Qu’est-ce que la paix?

 

QU’EST-CE QUE LA PAIX ?

Dr AKE Patrice, Assistant au Département de Philosophie de l’Université de Cocody et Enseignant à l’UCAO-UUA

I – CHAPITRE PREMIER : SENS ÉTYMOLOGIQUE, SENS MYTHOLOGIQUE ET SENS SYMBOLIQUE.

D’après le Dictionnaire étymologique, d’Albert DAUZAT, le mot paix s’écrivait à l’origine pais et a été introduit dans la langue française au XIIè siècle dans la chanson de Roland. Le mot paix s’est écrit avec x, d’après le latin et à l’accusatif est devenu pacem. Le nouveau dictionnaire latin-français, pax veut dire paix et a  des multiples usages comme, faire la paix avec quelqu’un, avoir la paix, conclure la paix, cimenter la paix, maintenir la paix, vivre en paix. Aussi la paix va de la paix entre les citoyens, à la paix de l’âme. On parle des heureux fruits de la paix et de la prospérité. La paix peut signifier aussi permission dans le sens où on ne veut pas offenser une majesté. Par exemple l’expression française <<n’en déplaise à…>>. La paix veut dire bienveillance, faveur, appui, assistance et secours des dieux, en ce sens la paix est sacrée. Elle peut aussi être utilisée comme une interjection. Par exemple, paix ! : silence ! assez ! Enfin la paix est personnifiée, elle devient la déesse de la paix.

L’abrégé du Dictionnaire Grec-Français de M.A. BAILLY nous fait apercevoir que la paix (eirhnh) pourrait dériver de (eirhn), le jeune homme qui peut parler dans les assemblées, à Sparte, c’est-à-dire, âgé de vingt ans au moins. Hérodote parle, quant à lui, des prérogatives(ta eirhnaia) des rois lacédémoniens en temps de paix. D’ailleurs vivre en paix (eirhneuw), n’est-ce pas pacifier, apaiser ? La définition grecque insiste particulièrement sur le sens moral : la paix comme calme de l’âme et de l’esprit. Nous retrouvons ce sens chez Xénophane.  Enfin, Eirhnh est la déesse de la paix. Il y a lieu de préciser cette définition avec Chantraine. Eirhnh est un mot féminin qu’on retrouve selon Homère dans la langue ionienne et attique. Il dérive de irana, mot qu’on retrouve dans la langue dorienne, béotienne, arc

La paix, d’après P. Commelin, dans mythologie grecque et romaine,  serait la fille d’un viol de sa mère Thémis, fille du ciel et de la terre par Jupiter, son père. La fable dit qu’elle voulait garder sa virginité, mais Jupiter la força de l’épouser. En outre la paix fait partie des Heures, mot par lequel les Grecs, primitivement désignaient, non pas les divisions du jour, mais celles de l’année. Homère nomme la paix, la portière du ciel et lui confie, ainsi qu’à ses deux autres sœurs le soin d’ouvrir et de fermer les portes éternelles de l’olympe. La paix, fille de Jupiter et de Thémis, eut un temple et des statues chez les Athéniens. Mais elle fut encore plus honorée chez les Romains qui lui consacrèrent dans la Voie Sacrée le plus grand et le plus magnifique temple qui fût dans Rome. Ce temple, commencé par Agrippine, fut achevé par Vespasien. Il renfermait les riches dépouilles que cet empereur et son fils avaient enlevées au temple de Jérusalem. On représente la déesse Paix sous les traits d’une femme à la physionomie douce et bienveillante, portant d’une main une corne d’abondance, de l’autre une branche d’olivier. Quelquefois elle tient un caducée, un flambeau renversé et des épis de blé.

