La problématique de l’éducation à la paix 2

LA PROBLEMATIQUE DE L’EDUCATION A LA PAIX : PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE(suite)

2. PROPOSITIONS POUR L’ECOLE IVOIRIENNE

Eduquer à la paix devient une nécessité et une urgence dans nos écoles. L’initiative prise par l’UFR-SHS de l’Université de Cocody pour la gestion et la résolution des conflits au sein de cette institution mérite d’être encouragée. Il faut éduquer à la paix parce qu’elle est fragile et parce qu’elle est sacrée. L’éducation à la paix signifie par conséquent deux choses :

Premièrement, à l’instar de ce que l’on fait pour l’enfant, nous proposons que la paix fasse partie de la formation et du développement de l’être humain. Le rétablissement de la paix sera le fruit de longues années d’éducation favorisant de nouvelles attitudes ainsi que la valorisation de l’identité propre et de la citoyenneté. Dans ce cadre l’école apparaîtra comme un agent de changement et le moteur entraînant la communauté vers la stabilité, la reconstruction et le développement durable. Elle devra être un lieu d’expérimentation d’un programme d’éducation pour la paix fondé sur l’utilisation de différentes techniques essentiellement ludiques : jeux, théâtre, chant, drame, histoires, travaux de groupe. Ce programme prendra naissance dans un contexte d’absence quasi totale du système formel d’éducation.

Deuxièmement, étant donné que comme divinité, la paix doit être tenue pour sacrée, sa violation attire sur son auteur la colère et la punition du dieu. La sanction de l’inconduite humaine vis-à-vis de la paix comme divinité, c’est la guerre, c’est-à-dire l’exposition de la vie de l’homme à la mort. On comprend pourquoi les Athéniens et les Romains honoraient la Paix comme une grande déesse à qui statues et temples étaient dédiés. Pour les croyants d’aujourd’hui, la première et vraie action fondamentale en faveur de la paix est la prière, car la paix est un don de l’amour de Dieu. Mais pour être un éducateur de la paix, il faut avant tout vivre dans la vérité. Vivre dans la vérité, c’est avoir le courage de se poser des questions sincères sur le sens de la vie. C’est également se former une claire rectitude de pensée et d’action, de respect et de dialogue avec les autres. Mais par dessus tout, pour être éducateur de la paix, il faut avoir ce rapport avec Dieu qui demande la conversion personnelle et l’ouverture à son mystère. La vérité est liée à la justice, avec le respect de la dignité de chaque personne. Eduquer à la paix c’est donc aussi éduquer aux droits de l’homme. Selon la Déclaration Universelle des droits de l’homme, l’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales (Art. 26). Le concept qui sous-tend l’éducation aux droits de l’homme est que l’éducation ne devrait pas uniquement avoir pour vocation de dispenser une formation purement professionnelle, mais contribuer au développement des individus, pour qu’ils aient les capacités d’interagir avec la société. L’éducation aux droits de l’homme et les droits de l’homme dans l’éducation visent à doter les élèves et les étudiants des moyens d’accompagner et de produire des changements dans la société. L’éducation est perçue comme un moyen d’autonomiser les gens, d’améliorer leur qualité de vie et d’accroître leur capacité à participer aux processus de prise de décision qui conduisent aux politiques sociales, culturelles et économiques.

Finalement, sans amour sincère et désintéressé, la justice ne peut pas garantir la paix au monde. La paix authentique ne fleurit que quand la haine, la rancœur et l’envie sont vaincus au fond du cœur ; quand on dit non à l’égoïsme et à tout ce qui pousse l’être humain à se replier sur lui-même et à défendre ses propres intérêts. Si l’amour se traduit en geste de service gratuit et désintéressé, en parole de compréhension et de pardon, la vague pacificatrice de l’amour gonfle et grossit jusqu’à envahir la communauté humaine toute entière. Il est alors plus facile de comprendre ce qu’est la liberté, le quatrième pilier de la paix. La liberté est la reconnaissance des droits des personnes et des peuples et le libre don de soi dans l’accomplissement responsable des devoirs à accomplir par chacun à tout moment de sa vie.

En conclusion, les voies de la paix passent par l’éducation. Grâce à cette dernière, la personne est capable de reconnaître son identité propre et aussi celle de l’autre. Notre identité sera d’autant plus claire qu’elle ne sera pas en opposition avec celle de nos frères, comme si l’humanité pouvait être constituée de parties antagonistes. La paix est inséparable d’un regard sur l’homme, dans la vérité et la justice. L’éducation à la paix comporte également la connaissance et l’acceptation des diversités. Apprendre à gérer les crises, pour ne pas les laisser dégénérer en conflits, fait partie de cette éducation à la paix.

Père AKE Patrice Jean, pakejean@hotmail.com

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