fide" – 00120 – Città del Vaticano Tel. +39-06-69880115 – Fax. +39-06-69880107 – e-mail: fides@fides.va © AGENZIA FIDES

DECLARATION DES EVEQUES DE COTE D’IVOIRE 2003

janvier 25, 2008

Déclaration des évêques de Côte d’Ivoire

"L’impunité dont jouissent certains individus amène au triste constat qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a pas de véritable pouvoir étatique"
Au moment où tous les regards sont tournés vers Paris pour une solution possible à la crise ivoirienne, les évêques de Côte d’Ivoire réunis à Abengourou ,à l’occasion de la 75e assemblée plénière de la Conférence épiscopale qui s’est tenue du 14 au 19 janvier, ont, dans une déclaration lue par le vice-président de la Conférence épiscopale, Mgr Laurent Mandjo, dépeint les maux qui minent la société ivoirienne. Une société " fragilisée " selon eux par l’hypocrisie, le mensonge, et rongée par l’impunité et le laxisme, le manque d’amour et de liberté…Ils proposent par ailleurs des solutions de sortie de crise.

Comme chaque année, au mois de janvier, vos frères, les Evêques de Côte d’Ivoire, se sont réunis pour examiner les problèmes de l’Eglise en terre ivoirienne, à savoir son développement, son expansion, le fonctionnement de ses institutions… L’Eglise est insérée dans une société; elle fait corps avec elle. Les problèmes sociaux ne la laissent donc pas indifférente. Ainsi la crise que traverse notre pays était au centre, non seulement de nos travaux, mais aussi de nos réflexions et surtout de nos prières et célébrations. Nous avons prié pour la paix dans notre pays, pour la réconciliation de tous ses fils et filles.
A présent, nous voulons jeter avec vous un regard sur notre société ; un simple diagnostic nous révèle qu’elle est malade. Les maux dont elle souffre sont : le mensonge sous toutes ses formes, l’injustice et l’impunité, le manque d’amour et de liberté. Nous voulons ensuite vous proposer ce que nous envisageons pour sortir de cette crise et consolider la paix sociale dans notre pays, à la lumière des 4 piliers que présente le récent document pontifical pour instaurer la paix dans le monde, à savoir : la vérité, la justice, l’amour et la liberté.

I/Regard sur la société ivoirienne

1. 1 Une société fragilisée
Une des caractéristiques de notre démocratie est le mensonge. En Côte d’Ivoire, on cultive le mensonge. Nous sommes confrontés à une crise de la vérité. Trop de mensonges faussent le débat politique. L’hypocrisie a façonné nos comportements, la duplicité est devenue la norme dans nos relations humaines ; le non-respect de la parole donnée mine la concrétisation de nos engagements. L’hypocrisie semble avoir été institutionnalisée; mensonges et demi-vérités jalonnent les discours. Dans notre pays, on peut fomenter un coup d’Etat et ne jamais savoir qui en sont les auteurs et les commanditaires. On peut découvrir un charnier et ne jamais connaître celui qui l’a planifié et mis à exécution. Jusqu’à ce jour et malgré la tenue du Forum national pour la réconciliation, on ignore les auteurs et les commanditaires du premier coup d’Etat. Malgré l’enquête diligentée, le mystère entoure toujours le charnier de Yopougon.
En fait, si la société s’enlise de la sorte dans le mensonge, c’est que le spectre des enlèvements, des assassinats et des menaces de mort plane sur la tête de ceux qui osent dire la vérité. Certaines personnalités sont ainsi contraintes à la vie clandestine.
Les relations entre partis politiques laissent à désirer : conflits entre partis politiques, critiques négatives et destructrices, alliances contre nature ou suicidaires, oppositions systématiques aux idées et innovations du parti au pouvoir, perte du sens de l’intérêt supérieur de la nation au profit des intérêts particuliers et partisans.

1. 2 L’impunité et le laxisme
L’impunité et le laxisme rongent aussi notre société. Un individu peut être pris la main dans la pâte et continuer de vivre en toute quiétude comme si de rien n’était. On peut être condamné par le tribunal et se retrouver aussitôt en liberté ou en dehors du pays.
L’exercice du pouvoir dans notre pays, au niveau des institutions républicaines, est des plus laxistes. On y relève un manque flagrant de fermeté face à des dérives dangereuses qui méritent une réaction prompte et décisive. L’impunité dont jouissent certains individus amène au triste constat qu’en Côte d’Ivoire il n’y a pas de véritable pouvoir étatique.

