Zarathoustra et le prêtre de Nietzsche (fin 1)

 

3..     LE MYTHE DE ZARATHOUSTRA

Aux dires de Pierre Héber-Suffrin : « Si même on entrevoit un sens, comme celui-ci ne paraît présenter, immédiatement, aucun intérêt philosophique évident, on devine que le respect des spécialistes – qui ne saurait être pur snobisme – doit porter sur un autre sens, lequel, plus profond, échappe totalement au non-initié[1]. » Ceci a une explication : le mythe de Zarathoustra séduit, mais c’est un mythe déconcertant et bien difficile à restituer. L’une des difficulté de la compréhension du mythe est aussi le fait que ce mythe est à entendre et parfois lorsque nous l’écoutons nous entendons plusieurs voix. Quelquefois, il s’agit de voix nietzschéennes, parfois elles sont déguisées. Ronald Hayman, comparant Nietzsche à Kierkegaard écrit ceci : « Nietzsche explora son ambivalence au moyen de divers déguisements[2] » L’un des déguisements que Nietzsche arbore pour son Zarathoustra est celui du Dandy parce qu’il est exténué et blasé par la culture européenne. Mais, Nietzsche ici apparaît comme « fabricant de mythes[3] ». En tant que fabricant de mythes, il imagine[4], fait[5] et compose[6] Zarathoustra. Zarathoustra devient alors aux dires de Caroline Joan S. Picart, « une nouvelle tapisserie  qui combine les figures de Dionysos, Zeus et Appolon, en même temps que la vision esthétique et morale du Dandy[7]. » Il s’agit pour Nietzsche, suivant en cela l’auteur, de construire et de propager ce mythe sur le plan esthétique et politique, en étant le prophète de la transvaluation de toutes les valeurs, le prophète de l’éternel retour et le grand-prêtre de la doctrine de l’amor fati. Nietzsche s’approprie, selon les termes de Picart, les renaissances mythiques de Dionysos pour construire un mythe politique du mâle qui lui permet de « se projeter lui-même dans les figures du père mutilé et du fils né d’une mère ‘‘mâle’’[8]. » Zarathoustra devient ainsi un mélange inhabituel du classicisme grec et du romantisme germanique.

Pour commencer, ce qui est important à noter à la fois, dans les deux origines de Zarathoustra et de Dionysos, c’est qu’elles sont toutes les deux obscures. Zarathoustra apparaît certainement comme un pur descendant de mortel, dont l’histoire commence par l’abandon de sa maison et du lac de sa maison, pour la montagne, à l’âge de trente ans. Cependant ce commencement, cette source de divine contemplation est un fait inexpliqué. Mais cette divine contemplation l’habilite inlassablement à jouir de son esprit et de sa solitude, libre du malaise de l’ennui et de la dépression, de la solitude, dix années durant et à avoir une communication intime et autoritaire avec ses animaux. Zarathoustra apparaît alors comme une figure humano-divine ou divino-humaine, une figure similaire au Christ à première vue[9]. Et comme le montre Picart, « Zarathoustra est une figure dont l’héritage humano-divin est radicalement païen et hybride. Sa source est à puiser dans le classicisme et le romantisme[10]. »

