Cours de Philosophie de la Nature DEUG 1

LA PHILOSOPHIE DE LA NATURE

INTRODUCTION

La première question qui se pose est celle de savoir ce que l’Antiquité a appelé philosophie de la nature. D’abord, par définition, la philosophie consiste en la prétention de connaître et d’enseigner la vérité sur les choses. Le philosophe veut savoir ce qu’est tout être en réalité et en vérité. N’est donc pas philosophe l’opinion des hommes qui se contentent d’impressions superficielles, qui effleurent à peine les problèmes les plus difficiles et demeurent dans un étonnement naïf devant les phénomènes les plus bénins.

Si la tâche essentielle du philosophe est de pénétrer à travers la complexité des choses auxquelles on croit sans les avoir vues pour découvrir derrières elles la réalité, la philosophie de la nature, appelle justement cette réalité, nature. C’est cette notion de réalité qui est sans cesse évoquée et mise au premier rang dans toute polémique. La nature est le domaine qui en toute circonstance est avant tout présent à l’homme et en face duquel tout opinion est néant et toute construction est impuissante. C’est l’objet même de la philosophie ; et elle cherche inlassablement à le mettre en lumière.

La nature ou physis en grec a donné le mot physique, qui est avant tout l’étude de l’univers et de son ordonnance dans l’espace et dans le temps. Le mot nature, avons nous dit, est employé ici, dans le sens de totalité des réalités données à l’homme. Cependant, chez Parménide, le mot physis représente une notion spéciale. Le sens de ce mot provient des êtres organiques et de leur croissance et s’étend enfin au monde en tant qu’il est en devenir et en mouvement. Ce monde embrasse toujours l’ensemble des êtres inanimés, s’élève aux êtres animés qui vivent sur terre et enfin aux dieux qui habitent les régions du ciel. Mais ce monde exclut, tout au moins dans quelques systèmes, la divinité à l’essence de laquelle appartiennent l’immutabilité et l’immobilité éternelles. Ainsi la philosophie de la nature se divise, en un sens plus étroit, en une Physique, qui étudie le cosmos mouvant, et en une seconde partie, la théologie, ou métaphysique, si l’on veut éviter l’ambiguïté du terme. La physique se subdivise ensuite en étude des corps inanimés vivant au dessus de la terre, sur la terre et en dessous et en étude des êtres vivants : plantes, animaux, homme.

L’étude de la philosophie de la nature a été contestée par les socratiques à la fin du Vè siècle. Voici en résumé, les arguments qu’ils évoquent :

1)      L’étude de l’univers est inadmissible, parce qu’elle pénètre sans droit dans la sphère de la divinité et conduit à l’impiété. On sait ce qui est arrivé à Anaxagore, à qui l’on reprocha, non sans raison, que sa doctrine sur la condition des corps célestes impliquait que le soleil et la lune n’étaient pas des dieux, comme une pieuse tradition obligeait alors à le croire.

2)      L’étude de l’univers est impossible parce qu’elle dépasse de beaucoup la compétence de l’esprit humain. C’est folle prétention que de se figurer que l’homme puisse apprendre par expérience rien de positif sur l’origine, les limites et l’édification du cosmos. C’est ce qu’exprime de manière pittoresque la question spirituelle faite par Diogène à un orateur qui venait de faire un cours sur la philosophie de la nature : « Depuis combien de jours es-tu revenu du ciel ? » Rien d’étonnant à ce que plus tard cette attitude sceptique ait trouvé beaucoup de sympathies dans les milieux romains.

3)      Même si l’étude de l’univers était possible un jour, elle ne peut nous être qu’indifférente. En effet, dans la pratique de la vie, elle ne nous rendrait ni plus intelligents ni meilleurs. Déjà avant Platon, l’on avait fait ce portrait du philosophe tournant le dos au monde, désespérément étranger au pratique. Lui-même, le philosophe se regarde comme un homme indifférent en fait aux affaires du monde et à l’activité humaine : il est tout entier tourné vers une réalité dissimulée derrière toute chose ; la science qu’il sert a sa valeur en elle-même et ne cherche aucune utilité.

Mais il y a plus grave d’objecter que la physique est superflue parce qu’elle ne rend pas l’homme meilleur. La vertu seule importe et la philosophie de la nature ne lui apporte rien. Aristote rapporte que Aristippe avait renoncé aux mathématiques parce qu’il n’y était nulle part question du bien et du mal. Il y a lieu de constater que la philosophie hellénistique a discuté cette objection avec le plus grand sérieux. En fait les Stoïciens aussi bien que les Epicuriens semblent avoir accordé aux Socratiques qu’une philosophie de la nature qui ne peut apporter aucune contribution à l’éducation morale de l’homme n’a aucune valeur. Et pourtant il n’est pas vrai de dire qu’elle n’apporte rien. Le Portique et Epicure ne cessent d’essayer de prouver que l’homme, sans l’intelligence de la structure de l’univers, ne peut atteindre le but de sa vie. Pour les Stoïciens, un seul et même destin, une seule et même loi divine domine le cosmos aussi bien que l’individu humain, et tout dépend de la connaissance de cette loi. Et dans son manuel philosophique, Epicure écrit cette déclaration caractéristique:"Su la peur des phénomènes céletes ne nous tourmentait pas, si nous n’avions pas le sentiment que la mort pourrait bien revêtir pour nous une importance néfaste et si dès le début nous connaissions les limites naturelles de la douleur et du désir, nous n’aurions pas besoin de la philosophie de la nature." C’est dire positivement que cette philosophie est indispensable, parce qu’elle seule peut faire comprendre à l’homme les relations qui existent d’une part entre lui et Dieu et la mort, d’autre part entre lui et la douleur et le désir. Ajoutons à cela qu’à l’époque hellénistique dans les écoles de Platon et d’Aristote, c’est pour les mêmes raisons qu’on a eu tendance de plus en plus à considérer la philosophie de la nature comme une sorte d’école de la piété. L’ordonnance de l’univers, disait-on, doit nécessairement conduire à la vénération du divin.

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