La qualité, notion philosophique et principe de management1

LA QUALITE, NOTION PHILOSOPHIQUE ET PRINCIPE DE MANAGEMENT

 
Dr AKE Patrice Jean
Assistant a l’UFR-SHS de l’universite de cocody (Département de Philosophie, Professeur permanent a l’UCAO-UUA
RESUME

La qualité est-elle seulement un attribut de l’être(Aristote) ou un élément de la table des catégories de la Critique de la Raison Pure de Kant ? Dans la vie courante, on parle de plus en plus de la qualité des produits mais cela ne suffit pas pour faire de la qualité un concept majeur du management. L’introduction de la notion de qualité globale, permet d’enrichir la notion philosophique et lui donne de se réaliser dans un espace pratique.

MOTS CLES

Qualité, être, philosophie, management, production.

ABSTRACT

Is the quality only an attribute of Being(Aristote) or an element of the table of the categories of Kant’s Critik of the Pure Reason ? In the current life, one speaks more and more the quality of the products but it is not sufficient to make of the quality a major concept of the management. The introduction of the global quality notion, permits to enrich the philosophical notion and give it to achieve itself in a convenient space.

KEY WORDS

Quality, Being, Philosophy, Management, Productivity.

INTRODUCTION :

La qualité est-elle un simple attribut de l’être ou un simple élément de la table des catégories chez Kant ? Sur le plan philosophique, la définition de la qualité, peut apporter l’arrière-fond théorique qui manque à toutes les études sur le management. Ainsi la philosophie apporte aux sciences managériales la conceptualisation, tandis que le management donne à la philosophie, le domaine pratique de la réalisation de la théorie.

1.     les definitions philosophiques de la qualite

Nous pouvons recenser cinq définitions philosophiques de la qualité. Selon le Vocabulaire Technique et Critique de la Philosophie d’André Lalande, on entend par qualité, dans un premier sens « l’une des catégories fondamentales. Ce qui répond à la question ποίος, qualis : manière d’être qui peut être affirmée ou niée d’un sujet[1]. » Par exemple, nous constatons dans la vie courante que toutes nos qualités sont incertaines et douteuses, en bien comme en mal. Ou encore il arrive que nos qualités soient à la merci des occasions.

Ainsi la qualité s’oppose d’abord à la quantité, en ce sens qu’elle constitue la donnée dont la continuité ou la répétition sont objet de détermination quantitative. Elle est même une catégorie plus fondamentale que la quantité. Ainsi, il ne faut pas considérer qualité et quantité comme deux attributs généraux de même ordre. Le rapport de ces deux idées est celui de l’espèce au genre : la quantité est une espèce singulière de qualité. C’est pourquoi nous disons que la qualité ou contenu qualitatif est généralement susceptible de plus ou de moins et par conséquent comporte l’application du nombre.

La qualité s’oppose ensuite à la relation, en tant que celle-ci est extérieure à la nature du sujet, tandis que la qualité, même momentanée, lui est inhérente. Mais nous pourrions nous demander si cette distinction est rigoureuse, ou seulement d’ordre pratique.

Dans un deuxième sens, plus spécialement, on appelle qualités les aspects sensibles de la perception qui ne consistent pas en déterminations géométriques ou mécaniques, et qui sont généralement considérés comme le résultat d’une synthèse effectuée par l’esprit entre les impressions élémentaires produites par des mouvements trop rapides ou des structures trop fines pour être perçues comme telles. Quand nous observons le monde par exemple, avant que nous découvrions des corps, nous y distinguons des qualités. Une couleur succède à une couleur, un son à un son, une résistance à une résistance. Chacune de ces qualités, prise à part, est un état qui semble persister tel quel, en attendant qu’un autre le remplace. Pourtant, chacune de ces qualités se résout, à l’analyse, en un nombre énorme de mouvements élémentaires. Voilà pourquoi nous disons que la qualité s’oppose à la quantité.

Dans un troisième sens, la qualité s’entend comme la propriété formelle du jugement consistant en ce qu’il est affirmatif ou négatif.

Au sens appréciatif, qui est pour nous le quatrième sens, la qualité est la valeur, la perfection. En ce sens, un autre exemple que nous pouvons prendre est celui de la morale. Sur ce plan, nous pouvons parler de la qualité du point de vue de l’utilité, de la valeur esthétique. Ici aussi la qualité rime avec mérite. Voilà pourquoi, la bonne qualité s’oppose à la mauvaise qualité, ou encore à quelqu’un ou quelque chose qui a des défauts. Par exemple dans la vie courante, il y a des personnes si légères et si frivoles qu’elles sont aussi éloignées d’avoir de véritables défauts que des qualités solides.