De même Dionysos est lui-même un Dieu dont les origines sont obscures, et en qui l’humain et le divin fusionnent en sa personne. D’après Maria Daraki, « sa mère est Sémelé[11] », l’amante de Zeus, et à qui il a promis de lui donner tout ce qu’elle demande et même du plaisir lors de son accouchement. Dans une autre version du mythe, la déesse Héra, épouse de Zeus, persuada Sémelé de demander à Zeus, de lui permettre d’apparaître dans ses plus beaux atours. Parce que Sémelé avait utilisé une pratique présomptueuse qui la rendait capable de se faire passer pour Zeus et Héra, le couple régnant, « elle fut consumée par la foudre de Zeus[12] », lequel n’accéda pas à sa demande. Sur ce point Keuls[13] est d’un autre avis. Elle soutient que Zeus viola et détruisit Sémelé par la foudre, ce qui va à l’encontre de la tendance amoureuse de ce mythe. Zeus s’empara de son fils qui allait naître, le sortit de l’utérus de la vierge décédée et le recousut dans sa cuisse. Dionysos, dont le nom signifie « fils de Zeus » est né[14] comme Athéna, qui signifie « fille sous l’égide de Zeus-porteur ». Dionysos apparaît alors comme le seul Dieu de l’Olympe qui est né d’une mère mortelle, et qui est toutefois plus étroitement associé à la mort que tout autre Dieu, excepté Hadès[15]. Les affinités liant les mythes de Dionysos et de Zarathoustra, telles que l’obscurité de leurs origines et le mélange ambigu du divin et de l’humain en leur nature, sont encore enrichies par le fait que Zeus le Crétois et Dionysos fusionnent en une seule divinité. A ce propos, Maria Daraki souligne que : « Zeus le Père et Dionysos le Fils sont engagés dans un rapport cyclique, qui en fait deux aspects différents du même Dieu dont l’unité essentielle saute aux yeux. L’enfant Dionysos fut un second Zeus, écrit Nonnos. Lieu d’origine de Dionysos Zagreus, la Crète est le décor des Crétois, une tragédie perdue d’Euripide[16]. » Le « Zeus-Dionysos » de Crète était connu sous le nom de « Sosipolis », de « sauveur de la cité », et apparaissait sous la forme d’en enfant-serpent. Maria Daraki pense que Zeus-Dionysos change sa forme comme il subit les trois phases du mythe qui correspondent aux trois étapes masculines de la vie animale.  A la première étape ou étape primordiale, il s’auto-engendre comme un Dieu-serpent, « plus exactement un serpent-cornu[17]. » Ensuite, il se métamorphose à la seconde étape, pour prendre la forme du Minotaure ou de l’homme-veau, qui est plus animal qu’humain. Enfin, à la troisième étape, il est à la fois, le petit et le grand Dionysos. Son homologue féminin, en tant que mère primordiale et source de la vie, est appelé « Rhéa » ; comme mère et comme femme, elle est appelée « Ariadne[18] »

Il est important de noter que cette division tripartite du cycle mythique de Zeus-Dionysos peut avoir les trois caractéristiques suivantes : origine, révélation et renaissance dans le mariage. A la seconde étape, lorsque Zeus-Dionysos est moitié veau ou serpent prématuré du monde souterrain, Ariadne est à la phase de pureté et d’animalité sauvage. Cela explique son infidélité et le meurtre présumé de son frère, fils et amant, le Minotaure, dont la figure semble correspondre à celle de Dionysos sur ce point, ainsi que sa fuite et sa mort subséquente. Les événements lugubres de la seconde phase, qui présentent un parallèle avec la paradigme chrétien de la nuit sombre de l’âme précédant son salut, sont absolument nécessaires pour aller vers la troisième phase, phase rédemptrice. A cette phase, Dionysos, animal démembré et sacrifié, retrouve pour une fois son unité. Selon la version thébaine du mythe, Dionysos, ayant atteint la pleine humanisation, et la pleine croissance grâce au lait des nourrices, descend dans le monde souterrain pour épouser sa bien-aimée, et la faire passer sous son empire[19]. Ceci nous rappelle aussi la Résurrection du Christ ou son Ascension.

Tout cet ensemble de mythes a des correspondances avec le mythe de Zarathoustra , livre conçu en trois parties. Dans la première partie, Zarathoustra quitte son pays et le lac de son pays et s’en va dans la montagne où il jouit de son esprit et de sa solitude pendant dix ans, avec pour seuls compagnons le soleil et ses animaux. Comme son cœur s’est transformé, et après avoir interpellé le soleil, il descendit de la montagne. Cette descente est expliquée par son désir spontané de laisser la coupe s’épancher, portant le reflet doré du soleil dans l’eau qu’il possède en son intérieur, pour se vider de nouveau. « Bénis la coupe qui veut déborder pour que son eau, coulant à flots dorés, porte partout le reflet de ta joie ! Vois ! Cette coupe veut se vider encore, et Zarathoustra veut redevenir un homme[20]. »

Cependant, la descente de Zarathoustra est beaucoup plus provoquée qu’une descente altruiste. Il tombe dans le rôle de « Sosipolis » ou de « sauveur de la cité », dans ce sacrifice de divine solitude, afin de marcher de nouveau parmi les êtres humains. Cependant, afin de sauver, il doit d’abord, pour lui, détruire. C’est l’un de ses nombreux fils entrelacés, composant le cordon ombilical liant les mythes de Zarathoustra et de Dionysos. Dans un même éclairage, les animaux avec qui Zarathoustra partage la plus grande intimité spirituelle, le serpent et l’aigle, sont mythiquement associés au culte de Dionysos.

