Les intellectuels dans la crise ivoirienne 2

La lutte du peuple sud-africain, toutes races confondues, contre l’Apartheid, prouve bien qu’ici comme ailleurs, aujourd’hui comme hier, la lutte pour la liberté n’a jamais été une lutte raciale ou ethnique, comme certains obscurs « exégètes » revêtus du manteau de journaliste, à la culture précaire et à la conscience dramatiquement bornée et chargée depuis le drame du Rwanda, veulent nous le faire croire. Assurément, la lutte pour la liberté des peuples a toujours été une lutte contre les systèmes d’asservissement et de domination qui ont des ramifications endogènes et exogènes. Cette lutte est celle des masses soumises contre leur gré à des dominations oligarchiques qui les offensent avec souvent des collaborations internes. C’est méconnaître cette vérité historique que de soutenir l’hypothèse du développement d’un sentiment anti-français en Côte d’Ivoire. ce à quoi nous avons assisté pendant plus de deux semaines en France, au cours du réveil brutal des damnés des banlieues parisiennes et des villes de Province, relève de la même analyse et conforte notre conviction qu’en France comme ailleurs ce sont des populations méprisées, humiliées, marginalisées et souvent soumises à de systèmes d’aoppressions (en l’occurrence chez nous, des réseaux mafieux françafricains) qui se révoltent. C’est méconnaître cette vérité que de soutenir la thèse d’une guerre ethnique en Eburnie où le mélange matrimonial a créé un « melting-pot » ethnique, comme en France. Sur deux générations les Ivoiriens ne se reconnaissent plus dans une ethnie. Sinon laquelle des deux ethnies au moins le métisse Adioukrou-Bété choisirait, lui qui a, par son grand-père Adioukrou, du sang Gouro. Puisque ce dernier est né d’un père Adioukrou et d’une mère Gouro. Que des intellectuels Ivoiriens donnent dans cette hypothèse ethniciste pour expliquer la crise, est signe de leur déchéance idéologique qui a engendré la division sur laquelle joue Chirac pour maintenir la partition du Pays.

En quittant le chemin de la surenchère et du chantage, l’élite intellectuelle en général et particulièrement celle qui s’est engagée en politique, devait véhiculer à raison cette vérité que cette guerre est une guerre coloniale ou néo-coloniale ourdie par la France de Chirac contre notre Pays pour défendre ses intérêts faramineux. Mais comme toute guerre coloniale elle est perdue d’avance.

Cela est une certitude.

Cela est une certitude qui prend racine dans l’histoire, il suffit de la connaître et de la comprendre pour l’apprendre et éviter les compromissions. Relisons le Général Vo N’guyen Giap, grand vainqueur de Dien Bien Phu, sous la plume de Alain Barluet dans le Figaro du vendredi 7 mai 2004, pour nous en convaincre : « Dien Bien Phu est le rendez-vous que l’histoire réserve à toutes les guerres injustes, non seulement française mais aussi celles livrées par d’autres puissances…Toute force qui souhaite imposer sa volonté à une autre nation connaîtra forcément l’échec, et tout pays qui lutte pour l’indépendance gagnera. Les hommes, les femmes et les peuples de cette planète, s’ils ont la volonté de lutter et de s’unir pour leur droit au bonheur et à la souveraineté, obtiendront la victoire, malgré les forces qui veulent les subjuguer. Je suis un homme qui voit les choses de façon objective et avec optimisme…Je crois pouvoir affirmer que ce millénaire sera celui de la Paix, de l’Amitié entre les Peuples et du droit de chaque homme à vivre sa vie et à faire son propre bonheur. Pour notre part, c’est ce que nous avons fait : lutter pour que chaque homme ait le droit de s’accomplir et que chaque Peuple jouisse de son indépendance et de sa souveraineté nationale ». Quand il engageait le combat pour la liberté à Dien Bien Phu, Giap avait 35 ans. Aujourd’hui à plus de 80 ans, Giap n’a pas bougé d’un iota dans ses convictions, et le Vietnam est libre et respecté par la Communauté internationale. Quel bel exemple de constance ! Comme quoi ceux qui ne changent pas ne sont pas tous des imbéciles !

Certains intellectuels, par paresse idéologique ou par mauvaise foi, rechignent à jouer aux éveilleurs de conscience, tant ils sont pris dans l’étau des réalités existentielles matérielles. Ils oublient que « L’homme ne vit pas seulement que de pain… » Ils ont peur des épreuves, au point de croire décourager, par leur interpellation infantisante et angoissante pour eux-mêmes, ceux et celles qui ont pris la décision salutaire de lutter à leur manière pour la libération de leur Pays. Nous, nous luttons avec la plume, pas avec la kalch ! Qu’y-a-t-il de plus inoffensif que la plume pour le soma ?

