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La spiritualité de l’amour

avril 15, 2006

Pour cette année universitaire 2005-2006, nous allons étudier la question de l’amour. Cet ouvrage s’intitulera donc : « spiritualité de l’amour ». C’est un livre d’actualité car il a été pensé après la parution de la première encyclique du St Père, le Pape Benoît XVI, Deus Caritas est, le 25 décembre 2005. Nous en ferons d’abord un résumé. Puis, nous essayerons de définir le concept de spiritualité et celui de l’amour. Finalement, nous verrons la spiritualité de l’amour à partir de la vision de Benoît XVI et nous ferons une conclusion. L’enjeu sera de savoir précisément en quel sens il s’agit ici d’un concept spirituel fondamental. Cette discussion fut amorcée par la fameuse forme de Hans Urs von Balthasar, L’amour seul digne de foi[1] qui se rattache elle-même à la réflexion christologique, radicale en sa nouveauté de Karl Barth sur l’être de Dieu comme Amour. Cette proposition fait référence à la situation de l’époque postchrétienne, dans laquelle la foi n’est plus une évidence sociale, mais doit prouver sa crédibilité. Or celle-ci, la crédibilité d’un Dieu qui est l’Amour même (1 Jn 4, 8. 16; Jn 3, 16), ne peut se prouver que par l’amour de ceux qui transmettent à leurs frères humains l’amour de Dieu qu’ils ont reçu et le rendent présent, aujourd’hui comme aux jours des premiers chrétiens (Ga 5, 6.22; 1Jn 4,12).


[1] BALTHASAR (Hans Urs von).- Seul l’amour est digne de foi (Paris, Cerf 1963)

Art sacré et inculturation

avril 15, 2006

L’auteur Dr AKE Patrice Jean prêtre de l’Archidiocèse d’Abidjan en Côte d’Ivoire depuis 1990. Il est titulaire d’une thèse de Doctorat en Philosophie sur Nietzsche (Mention très honorable) et enseigne cette matière à l’UFR-SHS de l’Université d’Abidjan-Cocody et à l’UCAO-UUA.

 

Dans cet opuscule, Dr AKE Patrice Jean s’intéresse au problème de l’inculturation de l’Evangile dans son rapport à l’art sacré. Comment l’Africain qui s’intéresse à la musique, à la sculpture, à la poterie, à la danse, à la décoration des églises, à leur architecture, peut-il annoncer Jésus-Christ dans toutes ces médiations ? Tel est le but de cet ouvrage qui s’adresse surtout aux artistes, aux étudiants, aux hommes de bonne volonté, aux chrétiens de toutes cultures et toutes sensibilités religieuses. Cet opuscule de 71 pages, même s’il n’apporte pas toutes les réponses, peut inviter à la stimulation dans la recherche, dans un domaine où les publications sont un peu rares.

 

Il s’agit d’une question d’actualité, car elle s’inscrit dans le sillage des études et des recherches initiées par la Faculté de Théologie de notre Unité Universitaire depuis sa création. Plusieurs études y ont déjà été consacrées avec une compétence admirable par de nombreux chercheurs qui m’ont aidé à soutenir ma pensée. Je leur suis donc redevable et les remercie pour leur précieuse contribution à notre effort commun dont l’objectif est de tirer de l’ombre des valeurs qui ont bâti nos civilisations et sur lesquelles nous devons nous appuyer pour ériger un nouvel édifice. Cet effort relève d’une démarche scientifique, bien sûr, mais elle relève également de la sagesse connue par nos ancêtres : « Ne scrutez vos statues qu’en regardant la vieille », ne cessaient de répéter à leurs novices les maîtres à sculpter[1].

Mon propos sera d’examiner dans quel sens les célébrations africaines sont sacrées et quelle est la part de l’art, en esquissant, sur base de l’enseignement traditionnel, le profit que l’homme peut en tirer s’il est attentif. En clair les célébrations africaines peuvent nous permettre de rencontrer le Christ, but de toute inculturation véritable. La conclusion sur la célébration sera cependant hors de mes préoccupations. Et pour cause.