En plus, dans la première partie du Zarathoustra, les discours s’ouvrent sur les trois métamorphoses de l’esprit. Les contours de la séquence mythique dionysienne de naissance-révélation-renaissance peuvent aisément être discernés dans la métamorphose du plus fort et du plus patient que le respect habite, le chameau (qui représente la tradition préexistante), dans la férocité et la fierté du lion (qui représente la rébellion contre l’ordre existant et sa totale destruction), et dans l’innocence de l’enfant qui joue (qui représente la création du surhomme). De façon similaire, la première partie du livre traite de l’émergence de la solitude, de sa caverne montagneuse, et de sa genèse comme un donneur de cadeau anti-chrétien, qui correspond à l’histoire de l’origine de Zeus-Dionysos comme « sauveur de la cité ».

La seconde partie du mythe de Zarathoustra qui se déverse spontanément dans la troisième, contient plusieurs épisodes qui ont une résonance avec la phase sombre du cycle de Zeus-Dionysos. La position que je défends à la suite de Picart est celle-ci : Nietzsche, en tant que mythologue réécrit le mythe de Zarathoustra pour un nouvel âge. Cette réécriture est un essai pour fabriquer ce mythe afin de permettre à Nietzsche d’être une nouvelle divinité, un nouveau sauveur et destructeur de la modernité.

Ainsi par exemple, dans l’épisode de l’enfant au miroir qui s’approche de Zarathoustra, en lui proposant de se regarder dans le miroir, amène Zarathoustra a poussé un cri. La raison est toute simple : Zarathoustra aperçoit dans le miroir, non pas sa propre face, mais la face grimaçante du diable et il entend son rire méprisant. Son enseignement est déformé et diaboliquement mal présenté : l’ivraie veut s’appeler froment. Comme dans un mythe précédent, Kerenyi relève que Dionysos lui-même est dépeint sous les traits d’un enfant, avec ses armes levées en l’air, en extase, se regardant dans un miroir, sur un ciboire confectionné, pas avant le XVè siècle de l’ère chrétienne[21]. La gaieté de la scène est trompeuse, car derrière l’enfant, se cachent deux porteurs de Koukris. L’un est en train de célébrer la danse du couteau ; l’autre, dessinant son couteau, est presque en train de célébrer une liturgie. L’enfant est en train d’être poignardé pendant qu’il regarde dans le miroir[22].

Dans le cauchemar de Zarathoustra, l’enfant est encore une part de Zarathoustra lui-même, symbole de son désir d’engendrer une nouvelle race vigoureuse. Bien que Zarathoustra ne soit pas littéralement poignardé par ceux qui sont supposés le servir pendant qu’il les regarde dans le miroir, la vision démoniaque qu’il affronte, le blesse dans son âme et menace de lui glacer le cœur. Encore que comme l’enfant Dionysos, dont le sacrifice est un prélude à sa renaissance, Zarathosutra se lève, non comme un homme effrayé, cherchant à respirer, mais plutôt comme un prophète et un chantre mû par l’esprit.

Il y a d’autres lieux dont l’affinité est frappante entre les deux mythes de Zarathoustra et de Dionysos. La vision obsédante du devin d’une terre morte et desséchée et de ses habitants qui se plaignent, éveillés et vivant dans des tombes, est la raison de la grève de Zarathoustra, qui, durant trois jours, ne mange, ne boit, ni se repose et parle. Enfin il tombe dans un profond sommeil et fait un autre cauchemar. Il rêve qu’il a commencé une nuit comme veilleur, gardien de tombes d’un château en montagne, lugubre. Ses trois compagnons étaient la clarté de minuit, la solitude tapie en lui et le silence cliquetant de la mort. Trois coups de mauvais augure frappés à la porte, résonnent comme un hurlement à travers la voûte. Comme Zarathoustra luttait en vain pour ouvrir la porte grinçante, un vent perçant et rugissant déchira les battants de la porte et rejeta le cercueil noir devant lui.

