La raison instrumentale et la crise socio-politique en Côte d’Ivoire 5

CONCLUSION

La crise socio-politique que connaît la Côte d’Ivoire depuis 2002 et qui « s’inscrit dans la philosophie de recolonisation de la planète par les pays occidentaux[1] », a été interrogée par les philosophes des universités de Cocody et de Bouaké, à travers le prisme de la raison instrumentale[2]. Ce questionnement vient s’ajouter à d’autres recherches interdisciplinaires, comme celui du centre ORSTOM, qui ont mis en cause le modèle ivoirien, par le biais d’une histoire intellectuelle ouverte, dont les composantes ont eu pour nom, « la flexibilité de l’agriculture de plantation, le renforcement de la démocratie locale, l’informatisation de l’économie, l’efficacité des entreprises privées et publiques, les processus d’adaptations paysannes, l’accroissement de la pauvreté et des inégalités, les suites de la dévaluation du FCFA, les nouvelles pratiques migratoires, les transformations du modèle urbain, la crise de l’école, l’effervescence religieuse et identitaire[3]. »

Si les philosophes ont cru bon de renouveler leur questionnement, c’est parce que aujourd’hui, au regard des derniers développements de la crise socio-politique en Côte d’Ivoire (résolution 1633 des Nations-Unies, nomination du premier-ministre, Mr Charles Konan Banny, constitution du 2è gouvernement de réconciliation nationale post-crise), les intellectuels ivoiriens semblent avoir perdu la raison. Et le constat que fait Monsieur Gnagne Yadou Maurice, un éminent chirurgien, est amère : « A cause d’eux, la Côte d’Ivoire, notre pays, est humiliée. A cause d’eux ce pays est traîné dans la boue, son Peuple est frappé d’ostracisme. Ses institutions sont moquées de l’extérieur[4]… » Pour être plus précis, les intellectuels dont il s’agit, ce sont les hommes politiques de ce continent africain qui ont troqué leur raison contre la folie, et qui semblent donner raison à Hegel qui pense que « l’Afrique est d’une façon générale le pays replié sur lui-même et qui persiste dans ce caractère principal de concentration sur soi (…), pays de l’enfance qui, au-delà du jour de l’histoire consciente, est enveloppé dans la couleur noire de la nuit[5]. » Contre le Président Gbagbo, la première prostituée du jugement de Salomon qui a accouché de l’enfant Côte d’ivoire de la 2è République, se dresse la 2è prostituée(les leaders politiques du G7 ou les Houphouétistes). Celle-ci a perdu son enfant qui est la Côte d’Ivoire de la 1ère République. Selon les propos de la première prostituée, le 19 Septembre 2002, « (la 2è prostituée) se leva au milieu de la nuit, prit mon fils qui était à côté de moi … et le coucha contre elle ; et son fils, le mort, elle le coucha contre moi. Je me levai le matin pour allaiter mon fils, mais il était mort. Le jour venu, je le regardai attentivement, mais ce n’était pas mon fils, celui dont j’avais accouché[6]. » Le G7 refuse toujours qu’il est du passé. Ses propos sont les paroles mêmes de la première prostituée : « Non ! mon fils, c’est le vivant, et ton fils, c’est le mort[7]. » Leurs palabres interminables ont alerté la communauté internationale(G.I.T.) qui a essayé de tranché. C’est ici que prend fin, la ressemblance de l’histoire avec Salomon ; dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, nos hommes politiques, les deux prostituées se sont entendu pour que la communauté internationale vienne avec l’épée (ce sont les armes de guerre des deux parties) pour couper en deux l’enfant vivant et donner une moitié à l’une et l’autre moitié à l’autre. Et c’est cette situation qui fait dire à Gnagne Yadou que « (La Côte d’Ivoire est le seul peuple au monde qui accepte qu’on lui fasse ce qu’aucun peuple au monde n’aurait accepté qu’on lui fit[8]. » Aujourd’hui, l’épée de la communauté internationale, le G.I.T. s’appelle Charles Konan Banny. François Soudan l’a identifié pour nous lorsqu’il écrit : « Le G.I.T. règne, et Konan Banny est son instrument[9]. »

