philosophie africaine comme science rigoureuse

 

PHILOSOPHIE AFRICAINE, SCIENCE RIGOUREUSE OU VISION DU MONDE

 

 

PHILOSOPHIE AFRICAINE : SCIENCE RIGOUREUSE OU VISION DU MONDE

Parler de la philosophie africaine comme d’une science rigoureuse ou comme une vision du monde, c’est reposer la question provocatrice et polémique d’Edmund Husserl dans son article de  1911 où notre mathématicien traçait déjà, à la manière méthodique de Descartes les grands axes de la phénoménologie, démarquée à la fois de la psychologie théorique et de l’historicisme.  Cet article polémique s’en prend vivement aux deux types de philosophie dominants à l’époque, le naturalisme et l’historicisme, renouant ainsi avec la critique du psychologisme développée dix ans plus tôt dans les Prolégomènes. Il annonce déjà la dénonciation des effets pervers induits par l’avènement d’un modèle universel d’explication objective au début des Temps Modernes, telle qu’elle sera menée une vingtaine d’années plus tard dans la Crise. Selon Marc B. de Launay, présentateur de La Philosophie comme science rigoureuse, « Husserl entend fustiger les critères à l’époque prévalents dans l’attribution des chaires de philosophie privilégiant alors de manière trop visible l’orientation psychologique[1]. » Ce faisant, il n’entend pas  baisser les bras dans les discussions sur la nature et l’utilité même de la philosophie[2].

Un autre commentateur de Husserl, Paulin Joachim Hountondji, a, en 1976, dans son ouvrage Sur la « philosophie africaine. » Critique de l’ethnophilosophie, utilisé cette distinction husserlienne d’« une pratique philosophique digne de ce nom, articulée à une pratique scientifique rigoureuse[3] » et une « ‘philosophie’ au sens impropre, souligné ici par les guillemets: vision du monde collective et hypothétique d’un peuple donné[4]. » Pour lui, « (la) philosophie africaine (est) un ensemble de textes : l’ensemble, précisément, des textes écrits par des Africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de ‘philosophiques’[5] » Cette définition qui n’est pas une pétition de principe a une certaine intentionnalité : celle de voir en la philosophie africaine, une certaine littérature qui n’est pas une vision du monde collective et inconsciente mais qui se tient dans un discours théorique, philosophique et scientifique. Ainsi le débat husserlien est porté sur le champ de la philosophie africaine. Avant d’en venir à la problématique de la philosophie africaine et à la critique de l’ethnophilosophie que Hountondjil considère comme une vision du monde, nous voulons d’abord rendre à Husserl, ce qui est à Husserl. Ce sera la première partie de notre travail. Puis dans une seconde partie nous verrons ce que Husserl a à dire aux Africains, à travers son porte-parole Hountondji.


[1] HUSSERL(Edmund).- La Philosophie comme science rigoureuse (Paris, PUF 1989) pp. 5-6

[2] O.c. p.6

[3] HOUNTONDJI (Paulin, Joachim).- Sur la « philosophie africaine ». Critique de l’ethnophilosophie. (Paris, Maspéro, 1976), note 18, p. 31

[4] HOUNTONDJI (Paulin, Joachim).- Sur la « philosophie africaine ». Critique de l’ethnophilosophie. (Paris, Maspéro, 1976) Note 20, p. 33

[5] HOUNTONDJI (Paulin, Joachim).- Sur la « philosophie africaine. » Critique de l’ethnophilosophie. (Paris, Maspéro, 1976), p.11

 

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