Homélie du 5 février 2006 à l’UCAO-UUA

HOMELIE DU DIMANCHE 5 FEVRIER 2006,

5E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE DE L’ANNEE B

« Jésus a pris sur lui toutes nos faiblesses, il s’est chargé de nos douleurs » Mc 8,17

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ!

Nous voici déjà rendus au 5è dimanche du Temps Ordinaire de l’Année B que déjà le Carême est à nos portes. Les messages de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, pour le Carême 2006, et celui des Évêques de la CEREAO, à l’ouverture de la XVIè assemblée plénière de cette institution, rejoignent ce cri qui traverse les siècles : celui de l’homme déchiré dans son corps et dans son âme, celui de l’humanité aux prises avec le malheur et les questions sans réponse. Le Pape part de cette parole de l’Évangile : « Voyant les foules, Jésus eut pitié d’elles ».  Les Évêques des 11 pays de la sous-région, sont venus, aux dires de Mgr Adrien Sarr, Président de la Conférence, manifester leur solidarité à leurs frères de Côte d’Ivoire : « Lorsqu’un membre du corps souffre, tous les autres souffrent avec lui. » Le livre de Job, l’Evangile de St Marc, le message du Pape Bénoît XVI, comme celui de Mgr Sarr, sont des cris. Dans cette Afrique humiliée aujourd’hui et qui est ébranlée par toutes sortes de crises, nous  voyons la guérison que Dieu opère dans le cœur des personnes, marquées par les abus dès leur enfance, brisées par le divorce, les haines, les handicaps de toutes sortes, enfermées dans leurs histoires de péchés. A chaque confession, nous voyons couler sur les joues de certaines personnes, des larmes de libération. Parce que nous savons que le livre de Job ne donne pas d’explication au problème de la souffrance, mais nous indique le chemin : ne pas retenir nos cris, mais garder confiance et tenir fort la main de Dieu, – nous allons suivre le Christ à Capharnaüm, en Galilée, Lui qui hier comme aujourd’hui, nous donne la réponse définitive sur le mystère de la maladie et de la souffrance.

En effet, tout se passe dans cette page d’évangile en ce lieu; un jour, un soir et un lendemain de sabbat; comme chacun sait, le jour pour les Juifs, ne se compte pas de minuit à minuit, mais du coucher du soleil, au coucher du soleil : le sabbat commence le vendredi soir au coucher du soleil, et finit le samedi soir, à l’apparition des premières étoiles; nous savons aussi que le sabbat est un jour réservé à la prière et à l’étude de la Torah, à la synagogue et chez soi; c’est bien pour cela que les habitants de Capharnaüm amènent leurs malades à Jésus seulement le soir du sabbat; St Marc nous dit : « Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous les malades, et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais. »

Le reste de la journée, Jésus n’a fait qu’une chose : aller à la synagogue de la ville, et il est rentré aussitôt après à la maison; si St Marc le précise, c’est sans doute pour nous rappeler que Jésus est un Juif fidèle à la loi. Le matin, à la synagogue, il a délivré un « homme possédé d’un esprit impur », selon l’expression de St Marc; et la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre que Jésus commande aux esprits impurs; pas étonnant que le soir, après la fin du sabbat, on lui amène tous les malades et les possédés. En filigrane, St Marc nous dit déjà : voici le Messie, celui qui annonce et accomplit le Royaume.

Curieusement, les démons connaissent l’identité de Jésus, et Jésus leur interdit de parler : « Il chassa beaucoup d’esprits mauvais et il les empêchait de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était. » Eux savent ce qui a été révélé lors du Baptême de Jésus par Jean-Baptiste, et que l’esprit impur a proclamé le matin même à la synagogue de Capharnaüm : « De quoi te mêles-tu Jésus de Nazareth? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : « Le Saint de Dieu. »

Pourquoi ce silence imposé? Alors que Jésus n’est pas venu pour se cacher…Probablement parce que les habitants de Capharnaüm ne sont pas encore prêts pour cette révélation : il leur reste encore tout un chemin à parcourir avant de découvrir le vrai visage du Christ. A nos chers frères et sœurs de nos Capharnaüm d’aujourd’hui, St Marc nous rappelle qu’il ne suffit de savoir dire : « Tu es le Saint de Dieu »; cela, les démons savent très bien le faire. Si parfois, dans nos maladies, dans nos souffrances de toutes sortes, dans nos détresses, nos deuils, nous sommes attirés par Jésus-Christ, sommes-nous prêts pour la foi? C’est là l’ambiguïté des miracles : le risque de répartir guéri sans avoir rencontré Dieu. Nous qui recherchons un Dieu super-magique, un Dieu guérisseur, un Dieu-consolateur, exclusivement, n’est-ce pas le moment favorable de purifier la nature de Dieu qui est au centre de notre foi. Si nous nous arrêtons seulement à la guérison, nous n’avons pas rencontrer Jésus-Christ véritablement.