On lui faisait des sacrifices sans effusion de sang. Aristophane donne à la Paix pour compagnes, Vénus et les Grâces. Dans la Paix, Aristophane se montre désespéré par ses contemporains qui ne pensent apparemment qu’à se détruire les uns les autres, à tel point que les dieux eux-mêmes, découragés, quittent l’Olympe, tandis que seuls les fabricants d’armes se réjouissent tant que dure la guerre. Cependant la pièce est remplie d’espoir pour l’avenir, car elle fut écrite au moment où Athènes et Sparte négociaient un traité de paix. On confond la paix avec la concorde. La concorde est invoquée pour l’union des familles, des citoyens, des époux. Ses statues la représentent couronnée de guirlandes, tenant d’une main deux cornes d’abondance entrelacées, et de l’autre un faisceau de verges, ou une grenade, symbole d’union. Parfois on lui donne un caducée, quand on veut exprimer qu’elle est le fruit d’une négociation. Chez les Romains, elle avait plusieurs temples. Dans le plus grand, celui du Capitole, le Sénat tenait souvent des assemblées.

II – LES DÉFINITIONS PHILOSOPHIQUES DE LA PAIX
II-1. LES PREMIERES APPROCHES DEFINITIONNELLES.

Mathias Mettner nous donne la conception catholique du mot « paix.»[1] Le contenu et la signification du mot « paix » (hébreu shalom, grec eirènè) qui désigne globalement la disposition salvatrice de Dieu, sont essentiellement circonscrits par les termes « justice », « vérité », « loi », « vie », « tranquillité », « bien-être social » et « santé ». Seul le rattachement du mot à cette terminologie établit que la paix n’est pas (ou très rarement) négativement définie comme le contraire de la guerre, ou comme l’absence de violence, de haine, de querelle, d’injustice, de peur et de terreur, mais plutôt de façon positive comme l’intégralité, le bien-être, le salut, la vie au sens large, c’est-à-dire la vie non seulement temporelle mais aussi éternelle, et comprenant le rapport avec Dieu comme avec les hommes, l’âme et le corps, l’individu et la communauté ainsi que les divers peuples. L’emploi du mot « paix » comme formule de salutation ou de bénédiction (par exemple, comme expression cultuelle) s’explique par cette multitude de significations.

Bien que la paix désigne un état positif dans les relations humaines, les philosophes n’ont pu donner jusqu’à présent une définition positive, conceptuellement aussi rigoureuse que possible. La philosophie du Moyen-âge par exemple estime que la conservation et le rétablissement de la paix terrestre (pax temporalis) constituent un but capital des communautés politiques. Le critère essentiel de distinction entre la fausse et la vraie paix (vera pax, mala ou falsa pax) à l’intérieur d’une communauté, est le rapport entre la pax et la iustitia (justice, droit) ; la pax iusta comme contenu concret du bonum commune est la condition sine qua non de la securitas (sécurité), de la tranquilitas (tranquillité) et de l’unitas (unité). Mais l’ordre juste de la paix présuppose le fonctionnement d’une juridiction forte, dont le rôle est d’établir, en cas de litige, ce qui est juste, et qui doit aussi posséder les moyens d’exécuter ses jugements. Or, il n’existe pas de juridiction munie d’un pouvoir de sanction dans le domaine des relations internationales. C’est la raison pour laquelle la philosophie du Moyen-âge concentre ses efforts sur l’élaboration d’une théorie de la <<guerre juste>>, dont le but est le rétablissement de l’ordre juste de la paix, et qui définit les éléments théoriques guidant les souverains en vue d’une politique sociale responsable (morale des Miroirs des princes). La doctrine médiévale sur la guerre juste a trouvé son expression classique dans la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin. Ce dernier prend pour base la systématisation canonique des considérations augustiniennes sur la <<guerre juste>> par le Décret de Gratien, et il traite de la guerre dans le cadre de ses réflexions sur la vertu théologique de l’amour et sur l’action morale[2].

