Veillée pascale homélie à l’UCAO-UUA

Veillée pascale à l’UCAO-UUA du 15 Avril 2006

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ!

« N’ayez pas peur! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié? Il est ressuscité : il n’est pas ici (Mc 16,6).

A l’aube du premier jour après le sabbat, comme le raconte l’Evangile, quelques femmes vont au sépulcre honorer le corps de Jésus, qui crucifié le vendredi, avait été enveloppé en hâte dans un linceul et déposé dans le sépulcre. Elles le cherchent, mais elles ne le trouvent pas : il n’est plus dans le lieu où il avait été déposé. De lui, demeurent seulement les signes de sa sépulture : le tombeau vide, les bandelettes, le linceul. Cependant, les femmes sont troublées à la vue d’un « jeune homme vêtu de blanc » qui leur annonce : « Il est ressuscité : il n’est pas ici ». Cette nouvelle bouleversante, qui change le cours de l’histoire, continue, depuis lors, à retentir de génération en génération:  annonce ancienne et toujours nouvelle. Une fois encore, elle a résonné durant cette Veillée pascale, mère de toutes les veillées, et elle se répand en ce moment sur toute la terre.

Ô sublime mystère de cette sainte Nuit! Nuit durant laquelle nous revivions l’événement extraordinaire de la Résurrection! Si le Christ était demeuré prisonnier du tombeau, l’humanité et la création tout entière auraient, d’une certaine manière, perdu leur sens. Mais toi, ô Christ, tu es vraiment Ressuscité! Ainsi les Ecritures, que nous venons d’écouter dans la liturgie de la Parole et qui retracent toutes les étapes du projet salvifique de Dieu, trouvent leur accomplissement. Au commencement de la création, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn 1, 31). A Abraham, il avait promis : « Toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance » (Gn 22, 18). Nous avons de nouveau entendu l’un des plus anciens cantiques de la tradition juive, qui révèle la signification de l’antique exode, lorsque « le Seigneur sauva Israël de la main de l’Egypte » (Ex 14,30). Et les promesses des Prophètes continuent à se réaliser en notre temps : « Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois… » (Ez 36, 27).

En cette nuit de la Résurrection, tout recommence à partir du « commencement »; la création retrouve sa signification authentique dans le plan du salut. C’est comme un nouveau départ de l’histoire et du cosmos, parce que le Christ est ressuscité, « pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1Co 15, 20). Lui, « le dernier Adam », est devenu « l’être spirituel qui donne la vie » (1Co 15,45). Même le péché de nos premiers parents est chanté, lors de l’Exultet pascal, comme « felix culpa », bienheureuse faute de l’homme, qui valut au monde le seul Rédempteur! » Là où le péché a abondé, maintenant la grâce surabonde et « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Ps 117, 22) d’un édifice spirituel indestructible. En cette sainte Nuit, est né un peuple nouveau, avec lequel Dieu lui-même a scellé une alliance éternelle dans le sang du verbe incarné, crucifié et ressuscité.

C’est par le Baptême que l’on devient membre du peuple des rachetés. « Si, par le Baptême dans sa mort, nous a rappelé Paul dans l’épître aux Romains, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (6, 4). Cette exhortation nous est particulièrement destinée, à nous tous anciens baptisés, qui, dans quelques instants, allons renouveler nos promesses baptismales, nous rappelant, le grand don merveilleux de la vie divine que l’Eglise, notre mère, nous a communiqués. Nous allons ainsi nous réapproprier ce don, entrer toujours plus profondément dans la vérité de notre baptême. La nuit pascale nous invite chaque année à nous plonger dans les eaux du baptême, de passer de la mort à la vie, à devenir de véritables chrétiens. « Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi luira le Christ », dit un antique cantique baptismal, repris par saint Paul dans l’épître aux Ephésiens (Ep, 5, 14). « Réveille-toi, ô toi qui dors…Et sur toi luira le Christ », nous dit aujourd’hui l’Eglise à tous : Réveillons-nous de notre christianisme fatigué, privé d’élan : levons-nous et vivons le Christ, la vraie lumière, la vraie vie.

Cette nuit, sont peut-être entrées dans notre chapelle des personnes qui ne sont pas familières de l’Eglise. Peut-être ignorent-elles pourquoi leurs pas les ont conduits à se joindre à nous en cette nuit. Qu’elles sachent qu’elles sont ici chez elles car elles ont une place réservée pour elles dans le cœur de Dieu de toute éternité. Puissent-elles reconnaître de quel amour elles sont aimées. Puissent-elles découvrir le vrai visage de l’Eglise, non pas celui défiguré que nous lui donnons parfois, nous les chrétiens, dans la médiocrité de notre humanité, mais le visage resplendissant que leur offre le Christ ressuscité. Découvrez vous-mêmes l’Eglise de l’intérieur! Sachez, vous qui êtes exceptionnellement présents cette nuit, que nous vous entendons, que nous sommes votre famille, une famille toujours prête à accueillir de nouveaux frères, de nouvelles sœurs. Je pense à celles et ceux qui se croient exclus, marginaux, à ceux qui souffrent de graves blessures, qui savent bien que leur vie n’est pas en accord avec ce que le Christ voudrait pour eux. Qu’ils n’oublient pas que lui-même a dit qu’il n’était pas d’abord venu pour les biens portants mais pour eux. En cette veillée pascale, je voudrais m’adresser tout particulièrement aux divorcés remariés, dont la foi est grande et qui souffrent de ne pouvoir participer pleinement au repas eucharistique en recevant le corps et le sang du Christ. Qu’ils n’oublient pas que l’Eglise reste leur famille, qu’ils y ont toujours leur place. Contrairement aux sottises que l’on entend ici ou là, ils ne sont pas excommuniés. Si parfois ils sont regardés de travers, qu’importe, le regard qui compte est celui du Christ et son regard est un regard d’amour. Laissez-vous aimer, laissez-vous aimer par Celui qui a accepté de mourir d’aimer pour que ressuscité il devienne la source inépuisable de l’amour.

Chers frères et sœurs ici rassemblés! A nous qui allons avoir cette chance inestimable, tout à l’heure, de communier au corps et au sang du Christ, notre Agneau pascal, qui a été immolé, célébrons donc cette fête, en partageant le pain de la Pâque, un pain non fermenté, signe de droiture et de vérité. Ainsi, nous exprimerons notre ferme volonté de mener une vie évangélique. Marie, témoin joyeux de l’événement de la Résurrection, aide-nous tous à mener « une vie nouvelle »; donne à chacun la conscience que, le vieil homme en nous ayant été crucifié avec le Christ, nous devons nous considérer et nous comporter en hommes nouveaux, « vivants pour Dieu, dans le Christ Jésus » (Rm 6, 4. 11). Amen. Alléluia.

Père AKE Patrice Jean, Professeur Permanent de Philosophie

à l’UCAO-UUA

 

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