L’Influence du christianisme sur les philosophies médiévales

CONFERENCE PUBLIQUE: L’INFLUENCE DU CHRISTIANISME SUR LES PHILOSOPHIES MEDIEVALES: BIENFAISANTE OU NOCIVE? HEUREUSE OU MALHEUREUSE?

Le christianisme a eu une influence certaine sur les philosophies médiévales. Mais de quelle influence s’agit-il? Concerne-t-elle la constitution, l’évolution et la qualité de la philosophie pendant cette période? Intéressons-nous à la philosophie proprement dite, c’est-à-dire de niveau scientifique.

Le fait de cette influence est amplement établi et il est reconnu par tous les historiens, à l’exception de M. Bréhier et de M. Brunschvicq. Si ces deux critiques ont pu constester ce fait, c’est parce que, d’une part, ls réduisent arbitrairement le champ de la philosophie à un rationalisme étroit (Bréhier) ou à l’idéalisme critique(Brunschvicg) et, d’autre part ils vient le christianisme de sa substance doctrinale en épousant la thèse de Harnack: le christianisme primitif et authentique serait une religion dont la prédication était purement morale et pratique, les dogmes étant le fruit d’une élaboration ultérieure sous l’influence de la philosophie grecque. Le fait historique de l’influence du christianisme sur les philosophies médiévales a été mis en relief chez Gilson dans son ouvrage L’esprit de la philosophie médiévale(1932) et chez Romeyer, la philosophie chrétienne jusqu’à Descartes. On peut citer aussi Sertillanges, le christianisme et les philosophies et Tresmontant, les idées maîtresses de la philosophie chrétienne.

Cette influence est d’ailleurs certaine a priori, car elle tient à la nature des choses. La philosophie n’est pas seulement une composante de la civilisation au sein de laquelle elle se développe, elle en est aussi un produit. En d’autres termes, tout philosophe subit inévitablement l’influence de son milieu culturel: organisation sociale et politique, économie, conceptions religieuses, vie littéraire et artistique. C’est d’ailleurs en partie ce qui fait l’intérêt propre de chaque milieu spécifique et de chaque période de l’histoire: un système philosophique ne nous intéresse pas seulement par l’originalité de son contenu doctrinal, mais aussi par les relations qu’on y découvre avec les divers éléments de la culture. Dans la chrétienté médiévale, les philosophes ont dû être marqués profondément par cette civilisation fortement imprégnée de valeurs religieuses.

L’influence du facteur religieux varie évidemment selon les cas: elle est normalement plus forte chez un évêque (Augustin) ou un moine (Anselme) que chez un maîre de la faculté des arts (Siger de Brabant); elle s’exerce davantage sur le moraliste que sur le logicien ou le grammairien, sur le théologien (Albert, Bonaventure, Thomas) que sur le philosophe de profession (Nicolas de Paris, Siger de Brabant, Boèce de Dacie). Quelle réponse alors donner à notre préoccupation initiale: l’influence du christianisme sur les philosophies médiévales a-t-elle été bienfaisante ou nocive, heureuse ou malheureuse?

C’est dans la réponse à cette question que la divergence la plus nette se fait jour entre les historiens rationalistes et les historiens catholiques. Les uns et les uatres mettent un rapport direct entre la valeur qu’ils attribuent au christianisme et la qualité de l’influence qu’il a exercée sur la philosophie. Or, c’est là un préjugé inacceptable, car la valeur d’une philosophie n’est pas liée à la valeur du milieu culturel dans lequel elle est née, de nombreux exemples historiques le prouvent: des désordres politiques, de graves injustices sociales, la décadence des moeurs peuvent agir comme stimulants sur l’esprit des philosophes et les inciter à l’examen des problèmes que posent ces situations désastreuses; par contre, des institutions sociales en soi irréprochables peuvent constituer des obstacles à l’épanouissemnt de la recherche philosophique. Celle-ci obéit à ses lois propres et la valeur de ses démarches n’est pas déterminée par la valeur de la société au sein de laquelle elle s’exerce. Qu’il admette ou non l’origine divine de l’Eglise, l’historien de la philosophie médiévale doit se demander si, en fait, la chrétienté médiévale a été un milieu favorable ou défavorable au développement de la philosophie.

Il est clair que cette objectivité historique a souvent fait défaut dans le passé. Le fait est flagrant chez les historiens rationalistes, qui ont presque toujours abordé le moyen-âge avec de lourds préjugés anti-chrétiens. Mais les historiens catholiques ont parfois péché en sens contraire, en postulant que l’influence du christianisme et de l’Eglise n’avait pu être que bienfaisante. Essayons d’établir, à présent le bilan impartial des profits et des pertes de la philosophie sous le régime de la chrétienté médiévale.

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