Enfin, dans un cinquième sens, la qualité signifie le rang ou la fonction sociale. On l’emploie pour dire la noblesse de quelqu’un mais ce sens a vieilli. Dans ce même registre, la qualité est le caractère juridique d’une personne. Dans ce cas, on dit que la personne agit en qualité de, ou encore qu’elle a qualité pour. Plus généralement, dans la pratique judiciaire, les qualités sont l’ensemble des noms, prénoms, titres, degrés de parenté, domiciles, etc., qui font connaître les parties en cause. Les définitions philosophiques de la qualité ont été abordées par des philosophes sous forme de notion.

Ainsi la qualité, comme notion philosophique[2] est la manière d’être d’une chose. Elle est la troisième catégorie chez Aristote : « J’appelle qualité ce en vertu de quoi on est dit être tel[3].» La qualité se rapporte ainsi directement à la substance puisqu’elle permet de la caractériser. Ce sens est repris dans Métaphysique[4] : la qualité y est définie comme « différence de l’essence ». Un deuxième sens est adjoint, la qualité comme différence de mouvement, ou « déterminations des êtres mobiles en tant que mobiles.[5] »

Descartes s’oppose à la conception scolastique de la qualité comme propriété des substances : « … je supposais, expressément, qu’il n’y avait en elle [la matière] aucune de ces formes ou qualités dont on dispute dans les écoles[6]», point n’est besoin de supposer des qualités réelles ou occultes dans les substances, puisque tout est réductible au mouvement, à la grosseur, à la figure, et à l’arrangement des parties[7]. Ainsi par exemple, la pesanteur[8] n’est pas une qualité inhérente aux corps bruts, mais un composé de l’idée de corps et de celle de mouvement.

Si la qualité n’est pas une propriété réelle, existant à l’intérieur des corps, elle doit alors avoir un fondement dans le sujet connaissant. Ainsi pour Kant, la qualité est-elle , selon l’Analytique des Concepts, la deuxième des quatre tables des catégories de l’entendement[9] : aux formes logiques des jugements selon la qualité (affirmatifs, négatifs, indéfinis) correspondent les catégories de la qualité(réalité, négation, limitation[10]). La qualité d’un phénomène ne peut être connue empiriquement ; cependant, le principe selon lequel la sensation a une « grandeur intensive » ou un degré, est donné a priori[11]. Mais nous pouvons nous demander si la qualité est une notion première et irréductible ; la qualité n’est-elle pas le résultat de processus quantitatifs ?

Pour Hegel, « la qualité est de cette matière elle-même réalisée dans la limite ; car la limite exprime le concept de la qualité au titre de l’être-pour-soi des déterminités, de telle manière qu’en elle les deux déterminités sont posées chacune pour-soi, comme réciproquement indifférentes, comme subsistant dans leur extériorité réciproque[12],… » Pour bien saisir cette pensée de Hegel, prenons l’exemple de l’eau qui subit une transformation qualitative, en passant de l’état liquide à l’état gazeux par simple changement continu de la température. Comme nous le constatons, une évolution quantitative continue peut produire un saut discontinu, soit un changement qualitatif.

Marx reprend cette thèse en l’appliquant au domaine de l’histoire. Il soutient que l’ouvrier se transforme en capitaliste car ce dernier, « pendant une partie du temps qu’exige une opération productive donnée, ne produit que la valeur de sa force de travail, c’est-à-dire la valeur des subsistances nécessaires à son entretien. Le milieu dans lequel il produit étant organisé par la division spontanée du travail social, il produit sa subsistance, non pas directement, mais sous la forme d’une marchandise particulière, sous la forme de filés, par exemple, dont la valeur égale celle de ses moyens de substance, ou de l’argent avec lequel il les achète[13]. » Si la philosophie peut nous donner un cadre théorique sur la question de la qualité, le management quant à lui, nous en donne un contenu pratique dans le management.

 

 


[1] LALANDE(André).- Vocabulaire technique et critique de la philosophie, (Paris, PUF, 1972), p. 864

[2] Sous la direction de Sylvain AUROUX.- les notions philosophiques, dictionnaire, (Paris², P.U.F., 1990), p. 2136

[3] ARISTOTE.- Organon, I Catégories, 8, 25-30, (Paris, Vrin, 1984), traduction J. Tricot.

[4] ARISTOTE.- Métaphysique, Δ, 14, 1020, 30- 35, (Paris, Vrin 1991), traduction J. Tricot.

[5] Métaphysique , Δ, 1020 b, 15-20

[6] DESCARTES(René).- Œuvres philosophiques, I, 1618-1637, (Paris, Dunod, 1977), p. 615.

[7] DESCARTES(René).- O.c., p. 338

[8] O.c., p. 371

[9] KANT(Emmanuel).- Critique de la raison pure, (Paris¹¹, P.U.F. 1986), p. 88

[10] KANT.- O. c., p. 94

[11] O. c., p. 165

[12] HEGEL.- Logique et Métaphysique, Iéna 1804-1805, (Paris, Gallimard, 1980), p. 29

[13] MARX(Karl).- Le capital, livre I, (Paris, Garnier Flammarion, 1969), p. 166

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