« Véhiculer la raison et la vérité pour éviter la régression de notre civilisation et de nos valeurs », voici ce que la Mère Patrie demande aux intellectuels de ce Pays. Ce rôle doit consister à amener notre peuple à avoir la capacité, par la formation et l’information saine, d’opérer des choix dont le moindre n’est certainement pas le choix manichéen originel entre le « bien » et le « mal ». Le choix du « bien » comme manifestation de notre humanité généreuse, parcelle de divinité, qui nous éloigne de l’animalité et de la barbarie, et nous permet de vivre en société avec tout ce que cela exige en contrainte et en respect des règles établies pour une coexistence porteuse d’espérance de bien-être et de paix. Le choix du « mal » comme l’expression de notre animalité instinctive, primitive et archi-corticale, soutenue par l’ignorance et l’orgueil, qui nous met en marge de l’évolution de la civilisation et de la société, et nous éloigne du contrat social qui fonde toute co-existence en société. Le choix du « mal » inscrit notre vie dans l’immédiateté, et nous fait perdre de vue le dessein noble que nous devons nourrir pour notre Pays et pour les générations à venir. Ce dessein-là c’est celui de jeter les fondations d’un monde de paix et de bonheur, pas forcément le bonheur immédiat de notre génération, mais plutôt pour les générations à venir qui auront à charge la pérennisation de notre Nation et de nos valeurs.

Au cours de cette crise, nous avons assisté à des débats radios-télévisés de pseudo-intellectuels autoproclamés, auto-éveilleurs de leurs propres consciences endormies par la corruption, la concupiscence et le clientélisme, qui se vautrent dans le mensonge et le reniement de leur propre être. Des intellectuels bouffons dont le comportement jure avec l’humilité légendaire des grands hommes. Ils aligneront à l’attention d’un auditoire, souvent acquis à leur fausse cause, des citations d’auteurs dont ils sont loin de connaître le contexte historique de leur production littéraire. Ceux-là n’impressionnent qu’eux-mêmes : ni Zola, ni Victor Hugo n’ont trahi la France au bénéfice de la Prusse. Il serait intéressant que ces pseudo-intellectuels répondent aux questions suivantes :

Ce pays est-il xénophobe ? Ce pays est-il indépendant ? Ce régime est-il un régime légitime et légal ? La constitution ivoirienne de 2000 est-elle notre Loi Fondamentale pour avoir été votée à plus de 86% du collège électoral ? Existe-t-il des accords de défense entre la France et notre Pays ? Les accords de défense liant notre Pays à la France sont-ils garants de nos intérêts ?

Si oui, à quoi obéit le drame des 6, 7, 8 et 9 novembre 2004 ? Si non pourquoi ne les dénoncions nous pas ? La guerre est-elle une solution idoine dans le règlement des contradictions socio-politiques dans un Pays civilisé ?

Voilà où se situe le débat. Et où nous attendons l’éclairage de nos « savants ».

Il y a cependant de l’espoir qu’un jour la concorde soit le salaire des souffrances des Ivoiriens. Ayons foi. Nous devons tous ensemble, comme Friedrich Schlegel : « Croire en l’Humanité Infinie qui était avant d’avoir fait le déguisement de masculinité ou féminité ». Nous devons comme lui « croire que nous ne vivons pas pour être et devenir ce que notre conscience réprouve ». nous devons, et pourtant, croire comme lui « au pouvoir de la volonté et de l’instruction pour s’approcher de l’infini, afin de se délivrer des chaînes de l’insuffisance et de se rendre indépendant des limites du genre ».

Et si par malheur, au-delà de notre propos, qui est le point de vue d’un homme libre, il s’en trouve, parmi ces intellectuels, certains qui sentiraient leur honneur et leur dignité contrariés, je leur saurais gré de bien vouloir lire et relire Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Ton ami doit être ton meilleur ennemi ; c’est quand tu luttes contre lui que tu es plus près de son cœur ».

En effet, seule la vérité libère et permet à notre condition humaine d’emprunter le chemin de la perfection, ceci malgré les rancœurs que nous pouvons ressentir à son expression. Ainsi prouverions-nous à nos intellectuels « perdus » que nous sommes leurs vrais amis, leurs vrais frères, leurs vrais compatriotes. Ainsi apprendront-ils à ne jamais « indiquer la direction de leur village, de leur Pays par la main gauche », ce qui est en soi une source de malédiction.

 

 

 

 

 

 

 

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