Au vu et au su des comportements de nos hommes politiques, de leur inculture civique et politique guidée par la politique du ventre et par d’autres intérêts mercantiles, cette racaille de prostituées a instrumentalisé sa raison pour ne dire que la vérité de sa chapelle politique. Cet obscurantisme a fait dire à plus d’un chercheur que « collectivement, nous avons détruit le mythe de notre indépendance[10]. » La Côte d’Ivoire n’existe plus, la véritable autorité de tutelle, c’est le GTI qui vient de régler le cas posé par l’Assemblée Nationale, dont le mandat, dans sa composition actuelle, s’achève le 16 décembre 2005. Le GTI décide que les élus iront en vacances prolongées. Et Soudan ajoute : « Ce sera au gouvernement de légiférer pendant la période de transition, et Gbagbo aura cinq jours pour promulguer les lois que le Premier ministre lui présentera. S’il refuse de les signer, elles entreront automatiquement en application. » Ainsi, « la résolution 1633, prise sous le chapitre VII de la Charte de l’ONU a la primauté sur les lois nationales. » Et c’est nous qui ajoutons, « la Constitution est suspendue. »

Etrange discours de généraux putschistes d’autres époques, l’époque des Coups d’Etat… où un peuple regarde impuissant un général mettre aux arrêts des ministres et élus d’une première république, aujourd’hui défunte. Le président Guéi avait tout dissous(la constitution, l’assemblée nationale, le CES), en cinq minutes et a gouverné sans aucune institution. Banny est venu comme un digne représentant de cette classe marchande qui est en fait « une classe sociale dominante, une bourgeoisie d’affaire[11]. » Chez lui, « la conquête du pouvoir donne emprise sur l’économie, ainsi l’art de gouverner y est inséparable de l’acte de manger. Pour satisfaire son appétit de jouissance, la bourgeoisie choisit la répression pour écarter toute participation du peuple à la table où le capital international laisse des miettes de développement dans les sociétés périphériques, mais aussi l’étatisation de l’économie qui est en réalité une privatisation camouflée au profit de la classe dominante[12]. »

Allons-nous vers de chaudes empoignades entre Gbagbo et Banny ? Nous n’en doutons pas. L’ivoirien de la rue, avec son humour habituelle, a caricaturé la situation dans laquelle se trouve le président Gbagbo : celle d’une veuve, accusée de sorcellerie qui est mise au soleil, et à qui on a mis du piment dans les yeux. Mais nous qui connaissons le Woddy de Mama, nous savons qu’il n’est pas encore fini. Il a déjà géré le cas de Marcoussis avec Seydou Diarra, il saura régler le problème Banny. Sur le plan de la résistance contre l’impérialisme occidentale, ce digne fils de l’Afrique, saura, avec la rue, exprimer les sentiments d’une nouvelle Afrique qui veut renégocier tous ses rapports avec la France et toute la communauté internationale. La Côte d’Ivoire doit à présent pour devenir une nation prospère dire non au pacte colonial[13]. Le philosophe joint sa voix à tous les éveilleurs de conscience qui sont comme des « stringers » sonnant la cloche qui annoncent un fait, repris en boucle pour avertir.  Il entre dans la confrérie de la résistance pour dénoncer les servitudes du pacte colonial. Il sait que Banny ne sera toujours qu’une chose de la France, comme Diarra ou Allassanne ou Bédié. Il sait que la France n’aidera jamais l’Afrique, encore moins la Côte d’Ivoire, car ce pays est un véritable cas d’école de recolonisation. La Côte d’Ivoire doit ouvrir son marché aux autres pays comme la Chine qui est à la recherche d’un apport immense en ressources naturelles et qui est prête à investir dans ces secteurs en Afrique.

