Discussion sur Le syllogisme de la déduction transcendantale

 

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Le syllogisme de la déduction transcendantale

Les  conditions a prori d’une expérience possible en général sont en même temps les conditions de la possibilité des objets de l’expérience. Or j’affirme que les catégories qui viennent d’être indiquées ne sont rien d’autre que les conditions de la pensée dans une expérience possible, de même que l’espace et le temps contiennent les conditions de l’intuition pour cette même expérience. Elles sont donc aussi des concepts fondamentaux qui servent à penser des objets en général pour les phénomènes, et par conséquent elles ont a priori une valeur objective, ce qui était ce que proprement nous voulons savoir.

 

COMMENTAIRE:

Lorsque Kant, dans son ouvrage, Critique de la Raison Pure, parle de la déduction des concepts purs de l’entendement, il l’aborde en deux sections. La première section, qui est la même pour les deux variantes A et B de l’ouvrage pré-cité, a pour titre "les principes d’une déduction transcendntale en général". Quant à la deuxième section, elle diffère de la version de la version A à la version B. Le passage que nous avons à commenter fait partie d’un long passage de l’édition A (1ère édition). Le titre que nous donnons à cette section est celui-ci, "des principes a priori de la possibilité de l’expérience". Nous partirons des principes d’une déduction transcendantale en général, puis nous verrons le passage à la déduction transcendantale des catégories. Nous montrerons alors qu’il y a là un syllogisme de la déduction transcendatale qui permet chez Kant de justifier l’application des catégories aux intuitions.

1) LES PRINCIPES D’UNE DEDUCTION TRANSCENDANTALE EN GENERAL

Kant, en homme de droit, et la plupart des juriconsultes, lorsqu’ils abordent les questions juridiques (comme les droits et les usurpations), voient en toute cause une question de droit (quid juris) et une question de fait (quid facti). la déduction devient alors chez notre auteur, la preuve qui doit faire paraître le droit ou la légitimité d’une prétention. Après cette définition, Kant fait la distinction entre les concepts empiriques et les concepts usurpés. Chez les premiers, leur usage, comme le bonheur et le destin, ils circulent grâce à une complaisance presque générale, mais ils n’ont pas le droit; on ne peut citer d’eux aucun principe clair de droit tiré soit de l’expérience, soit de la raison. A côté de ces genres de concept, il crée un troisième genre, les concepts destiné à un usage pur a priori, dont le droit a toujours besoin d’une déduction transcendantale. Cette déduction se distingue de la déduction empirique qui prend en considération, non seulement l’expérience, mais aussi la réflexion sur l’expérience. Nous pensons qu’il ne faut pas hésiter à voir dans cette réflexion l’usage propre de la raison; ce qui revient à dire que l’expérience est ici prise sous les catégories qui en font la possibilité.

Pour la suite, Kant distingue deux concepts d’espèce toute différente qui se rapportent toutes les deux entièrement a priori à des objets, les concepts d’espace et de temps qui sont les formes de la sensibilité, et les catégories qui sont les concepts de l’entendement. Vouloir chercher dans ces concepts une déduction empirique serait un travail inutile, car il faut utilier ici la déduction transcendantale.

La connaissance chez Kant suppose deux choses, à savoir les sens, d’une part et la forme pour les ordonner, de l’autre. Ce sont deux choses hétérogènes qui se croisent ici, à propos du rapport entre spontanéité et donné. L’un fait du donné une simple occasion de l’exercice de la spontanéité, l’autre met en avant l’htérogénéité constitutive de la connaissance. C’est surtout le premier élément qui a été retenu, aboutissant au contraire à ce que nous pensons être la position de Kant. Mais sa façon de s’exprimer ici prête à une mauvaise interprétation.

C’est à John Locke qe nous devons l’entreprise qui consiste à rechercher les premiers efforts de notre faculté de connaître, pour s’élever des perceptions singulières à des concepts généraux. Dans son Essai sur l’entendement humain, Introduction, I, 3, au chapitre intitulé "Méthode qu’on y observe", Locke pose la question de la limite à tracer entre opinion et connaissance. Il marque trois temps dans cette méthode. Le premier temps consiste à établir l’origine de nos idées ou de nos notions. Au second temps, il montre quelle connaissance peut atteindre l’entendement à partir de ce moment. Enfin le troisième moment permet à Locke de chercher la nature et les fondements de la foi et de l’opinion. Cette voie lockienne ne permet pas, selon Kant, à arriver à une déduction des concepts purs a priori.