Un peu plus tard, Marsile de Padoue, dans son apologie de la paix politique, blâme les prétentions politiques de l’Église comme étant la cause principale de la violence à son époque. Dans ce pamphlet, Defensor pacis, le plus radical qui ait été écrit contre la papauté du Moyen-âge, l’auteur projette l’image d’une Eglise pauvre, dépourvue de pouvoir politique, et organisée selon le modèle démocratique. L’idée de base est la souveraineté absolue de l’État dans les domaines de la législation, de la juridiction, de l’administration, et de l’élection du gouvernement (summa potestas iuridictionis). La paix terrestre, qui ne signifie rien d’autre que le bon fonctionnement des relations sociales et économiques, est assurée par le droit humain et par la stabilité et l’équilibre des pouvoirs politiques seuls.

Lorsque nous quittons le Moyen-âge pour l’époque moderne, nous trouvons Spinoza et Hobbes qui formulent un principe de consolidation de la paix à partir d’une critique de la religion. En effet, comme c’était précisément la lutte armée pour la justice et la vérité qui, lors des guerres civiles confessionnelles, mettait en cause la paix, et que les Eglises étaient donc responsables de guerres, il fallait destituer la religion judéo-chrétienne de sa prétention publique à la vérité et de son ambition d’exercer un pouvoir séculier. La concentration de l’intérêt, au XVIIè siècle, sur la seule question de savoir comment assurer la paix avec efficacité (pax effectiva), entraîne une transformation dans l’histoire des concepts, à savoir la séparation entre paix et justice (matérielle) ou vérité. Selon Hobbes,  dans le Léviathan, seul l’État puissant, le dieu mortel, à qui nous devons toute paix et toute sécurité, a les moyens de garantir ou d’obtenir par son autorité la paix civile et la tranquillité et la sécurité publiques pour les bourgeois (condition indispensable pour le développement des structures nationales de production et de commerce).

Les études proprement sociologiques consacrées à la paix sont en nombre extrêmement réduit. Est-ce parce que la paix est indiscutablement, la forme d’existence normale des sociétés. Les travaux sur la vie sociale en générale, sur les institutions, les coutumes, les mœurs portent inévitablement sur ce qui se passe en temps de paix, sans que l’on éprouve le besoin de le spécifier. Le Vocabulaire technique et critique de la philosophie d’André Lalande, ne contient pas d’article sur le mot paix. C’est le Dictionnaire des notions philosophiques   qui a pu nous fournir quelques éléments, grâce à l’excellent article de J. Freund[3]. Le Larousse Universel, quant à lui, nous définit la paix comme :<<l’état d’un pays qui n’est point en guerre ; ou encore, comme le traité qui maintient ou ramène cet état.>> La paix est encore :<<La concorde, les rapports amicaux ou exempts de trouble entre des personnes associées ou qui ont entre elles des relations.>> La paix est finalement, le silence, le calme physique, la réconciliation, ou le repos. Elle est aussi la tranquillité de l’âme. Elle est encore le repos qui suit la mort.

II- 2 LA DÉFINITION DE LA PAIX, PAR SA DIFFÉRENCE

Si nous voulons donner la définition de la paix, nous pencherons d’abord vers sa différence, et nous la définirons négativement comme l’état social caractérisé par l’absence de guerre[4]. Le mot paix désigne l’acte qui met fin aux hostilités, comme par exemple dans l’expression <<paix de Tilsit>>. C’est en ce sens que Raymond Aron va définir la paix quand il écrit :<<On dit que la paix règne quand le commerce entre les nations ne comporte pas les formes militaires de la lutte[5].>> La paix par le désarmement est du même type. Chercher une chose identique à la paix ou bien définir la paix positivement, c’est se heurter à plusieurs difficultés. C’est ainsi que, selon saint Augustin, la véritable paix ne consiste pas seulement dans l’absence de lutte armée, mais dans l’ordre pacifique (tranquillitas ordinis).

