Discussion sur Le pluralisme linguistique et ethnique dans nos Etats Africains bilan et perspectives

 

Citer

Le pluralisme linguistique et ethnique dans nos Etats Africains bilan et perspectives

PLURALISME LINGUISTIQUE ET ETHNIQUE DANS NOS ETATS AFRICAINS : BILAN ET PERSPECTIVES
Par P.AKE Patrice Jean, professeur permanent a L’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest 

INTRODUCTION

Mot d’origines diverses[1] (du grec ‘aphrike’ qui veut dire sang-froid, du latin ‘aprike’ signifiant ensoleillé, de l’arabe ‘Ifriqya’, de l’ancien berbère ‘tafarka[2]’ dont la signification est terre ou pays), incomplètement connue des Anciens (les Grecs, les Egyptiens, les Phéniciens, les Romains) qui se contentèrent de naviguer plus ou moins loin de leurs côtes, presqu’île triangulaire, tenant à l’Asie par l’isthme de Suez ouvert par un canal, et bornée au nord par la Méditerranée, à l’ouest par l’Atlantique, au sud et à l’est par l’océan indien, au nord-est par la mer Rouge, l’Afrique désigne des formations sociales nouvelles – Etats-nations, territorialement délimités et temporellement datés – où se trouvent agglomérés, par un double processus de violence exogène (la colonisation) et de contre-violence endogène (les conflits inter-états et la Décolonisation) des peuples entiers, des morceaux de peuples, des sociétés et des cultures africains qui lui donnent l’essentiel sinon le tout de son contenu humain actuel. Ces peuples, ces sociétés et ces cultures dans leur versant nouveau d’après la colonisation constituent ce que nous appelons l’Afrique d’aujourd’hui.

Un trait caractéristique nous a marqué dans cette Afrique nouvelle : le pluralisme linguistique et ethnique de nos Etats. Le bilan que nous voulons en faire engage bien sûr la linguistique et l’ethnologie, mais peut avoir des conséquences politiques, économiques, sociologiques, philosophiques, et anthropologiques… A chaque explosion de violence  aujourd’hui en Afrique, la réponse est toute prête : les antagonismes ethniques, car « ils ont une vertu agonistique, comme l’opium et sa vertu dormitive chez les médecins de Molière. Combien de médias restent attachés à ce poncif[3]! » Pour ne pas aller vite en besogne et donner l’impression de couper les cheveux en quatre, nous allons procéder avec rigueur en cernant d’abord l’objet de notre recherche, puis nous verrons la méthode appropriée pour l’expliquer.

1. LE PLURALISME LINGUISTIQUE ET ETHNIQUE DANS NOS ETATS AFRICAINS

1.1. LE PLURALISME LINGUISTIQUE

D’après le Dictionnaire de linguistique, « au sens le plus courant, une langue est un instrument de communication, un système de signes vocaux spécifiques aux membres d’une même communauté[4]. » Le Dictionnaire de notions philosophiques ajoute une petite nuance à cette définition quand à propos de la définition de la langue qu’on peut recourir à différentes stratégies : « L’accumulation : la langue est un trésor de mots. La convention fonctionnelle : la langue est la totalité des usages propres à une nation pour exprimer ses pensées par la voix. Ou la circularité du recours à la conscience sociale : la définition de l’identité linguistique ne peut être que sociale : quelles que soient les différences de fait entre les sujets parlants, il y a une langue une là où les individus, se comprenant entre eux, ont, d’une façon consciente ou inconsciente, le sentiment et la volonté d’appartenir à la même communauté linguistique[5]. »

Un trait caractérise les langues africaines : la diversité. Selon une typologie de Maurice Houis et Emilio Bonvini, on peut distinguer les structures linguistiques suivantes : la famille congo-kordofanienne qui « regroupe un grand nombre de langue au sud d’une ligne qui, d’ouest en est, part du fleuve Sénégal et s’infléchit progressivement vers le sud-est jusqu’au Kenya. La famille khoisan, au sud-ouest de l’Afrique, en est exclue[6]. » Le groupe atlantique occidental est la deuxième structure linguistique. Il « rassemble toutes les langues de l’extrême Ouest africain : au Sénégal, le wolof, les parler sérer, le diola et toutes les langues des minorités de Guinée-Bissau, de Guinée et Sierra Leone[7]. » il faut y ajouter le peul. Les langues mandé constituent un groupe à part, donc une autre structure linguistique. Assez homogène, il est constitué des parlers des Bambara, des Malinké et des Dyula. Puis, nous distinguons les langues voltaïques qui composent la structure gur et intéressent la Haute-Volta, le Ghana, le Togo et le Bénin. Elles ont en leur sein deux langues dominantes : le moore, relativement homogène, le senoufo très différencié au plan dialectal. Tandis que le groupe kwa « s’étend sur une large bande côtière, depuis les langues kru du Libéria jusqu’au delta du Niger, remontant au-delà du confluent de la Bénoué[8]. » Ensuite nous avons les langues Bénoué-Congo qui « se situent entre le Sanaga et la Bénoué et à l’est du delta du Niger, mais aussi le vaste ensemble géographique bantou[9]. » Pour terminer cette famille, nous signalons le groupe Adamawa-Oubangui. « Il s’agit de langues situées au nord du domaine précédent, qui intéressent les États du Cameroun, de la République Centrafricaine, du Tchad, du Soudan[10]. »

La deuxième famille que nos auteurs notent, est la famille nilo-saharienne. Cette famille « désigne une zone déchiquetée intéressant le Tchad, la République Centrafricaine, le Soudan, le Kenya, l’Ouganda et le Zaïre, ainsi que le Mali et le Niger avec la langue songay[11]. »

La famille afro-asiatique est une solution originale au problème des langues bantoues. Cette famille se subdivise en « sémite, égyptien ancien, berbère, couchitique, tchadique[12]. » Les langues khoisan sont une autre famille composée des Hottentots et des Boshimans, à laquelle sont rattachés « les Sandawé et les Hatsa, au sud-est du lac Victoria, dans la Tanzanie[13]. »


[1] L’origine du mot Afrique viendrait de la tribu des Afridi qui aurait vécu en Afrique du nord, dans la région de Carthage. 

 

[2] Tafarqa serait devenu afirca en romain.

[3] CHRETIEN(Jean-Pierre).-  introduction dans Lescthnies ont une hsitoire (Paris, Karthala 2003), p. V

[4] Dictionnaire de linguistique, p. 266.

[5] AUROUX(Sylvain, « langue) dans Dictionnaire des Notions philosophiques, , p. 1449

[6] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 458

[7] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 459

 

[8] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 459

 

 

[9] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 459

 

 

[10] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 460

 

 

[11] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 460

 

 

[12] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 460

 

 

[13] HOUIS(Maurice) et BONVINI (Emilio).- « Afrique Noire – Langues », dans Encyclopedie Universalis, Corpus. 1, (France, S.A. 1984) p. 460

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :