Discussion sur Spiritualité, Mystique et Philosophie de l’Esprit 3

 

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Spiritualité, Mystique et Philosophie de l’Esprit 3

SPIRITUALITE, MYSTIQUE ET PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT (3)

CE QU’EST LA VIE SPIRITUELLE

 Paul suppose que les fidèles vivent d’esprit (Ga 5,25). Parler de vie spirituelle est rester proche de son langage et unir de manière pléonastique deux désignations, l’une et l’autre scripturaires, celle de vie (dont, outre Paul, le 4è évangile fait un constant usage) et celle d’esprit. Les plus anciennes pages du Nouveau Testament présentent la nouveauté chrétienne comme l’oeuvre de l’Esprit de Dieu. C’est l’Esprit qui saisit les Corinthiens, notamment au cours de leurs assemblées, leur départissant des charismes manifestes. Et l’évangile de Marc débute par la présentation de Jésus comme le prophète qui baptisera dans l’Esprit. On pourrait dire que le tout premier Evangile est l’annonce de l’Esprit.
L’Esprit vivifie. Semblable au souffle vital sans lequel l’homme ne serait qu’un cadavre, il en fait un être nouveau. En même temps que l’activité, le mot vie indique la continuité: le don de l’Esprit ne se réduit pas à des manfestations épisodiques: l’être lui-même en bénéficie. Mais quelle différence y a-t-il entre vie spirituelle et vie intérieure?
La vie spirituelle recrée ainsi l’homme en tout ce qu’il est. Trop souvent on n’a prêté attention qu’à la transformation de la vie intérieure. On a même identifié vie spirituelle et vie intérieure. C’est oublier, d’une part, que tout homme, quel qu’il soit, a une vie intérieure, une pensée, une volonté, un univers de représentations. Et d’autre part, c’est méconnaître que l’Esprit renouvelle l’homme en toutes ses dimensions. Paul insiste sur cette action vivifiante qui ressuscite: le corps est donc aussi affecté par l’Esprit. Et les charismes dont Corinthe est le théâtre ne demeurent pas cachés dans l’univers intérieur. Parce qu’ils se manifestent, l’Apôtre est obligé d’intervenir. Certains concernent la communication: l’esprit inspire les prophètes ou pousse de l’avant les missionnaires. Si chacun peut considérer son corps comme temple de l’Esprit, c’est aussi la communauté dans son ensemble, qui est temple de l’Esprit.(Ep 3, 21-22). D’où vient alors les tendances du langage usuel à confondre vie spirituelle et vie intérieure?
Peut-être d’abord du souci de mieux saisir ce qui fait la continuité de la vie spirituelle: qu’est-ce qui nourrit et soutient l’élan missionnaire, explique la vigueur des exhortations ou prépare la lucidité prophétique, sinon l’intensité de ce que le missionnaire, le didascale et le prophète vivent intérieurement? Cependant la conscience connaît encore des intermittences. Aussi est-ce plus profondément que maint théologien a itué la demeure de l’Esprit en l’âme, sans pour autant toujours préciser le sens du mot âme.
La réduction de la vie spirituelle à la vie intérieure tient aussi aux analogies pour en parler. Elles sont empruntées à l’ordre biologique et voisines de celles qui servent de temps immémorial à évoquer le monde intérieur de a pensée, notamment l’image du souffle qu’on trouve à l’origine des termes âme et esprit. Les similitudes de vocabulaire favorisent les confusions. Irénée de Lyon, qu’on ne peut certes taxer de platonisme fait volontiers tenir à l’Esprit Saint dans le fièle le rôle que l’Esprit Saint tient en tout homme.
Une circonstance a contribué à l’assimilation de la vie spirituelle à la vie intérieure: si certaines conversions ont conduit à un changement de comportement manifeste, en d’autres cas, notamment lorsque le comportement antérieur était déjà irréprochable, l’évolution intérieur a été la plus sensible. C’est que la profession sociale et l’éducation imposent à la licence des moeurs des limites qu’elles ne sauraient imposer aux désordres de la pensée et de l’imagination. La transformation en est plus radicale; pensée et imagination sont le lieu où prend naissance la volonté de transformer le comportement.
Il y a plus encore. Maint fidèle a pris conscience de l’insuffisance des oeuvres extérieures pour les transformer, qu’il s’agisse de déviations et de pratiques (on songe à Jean Tauler aussi bien qu’à Martin Luther), qu’il s’agisse même parfois de l’apostolat. Alors ce qui est décisif et constitue le véritable combat spirituel et l’accueil de la grâce par la foi se passe dans le coeur.