Face à la conquête et à la dévastation de Rome, la cité impérialiste, par les Goths de l’Ouest en 410, saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, écrit une théologie de la paix, essentiellement eschatologique et déterminée par la théologie de la grâce de St Paul. Argumentant contre la doctrine politique qui voyait le salut dans la Rome éternelle, et contre l’idéologie chrétienne du Royaume, qui voyait une continuité sans faille entre la politique de paix menée par l’empereur romain(pax romana) et la propagation du Règne du Christ par l’Église triomphante, saint Augustin fonde la théorie d’une Règne eschatologique du Dieu créateur et rédempteur (la Trinité) et distingue, dans la réalité historique même, entre les règnes de deux associations de pouvoir : la cité de Dieu et la cité terrestre. Alors que les hommes (individus et communautés) de la cité de Dieu vivent dans la foi, en se sachant soutenus par l’amour divin, les hommes de la cité terrestre s’aiment eux-mêmes, et donc le terrestre ; ils utilisent le monde afin d’établir leur règne, et sont incapables de jouir de la paix éternelle de Dieu.

 Inversement, absence de guerre ne signifie pas nécessairement absence de conflit. La première difficulté pour définir positivement la paix vient de ce que la paix n’exclut pas les rivalités, les luttes et les conflits, sauf que ceux-ci se développent sans le recours aux armes. La seconde, que parmi d’autres, Alain a clairement exprimée, tient à l’ambiguïté des personnes concernées :<<Il ne faut pas croire que les méchants font la guerre, pendant que les bons la regardent avec horreur. Ce sont les mêmes hommes qui font la guerre et qui aiment la paix[6].>> La troisième est que le principe de la paix, comme dit Raymond Aron, <<n’est pas différent de celui des guerres : les paix sont fondées sur la puissance, sur un rapport de forces[7].>>. Le dernier réside en ce que la paix est à faire avec l’ennemi comme la guerre, étant donné que l’amitié est déjà par elle-même un état de paix. Outre ces distinctions inhérentes aux définitions, on peut essayer de classer les différentes sortes de paix. Raymond Aron[8] propose une typologie ternaire fondée sur les répartitions de la puissance, c’est-à-dire sur le rapport entre les capacités qu’ont les unités politiques d’agir les unes sur les autres.

II – 3. LA TYPOLOGIE DE LA PAIX

Selon Raymond Aron, la paix nous est apparue, jusqu’à présent comme la suspension, plus ou moins durable, des modalités violentes de la rivalités entre unités politiques[9].

De ce point de vue, il s’établit une paix d’équilibre dans laquelle les puissances se font contrepoids, ou une paix d’hégémonie dans laquelle les nations sont dominées par l’une d’entre elle, ou encore une paix d’empire dans laquelle un État impériale confisque l’autonomie des nations qui lui sont soumises. Cependant, ajoute R. Aron, la paix ne se réduit pas toujours à un rapport de puissance, de sorte qu’aux trois types énumérés il faudrait ajouter la paix d’impuissance qui résulte de la terreur ou de l’intimidation réciproques, comme c’est le cas peut-être avec la menace de représailles atomiques, et la paix de satisfaction, qui constitue une sorte d’idéal dans lequel l’absence de guerre proviendrait simplement de l’absence de revendications.

 En général, les auteurs énumèrent les divers facteurs qui permettent de contribuer à l’établissement d’une paix durable (commerce, arbitrage juridique, contrôle des armements). Cela explique le nombre d’essais consacrés à élaborer des plans de paix, les plus connus, et dont les autres s’inspireront, étant celui de l’abbé de Saint Pierre, Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe (1713) et celui de Kant, Projet de paix perpétuelle (1795).