1.3 Le manque d’amour
Aux yeux de nombre d’Ivoiriens, l’honnêteté, l’intégrité et la justice semblent des valeurs d’un autre âge. La recherche excessive du confort, la course effrénée à l’argent, la soif excessive de l’argent orientent malheureusement la vie des Ivoiriens. L’argent est devenu un critère de reconnaissance de la dignité humaine. C’est ici que se trouve la source de nos divisions, y compris la division au sein de nos institutions républicaines comme l’armée ou les partis politiques. On est membre d’un parti politique non pas à cause de l’idéal ou du programme de développement proposé, mais en fonction de l’intérêt financier que l’on peut retirer ou du poste à occuper.
La presse ivoirienne n’est pas en reste, elle qui, dans sa grande majorité, est à la solde des chefs de partis politiques. Nous savons qu’un pays ou un royaume divisé court à sa perte.
1.4 Le manque de liberté L’Ivoirien pense qu’il jouit d’une grande liberté mais, en fait, il est semblable à un prisonnier qui ignore son état réel de vie. L’Ivoirien a tendance à s’agripper à ceux qui le font vivre et le soutiennent financièrement. La situation de guerre que nous vivons en ce moment semble être le résultat des valeurs que nous avons bafouées, foulées au pied et qui ont pour nom la vérité, la justice, l’amour, la liberté. Mais nous avons foi en un avenir meilleur ; acceptons de faire place à ces valeurs dans notre société.

II/Propositions de sortie de crise

2. 1 Le devoir de vérité s’impose à tous.
Il s’impose à tous, de manière particulière il s’impose à tous les acteurs de la vie politique afin de libérer la Côte d’Ivoire. L’heure est venue de nous débarrasser du langage de mensonge, de quitter l’arène des coups bas et de la duplicité, de l’hypocrisie, pour adopter désormais le langage de la vérité libératrice et constructive.
2.2. Le devoir de liberté.
Cet engagement à emprunter le chemin de la vérité doit s’accompagner de la ferme résolution de vouloir œuvrer pour notre libération. L’Ivoirien doit accepter de se libérer par rapport à la puissance de l’argent et à la soif du pouvoir ; le pouvoir est donné en vue du service et non pour se servir. Et cela, nos hommes politiques doivent le comprendre et l’admettre une fois pour toutes.
L’acquisition de la liberté passe par l’arrêt définitif des escadrons de la mort, l’arrêt définitif de toute stratégie visant à détruire la vie humaine.
La laïcité de l’Etat doit être sauvegardée à tout prix pour garantir la liberté religieuse. Que chaque communauté religieuse pratique sa foi sans prendre les hommes politiques en otage et sans être l’otage d’hommes politiques. Que les communautés religieuses se respectent mutuellement.

2.3 L’Amour.
Nous aimer les uns les autres est un commandement de Dieu ; l’amour est don de soi, ouverture aux autres et acceptation des autres. Personne ne doit être rejeté. Cet amour s’appelle solidarité, tolérance et pardon, excluant toute trace de haine et de violence.
Apprenons à nous aimer entre nous ; arrêtons de nous combattre et de nous torpiller, de nous catégoriser entre gens du Nord et du Sud, gens de l’Ouest et de l’Est. Nous vous invitons à cultiver et entretenir en vous l’amour du pays, dans votre comportement de tous les jours et dans l’accomplissement consciencieux de vos tâches quotidiennes. Développons en nous l’amour du travail bien fait et le goût du mérite. Nous éviterons ainsi la corruption et la recherche du gain facile.
Aimer son pays, c’est le servir avec une conscience professionnelle et un désintéressement total. Aimer son pays, c’est partager un idéal commun, à savoir privilégier en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, l’intérêt supérieur du pays, en le plaçant au-dessus de nos intérêts particuliers et personnels.