D’entrée de jeu je pose que c’est l’art qui donne à ces célébrations la dimension sacrée; que l’art lui-même intervient comme une médiation pour atteindre le sacré; et qu’à l’arrière-fond il y a l’homme qui a un gros problème : celui d’atteindre le numineux de façon permanente. Cette quête périlleuse entre toutes, lui fait sécréter l’art qu’il pratique jusqu’à se faire lui-même expression artistique. Cette proposition portera naturellement sur deux parties, l’art et la seconde la célébration et sera exposée successivement en passant de l’examen, premièrement du fondement de l’art; deuxièmement de son origine; troisièmement de l’artiste, distingué en artiste de coulisse et artiste de scène; et quatrièmement de l’art de la scène dont quatre principales sont dégagées; et ce, dans le chapitre de l’art, qui mène à la célébration sacrée, comme cinquième point.

Il n’y aura pas de conclusion parce qu’elle se dégage d’elle-même. Néanmoins je dirai un mot de la fin où il sera question de savoir s’il n’est pas salutaire pour l’homme qu’il apprenne à mener artistiquement deux démarches contraires : « faire de l’art »/ « dé-faire l’art »; « porter le masque »/ « ôter le masque »; « chanter/déchanter ». Mais avant d’aller plus loin dans notre propos, examinons le concept d’inculturation, le prisme par lequel nous contemplerons l’art.


[1] MVENG (Engelbert).- L’Art de l’Afrique noire (Yaoundé, Clé, 1974), p. 68

De la motivation dans nos universités (suite et fin)

avril 15, 2006

2. LES UNIVERSITAIRES ET LA CRISE

Nous n’allons pas mettre dans le même panier tous les universitaires de notre pays, mais ceux pour qui le Prof. Gnagne Yadou Maurice éprouve une véritable pitié. Ces universitaires sont ceux qui  « donnent raison et argument au représentant des Nations unies pour les prochaines élections, et au Groupe International de Travail (GTI), dans leurs différentes approches anticonstitutionnelles, pseudo-consensuelles, pour le règlement de cette crise, en dépit de la clarté conceptuelle de la résolution 1633 de Nations unies qui confirme la prééminence de notre Loi fondamentale dans la recherche de solution idoine à cette crise[1]… » Ces universitaires sont ces éminents juristes qui militent pour une transition ne tenant pas compte de notre Constitution. Ce sont de pseudo-intellectuels. Ces personnes présentent un ensemble de traumatismes et de maladies infantiles, des impuissances qui les bloquent dans leur rôle premier de conscience critique de la société ivoirienne. Ce sont des personnes qui souffrent de graves maladies difficilement désignables publiquement, en raison de la dignité humaine et du respect dû aux morts. Les symptômes de ces maladies sont facilement décelables dans l’attitude infra-scientifique qu’affiche généralement l’intellectuel ivoirien actuel. Mais grisé par la détention de la parole et par l’exercice du pouvoir, ce dernier n’est pas tout à fait disposé à la diagnostiquer et ainsi à la soigner progressivement, en vue de son éradication.

En fait rongé par le virus de la politique, enfermé dans le labyrinthe de la politique politicienne, l’intellectuel ivoirien actuel désabusé, est incapable de proposer au peuple, de manière désintéressé et lucide, des voies de sortie viables de l’abîme où il a lui-même  plongé le pays.

La conquête des postes politiques alléchants l’a conduit à profaner la science, en mettant parfois à vil prix, son intelligence au service des politiciens véreux. N’étant plus tout à fait libre de ses mouvements de pensée et d’expression, le seul rôle qu’il est appelé à jouer, dans cette optique, est de tisser malicieusement des contrevérités destinées à endormir le peuple. Mais tout ne peut pas être négatif. Ceux qui veulent rechercher l’excellence à l’université sont nombreux, d’où notre troisième, comment motiver les enseignants à l’université?