Le cercueil explosa, en émettant trois sons fantomatiques entremêlés composés d’un rugissement, d’un sifflement et d’un son aigu, vomissant un millier d’enfants grimaçant, d’anges, de hiboux, d’idiots et de papillons aussi grands que des enfants. Zarathoustra fut effrayé quand il fut jeté à terre. Il fut violemment réveillé par son propre cri, horrifié. « Et en sifflant et en jetant des hurlements stridents, le cercueil se brisa et cracha mille éclats de rire. Et mille visages grotesques d’enfants ricanaient, raillaient et grondaient devant moi. Je fus pris d’une peur affreuse, qui me renversa. Et je criai d’épouvante comme jamais je n’avais crié. Mais mon propre cri me réveilla : – et je revins à moi[23]. »

C’est une virtuelle redite de la vision prophétique originelle de métamorphose de son enseignement, et peut-être interprétée comme une explication de la révélation de l’enfant-Dionysos, comme intégrée dans sa propre mythologie politique. La grimace de l’enfant quand il est poignardé par les porteurs de Koukris, est remplacé par des anges, des chouettes, des fous et des papillons aussi grands que des enfants – Adam tombé en disgrâce, dont les distorsions monstrueuses son amplifiées par des rires parodiques, moqueurs et des bruits affreux, qui annonce sa naissance. Toutes les quatre figures dans ce contexte sont des figures de mort quand elles sont logées dans le cercueil. Les anges sont des êtres mythiques célestes créés à partir de son ressentiment contre le christianisme. Le hibou, l’animal domestique d’Athena symbolise théoriquement la sagesse classique, dont Nietzsche croit qu’elle est inaccessible ou du moins dubitative. Les fous et les papillons, représentants de possibles ruptures prédominantes dans le platonisme, la démocratie et la tradition chrétienne, semblent être de même condamnées dans cette vision. La triple récurrence du nombre trois (trois jours dépourvu de nourriture et de repos, trois compagnons répugnants, trois coups qui sonnent) peut être une allusion à la foi chrétienne, comme les trois jours de ténèbres qui préludent la Résurrection du Messie.

La première section de la troisième partie du Zarathoustra joue encore sur le même modèle. Elle commence avec l’heure la plus solitaire de Zarathoustra, quand il monte à la montagne, laissant derrière lui ses amis. Le cadre dramatique contient encore des éléments chrétiens et non chrétiens : en face de l’heure de la solitude la plus profonde et celle du désespoir du Christ au jardin de Gethsémani,[24]il ya la descente de Dionysos dans les eaux de Lerne, dans l’Hadès, afin de venir en aide à sa mère-sœur- et amante pour qui il paye un lourd tribut, et en retour il établit le phallus comme symbole du culte[25]. Dans une autre version du mythe de Dionysos, Lycurgue attaque les nourrices de Dionysos et s’enfuit ensuite vers la mer (d’où il est sorti) dans les bras de sa grand-mère Thétis[26]. La mer, comme point focal, introduit Dionysos comme le Dieu des transfigurations. Cela est évident dans le mythe qui raconte comment Dionysos, ayant été capturé par les pirates Etrusques, se transforme lui-même en lion, sur le pont avant du bateau et se matérialise en une ours femelle, au milieu des marins repentis et effrayés. Le lion s’empare du chef, et tout le monde, à l’exception du timonier pieux, est transformé en dauphins ; alors Dionysos revient de son état sauvage de lion féroce à un état d’un jeune beau semblable à un enfant[27]. De la même façon, le point central de l’image de la mer dans la continuité de la métamorphose politique de Zarathoustra, est une évidence dans la scène où il monte sur la montagne pour regarder la mer, noire et étendue, et où il réalise que sa descente est nécessaire pour donner naissance au Surhomme, pour qui « c’est du plus bas que le plus haut doit parvenir à sa hauteur[28]. »

