Discussion sur PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT, MYSTIQUE ET SPIRITUALITE

 

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PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT, MYSTIQUE ET SPIRITUALITE

INTRODUCTION

PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT, SPIRITUALITE ET MYSTIQUE

INTRODUCTION

La PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT

La philosophie de l’esprit s’intéresse en particulier à l’être de l’esprit. L’esprit, selon Claude Bruaire(1) est "un vieux mot usé, archivé comme dénominateur commun des songes préscientifiques". "Il n’a plus d’emploi, sinon résiduel ou dérisoire, ajoute-t-il"(2).. Nous pouvons ainsi distinguer des emplois comme l’esprit de la lettre, mais sens ou signifié sont plus doctes. Ainsi, pour ce métaphysicien, "l’esprit ne désigne rien de ce qui est, rien de réel, d’objectif, observable et vérifiable"(3). Et notre auteur d’ajouter "devenu introuvable, vague et désuet, l’esprit, c’est convention obligée de la modernité, n’a pas d’être. Ce qui est, ce qui mesure l’être et révoque l’imaginaire subjectif, c’est la chose comme élément ou ensemble de la matière dont les sciences prouvent et éprouvent l’indubitable vérité"(4).

Une remarque importante s’impose dès lors: la révocation de l’être de l’esprit est contemporaine, à l’origine comme en son développement, d’une réduction de l’objet de nos savoirs à la matière du monde. Malgré quatre siècle de domination de la science sur le monde de la pensée, de diktat de la mesure, il semble que "l’intériorité spirituelle comme ses manifestations demeuraient lieu d’élection réservée à la réflexion philosophique."(5) Malgré la pression du poids des choses matérielles et du prestige des techniques opérantes en leur monde, "l’intériorité s’avérait creuse comme un songe, vide d’être, ne faisant pas le poids"(6), notre auteur ajoute "la philosophie se consumait elle-même pour faire l’aveu d’une illusoire phénoménologique"(7). Jean-Paul Sartre a pu constater dans l’Etre et le Néant que "La pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l’existant à la série des apparitions qui le manifestent"(8). Dès lors, la philosophie couple la phénoménologie empirique des sciences, comme une ombre vaine, cédant son champ incertain aux sciences humaines qui n’ont d’autre méthode que celle des sciences de la nature. Réduite alors à une vaine instance critique, "la philosophie, ajoute Bruaire, sombrait dans les soupçons d’elle-même, oublieuse du fond crûment naturaliste des dogmatiques qui les véhiculent."(9) "Exclue du savoir, interdite de scientificité, privée de tout domaine réel d’investigation, la philosophie, aux dires de Bruaire, ne peut dès lors que s’assimiler aux mots des idéologies du siècle passé qui sont elles-mêmes condamnées à leurs deux normes constitutives: que leurs idées s’avouent comme dérivant de ce qui n’est pas l’idée, le sens du non sens, et qu’elles restent neutres à l’égard du vrai et du faux, comme des mots indifférents aux choses."(10). Le concept ainsi privé de sa nécessité est alors indemne de l’être.(11). L’ontologie est destituée en conséquence car elle a oublié l’être de l’esprit. l’effacé en nos savoirs et nos jugements. Or le génie d’Aristote avait longtemps avant découvert l’être-en-puissance" comme l’esprit dans la nature, l’invisible dans le visible, le possible dans le réel et le pouvoir dans son exercice. Désormais, comme le dit Sartre, "l’être-de-derrière-l’apparition…ne s’oppose plus à l’être, mais…en est la mesure, au contraire. Car l’être d’un existant, c’est précisément ce qu’il paraît."(12) L’apparence, en effet, ne cache pas l’essence, elle la révèle: elle est l’essence. Et il reconnaît que "le phénomène peut être étudié et décrit en tant que tel, car il est absolument indicatif de lui-même"(13). En conséquence, la phénoménologie n’est rien moins qu’un nominalisme. L’homme également est dès lors mesuré et apprécié à ses actes observables et à ses performances vérifiables.