3.  LA QUESTION DE LA MOTIVATION A L’UNIVERSITE

Parler de motivation aujourd’hui, c’est parler d’un sujet complexe qui intéresse à la fois la philosophie de l’éducation, la psychiatrie, la sociologie et le management. Pour Olivier Reboul, philosophe de l’éducation, par exemple, « la philosophie classique distinguait les ‘motifs’ (intellectuels) des ‘mobiles’ (affectifs); on parle encore des ‘mobiles’ du crime et des ‘motifs’ du jugement. La notion de motivation abolit cette distinction; à la fois intellectuelle et affective, elle est l’ensemble des facteurs qui expliquent un comportement et permettent de le produire éventuellement. En pédagogie, elle désigne plus précisément l’élève à apprendre par lui-même. En ce sens, la motivation est revendiquée par tous les novateurs, qui l’opposent à la contrainte et à l’ennui de l’école dite traditionnelle[2]. » Quant à Daniel Widlöcher, un psychiatre, la motivation « ne définit pas une entité psychologique distincte qui serait la cause interne de l’action, mais l’ensemble des processus qui déterminent l’activation d’une conduite[3]. » Cet auteur parle alors de la psychologie de la motivation qui doit nécessairement compléter la psychologie expérimentale[4]. Une autre approche intéressante est celle des sociologues. Pour ceux-ci, Kurt Lewin est la référence en la matière. Il définit la motivation comme « un construct, différent à la fois de l’intelligence et de la simple attitude[5]. » Deux cas peuvent se présenter chez lui : soit la situation motivante modèle l’aptitude intellectuelle d’un individu subissant l’influence de circonstances déterminées; soit cette situation motivante se transforme définitivement sous une influence de plus ou moins longue durée. Ainsi, ce n’est pas l’aptitude de l’individu qui change, mais la situation psychologique, telle qu’il la perçoit et telle qu’il parvient à la penser. Il s’agit alors du « champ de puissance sociale[6]. » Comment alors gérer les motivations, sinon par les techniques du management? En ce sens, gérer les motivations serait « organiser et établir des processus de prise de décision, prévoir et utiliser au moment opportun. Cela suppose donc la mise en place de règles de fonctionnement qui permettent au  à l’entreprise d’utiliser au mieux la motivation des salariés[7]. » N’est-ce pas dans ce sens qu’il nous comprendre la motivation des enseignants?

En effet, si la plupart des enseignants de l’université y sont venus par vocation, l’accession à la charge enseignante, les a d’abord faits entrer dans le monde de l’Etre d’abord. Ensuite, après la galère des six premiers mois sans salaire, le rappel et la salaire régulier des prochains leur a permis de résoudre tous leurs besoins physiologiques de l’Avoir. Le manque de motivation, par la suite des enseignants va expliquer en grande partie, cette hémorragie des enseignants vers les partis politiques plus lucratifs. Comment alors motiver les enseignants pour que notre université garde sa vocation? 

Nicole Aubert définit la motivation comme un terme qui « se confond en réalité (avec) la stimulation ou (avec) la satisfaction ou encore (avec) la performance[8]. » Si nous suivons le point de vue de cet auteur, quand le Ministère de Tutelle (Ceux de l’Enseignement Supérieur/de la Fonction Publique) veulent développer la motivation chez les enseignants, « c’est plus d’implication et de performance (qu’ils) souhaitent.[9] » L’employeur peut être, dans le cas d’une université privée, le chancelier de l’université ou son président. En revanche, quand les enseignants parlent de motivation, c’est en fait, plus de satisfaction qu’ils veulent. Il importe donc de définir précisément ce que nous entendons approfondir en parlant de motivation, et pour cela, repartons à l’étymologie du mot motivation.

