Une introduction à la Métaphysique

METAPHYSIQUE

 

OBJET ET MÉTHODE

Un jour un disciple demanda à son Maître de lui parler de l’être. Almustafa le regard longtemps et l’aima. Il se leva, s’éloigna un peu de lui, puis revint et dit : « C’est dans ce jardin que reposent mon père et ma mère, enterrés par les mains du vivant ; dans ce jardin aussi sont ensevelies les semences des années écoulées, apportées ici sur les ailes du vent. Mille fois mon père et ma mère seront ensevelis ici, mille fois le vent enterrera la semence ; et dans mille ans, vous, moi-même et ces fleurs, nous serons rassemblés dans ce jardin comme aujourd’hui, nous existerons, aimant la vie, nous serons en train de nous élever vers le soleil[1]. »Et notre sage de poursuivre : « Mais, aujourd’hui même, être, c’est être sage, sans être étranger au fou ; c’est être fort, mais pas pour détruire ce qui est faible ; c’est jouer avec de petits enfants, non comme le font les pères, mais bien plutôt comme des compagnons de jeux désireux de s’initier à leurs amusements. C’est être simple et franc avec les hommes et les femmes âgées, s’asseoir auprès d’eux à l’ombre de vieux chênes, bien que vous, vous viviez toujours à l’heure du printemps.

C’est partir à la recherche d’un poète, même s’il demeure au-delà des sept fleuves, et être en paix auprès de lui, sans aucun désir, aucun doute, sans une question sur nos lèvres. C’est savoir que le saint et le pécheur sont frères jumeaux, fils de notre gracieux Roi, et savoir que l’un d’eux, parce qu’il est né à peine avant l’autre, nous le considérons comme le prince héritier.

C’est suivre la Beauté, même si elle vous conduit au bord d’un précipice, et, bien qu’elle soit ailée alors que vous ne l’êtes pas, bien qu’elle saute au-dessus de précipice, la suivre quand même, car où la Beauté est absence, il n’y a rien.

C’est être un jardin sans murs, une vigne sans gardien, une maison qui recèle un trésor, mais toujours ouverte à tous les passants.

C’est être volé, trompé, abusé, oui, induit en erreur, pris au piège et ensuite bafoué, mais, malgré toutes ces avanies, regarder tout cela comme rien au fond de vous-mêmes, et sourire, car vous savez qu’un printemps viendra s’épanouir dans votre jardin, danser dans les feuillages, qu’un automne viendra mûrir vos raisins, et vous savez que si une seule de vos fenêtres s’ouvre à l’est, vous ne serez jamais sans rien. Vous saurez aussi que tous ceux qu’on appelle malfaiteurs, voleurs, escrocs et trompeurs sont vos frères dans le besoin, et que vous-mêmes, vous êtes peut-être comme eux aux yeux des habitants bénis de la Cité Invisible, édifiée au-dessus de la cité visible.

Quand à vous, dont les mains trouvent et fabriquent tout ce qui est nécessaire pour passer confortablement vos jours et vos nuits, être, c’est exercer le métier de tisserand avec des doigts qui voient, le métier d’architecte, jouant avec la lumière et l’espace, celui du laboureur en sachant que vous cacher un trésor dans chaque semence que vous enterrez, celui de pêcheur et de chasseur pitoyables pour le poisson et le gibier, mais plus encore pour ceux qui ont faim et pour tous les besoins de l’homme[2]. »


[1] GIBRAN(Khalil).- Le jardin du prophète, (Belgique, Castermann, 1979), pp. 52-53

[2] Ibid., pp. 52-54

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