La vision de l’éternel retour et la transformation du jeune berger pâle et terrifié en un superman rieur – une section parallèle du mouvement de la deuxième à la troisième phase du cycle de Dionysos-Zeus – prend place immédiatement après celle-ci. Le troisième jour du voyage avec les marins, Zarathoustra parle de la vision énigmatique dont il a été témoin – la vision codée du plus solitaire. Dans cette vision, il grimpe sur la montagne, portant sur ses épaules, l’esprit de pesanteur, qui apparaît comme une chose qui ressemble au nain ou à la taupe, toutes les deux, créatures souterraines de la nuit. L’esprit de pesanteur fait tomber à compte goutte des pensées de plomb dans les oreilles de Zarathoustra. Celui-ci affronte l’entrée qui relie les deux éternités et impose impérativement le silence au nain méprisant, qui lui murmure la doctrine de l’éternel retour. Nietzsche écrit : « Vois…continuai-je, cet instant ! De ce portique de l’instant, une longue rue retourne en arrière : derrière nous il y a une éternité. De toutes les choses, celle qui sait courir ne doit-elle pas déjà avoir parcouru cette rue ? de toutes choses, celle qui peut arriver ne doit-elle pas être arrivée, accomplie, passée une fois déjà ? Et si tout a déjà été ; que penses-tu, nain, de cet instant ? ce portique lui-même ne doit-il pas déjà avoir été ? Et de la sorte, toutes les choses ne sont-elles pas si solidement nouées que cet instant entraîne toutes les choses à venir ? Par conséquent aussi lui-même[29] ? »

Cette scène se termine, quand le hurlement d’un chien se transforme en un piteux gémissement. Zarathoustra se retrouve lui-même, au-dessus d’une falaise percée et éclairée la clarté de la lune la plus morne. Ayant des haut-le-cœur et des spasmes, le jeune berger titube, quand le chien, crie au secours avec frénésie. De la bouche du berger pendille la queue d’un serpent noir, pesant, qui est entré furtivement dans la gorge du jeune homme pendant qu’il était en train de dormir, et qu’il était incapable d’entreprendre quelque chose. Se durcissant, le jeune homme mord la tête du serpent et le recrache loin de lui, puis apparaît radieux, riant d’un rire divin qui remplit Zarathoustra d’un désir immense.

Le serpent traître, une version malade de l’animal favori de Zarathoustra, peut représenter la doctrine de l’éternel retour, dont le jeune berger a été furtivement imprégnée. Que la doctrine de l’eternel retour soit potentiellement fatale, une nausée et une horreur véritable est une évidence pour Zarathoustra et le berger. Que cette doctrine doive être rejetée, non seulement par Zarathoustra-Nietzsche et par le berger, le représentant de la venue du Surhomme, mais aussi par les lecteurs de Nietzsche est aussi une certitude pour Zarathoustra aussi ; car nous voyons les efforts frénétiques du berger pour déloger le serpent. Encore que, d’une ultime façon, la naissance du Surhomme soit possible, seulement à travers son immersion dans la doctrine de l’éternel retour, cela est une évidence, dans cette transformation du berger en un mythe de rieur transcendant, seulement après avoir mordu la tête du serpent. Le motif cyclique de révélation-renaissance de Zeus Dionysos indéniablement répété ici encore une fois, et la vision de l’éternel retour revenant encore, réifie l’inexorable cercle du cycle de Zeus Dionysos. Mais c’est le jeune berger et non Zarathoustra qui est transformé à travers le vomissement de la tête mordue du serpent. Le prophète de la doctrine de l’éternel retour ne peut être lui-même qu’une terre promise, il est en gestation avec le vide du tiraillement du désir[30].