Motivation vient du mot motif, lui-même emprunter au latin motivus : mobile et movere : mouvoir, et qui signifiait en ancien français « qui met en mouvement ». une personne motivée est comparable à une voiture en marche. Et elle « est partie d’un point de départ,…elle roule grâce à un moteur, …celui-ci est alimenté par de l’essence, et…la voiture se dirige vers une certaine destination comme d’elle seule[10]. » Efforçons-nous à présent de transposer ce schéma mécanique à l’enseignant. Son point de départ, c’est l’ensemble des expériences et des influences qui ont peu à peu façonné sa personnalité et sa façon de voir les choses et qui font qu’il se trouve à un moment M de sa vie avec un « capital » motivation en plus ou moins bon état : dans certains cas, il est intact et prêt à s’investir, dans d’autres, il est plus ou moins « abîmé » du fait d’expériences malencontreuses. L’image du moteur renvoie, quant à elle, au mécanisme de la motivation et il nécessite, pour bien fonctionner, un bon engrenage des différentes pièces qui le composent. Le point le plus intéressant concerne l’essence qui symbolise ici la source d’énergie qui impulse notre mouvement. Quant à la destination, elle correspond à ce qui constitue ses aspirations et ses désirs fondamentaux, c’est-à-dire ce vers quoi l’enseignant mobilise son énergie. Et c’est pourquoi Nicole Aubert souligne que « la motivation concerne donc l’approfondissement des motifs qui nous ‘poussent à agir’ et l’étude du processus qui nous met en mouvement[11]. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] GNAGNE (Yadou Maurice).- Les intellectuels dans la crise ivoirienne, dans Fraternité Matin  du 10 décembre au 11 décembre 2005, p. 8

 

[2] REBOUL (Olivier).- « Motivation » sur le plan philosophique dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1695.

[3] WIDLÖCHER (Daniel).- « Motivation » sur le plan psychologique, dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1695.

 

[4] DIEL (Paul).- Psychologie de la motivation (Paris, PUF, 1969), p. 9.

[5] BALLE (F.).- « Motivation » sur la plan sociologique, dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1696.

 

[6] BALLE (F.).- « Motivation » sur la plan sociologique, dans Dictionnaire des Notions Philosophiques II, (Paris, PUF 1990), p. 1696.

 

 

[7] SANDRA (Michel).- Peut-on gérer les motivations (Paris, PUF, 1989), p. 177.

[8] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 15.

[9] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 15.

 

[10] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 15.

 

[11] AUBERT (Nicole) (Sous la direction de).- Diriger et Motiver. Secrets et pratiques (Paris, les éditions d’Organisation, 1996), p. 16.

 

De la motivation dans nos universités

avril 15, 2006

DE LA MOTIVATION DANS NOS UNIVERSITES : LE CAS DE L’UNIVERSITE D’ABIDJAN-COCODY

 

  Si la motivation est indispensable à l’acte d’apprendre, elle devrait être présente en permanence à l’université… et chacun de se lancer dans des projets, des innovations pour la susciter, la faire émerger, y compris avec des étudiants que l’on dit par euphémisme « en difficulté ». Ce n’est déjà par rien d’en arriver là et de le proclamer de façon positive! Les enseignants de notre université sont en manque de motivation. L’une des raisons que ce temple du savoir est plutôt devenue au fil des années un lieu de grande lamentation. L’éminent Professeur Augustin Dibi Kouadio, lorsqu’il fait l’état des lieux, décrit une réalité effarante : « Les bâtiments de notre UFR sont de plus en plus dégradés. Sans aucune parole, par le langage subtil des regards, professeurs et étudiants s’accordent pour réaliser que les salles de cours n’offrent plus, d’elles-mêmes, le cadre convenable pour dire, entendre et recevoir des enseignements. Notre UFR n’a pu bénéficier de récentes constructions de salles de cours. Nous continuons de partager les anciens amphithéâtres avec les autres départements. A l’intérieur des départements eux-mêmes, les bureaux sont restés en l’état, alors qu’a sensiblement augmenté le nombre du personnel enseignant. Les couloirs devant les salles de cours sont le plus souvent occupés par les étudiants, discutant et bavardant en attendant la prochaine leçon. Les professeurs eux-mêmes ne se rencontrent que dans ces mêmes couloirs et allées, se saluant et échangeant quelques bribes de paroles. Les Revues permettant aux professeurs de publier des articles et d’offrir en partage leurs problématiques théoriques, ne paraissent plus, comme si elles étaient frappées d’une extinction soudaine! Sans nier la réalité de la crise, celle-ci ne saurait expliquer pareille situation, car n’est-ce pas précisément, en temps de crise, que l’esprit doit renouer avec son lien le plus propre, en se hâtant de réveiller la lumière? La division subtilement gagne notre Université qui se laisse envahir par les courbures et les aspérités de la société, alors que c’est vers elle, en bonne logique, que les regards devraient s’orienter lorsque tout semble obscur et que l’on cherche une étincelle de lumière! Les voyages d’études permettant aux enseignants, pendant les grandes vacances, de s’informer, de faire le point de leurs recherches et de nouer des contacts, à l’étranger, avec leurs collègues et des structures, se font de plus en plus rares[1]. »