Pour en revenir à la déduction transcendantale, les concepts de l’espace et du temps ont une valeur objective a priori. En effet, la géométrie est une connaissance pure a priori qui n’a pas besoin de déduction transcendantale pour son concept d’espace. L’usage du concept, en effet, porte sur le monde sensible extérieur, mais cette catégorie est appliquée à l’intuition a priori d’espace. Quant aux concepts purs de l’entendement, ils traitent des objets, non au moyen de prédicats de l’intuition et de la sensibilité, mais de la pure pensée a priori. Ces prédicats se rapportent aux objets de façon générale, indépendamment de toutes les conditions de la sensibilité. Ils ne sont pas fondés sur l’expérience et ne peuvent montrer dans l’intuition a prioi aucun objet. Leur valeur objective est contestable et les limites de leur usage assez flou. Kant qui anticipe ici la problématique d’un stade ultérieur du développement de la Critique de la Raison Pure dans celle d’un stade antérieur montre une caractéristique de la Critique comme oeuvre systématique. Nous pensons qu’on ne s’est pas encore placé au niveau transcendantal, tant que l’on n’a pas vu comment la sensibilité est non seulement radicalement autre que l’entendement, mais aussi fait couple avec celui-ci, et ne peut être pensée hors de son rapport avec lui.

Kant n’arrête pas de nous souligner la nécessité de la déduction transcendantale. Sans elle, le chercheur erre à l’aveuglette. Mais il montre la difficulté de cette entreprise, car il s’agit, soit d’abandonner complètement toutes les prétentions de la raison pure à connaître, soit de porter cette recherche critique à son point de perfection. Il s’agit d’une alternative qu’il faut bien remarquer. C’est en poussant à fond la critique que l’on n’aura pas à abandonner totalement les demandes de la raison pure, alors même qu’elles ont la forme de prétentions.

A propos des concepts de l’espace et du temps, en tant que connaissances a priori, ils doivent se rapporter nécessairement à des objets. Ainsi, ils rendent possible leur connaissance synthétique, indépendamment de toute expérience. c’st uniquement au moyen de ces formes pures de la sensibilité qu’un objet peut nous apparaître. L’espace et le temps sont de pures intuitions qui contiennent a priori la condition de la possibilité des objets comme phénomènes. La synthèse qui s’y opère est objective. En effet, la déduction transcendantale de l’espace et du temps est aisée: l’objet exige une donnée; les formes selon laquelles cette donnée est réellement donnée, donc reçue, sont en rapport nécessaire à l’objet. Mais le problème de la déduction transcendantale des catégories est un problème d’unité. Mais il apparaît alors que parler de synthèse au niveau de la sensiblité pure, comme Kant le fait ici, est à nouveau anticipée la problématique de l’Analytique dans l’Esthétique.

Quant aux catégories de l’entendement pur, ils ne nous représentent pas du tout les conditions sous lesquelles des objets sont donnés dans l’intuition. Par suite, des objets peuvent nous apparaître sans devoir se rapporter nécessairement aux fonctions de l’entendement. L’entendement peut, à son tour, ne pas contenir les conditions a priori. Kant relève ici une difficulté, à savoir comment des conditions subjectives de la pensée pourraient avoir une valeur objective, c’est-à-dire fournir les conditions de la possibilié de toute connaissance des objets. Des phénomènes peuvent être donnés dans l’intuition sans le secours des fonctions de l’entendement, car cela est acquis, mais sans qu’il y ait de rapport à celles-ci, ce qui va être refusé.

Quand Kant parle du concept de cause, il définit une espèce particulière de synthèse, où à quelque chose A, se joint d’après une règle a priori, quelque chose de tout à fait différent B. On ne voit pas l’a-priorisme dans ce concept, car les phénomènes ne contiennent rien de pareil. Un tel concept paraît vide. Or, les objets de l’intuition sensible doivent être conformes aux conditions formelles de la sensibilité. Ils resident a priori dans l’esprit sinon ils ne seraient pas pour nous des objets. ils doivent, en outre, être conformes aux conditions dont l’entendement a besoin pour la saisie synthétique de la pensée. Cette expression "saisie synthétique de la pensée" est intéressante parce que, d’une part, elle renvoie à la notion d’entendement comme fonction de la pensée, et que, d’autre part, elle emploie le terme d’Einsicht, acte de saise propre de l’intelligence, qui est du côté de l’intuition. Même s’il n’y a pas d’intuition intellectuelle, la présence, qui est du côté de l’intuition. Même s’il n’y a pas d’intition intellectuelle, la présence au discours qui développe la pensée est de cet ordre. On peut penser au rôle de l’intuition chez Descartes, à chacune des articulations du raisonnement. (Voir les Régles pour la direction de la pensée , Reg. III, AT, X, 369.)

Plus loin, Kant revèle que si le concept de cause est tout à fait vide, nul et sans signification, les phénomènes n’en offriraient pas moins des objets à notre intuition, puisque l’intuition n’a besoin en aucune manière des fonctions de la pensée. C’est seuleent après cette remarque que Kant passe à la déduction transcendantale des catégories.

A suivre

 

 

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