Mais si l’esprit n’a pas d’être, chacun est mesuré à sa vie biologique et à sa production économique. Par exemple, le médecin devient un prescripteur d’ordonnance, le politique est liseur des sondages d’opinions, le prêtre un administrateur des sacrements, l’artiste quelqu’un qui orne de façon superflu le réel et le métaphysicien un archéologue. Mais nous nous rendons compte que malgré les besoins matériels démultipliés, le désir métaphysique est inextinguible en l’homme. La liberté, introuvable en la matière devient un cri ou un mot, qui quoiqu’insignifiant a une survie prolongée. Et, Bruaire de donner une nouvelle tâche à la philosophie: "Réanimer la mémoire de l’esprit en faisant d’abord anamnèse de son concept".(14) Notre démarche dans cet exposé sera de reconnaître l’être de l’esprit et recouvrer l’exigence ontologique du savoir. Nous saurons alors si l’esprit est un concept, avec l’unité de sens requise et son irréductibilité attestant sa nécessité. Mais auparavant, il nous faut montrer le lien qu’à la philosophie de l’esprit avec la mystique et la spiritualité.

LA PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT ET LA MYSTIQUE

La question de la mystique n’est pas étrangère et indifférente à la philosophie de l’esprit. Edith Stein, Simone Weil et Theillard de Chardin ont des itinéraires philosophiques que d’aucuns qualifient de mystique. "La figure du mystique, selon Jean Greisch, se confond pour le philosophe avec la figure de l’autre et de l’étranger."(14). Même si nous pouvons relever des occurrences du mot "mystique" chez tel ou tel philosophe, ce qui est important ce sont les effets radioactifs de la réalité que désigne l’expérience mystique. Si la question fondamentale du rationalisme "qu’appelle-t-on penser?" est importance, la seconde question "comment entendre la voix de l’autre en soi" ne l’en est pas moins. Elle n’est pas une question extrinsèque mais intrinsèque à la philosophie.

LA PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT ET LA SPIRITUALITE

Si la spiritualité signifie une manière d’être de l’existence par et selon l’esprit, pour Claude Bruaire, " une vie spirituelle entretenue dans la vie naturelle et qui se sait irréductible au langage comme aux actes (caractérise) le comportement humain"(15). Spécialement, quand elle se dit inséparable de l’invocation religieuse, la spiritualité signifie, pour notre auteur, que "la parole de foi, pour ne pas s’épuiser en des mots insignifiants, exprime l’esprit qui l’anime, est en relation de l’esprit à l’Esprit"(16). Mais pour une certaine philosophie, ces vocables d’esprit, de vie spirituelle sont couramment entendus comme des termes vides de sens, relégués dans une préhistoire d’ignorance. "Ils sont assignés, selon Bruaire, à l’intériorité, au repli sur soi, au vide intime qu’emplissent les pulsions du corps et ses phantasmes, à la vie réfugiée dans une subjectivité douteuse, abstraite du monde de la nature et de l’histoire, désertant l’expression et l’action."(17). La modernité qui pense que l’être a pour mesure le phénomène observable, identifiable et mesurable, conclut que "l’esprit n’a pas d’être et ne désigne que la conscience vide et son arrière monde inconscient."(18). Dès lors la spiritualité ne réserve aucune réalité de l’existence et n’est qu’un terme usé et suspect du vocabulaire préscientifique.

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  1. Claude BRUAIRE, "l’être de l’esprit" dans Encyclopédie Philosophique Universelle I, L’univers philosophique, (Paris, PUF 1991), p. 34
  2. Ibidem, p. 34
  3. Ibidem, p. 34
  4. Ibidem, p. 34
  5. Ibidem, p. 34
  6. Ibidem, p. 34
  7. Ibidem, p. 34
  8. Jean-Paul Sartre.- L’Etre et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique (Paris, Gallimard 1943), p. 11
  9. Claude BRUAIRE, O.C., p. 34
  10. Ibidem, p. 34
  11. Ibidem, p. 34
  12. Jean-Paul Sartre, O.C., p. 12
  13. Ibidem, p. 12
  14. Jean GREISCH, "philosophie et mystique" dans Encyclopédie Philosophique Universelle I, L’Univers philosophique, (Paris, PUF 1991), p. 26
  15. Claude BRUAIRE, "philosophie et spiritualité" dans Dictionnaire de Spiritualité Tome XII, 1ère partie, (Paris, Beauchesne 1984), p.1378
  16. Ibidem, p. 1378
  17. Ibidem, p. 1378
  18. Ibidem, p. 1378

A suivre….

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