Le Dr Traoré Flavien, le porte-parole des Enseignants du Supérieur et des chercheurs, ne dit pas autre chose, dans les revendications de la coordination, qui a entraîné la grève qui a commencé depuis le 14 Mars 2006 et qui se poursuit. Ces enseignants réclament un statut particulier, qui prend en compte les points suivants : « 

1.      La retraite à 65 ans, tous grades confondus, sans limitation d’années de travail avec possibilité pour l’enseignant et le chercheur de rester à son poste après 65 ans.

2.      Le revalorisation du statut socio-économique de l’enseignant du supérieur et du chercheur pour mettre fin à l’injustice cruelle et à l’humiliation dont les membres de ce corps d’élite sont l’objet.

3.      La revalorisation de la prime de recherche à 2.400000 F Cfa pour les Enseignants du Supérieur et les Chercheurs de rang A et à 2.000000 F Cfa pour les rangs B.

4.      Revalorisation du taux de rémunération de l’heure complémentaire et de l’heure de vacation.

5.      La rémunération des corrections des copies et des délibérations

6.      La revalorisation des primes de participation aux jurys, des primes d’encadrement et des primes d’instruction de thèse pour accroître le nombre de soutenances  et réduire les périodes d’instruction de DEA et de thèse.

7.      La reprise des voyages d’études des enseignants et des chercheurs assurés par les universités, les centres et instituts de recherche : 1 voyage par enseignant ou chercheur tous les deux ans.

Ce statut particulier a pour but

§         premièrement de mettre fin à l’injustice dont les enseignants du supérieur et les chercheurs sont l’objet par rapport à d’autres corps de métiers intellectuellement moins méritants

§         deuxièmement de valoriser la fonction de l’enseignant du supérieur et du chercheur qui doivent être des modèles de réussite sociale pour la jeunesse estudiantine et scolaire,

§         troisièmement d’accroître l’efficacité et la compétitivité des enseignants du supérieur et des chercheurs ivoiriens pour davantage stimuler la production scientifique et technique,

§         quatrièmement de relancer les vocations dans l’enseignement supérieur et la recherche[2]. »

En plus de ce statut particulier, les enseignants veulent l’outil informatique et que l’Etat leur mette en place une bibliothèque virtuelle. Ils souhaitent aussi que l’Etat équipe l’université en laboratoires et de centres de recherche, construise de nouveaux amphithéâtres et des salles de travaux pratiques et dirigés. L’Etat doit aussi accroître le nombre des structures sanitaires et mette en place un projet de lutte contre l’insécurité sur le campus.

Le prof. Eholié, en ouvrant la lucarne de nos universités vers les universités américaines, ne mâche pas ses mots : « La plupart des réformes engagées en Afrique visent à faire des universités publiques des institutions structurées et autonomes, à l’instar de leurs consœurs  d’outre-Atlantique. Seulement voilà : l’ambition affichée par les responsables politiques africains se heurte à deux obstacles majeurs. Le premier est, paradoxalement, le manque de volonté de la part même des initiateurs des réformes et ceux chargés de les mettre en œuvre…N’étant pas souvent des références en matière de démocratie, les dirigeants assimilent l’idée de l’autonomie des universités à un risque élevé de déstabilisation de leurs régimes, sinon à un suicide politique… Le deuxième obstacle à la reproduction du modèle américain en Afrique est la morosité ambiante. Dans la plupart des pays subsahariens, la majorité des universités dans une logique d’autofinacement est une augmentation considérable des frais de scolarité, et, par ricochet, l’exclusion d’un bon nombre de bacheliers africains de l’enseignement supérieur[3]… »

