La problématique de l’éducation à la paix

LA PROBLEMATIQUE DE L’EDUCATION A LA PAIX : PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE

Depuis les 18 et 19 Septembre 2002, la Côte d’Ivoire est entrée en guerre et ce conflit armé a transformé ce pays en un véritable champ de bataille. Cette guerre a levé la semence de barbarie mais avec elle, les aspirations à la paix se sont faites profondes et profuses au point de nous persuader que les Ivoiriens aujourd’hui pensent à la paix. Or le tout n’est pas de penser à la paix, mais d’éduquer à la paix. La paix ne peut se penser indépendamment de la guerre, en dehors de toute opposition à elle. Le latin pax vient de pangere, fixer, enfoncer, planter, river, établir solidement et s’engager à, promettre, conclure un pacte. Le grec eiréné pourrait dériver de eirèn, un jeune homme qui peut parler dans les assemblées à Sparte. La définition grecque insiste particulièrement sur le sens moral, la paix comme calme de l’âme et de l’esprit.

Eduquer à la paix aujourd’hui dans nos écoles s’avère une nécessité et une urgence. La réalité de la violence à l’école n’est récente et nous constatons une certaine porosité entre l’école et la société. Du point de vue de la société ivoirienne, la violence trouve une de ces composantes dans le reflet d’une évolution sociale. Le contexte économique et social dans ses mutations et ses bouleversements n’est sans doute pas étranger à ce phénomène. Ainsi l’enfant scolarisé au XXIè siècle est porteur de l’empreinte de la société, il est également porteur de son histoire, familiale et culturelle ; il sait ce qu’est le chômage par exemple ; il connaît nombre de difficultés auxquelles est confronté son entourage, proche ou lointain ; il peut développer un sentiment de frustration face à la débauche de produits proposés par la société de consommation. Il ressort que tant dans la société qu’à l’école nous soyons entrés dans une « société de conflits ».

La violence à l’école est à mettre en parallèle avec les incivilités en général. L’historien René Rémond fait précisément remarquer que « la délinquance est devenue un problème de société. » Il voit l’incivilité comme « la rupture du pacte citoyen et le retour de la violence dans les rapports sociaux…l’individu accepte de plus en plus difficilement un minimum de règles. » Nous assistons, toujours, selon R. Rémond, à un glissement de la violence de la vie politique vers les rapports « ordinaires et interindividuels » ; ainsi les « secousses » et les rackets, par exemple, sont devenus un phénomène banal à l’intérieur des établissements scolaires. Latents ou développés, ces problèmes de violence sont de nature polymorphe. Face à ce constat, nous positionnant comme membre de la communauté éducative catholique d’une part et comme membre de la communauté humaine d’autre part, nous nous interrogeons sur ce phénomène qui touche tant les enfants que les adultes, et corrélativement sur la nature des relations entre les êtres humains en général sans distinction d’âge ou de sexe. Sur un plan global touchant l’ensemble de la société ou sur le plan spécifique de l’école, du collège ou du lycée, ces pratiques à caractère factuel nous paraissent inacceptables. Des relations harmonieuses entre les hommes, qui instaurent l’espace commun où il est possible de vivre ensemble de manière constructive et non plus destructive, semblent difficiles à établir. En effet, dans des situations de violence, de conflit ouvert, aucun espace de parole n’est plus accessible aux antagonistes.

Ce qui, dans l’histoire des hommes, est patent, c’est l’histoire des guerres plus que celle de la paix. Cependant, « il n’est personne qui veuille avoir la paix » écrit Saint Augustin ; « et ceux-là mêmes qui veulent avoir la guerre, ne veulent rien autre chose que vaincre ; il n’ont donc que le désir d’arriver par la guerre à une glorieuse paix. C’est donc en vue de la paix que se fait la guerre…la paix est donc la fin désirable de la guerre. » Parce que la paix et la guerre sont deux notions complémentaires, nous essayerons dans un premier temps de définir  ce que nous entendons par éducation à la paix. Puis nous verrons les quelques propositions pour sa mise en œuvre dans le système éducatif ivoirien mais aussi les quelques difficultés qui entravent sa réalisation.

PERE AKE  Patrice Jean, pakejean@hotmail.com

 

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