2.4 La Justice
La pratique de cette justice passe par un exercice du pouvoir étatique à même de garantir la paix et la sécurité de tous; la reconnaissance des valeurs et des compétences à la place du népotisme et du favoritisme.
Elle passe par la diffusion d’informations justes et vraies sur le pays et sur le monde.
Ici, nous voulons interpeller la communauté internationale et nos frères africains qui vivent avec nous ; la communauté internationale devra faire l’effort de ne pas tronquer les informations prises ici et diffusées ailleurs dans le monde. Elle devra surtout s’engager à nous aider à sortir du sous-développement en achetant nos produits à des prix justes.
Nous prions nos frères africains d’arrêter d’exiger de nous ce qu’ils refusent chez eux. Qu’ils sachent reconnaître et apprécier la facilité d’intégration qui leur a été offerte depuis notre accession à l’indépendance et tous les avantages qui leur ont été accordés tant au plan social, économique que politique. Qu’ils ne perdent pas de vue le principe fondamental de la réciprocité.
Conclusion : Frères et sœurs, le Pape Jean XXIII nous rappelle dans son encyclique "Pacem in terris" que la Paix est " l’objet du profond désir de l’humanité de tous les temps ". Car Dieu a créé l’homme et l’a placé dans l’ordre de la tranquillité et de l’harmonie. Ainsi, nous savons que les Ivoiriens sont attachés à la paix, ils ne connaissaient pas la guerre. C’est pourquoi ils font entièrement confiance à leurs frères et sœurs qui participent au sommet de Paris. Qu’ils mettent tout en œuvre pour que les négociations aboutissent à un accord de paix sincère. Personne ne doit compromettre cette paix que les Ivoiriens appellent de tous leurs vœux.
Ce qu’il nous faut comprendre aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas d’un côté les anges et de l’autre les démons, d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Il y a plutôt de part et d’autre, des frères qui doivent être capables de se parler, de se dire la vérité et après quoi de se comprendre pour s’accueillir mutuellement et se réconcilier. Ainsi se dessine le Chemin de l’Espérance pour une Côte d’Ivoire renouvelée.

Fait à Abengourou, le 18 janvier 2003
Vos frères les archevêques et évêques de Côte d’Ivoire

Index





Palazzo "de Propaganda Fide" – 00120 – Città del Vaticano Tel. +39-06-69880115 – Fax. +39-06-69880107 – e-mail: fides@fides.va © AGENZIA FIDES

Discussion sur LIBERALISME ET HUMANITE

janvier 25, 2008

 

Citer

LIBERALISME ET HUMANITE

JOURNEE PHILOSOPHIQUE 23 JANVIER 2008 A L’UCAO-UUA

MOT DE FIN DU VICE-PRESIDENT DE L’UCAO-UUA

Monsieur le Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA

Monsieur Augustin Dibi Kouadio, Professeur Titulaire à l’Université de Cocody et à l’UCAO-UUA

Messieurs les Enseignants des Universités (Catholique de l’Afrique de l’Ouest Unité Universitaire d’Abidjan, de Cocody, de Bouaké),

Révérends Pères, Révérendes Sœurs et Frères,

Chers amis étudiants et étudiantes

Chers invités,

Clôturer une journée aussi riche en enseignements, n’est-ce pas mettre prématurément un terme à la philosophie ? Mais peut-on fermer la philosophie, quand nous la savons, comme la science, par principe, inachevée ? Les Grecs considéraient la recherche comme une activité en mouvement. Ce qui vient d’être livré toute cette journée, a le désir du savoir universel, la force explosive de la volonté de vérité, mais en même temps, il s’agit d’un effort de pensée qui n’a pas encore sa forme définitive, et qui a besoin d’être révisé en repartant des fondements.

Nous voulons une fois encore remercier l’UCAO-UUA et son Président, le Révérend Père TOSSOU Raphaël, qui a dégagé les moyens financiers conséquents pour l’organisation de cette journée (restauration, logistique…) ; remercier le Révérend Père Zacharie BERE, Doyen de cette Faculté et son Conseil, ainsi que tous les enseignants, les étudiants et les étudiantes.

La journée a été d’un très haut niveau intellectuel. D’abord, en allant aux sources du libéralisme, le Révérend Père BERE Zacharie a donné l’acte de naissance du libéralisme dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789. En effet, selon le conférencier, 1789 fonde la première version libérale de la démocratie politique : la liberté politique, selon les textes, s’accorde avec l’égalité et la liberté des aptitudes juridiques. Puis le Père Doyen nous a appris qu’à l’origine, le libéralisme est une philosophie politique dont 1789 apparaît comme la consécration solennelle. Au milieu du XVIIè siècle, John Locke se faisait déjà l’argent défenseur des droits universels, droits dont il soulignait qu’ils plongent leurs racines dans la nature de l’homme, ce qui contraint du même coup les gouvernements à les reconnaître et à les protéger. Le père BERE n’a pas manqué de nous dire que la liste des pères fondateurs du libéralisme politique (Spinoza, Locke, Descartes, Milton) est assurément longue. Bien que leur inspiration philosophique diffère, tous s’accordent sur les traits caractéristiques de la société libérale.