Toutes ces revendications posent le problème fondamental de l’université, son sens, sa mission dans un pays en voie de développement. Ce sera notre premier thème de réflexion. Puis nous nous intéresserons, dans un second moment,  à la crise que connaît notre pays et le rôle des universitaires dans cette crise. Enfin dans un troisième temps nous parlerons de la question de la motivation de nos enseignants dans nos universités.

1. L’UNIVERSITE : SON SENS ET SA MISSION

Le rôle de l’université est de former à la liberté. Et c’est parce qu’il croit à la parole, pas au bavardage, à la parole libre vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis de l’autre, que l’enseignant est susceptible de créer et d’affronter les tâches de l’avenir. La liberté académique est, en même temps, une responsabilité vis-à-vis de la société et du monde. Il importe que la parole universitaire soit présente dans les grands débats et enjeux de notre société.  Le Prof. Gnagne Yadou Maurice, dans une publication parue dans Fraternité Matin du Samedi 10 au Dimanche 11 décembre 2005, intitulée, « les intellectuels dans la crise ivoirienne » a accusé ces derniers de tous les maux. Il les rend responsables de tout ce qui arrive à la Côte d’Ivoire car, selon lui, « à cause d’eux la Côte d’Ivoire, notre pays, est humiliée. A cause d’eux, ce pays est traîné dans la boue, son peuple est frappé d’ostracisme. Ses institutions sont moquées de l’extérieur[4]. » Nous ne partageons pas tout à fait cette analyse. Tout comme nous n’acceptons pas les vérités faciles du genre, « l’université de notre pays est à l’image de notre société ». Ainsi, nous entendons souvent que « l’université va mal, parce que notre société va mal. »

C’est ainsi que beaucoup de personnes voient dans l’université un objet de profit. Ou encore l’université est vue comme une usine à diplômes Par rapport à la consommation de la science, l’université actuelle, placée dans ce nouveau contexte économique qui l’oblige à adopter une attitude consommatrice, s’est donnée comme principale marchandise à consommer le savoir lui-même. L’enseignant lui-même est un marchand, la préparation à l’examen, comme la grande fête des marchandises conceptuelles. Dans cette perspective, le cours magistral devient le goutte-à-goutte publicitaire qui doit inciter tous les consommateurs à consommer frénétiquement, pour le jour venu, ce qui s’y trouvait promis. Mais pourquoi y a-t-il crise à l’université?

Il y a crise à l’université parce que ceux qui décident sont loin des problèmes, ceux qui vivent les situations croient eux-mêmes qu’ils n’ont rien à dire. Il y a crise peut-être plus profonde dans l’université parce que sa structure empêche les étudiants et enseignants d’utiliser leurs capacités intellectuelles pour gérer leurs activités : c’est un gigantesque gaspillage intellectuel. Il y a crise à l’université parce qu’on ne forme pas 12 000 étudiants avec une structure de formation d’élite. Il y a crise parce l’Etat finance à hauteur de 95% le budget de fonctionnement de l’université et la subvention allouée par l’Etat, à chaque étudiant, s’est réduite comme une peau de chagrin à 47 000 F.Cfa. Que doit redevenir l’université pour sortir de cette crise?

L’université doit redevenir un centre de vie morale et intellectuelle, car les humanités deviennent le cœur, l’essence même de l’Université. Tout le reste n’a de légitimité que par elles, car ce n’est que là que la signification et la valeur des actions humaines peuvent faire l’objet d’une discussion et d’une tentative de définition. Aujourd’hui, plus que jamais, il importe que l’Université aborde le problème moral, qu’elle discute des valeurs, afin de rendre la violence de la Fesci superflue et par là même inadmissible. Il importe de rendre compte et de justifier, d’une part, les valeurs qui définissent l’Université, et d’autre part, celles de la société qu’elle concourt à créer. Face à notre pays en crise depuis maintenant quatre ans, quel est notre rôle d’universitaires? Notre fonction est-elle en train de se modifier? Notre responsabilité est-elle en train de s’accroître? A quelles exigences de lucidité nouvelle sommes-nous confrontés?