Remarquons en passant que ce rétrécissement de sens, qui conduit à ne plus voir dans la vie spirituelle que la vie intérieure, affecte encore davantage le terme spiritualité; usuellement, il désigne moins la manière de vivre que a manière de concevoir l’existence. Mais comment caractériser dans ce cas la vie spirituelle?
Nous pouvons définir la vie spirituelle comme la vie suscitée par l’Esprit que donne Jésus. Cependant une telle définition ne serait que jonglerie verbale si on ne caractérisait l’Esprit que comme celui qui donne cette vie. Il nous faut donc à l’inverse tenter de caractériser la vie spirituelle en elle-même et d’autre part dire qui est l’Esprit.
Aux Galates, l’Apôtre énumère les fruits d’une vie dans l’Esprit: "charité, joie, paix, magnanimité, amabilité, bonté, foi, douceur, tempérance"(Ga 5,22). Chacun de ces mots porte et pourrait être étudié. Dans la première épître aux Corinthiens pourtant, Paul nomme en premier lieu la sagesse, la connaissance et la foi: "Personne ne peut appeler Jésus Seigneur, si ce n’est dans l’Esprit saint." (1Co12,3.8-9). Nourrie de la foi, la vie spirituelle est caractérisée aussi par la liberté. Au régime de la Loi, Paul oppose celui de l’Esprit. De là vient une différence de point de vue entre la théologie morale e l’étude de la spiritualité. La première, à moins qu’il ne s’agisse de la morale dite de situation étudie l’agir humain en discernant les normes. Et celles-ci sont objet de science dans la perspective aristotélicienne dans la mesure où elles sont universelles. Mais il y a aussi dans la vie spirituelle une liberté, une invention irréductible au respect des normes. Et cette liberté s’épanouit en pratiques différentes. Il n’y a pas qu’un modèle de sainteté. Paul lui-même déploie la diversité des dons de l’Esprit et des fonctions que celui-ci permet d’exercer.
Il faut donc, pour dire ce qu’est la vie spirituelle, ouvrir l’éventail des dons et des charismes; il faut aussi découvrir que l’Esprit est Dieu et que le don de Dieu est Dieu lui-même. L’affirmer est une audace qui a fait souvent peur aux sages de ce monde: jusqu’au IVè siècle, l’Eglise a dû lutter contre la théologie réductrice des Ariens et des Macédoniens qui niaient la divinité de l’Esprit. Lorsqu’elle eût affirmé celle-ci sans ambages, il lui fallut revenir sur l’inhabitation divine. Cependant la formulation dogmatique n’est pas encore la prise de conscience; la vie spirituelle d’innombrables fidèles, de ceux notamment qu’on appelle les mystiques, a été la découverte progressive, bien que toujours balbutiante, que la vie spirituelle s’épanouit en présence de Dieu.
Cette heureuse rencontre de Dieu se produit dans la foi. Le Christ habite en vos coeurs par la foi (Ep. 3,17). Il s’agit de la foi au sens large où elle n’est pas scindée de l’espérance et de la charité qui, elles aussi, sont théologales, c’est-à-dire traduisent l’union à Dieu. L’espérance et la charité sont relation immédiate à Dieu: c’est de Dieu ue l’on attend ce qui surpasse tout désir; et le chercher parce qu’on l’aime, c’est s’attacher à lui sans se satisfaire de quoi que ce soit qui n’est pas lui.
Ce qui permet cette espérance et cet amour, ce qui les fonde est la foi. L’espérance et l’amour qui animent l’homme sont réponse à l’offre divine accueillie dans la foi. Certes, il est vrai aussi que le fidèle croit Dieu parce qu’il aime (on croit volontiers celui qu’on aime). Mais il l’aime d’autant plus qu’il sait que  la possibilité lui en est donnée et croit au don qui lui est proposé. La foi est le fondement de ce qu’on espère (He 11,1).
Cette expression marque en même temps une limite qui oblige la foi à rester militante, sinon menacée: ce qu’on espère et qu’on aime demeure invisible. Le Christ n’habite pas les coeurs par la foi à la manière dont il attirait les foules galiléennes. La foi est dépassement, dépassement des apparences et dépassement de soi-même. Car on peut dire que ans l’acte de foi le croyant se surpasse lui-même en manifestant sa liberté à l’égard de ce qu’il a été et de ce qu’il est, à l’égard de son imagination et même à l’égard de sa raison raisonnante par laquelle il refuse de se laisser limiter. Il cherche Dieu qui est plus grand que notre coeur.
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