Ensuite le conférencier a fait un clin d’œil au libéralisme économique et aux physiocrates Quesnay, puis Adam Smith qui ont fondé la doctrine économique libérale. Enfin il a parlé du libéralisme éthique. Cet exposé riche en informations et en profondeur a été suivi d’un deuxième, donné par le Révérend Père AFAN, sur les sources chrétiennes du libéralisme.

Après avoir relevé l’équivoque du mot libéralisme, le Père AFAN a montré sa préférence pour le libéralisme américain qui est, selon lui, pour le progrès social et la liberté des mœurs. Ce libéralisme s’impose au libéralisme européen. Mais sa problématique a été de savoir si les chrétiens étaient des anti-libéraux. Le Père AFAN a organisé sa démarche en trois étapes : la première s’attarde sur la liberté au sens traditionnel chrétien, la seconde sur le libéralisme des humanistes et la troisième sur le rapport entre libéralisme et christianisme. Selon le frère dominicain, malgré les circonstances conjoncturelles qui les opposent, christianisme et libéralisme poursuivent des buts parallèles, mais l’éthique biblique a révélé l’ontologie fondamentale au monde. Cette conférence brillante et passionnante clôturé la matinée.

L’après-midi s’est ouvert avec la conférence de M. OUATTARA Azoumana sur le thème « L’Afrique au défi du libéralisme ». Le conférencier a questionné les habitus communautaires des sociétés africaines qui ont trouvé place et justification dans le socialisme africain. Celui-ci a marqué l’histoire moderne de l’Afrique. Ce paradigme communautaire a écarté les valeurs liées par le libéralisme. La question qui se pose alors est de savoir si le NEPAD est une redécouverte du libéralisme ou un stratagème en direction des investisseurs. Cet exposé magistral et pertinent nous a ouverts les voies de l’universel par une quatrième conférence : « l’avenir du libéralisme dans la mondialisation ».

Ici, M. AKPOUE Clément s’est interrogé sur l’avenir du libéralisme, fondé sr la liberté individuelle dans un monde qui tend à s’unifier, voire à s’uniformiser. Il pense que cet avenir se dessine à travers le débat entre Mondialistes, anti-Mondialistes et alter-Mondialistes. Cette conférence dense et lumineuse a mis en dialogue ces trois courants et tiré la conclusion.

Faut-il conclure ? Les Anciens ne le faisaient pas sans risque. Ils craignaient la jalousie des dieux. A leur suite, posons-nous une simple question : dans quelle mesure les philosophes antiques ont-ils eu conscience que leurs jugements n’avaient qu’une valeur provisoire et qu’il fallait les dépasser, poursuivre leurs recherches en plus de profondeur pour étreindre davantage la réalité. Certains d’entre eux qui ont passé leur vie entière à philosopher et composé des œuvres philosophiques, ont eu l’impression que leurs œuvres de jeunesse étaient reprises par celles de leur vieillesse et les doctrines qu’ils ont expressément professées vers la fin de leur vie étaient celles qu’ils avaient soutenues autrefois.

La réflexion sur « Libéralisme et Humanité » doit se poursuivre, sur ce je ne déclare pas close la porte de la journée philosophique. Je préfère l’entrebâiller, je vous remercie.

Père AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com

LIBERALISME ET HUMANITE

janvier 25, 2008

JOURNEE PHILOSOPHIQUE 23 JANVIER 2008 A L’UCAO-UUA

MOT DE FIN DU VICE-PRESIDENT DE L’UCAO-UUA

Monsieur le Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA

Monsieur Augustin Dibi Kouadio, Professeur Titulaire à l’Université de Cocody et à l’UCAO-UUA

Messieurs les Enseignants des Universités (Catholique de l’Afrique de l’Ouest Unité Universitaire d’Abidjan, de Cocody, de Bouaké),

Révérends Pères, Révérendes Sœurs et Frères,

Chers amis étudiants et étudiantes

Chers invités,

Clôturer une journée aussi riche en enseignements, n’est-ce pas mettre prématurément un terme à la philosophie ? Mais peut-on fermer la philosophie, quand nous la savons, comme la science, par principe, inachevée ? Les Grecs considéraient la recherche comme une activité en mouvement. Ce qui vient d’être livré toute cette journée, a le désir du savoir universel, la force explosive de la volonté de vérité, mais en même temps, il s’agit d’un effort de pensée qui n’a pas encore sa forme définitive, et qui a besoin d’être révisé en repartant des fondements.

Nous voulons une fois encore remercier l’UCAO-UUA et son Président, le Révérend Père TOSSOU Raphaël, qui a dégagé les moyens financiers conséquents pour l’organisation de cette journée (restauration, logistique…) ; remercier le Révérend Père Zacharie BERE, Doyen de cette Faculté et son Conseil, ainsi que tous les enseignants, les étudiants et les étudiantes.