 

 

 


[1] DIBI (Kouadio Augustin).- Programme de l’université citoyenne. Pour le rayonnement académique de l’UFR SHS, (Abidjan, Décanat 2004), p. 3-4.

[2] COORDINATION NATIONALE DES ENSEIGNANTS DU SUPERIEUR ET DES CHERCHEURS DE COTE D’IVOIRE (CONAESC-CI).- Revendications…p. 1-4

[3] EHOLIE.- Universités : en attendant les aides, on cultive l’excellence, Fraternité Matin du 5 avril 2006

[4] GNAGNE (Yadou Maurice).- Les intellectuels dans la crise ivoirienne, dans Fraternité Matin  du 10 décembre au 11 décembre 2005, p. 8

 

Veillée pascale homélie à l’UCAO-UUA

avril 15, 2006

Veillée pascale à l’UCAO-UUA du 15 Avril 2006

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ!

« N’ayez pas peur! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié? Il est ressuscité : il n’est pas ici (Mc 16,6).

A l’aube du premier jour après le sabbat, comme le raconte l’Evangile, quelques femmes vont au sépulcre honorer le corps de Jésus, qui crucifié le vendredi, avait été enveloppé en hâte dans un linceul et déposé dans le sépulcre. Elles le cherchent, mais elles ne le trouvent pas : il n’est plus dans le lieu où il avait été déposé. De lui, demeurent seulement les signes de sa sépulture : le tombeau vide, les bandelettes, le linceul. Cependant, les femmes sont troublées à la vue d’un « jeune homme vêtu de blanc » qui leur annonce : « Il est ressuscité : il n’est pas ici ». Cette nouvelle bouleversante, qui change le cours de l’histoire, continue, depuis lors, à retentir de génération en génération:  annonce ancienne et toujours nouvelle. Une fois encore, elle a résonné durant cette Veillée pascale, mère de toutes les veillées, et elle se répand en ce moment sur toute la terre.

Ô sublime mystère de cette sainte Nuit! Nuit durant laquelle nous revivions l’événement extraordinaire de la Résurrection! Si le Christ était demeuré prisonnier du tombeau, l’humanité et la création tout entière auraient, d’une certaine manière, perdu leur sens. Mais toi, ô Christ, tu es vraiment Ressuscité! Ainsi les Ecritures, que nous venons d’écouter dans la liturgie de la Parole et qui retracent toutes les étapes du projet salvifique de Dieu, trouvent leur accomplissement. Au commencement de la création, « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn 1, 31). A Abraham, il avait promis : « Toutes les nations de la terre s’adresseront l’une à l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance » (Gn 22, 18). Nous avons de nouveau entendu l’un des plus anciens cantiques de la tradition juive, qui révèle la signification de l’antique exode, lorsque « le Seigneur sauva Israël de la main de l’Egypte » (Ex 14,30). Et les promesses des Prophètes continuent à se réaliser en notre temps : « Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois… » (Ez 36, 27).

En cette nuit de la Résurrection, tout recommence à partir du « commencement »; la création retrouve sa signification authentique dans le plan du salut. C’est comme un nouveau départ de l’histoire et du cosmos, parce que le Christ est ressuscité, « pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1Co 15, 20). Lui, « le dernier Adam », est devenu « l’être spirituel qui donne la vie » (1Co 15,45). Même le péché de nos premiers parents est chanté, lors de l’Exultet pascal, comme « felix culpa », bienheureuse faute de l’homme, qui valut au monde le seul Rédempteur! » Là où le péché a abondé, maintenant la grâce surabonde et « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Ps 117, 22) d’un édifice spirituel indestructible. En cette sainte Nuit, est né un peuple nouveau, avec lequel Dieu lui-même a scellé une alliance éternelle dans le sang du verbe incarné, crucifié et ressuscité.

