De la motivation dans nos universités (suite et fin)

2. LES UNIVERSITAIRES ET LA CRISE

Nous n’allons pas mettre dans le même panier tous les universitaires de notre pays, mais ceux pour qui le Prof. Gnagne Yadou Maurice éprouve une véritable pitié. Ces universitaires sont ceux qui  « donnent raison et argument au représentant des Nations unies pour les prochaines élections, et au Groupe International de Travail (GTI), dans leurs différentes approches anticonstitutionnelles, pseudo-consensuelles, pour le règlement de cette crise, en dépit de la clarté conceptuelle de la résolution 1633 de Nations unies qui confirme la prééminence de notre Loi fondamentale dans la recherche de solution idoine à cette crise[1]… » Ces universitaires sont ces éminents juristes qui militent pour une transition ne tenant pas compte de notre Constitution. Ce sont de pseudo-intellectuels. Ces personnes présentent un ensemble de traumatismes et de maladies infantiles, des impuissances qui les bloquent dans leur rôle premier de conscience critique de la société ivoirienne. Ce sont des personnes qui souffrent de graves maladies difficilement désignables publiquement, en raison de la dignité humaine et du respect dû aux morts. Les symptômes de ces maladies sont facilement décelables dans l’attitude infra-scientifique qu’affiche généralement l’intellectuel ivoirien actuel. Mais grisé par la détention de la parole et par l’exercice du pouvoir, ce dernier n’est pas tout à fait disposé à la diagnostiquer et ainsi à la soigner progressivement, en vue de son éradication.

En fait rongé par le virus de la politique, enfermé dans le labyrinthe de la politique politicienne, l’intellectuel ivoirien actuel désabusé, est incapable de proposer au peuple, de manière désintéressé et lucide, des voies de sortie viables de l’abîme où il a lui-même  plongé le pays.

La conquête des postes politiques alléchants l’a conduit à profaner la science, en mettant parfois à vil prix, son intelligence au service des politiciens véreux. N’étant plus tout à fait libre de ses mouvements de pensée et d’expression, le seul rôle qu’il est appelé à jouer, dans cette optique, est de tisser malicieusement des contrevérités destinées à endormir le peuple. Mais tout ne peut pas être négatif. Ceux qui veulent rechercher l’excellence à l’université sont nombreux, d’où notre troisième, comment motiver les enseignants à l’université?

3.  LA QUESTION DE LA MOTIVATION A L’UNIVERSITE

Parler de motivation aujourd’hui, c’est parler d’un sujet complexe qui intéresse à la fois la philosophie de l’éducation, la psychiatrie, la sociologie et le management. Pour Olivier Reboul, philosophe de l’éducation, par exemple, « la philosophie classique distinguait les ‘motifs’ (intellectuels) des ‘mobiles’ (affectifs); on parle encore des ‘mobiles’ du crime et des ‘motifs’ du jugement. La notion de motivation abolit cette distinction; à la fois intellectuelle et affective, elle est l’ensemble des facteurs qui expliquent un comportement et permettent de le produire éventuellement. En pédagogie, elle désigne plus précisément l’élève à apprendre par lui-même. En ce sens, la motivation est revendiquée par tous les novateurs, qui l’opposent à la contrainte et à l’ennui de l’école dite traditionnelle[2]. » Quant à Daniel Widlöcher, un psychiatre, la motivation « ne définit pas une entité psychologique distincte qui serait la cause interne de l’action, mais l’ensemble des processus qui déterminent l’activation d’une conduite[3]. » Cet auteur parle alors de la psychologie de la motivation qui doit nécessairement compléter la psychologie expérimentale[4]. Une autre approche intéressante est celle des sociologues. Pour ceux-ci, Kurt Lewin est la référence en la matière. Il définit la motivation comme « un construct, différent à la fois de l’intelligence et de la simple attitude[5]. » Deux cas peuvent se présenter chez lui : soit la situation motivante modèle l’aptitude intellectuelle d’un individu subissant l’influence de circonstances déterminées; soit cette situation motivante se transforme définitivement sous une influence de plus ou moins longue durée. Ainsi, ce n’est pas l’aptitude de l’individu qui change, mais la situation psychologique, telle qu’il la perçoit et telle qu’il parvient à la penser. Il s’agit alors du « champ de puissance sociale[6]. » Comment alors gérer les motivations, sinon par les techniques du management? En ce sens, gérer les motivations serait « organiser et établir des processus de prise de décision, prévoir et utiliser au moment opportun. Cela suppose donc la mise en place de règles de fonctionnement qui permettent au  à l’entreprise d’utiliser au mieux la motivation des salariés[7]. » N’est-ce pas dans ce sens qu’il nous comprendre la motivation des enseignants?