La journée a été d’un très haut niveau intellectuel. D’abord, en allant aux sources du libéralisme, le Révérend Père BERE Zacharie a donné l’acte de naissance du libéralisme dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789. En effet, selon le conférencier, 1789 fonde la première version libérale de la démocratie politique : la liberté politique, selon les textes, s’accorde avec l’égalité et la liberté des aptitudes juridiques. Puis le Père Doyen nous a appris qu’à l’origine, le libéralisme est une philosophie politique dont 1789 apparaît comme la consécration solennelle. Au milieu du XVIIè siècle, John Locke se faisait déjà l’argent défenseur des droits universels, droits dont il soulignait qu’ils plongent leurs racines dans la nature de l’homme, ce qui contraint du même coup les gouvernements à les reconnaître et à les protéger. Le père BERE n’a pas manqué de nous dire que la liste des pères fondateurs du libéralisme politique (Spinoza, Locke, Descartes, Milton) est assurément longue. Bien que leur inspiration philosophique diffère, tous s’accordent sur les traits caractéristiques de la société libérale.

Ensuite le conférencier a fait un clin d’œil au libéralisme économique et aux physiocrates Quesnay, puis Adam Smith qui ont fondé la doctrine économique libérale. Enfin il a parlé du libéralisme éthique. Cet exposé riche en informations et en profondeur a été suivi d’un deuxième, donné par le Révérend Père AFAN, sur les sources chrétiennes du libéralisme.

Après avoir relevé l’équivoque du mot libéralisme, le Père AFAN a montré sa préférence pour le libéralisme américain qui est, selon lui, pour le progrès social et la liberté des mœurs. Ce libéralisme s’impose au libéralisme européen. Mais sa problématique a été de savoir si les chrétiens étaient des anti-libéraux. Le Père AFAN a organisé sa démarche en trois étapes : la première s’attarde sur la liberté au sens traditionnel chrétien, la seconde sur le libéralisme des humanistes et la troisième sur le rapport entre libéralisme et christianisme. Selon le frère dominicain, malgré les circonstances conjoncturelles qui les opposent, christianisme et libéralisme poursuivent des buts parallèles, mais l’éthique biblique a révélé l’ontologie fondamentale au monde. Cette conférence brillante et passionnante clôturé la matinée.

L’après-midi s’est ouvert avec la conférence de M. OUATTARA Azoumana sur le thème « L’Afrique au défi du libéralisme ». Le conférencier a questionné les habitus communautaires des sociétés africaines qui ont trouvé place et justification dans le socialisme africain. Celui-ci a marqué l’histoire moderne de l’Afrique. Ce paradigme communautaire a écarté les valeurs liées par le libéralisme. La question qui se pose alors est de savoir si le NEPAD est une redécouverte du libéralisme ou un stratagème en direction des investisseurs. Cet exposé magistral et pertinent nous a ouverts les voies de l’universel par une quatrième conférence : « l’avenir du libéralisme dans la mondialisation ».

Ici, M. AKPOUE Clément s’est interrogé sur l’avenir du libéralisme, fondé sr la liberté individuelle dans un monde qui tend à s’unifier, voire à s’uniformiser. Il pense que cet avenir se dessine à travers le débat entre Mondialistes, anti-Mondialistes et alter-Mondialistes. Cette conférence dense et lumineuse a mis en dialogue ces trois courants et tiré la conclusion.

Faut-il conclure ? Les Anciens ne le faisaient pas sans risque. Ils craignaient la jalousie des dieux. A leur suite, posons-nous une simple question : dans quelle mesure les philosophes antiques ont-ils eu conscience que leurs jugements n’avaient qu’une valeur provisoire et qu’il fallait les dépasser, poursuivre leurs recherches en plus de profondeur pour étreindre davantage la réalité. Certains d’entre eux qui ont passé leur vie entière à philosopher et composé des œuvres philosophiques, ont eu l’impression que leurs œuvres de jeunesse étaient reprises par celles de leur vieillesse et les doctrines qu’ils ont expressément professées vers la fin de leur vie étaient celles qu’ils avaient soutenues autrefois.

La réflexion sur « Libéralisme et Humanité » doit se poursuivre, sur ce je ne déclare pas close la porte de la journée philosophique. Je préfère l’entrebâiller, je vous remercie.