En le faisant, la Côte d’Ivoire empruntera le sentier d’une politique scientifique où pour parler un langage habermasien, « l’organe d’exécution d’une intelligentsia scientifique qui dégage en fonction des conditions concrètes les contraintes objectives émanant des ressources et des techniques disponibles ainsi que des stratégies des programmes cybernétiques optimaux[14]. »

Pour revenir à notre allégorie du jugement de Salomon, nous n’avons pas peur d’affirmer que Salomon n’est pas le GTI. Le GTI est aussi un autre symbole de la 1ère prostituée. Ici, seul Dieu peut prétendre être Salomon. La seule voie de sortie de crise en Côte d’Ivoire est la voie spirituelle. Gbagbo devrait, en tant que vraie mère de l’enfant de la 2è République, sentir ses entrailles frémir au sujet de son fils et donner cet enfant à la fausse mère en disant : « Donnez-lui le bébé vivant, mais ne le tuez pas ! » Et ainsi ce pays retrouvera sa paix, son unité et sa prospérité.

 

BIBLIOGRAPHIE

§          Agence Fides du 14 octobre 2003 in XL6

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§          FAVENNEC(Jean-Pierre) et COPINSCHI(Philippe).- « Les nouveaux enjeux pétroliers en Afrique » in Politique Africaine n° 89 « La Côte d’Ivoire en guerre. Dynamiques du dedans, dynamiques du dehors.

§          Fraternité Matin N°12004 du Mercredi 11 Novembre 2004

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§          HORKHEIMER(Max).- Eclipse de la Raison, (Paris, Payot 1974), traduit de l’américain par Jacques Debouzy, avec Raison et conservation de soi, traduit de l’allemand par Jacques Laizé

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§          SCHORI(Pierre).- Extrait d’une intervention du GTI, paru sur Internet http://www.lintelligent.com/gabarits.articleDEP_online.asp ? art_ cle : PAN500025larsvirohcs0 du 7 décembre 2005

§          SOUDAN(François).- « Trois jours qui ont changé la Côte d’Ivoire » dans L’Intelligent n° 2344 du 11 au 17 décembre 2005

§          WIGGERSHAUS(Rolf).- L’Ecole de Francfort. Histoire, développement, signification. (Paris, PUF, 1993), traduit de l’Allemand par Lilyane Deroche-Gurcel


[1] KOULIBALY(Mamadou), AHUA(Antoine Jr.), BUSCH(Gary, K.).- La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire (Abidjan, la Refondation mai 2003), p. 93

[2] SERY(Léonce).- « Journée mondiale de la Philosophie. La crise ivoirienne au centre des réflexions » dans http://www.lematindabidjan.com/visual_article.php ?num_actualite=329

[3] CONTAMIN(Bernard), MEMEL-FOTE (Harris)(éds).- Le modèle ivoirien en questions, crises, ajustements, recompositions, (KARTHALA/ORSTOM, 1997), p. 5

[4] GNAGNE(Yadou, Maurice).- « Les intellectuels dans la crise ivoirienne », dans Fraternité Matin n° 12327 du Samedi 10 au Dimanche 11 Décembre 2005, pp. 8-9

[5] HEGEL(G.W.F.).- La Raison dans l’histoire. Introduction à la philosophie de l’histoire, (Paris, U.G.E. 10/18, 1965), trad. par Kostas Papaioannou, p. 245

[6] Premier Livre des Rois, 4, 20-21

[7] Ibidem, 4, 22

[8] GNAGNE.- O.c., p. 8

[9] SOUDAN(François).- « Trois jours qui ont changé la Côte d’Ivoire » dans L’Intelligent n° 2344 du 11 au 17 décembre 2005

[10] KOULIBALY(Mamadou) dans l’intelligent, Ibidem.

[11] MUSUA (Mimbavi A.).- « La rationalité du développement et de l’Etat africain) dans Philosophie Africaine : Rationalité et Rationalités (Actes de la XIVè semaine philosophique de Kinshasa du 24 avril au 30 avril 1994) , p. 414

[12] Ibidem, p. 414

[13] Le Courrier d’Abidjan n° 397, du 23/24 avril 2005, p. 5

[14] HABERMAS(Jürgen).- La technique et la science comme « idéologie » (Paris, Tel/Gallimard, 1973), p. 100

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