En effet, si la plupart des enseignants de l’université y sont venus par vocation, l’accession à la charge enseignante, les a d’abord faits entrer dans le monde de l’Etre d’abord. Ensuite, après la galère des six premiers mois sans salaire, le rappel et la salaire régulier des prochains leur a permis de résoudre tous leurs besoins physiologiques de l’Avoir. Le manque de motivation, par la suite des enseignants va expliquer en grande partie, cette hémorragie des enseignants vers les partis politiques plus lucratifs. Comment alors motiver les enseignants pour que notre université garde sa vocation? 

Nicole Aubert définit la motivation comme un terme qui « se confond en réalité (avec) la stimulation ou (avec) la satisfaction ou encore (avec) la performance[8]. » Si nous suivons le point de vue de cet auteur, quand le Ministère de Tutelle (Ceux de l’Enseignement Supérieur/de la Fonction Publique) veulent développer la motivation chez les enseignants, « c’est plus d’implication et de performance (qu’ils) souhaitent.[9] » L’employeur peut être, dans le cas d’une université privée, le chancelier de l’université ou son président. En revanche, quand les enseignants parlent de motivation, c’est en fait, plus de satisfaction qu’ils veulent. Il importe donc de définir précisément ce que nous entendons approfondir en parlant de motivation, et pour cela, repartons à l’étymologie du mot motivation.

Motivation vient du mot motif, lui-même emprunter au latin motivus : mobile et movere : mouvoir, et qui signifiait en ancien français « qui met en mouvement ». une personne motivée est comparable à une voiture en marche. Et elle « est partie d’un point de départ,…elle roule grâce à un moteur, …celui-ci est alimenté par de l’essence, et…la voiture se dirige vers une certaine destination comme d’elle seule[10]. » Efforçons-nous à présent de transposer ce schéma mécanique à l’enseignant. Son point de départ, c’est l’ensemble des expériences et des influences qui ont peu à peu façonné sa personnalité et sa façon de voir les choses et qui font qu’il se trouve à un moment M de sa vie avec un « capital » motivation en plus ou moins bon état : dans certains cas, il est intact et prêt à s’investir, dans d’autres, il est plus ou moins « abîmé » du fait d’expériences malencontreuses. L’image du moteur renvoie, quant à elle, au mécanisme de la motivation et il nécessite, pour bien fonctionner, un bon engrenage des différentes pièces qui le composent. Le point le plus intéressant concerne l’essence qui symbolise ici la source d’énergie qui impulse notre mouvement. Quant à la destination, elle correspond à ce qui constitue ses aspirations et ses désirs fondamentaux, c’est-à-dire ce vers quoi l’enseignant mobilise son énergie. Et c’est pourquoi Nicole Aubert souligne que « la motivation concerne donc l’approfondissement des motifs qui nous ‘poussent à agir’ et l’étude du processus qui nous met en mouvement[11]. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] GNAGNE (Yadou Maurice).- Les intellectuels dans la crise ivoirienne, dans Fraternité Matin  du 10 décembre au 11 décembre 2005, p. 8

 

[2] REBOUL (Olivier).- « Motivation » sur le plan philosophique dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1695.

[3] WIDLÖCHER (Daniel).- « Motivation » sur le plan psychologique, dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1695.

 

[4] DIEL (Paul).- Psychologie de la motivation (Paris, PUF, 1969), p. 9.

[5] BALLE (F.).- « Motivation » sur la plan sociologique, dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1696.

 

[6] BALLE (F.).- « Motivation » sur la plan sociologique, dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1696.

 

 

[7] SANDRA (Michel).- Peut-on gérer les motivations (Paris, PUF, 1989), p. 177.

[8] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 15.

[9] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 15.

 

[10] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 15.

 

[11] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 16.

 

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