Père AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com

Discussion sur LIBERALISME ET HUMANITE

janvier 23, 2008

 

Citer

LIBERALISME ET HUMANITE

MOT INTRODUCTIF DU VICE-PRESIDENT DE L’UCAO-UUA

Monsieur le Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA

Révérend Père Gaston SANON, ex-Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA

Messieurs les Enseignants des Universités (Catholique de l’Afrique de l’Ouest Unité Universitaire d’Abidjan, de Cocody, de Bouaké, de Bobodioulasso)

Révérends Pères, Révérendes Soeurs et Frères,

Chers amis étudiants et étudiantes

Chers invités,

 

Au nom du Révérend Père TOSSOU Raphaël, Président de l’UCAO-UUA que je représente à cette journée philosophique, et en tant que membre de notre famille scientifique, je vous souhaite à tous, mes voeux les meilleurs de science féconde, de santé de fer et de sainteté débordante. Que Marie notre mère continue d’intercéder pour nous auprès de son Fils qui est l’Excellent même que nous voulons imiter.

Nous voulons saluer et féliciter le Révérend Père Zacharie Béré, Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA, et le Conseil de Faculté pour cette initiative heureuse qui est la journée philosophique, remercier également les enseignants qui ont accepté de donner une conférence, en plus des cours qu’ils dispensent et les corrections des copies. Chers amis étudiants et invités merci d’être venus si nombreux.

Le thème que nous avons choisi cette année 2008 pour la journée philosophique est Libéralisme et Humanité. La philosophie grecque a été dominée, depuis le début par deux sortes de questions. Tout d’abord et avant tout se pose la question du Tout. La philosophie cherche à saisir la masse des choses données comme un Tout, c’est-à-dire qu’elle veut y découvrir un ensemble raisonnablement organisé. Au coeur de ce Tout, figure en bonne place, la question de l’ homme. L’éthique antique, n’est-ce pas d’abord la bonne conduite de l’individu, de l’économie domestique ensuite, et de l’Etat enfin? Si l’homme est la pierre angulaire de l’édifice philosophique, la réflexion sur le libéralisme est aussi une brique importante qui conduit aussi à la même maison.

En effet toutes les définitions du libéralisme, ce concept équivoque, conduisent à l’homme. Sur un plan philosophico-politique qui est une dimension importante de l’homme, le libéralisme apparaît comme la doctrine politique suivant laquelle il convient d’augmenter autant que possible l’indépendance du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, par rapport au pouvoir exécutif, et de donner aux citoyens, le plus de garanties possibles contre l’arbitraire du gouvernement. Ce libéralisme politique s’oppose à l’autoritarisme.

Si chez les Anciens en outre, l’éthique est une espèce de politique, la question de l’homme regarde d’une part la politique proprement dite qui a pour objet le tout qu’est la cité, d’autre part l’économie domestique qui a pour objet la famille, partie de la cité et donc partie de la politique proprement dite. L’homme devient ainsi le pivot essentiel de l’économie et par ce biais, le libéralisme économique a un lien très fort avec l’homme. Le libéralisme a donc une signification économique ou économico-sociale, désignant non plus une doctrine concernant l’organisation et l’exercice du pouvoir politique, mais une doctrine concernant les rapports entre l’Etat et l’économie, ou plus généralement l’Etat et la société, et favorable à la limitation de l’intervention publique. Précisons davantage: le libéralisme est la doctrine économique suivant laquelle l’Etat ne doit exercer ni fonctions industrielles, ni fonctions commerciales et ne doit pas intervenir dans les réalités économiques qui existent entre les individus, les classes ou les nations. Ce libéralisme économique s’oppose à l’étatisme ou même plus généralement au socialisme.

En choisissant de réfléchir sur le thème Libéralisme et Humanité, la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA veut certainement quitter les sentiers du politique, du social et de l’économie, pour chercher à planter dans le coeur du système libéral, un supplément d’âme. Elle n’a pas choisi de parler d’humanisme, qui est une conception générale de la vie (politique, économique, éthique) fondée sur la croyance au salut de l’homme par les seules forces humaines. Elle voudrait plutôt parler d’humanité, de cette sympathie spontanée de l’homme pour ses semblables. N’est-ce pas cette sève qui permettra à ce grand arbre de croître, de la genèse du libéralisme, en passant par la recherche de ses sources chrétiennes, en passant par l’intérêt de ce système pour l’Afrique et son avenir pour la mondialisation.

Puisse cette irradiation qui nous vient de la Lumière Divine éclairer nos travaux de ce jour. Sur ce, je déclare ouverte, la journée philosophique 2008, je vous remercie.