C’est par le Baptême que l’on devient membre du peuple des rachetés. « Si, par le Baptême dans sa mort, nous a rappelé Paul dans l’épître aux Romains, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (6, 4). Cette exhortation nous est particulièrement destinée, à nous tous anciens baptisés, qui, dans quelques instants, allons renouveler nos promesses baptismales, nous rappelant, le grand don merveilleux de la vie divine que l’Eglise, notre mère, nous a communiqués. Nous allons ainsi nous réapproprier ce don, entrer toujours plus profondément dans la vérité de notre baptême. La nuit pascale nous invite chaque année à nous plonger dans les eaux du baptême, de passer de la mort à la vie, à devenir de véritables chrétiens. « Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi luira le Christ », dit un antique cantique baptismal, repris par saint Paul dans l’épître aux Ephésiens (Ep, 5, 14). « Réveille-toi, ô toi qui dors…Et sur toi luira le Christ », nous dit aujourd’hui l’Eglise à tous : Réveillons-nous de notre christianisme fatigué, privé d’élan : levons-nous et vivons le Christ, la vraie lumière, la vraie vie.

Cette nuit, sont peut-être entrées dans notre chapelle des personnes qui ne sont pas familières de l’Eglise. Peut-être ignorent-elles pourquoi leurs pas les ont conduits à se joindre à nous en cette nuit. Qu’elles sachent qu’elles sont ici chez elles car elles ont une place réservée pour elles dans le cœur de Dieu de toute éternité. Puissent-elles reconnaître de quel amour elles sont aimées. Puissent-elles découvrir le vrai visage de l’Eglise, non pas celui défiguré que nous lui donnons parfois, nous les chrétiens, dans la médiocrité de notre humanité, mais le visage resplendissant que leur offre le Christ ressuscité. Découvrez vous-mêmes l’Eglise de l’intérieur! Sachez, vous qui êtes exceptionnellement présents cette nuit, que nous vous entendons, que nous sommes votre famille, une famille toujours prête à accueillir de nouveaux frères, de nouvelles sœurs. Je pense à celles et ceux qui se croient exclus, marginaux, à ceux qui souffrent de graves blessures, qui savent bien que leur vie n’est pas en accord avec ce que le Christ voudrait pour eux. Qu’ils n’oublient pas que lui-même a dit qu’il n’était pas d’abord venu pour les biens portants mais pour eux. En cette veillée pascale, je voudrais m’adresser tout particulièrement aux divorcés remariés, dont la foi est grande et qui souffrent de ne pouvoir participer pleinement au repas eucharistique en recevant le corps et le sang du Christ. Qu’ils n’oublient pas que l’Eglise reste leur famille, qu’ils y ont toujours leur place. Contrairement aux sottises que l’on entend ici ou là, ils ne sont pas excommuniés. Si parfois ils sont regardés de travers, qu’importe, le regard qui compte est celui du Christ et son regard est un regard d’amour. Laissez-vous aimer, laissez-vous aimer par Celui qui a accepté de mourir d’aimer pour que ressuscité il devienne la source inépuisable de l’amour.

Chers frères et sœurs ici rassemblés! A nous qui allons avoir cette chance inestimable, tout à l’heure, de communier au corps et au sang du Christ, notre Agneau pascal, qui a été immolé, célébrons donc cette fête, en partageant le pain de la Pâque, un pain non fermenté, signe de droiture et de vérité. Ainsi, nous exprimerons notre ferme volonté de mener une vie évangélique. Marie, témoin joyeux de l’événement de la Résurrection, aide-nous tous à mener « une vie nouvelle »; donne à chacun la conscience que, le vieil homme en nous ayant été crucifié avec le Christ, nous devons nous considérer et nous comporter en hommes nouveaux, « vivants pour Dieu, dans le Christ Jésus » (Rm 6, 4. 11). Amen. Alléluia.

Père AKE Patrice Jean, Professeur Permanent de Philosophie

à l’UCAO-UUA