Et puis surtout il y a un fait à noter dans la suite du texte : Simon voudrait retenir Jésus en lui disant : « Tout le monde te cherche »; Jésus le ramène à l’essentiel, la prédication du Royaume : « Partons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle; car c’est pour cela que je suis sorti. » Chers frères et sœurs de nos Capharnaüm d’hier et d’aujourd’hui, Jésus n’a jamais déclaré : « Je suis venu pour faire des miracles », il a dit qu’il était venu pour annoncer la Bonne Nouvelle : « Le Règne de Dieu s’est approché ». Méfions nous de ces Églises à sensation, où des prestidigitateurs vous fabriquent des miracles de toutes pièces, des manteaux qui guérissent, des cierges, de l’huile parfumée, de l’encens. Des pasteurs vous disent l’avenir et vous proposent toutes sortes de gris-gris pour débloquer vos situations de vie. Ce n’est pas cela la foi en Jésus-Christ. Ses miracles sont le signe que le règne de Dieu est déjà là; le risque est de n’y voir que le prodige. « C’est pour cela que je suis sorti » : on ne peut pas ne pas penser à l’insistance de St Paul dans la deuxième lecture, tirée de l’épître aux Corinthiens : Jésus-Christ et St Paul ont cette même passion de l’annonce de la Bonne Nouvelle; nous dirions qu’il y a urgence.

« Le lendemain, bien avant l’aube, Jésus se leva. Il sortit et alla dans un endroit désert, et là il priait. » Jésus va au désert pour rencontrer Dieu; et aussitôt revenu près de ses disciples, il leur dit, « Partons »…Est-ce la prière qui le pousse à partir ailleurs? Loin d’affaiblir son ardeur missionnaire, il semble bien que cette retraite dans le silence, le relance au contraire; d’ailleurs Jésus ne serait pas allé aussi loin dans l’évangélisation, s’il ne s’était pas retiré aussi loin dans la prière. Comme le rappelait fort justement le Pape Benoît XVI, dans son message de Carême 2006, « En un monde fortement sécularisée, est apparue une sécularisation progressive du salut, ce pourquoi on se bat pour l’homme, certes, mais pour un homme mutilé, ramené à sa seule dimension horizontale. Nous savons au contraire que Jésus est venu apporter le salut intégral. » Au fond : prière ou action, c’est un faux dilemme; l’un ne peut aller sans l’autre, et un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus. Et c’est pourquoi le Pape ajoute : « La prière est une occasion propice pour se conformer au regard du Christ…car celui qui agit selon cette logique évangélique vit la foi comme amitié avec le Dieu incarné et, comme lui, se charge des besoins matériels et spirituels du prochain. »

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ, en entendant cet appel du St Père aujourd’hui, comme celui de St Paul et de St Marc autrefois, cherchons à ranimer notre zèle missionnaire. Engageons-nous, rengageons-nous! Faisons-nous tout à tous, sortons de notre petit univers, nous qui avons, en tant que chrétiens pour mission d’annoncer l’Évangile. Notre univers est bien petit face à l’univers massif de l’incroyance de nos enfants, de la mal-croyance des femmes et des adultes, voire de l’indifférence de certains intellectuels. Alors, chers frères et sœurs, cette situation de chrétiens minoritaires, comment la vivons-nous aujourd’hui?

Chers frères et sœurs, si nous disions encore un dernier mot sur les guérisons opérées par Jésus-Christ aujourd’hui. Elles devraient, semble-t-il, remettre en cause certains discours sur la souffrance; si Jésus guérit les malades, c’est que la maladie est un mal; s’il guérit en même temps qu’il annonce le Royaume, c’est que le mal contrecarre le projet de Dieu, et donc il faut nous en débarrasser. Dans la première lecture, nous avons entendu Job crier sa souffrance, et à la fin du livre Dieu lui donne raison d’avoir osé crier. La souffrance en soi est toujours un mal, il faut oser le dire; il faudrait être fou pour oser dire en face à un malade « ce qui vous arrive es très bien… » Il est vrai que certains, avec la grâce de Dieu, trouvent dans la souffrance un chemin qui les fait grandir, mais la souffrance reste un mal. Et tous nos efforts pour lutter contre la souffrance des hommes vont dans le sens du projet de Dieu. Car Dieu sauve les hommes, et non des âmes désincarnées : la prédication de l’évangile n’est pas que paroles qui s’adresseraient à l’intelligence ou à la conscience; elle est en même temps et inséparablement lutte contre ce qui fait souffrir les hommes et les femmes.

Nous allons à présent faire eucharistie, c’est-à-dire rendre grâce à Dieu pour ce qu’il nous a déjà donné et qu’il donne encore de vivre. Qu’il nous sonne la force et l’audace de l’Esprit Saint pour nous dévouer au service de nos frères et sœurs malades. Que le Seigneur soulage leurs peines et les comble de ses faveurs et de ses largesses.

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