Père AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com

LIBERALISME ET HUMANITE

janvier 23, 2008

MOT INTRODUCTIF DU VICE-PRESIDENT DE L’UCAO-UUA

Monsieur le Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA

Révérend Père Gaston SANON, ex-Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA

Messieurs les Enseignants des Universités (Catholique de l’Afrique de l’Ouest Unité Universitaire d’Abidjan, de Cocody, de Bouaké, de Bobodioulasso)

Révérends Pères, Révérendes Soeurs et Frères,

Chers amis étudiants et étudiantes

Chers invités,

 

Au nom du Révérend Père TOSSOU Raphaël, Président de l’UCAO-UUA que je représente à cette journée philosophique, et en tant que membre de notre famille scientifique, je vous souhaite à tous, mes voeux les meilleurs de science féconde, de santé de fer et de sainteté débordante. Que Marie notre mère continue d’intercéder pour nous auprès de son Fils qui est l’Excellent même que nous voulons imiter.

Nous voulons saluer et féliciter le Révérend Père Zacharie Béré, Doyen de la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA, et le Conseil de Faculté pour cette initiative heureuse qui est la journée philosophique, remercier également les enseignants qui ont accepté de donner une conférence, en plus des cours qu’ils dispensent et les corrections des copies. Chers amis étudiants et invités merci d’être venus si nombreux.

Le thème que nous avons choisi cette année 2008 pour la journée philosophique est Libéralisme et Humanité. La philosophie grecque a été dominée, depuis le début par deux sortes de questions. Tout d’abord et avant tout se pose la question du Tout. La philosophie cherche à saisir la masse des choses données comme un Tout, c’est-à-dire qu’elle veut y découvrir un ensemble raisonnablement organisé. Au coeur de ce Tout, figure en bonne place, la question de l’ homme. L’éthique antique, n’est-ce pas d’abord la bonne conduite de l’individu, de l’économie domestique ensuite, et de l’Etat enfin? Si l’homme est la pierre angulaire de l’édifice philosophique, la réflexion sur le libéralisme est aussi une brique importante qui conduit aussi à la même maison.

En effet toutes les définitions du libéralisme, ce concept équivoque, conduisent à l’homme. Sur un plan philosophico-politique qui est une dimension importante de l’homme, le libéralisme apparaît comme la doctrine politique suivant laquelle il convient d’augmenter autant que possible l’indépendance du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, par rapport au pouvoir exécutif, et de donner aux citoyens, le plus de garanties possibles contre l’arbitraire du gouvernement. Ce libéralisme politique s’oppose à l’autoritarisme.

Si chez les Anciens en outre, l’éthique est une espèce de politique, la question de l’homme regarde d’une part la politique proprement dite qui a pour objet le tout qu’est la cité, d’autre part l’économie domestique qui a pour objet la famille, partie de la cité et donc partie de la politique proprement dite. L’homme devient ainsi le pivot essentiel de l’économie et par ce biais, le libéralisme économique a un lien très fort avec l’homme. Le libéralisme a donc une signification économique ou économico-sociale, désignant non plus une doctrine concernant l’organisation et l’exercice du pouvoir politique, mais une doctrine concernant les rapports entre l’Etat et l’économie, ou plus généralement l’Etat et la société, et favorable à la limitation de l’intervention publique. Précisons davantage: le libéralisme est la doctrine économique suivant laquelle l’Etat ne doit exercer ni fonctions industrielles, ni fonctions commerciales et ne doit pas intervenir dans les réalités économiques qui existent entre les individus, les classes ou les nations. Ce libéralisme économique s’oppose à l’étatisme ou même plus généralement au socialisme.

En choisissant de réfléchir sur le thème Libéralisme et Humanité, la Faculté de Philosophie de l’UCAO-UUA veut certainement quitter les sentiers du politique, du social et de l’économie, pour chercher à planter dans le coeur du système libéral, un supplément d’âme. Elle n’a pas choisi de parler d’humanisme, qui est une conception générale de la vie (politique, économique, éthique) fondée sur la croyance au salut de l’homme par les seules forces humaines. Elle voudrait plutôt parler d’humanité, de cette sympathie spontanée de l’homme pour ses semblables. N’est-ce pas cette sève qui permettra à ce grand arbre de croître, de la genèse du libéralisme, en passant par la recherche de ses sources chrétiennes, en passant par l’intérêt de ce système pour l’Afrique et son avenir pour la mondialisation.

Puisse cette irradiation qui nous vient de la Lumière Divine éclairer nos travaux de ce jour. Sur ce, je déclare ouverte, la journée philosophique 2008, je vous remercie.