Les animaux ainsi présentés dans la réécriture mythique de Nietzsche, sont présentés sous des traits ou sous des aspects d’une figure mythique de Nietzsche, tels que le serpent de Zarathoustra, représentant sa « sagesse », et son aigle représentant sa « fierté ». Bien que les mythes originaux fourmillent d’animaux associés à une variété de divinités mythiques, il semble qu’un traitement de moindre envergure soit accordé aux animaux. A l’exception de l’aigle et du serpent de Zarathoustra, une place spéciale est faite à l’âne et symboliquement à la Vache bigarrée. L’âme que le plus laid des hommes vénère dans Zarathoustra IV, fonctionne comme la réincarnation du « vieux Dieu ». Encore que l’âne soit un animal formellement utilisé dans le culte de Dionysos à cause de sa conduite sexuelle discriminatoire, ce qui est un propos de la célébration de la fécondité et de la prodigalité sexuelle du festival dionysien Comme une fusion du « vieux » Dieu chrétien et du « plus vieux » Dieu dionysien, l’âne semble être une figure burlesque d’un essai de Zarathoustra pour faire naître le surhomme – une tentative affectée par la tentation toujours présente de réveiller le « vieux » Dieu, qui est tué essentiellement par le plus vieux Dieu dionysien qui prend sa place. Ainsi les tentatives de Zarathoustra pour ressusciter Dionysos, sont souvent déjouées par les renaissances successives du Dieu du christianisme. La vache, l’animal ruminant qui, de façon répétitive, régurgite sa nourriture, symbolise probablement le christianisme et les traditions démocratiques que Nietzsche que Nietzsche assimile à la société moderne aveugle qui sécrète d’une façon machinale les habitudes routinières.


[1] HEBER-SUFFRIN(Pierre).- Le Zarathoustra de Nietzsche (Paris, PUF 1988), p. 5

[2] HAYMAN(Ronald).- Nietzsche, (Paris, Seuil, 2000), p. 15

[3] République 379 a

[4] Ibidem 377 b

[5] Ibidem 377 c ; 379 a

[6] Ibidem 377 d

[7] PICART(Caroline Joan S.).- Resentment and the ‘‘ Femine’’ in Nietzsche’s Politico-Aesthetics (Pennsylvania State University 1999), p. 83 (C’est nous qui traduisons)

[8] Ibidem, pp. 83-84

[9] Ibidem, p. 84

[10] Ibidem, p. 84

[11] DARAKI(Maria).- Dionysos et la déesse terre (Paris, Flammarion 1994), p. 19

[12] Ibidem, p. 21

[13] KEULS(Eva C.).- The Reign of the Phallus : Sexual Politics in Ancient Athens. (Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1985), cité par PICART.- O. c., 84, note 7

[14] PINSENT(John).- Greek Mythology (Yugoslavia, Newnes Books, 1983), p. 50, cité par PICART.- O.c., p. 84 note 8.

[15] STASSINNOPOULOS(S.) and BENY(R.).- The Gods of Greece (New York, Harry N. Abrams, 1983), p. 107, cité par PICART.- O.c., p. 84, note 9

[16] DARAKI(Maria).- O.c., p. 132

[17] Ibidem, p. 132

[18] KERENYI (Carl).- Dionysos : Archetypal Image of Indestructible Life, trans. R. Manheim, Bolligen Series 65, 2, (Princeton : Princeton University Press, 1976), p. 119, cité par PICART.- O.c., p. 85

[19] DARAKI.- O.c., p. 93

[20] NIETZSCHE(Friedrich).- Ainsi parlait Zarathoustra, pp. 9-10

[21] KERENYI(Carl).- O.c., 265, cité par PICART.- O.c., p. 86

[22] Ibidem, p. 86

[23] NIETZSCHE(Friedrich).- Ainsi parlait Zarathoustra, II, le devin, p. 127

[24] Mt 26,36-46 ; Mc14,32-42 ; Lc 22,40-46

[25] KERENYI.- O.c  p. 181; cité par PICART.- O.c., p. 88

[26] PISENT.- O.c., p. 52, cité par PICART.- O.c., p. 88

[27] PINSENT.- O.c., p. 54, cité par PICART.- O.c., p. 88

[28] NIETZSCHE(Friedrich).- Ainsi parlait Zarathoustra, III, le voyageur, p. 145.

[29] NIETZSCHE(Freidrich).- Ainsi parlait Zarathoustra III, De la vision et de l’énigme, p. 149

[30] Encore un parallèle dans le modèle de prophétie du christianisme dans le mythe de Moïse qui conduit le peuple juif de l’esclavage d’Egypte, et qui n’entre pas lui-même dans la terre promise. (Dt 32, 52)

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