Père AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com

Discussion sur L’IDEAL D’HOMME POLITQUE QUE PREFERE LE LIBERALISME

janvier 22, 2008

 

Citer

L’IDEAL D’HOMME POLITQUE QUE PREFERE LE LIBERALISME

Par rapport au processus politique, nous nous sommes intéressé au comportement des hommes politiques. Envisageons ce que font les hommes politiques, lorsqu’ils ont affaire aux groupes de pression ou lorsqu’ils s’adressent les uns aux autres, individuellement ou par le biais de groupes parlementaires. Comment concevons-nous leur comportement idéal? Le comportement idéal de l’électeur consiste à exprimer sa préférence globale, selon le modèle libéral. Quel est le type idéal de comportement pour l’homme politique?

Nous trouvons deux conceptions principales. L’une est de dire ce que les hommes politiques devraient faire, et d’ailleurs ce que font pour l’essentiel les hommes politiques démocrates, c’est se livrer à une sorte de processus de négociation avec les groupes qui font pression sur eux ou avec ceux auxquels ils se confrontent au parlement. Lorsque deux ou plusieurs partis négocient les uns avec les autres, ils tiennent pour données leurs propres opinions et préférences – elles ne sont pas soumises au débat dans de tels échanges – et ils défendent la satisfaction de leurs préférences au moindre coût que les autres peuvent tirer d’eux; ils offrent les concessions minimales qui sont nécessaires pour amener les autres à se comporter de manière bénéfique. En un mot ils marchandent.

Pourquoi jugeront-on souhaitable que les hommes politiques se livrent à de telles négociations, entre eux et avec les groupes de pression? voici une histoire famière, assez panglossienne, là encore marquée du sceau de l’utiliarisme. En négociant les uns avec les autres, les hommes politiques représenteront les préférences de leurs différents de leurs différents électeurs – ils ne seront pas réélus s’ils ne les reprennent pas à leur compte – et chacun fera de son mieux pour satisfaire ces préférences. Lorsqu’ils négocient avec les groupes de pression, en revanche, ils prêtent l’oreille à leurs revendications, et ils accordent du poids aux préférences que ces groupes représentent, proportionnellement au nombre d’électeurs concernés; et ils se comportent donc, globalement, d’une manière qui sert bien la répartition des préférences dans la société: ils n’accorderont pas une importance excessive aux préférences d’un groupe de pression. C’est ainsi, suggérons-nous, que les activités de négociation des hommes politiques profitent au bien global. Ce sont des types d’activités dont nous avons des raisons de souhaiter que les hommes politiques les exercent, du moins si nous nous soucions de la satisfaction globale des préférences des citoyens.

L’autre conception du comportement idéal des hommes politiques est au modèle de la négociation ce que la conception du vote comme jugement est à la conception préférentielle. Elle suggère que, au lieu de négocier les uns avec les autres, les hommes politiques devraient plutôt se soucier de délibérer et de débattre. Leur objectif devrait être non d’obtenir le meilleur résultat possible étant donné leurs buts préalables, mais de chercher à identifier, dans un échange délibératif d’informations et d’arguments, ce qu’exige le bien public dans tous les domaines, ainsi que les mesures qui devraient permettre de le favoriser. Les hommes politiques devraient alors s’efforcer de répondre aux autres hommes politiques et aux différents groupes de pression à la façon dont un scientifique pourrait réagir lorsqu’un autre scientifique tente de le persuader qu’il a tort à propos de quelque sujet. Ils devraient s’adresser à leurs interlocuteurs en politique comme à des partenaires dans un forum de conversation et d’argumentation.

On voit sans mal les attraits que pourrait présenter ce modèle délibératif du comportement idéal des hommes politiques. Supposons qu’il y ait des faits avérés, du  moins dans les limites de certaines contraintes, quant à la question de savoir si telle ou telle politique est meilleure pour une société. Il semblerait alors que la voie à suivre, pour un homme politique qui tente de décider quelle politique il va soutenir, serait de prendre en compte les arguments des autres non en proportion du nombre d’électeurs qu’ils représentent, mais en proportion du poids des faits et des arguments présentés à l’appui de leurs thèses.

De même que l’idéal de préférence et l’idéal de jugement, pour le comportement des électeurs se calquent sur le libéralisme, de même l’idéal de négociation et l’idéal de délibération, en matière de comportement des hommes politiques entretiennent les mêmes rapports avec cette doctrine.

pakejean@hotmail.com

Dr AKE Patrice