Dans cet écrit de 1795, Kant construit un résumé critique du contenu essentiel, de la signification et des différentes formes du concept de paix développées par l’Aufklärung bourgeoise, dans cet écrit de 1795. Si la théologie du Moyen âge avait nié, de manière apodictique, la possibilité d’une paix éternelle sur terre, Kant décrit la paix comme un impératif absolu de la raison (un devoir), comme un état légal, postulé par la raison, et il considère l’esprit de commerce comme la force réelle instaurant le plus fortement la paix éternelle, puisque la paix correspond aux intérêts de tous les citoyens. Sa confiance en la puissance pacificatrice de la concurrence économique rend compte du rapprochement entre la théorie économique et l’idée de la paix dans l’Aufklärung bourgeoise, qui se ramène à la croyance en une harmonie des intérêts entre les hommes et les peuples (d’abord interprétée en un sens économique, mais aussi, de plus en plus fréquemment, en un sens moral ; la coïncidence entre l’utilité et la morale). L’esprit de l’industrie et du commerce se répandant dans l’Etat, et la liberté du commerce et du trafic internationaux (contre la politique mercantiliste des Etats absolus) étaient, aux yeux de la bourgeoisie européenne à l’époque de la Révolution française, la garantie la plus sûre de la réalisation de la paix perpétuelle. La paix, la morale, et le progrès de la technique, de la science, et de l’économie sont tenus pour inséparables.

Tout comme les analyses philosophiques de la guerre, les analyses de la paix sont relativement récentes et datent de la fin des guerres de religion. De nos jours, surtout depuis la fin de la dernière guerre mondiale, de multiples instituts spécialisés dans l’étude de la paix ont surgi dans de nombreux pays sous le vocable de Peace Research.

II- 4 PAIX PRIVEE ET PAIX PUBLIQUE

La paix privée consiste en un état de calme et de sérénité, que ne vient troubler aucune passion ni intérêt. La sagesse philosophique antique, principalement stoïcienne, l ‘appelait ataraxie. La paix évangélique est de nature analogue, à condition de la considérer dans son contexte. L’ennemi du précepte <<Aimer vos ennemis>> est l’ennemi personnel, le prochain que l’on hait et non l’ennemi public ou hostis de la guerre, ainsi que le précise cette autre parole :<<Faites du bien à ceux qui vous haïssent>>[10]. Dans un sens dérivé, on a étendu cette idée de paix à tout état de tranquillité et de calme comme dans les expressions <<paix de la mort>>, <<paix du cimetière>>, <<paix des bois>>, <<paix de la campagne>>, <<paix nocturne>>, etc… La paix publique consiste en l’état de concorde ou d’harmonie qui règne entre les citoyens d’une même unité politique (paix intérieure) ou bien en l’état de non-belligérance entre les Etats (paix extérieure). La paix intérieure repose sur le sentiment d’une collectivité de former une communauté, en vertu duquel les citoyens acceptent l’obéissance civile et la répression de la violence qu’un individu exerce contre les autres. Cette paix est régie par les coutumes ou des lois qui, comme telles, sont particulières à chaque communauté. Aristote précisait déjà dans l’Éthique à Nicomaque[11] que la concorde intérieure n’exige pas l’unanimité des opinions, mais un accord sur <<des fins pratiques d’importance>> comme l’organisation des pouvoirs et l’intérêt général de la collectivité. C’est le problème de la paix extérieure qui alimente les débats de la philosophie politique. Il y a convergence des opinions pour reconnaître le principe de l’impératif de la sécurité, mais elles divergent sur la meilleure manière de l’assurer. Cette discordance dépend d’une autre : la paix entre les Etats est-il de nature politique ou non ? Ce débat est moderne :<<La politique internationale a été, toujours par tous, reconnue pour ce qu’elle est, politique de puissance, sauf à notre époque[12]>> Il était admis que les États vivaient entre eux dans l’état de nature. L’optique a changé avec l’apparition du pacifisme (y compris le terme) à la fin du XIXè siècle.

II- 5 LA PAIX INTERNATIONALE

L’absence de définitions positives de la paix a sa source dans l’aporie que constitue la difficulté de penser la paix indépendamment de la guerre. <<La guerre et la paix, que le vulgaire se figure comme deux états de choses qui s’excluent, sont les conditions alternatives de la vie des peuples. Elles s’appellent l’une l’autre, se définissent réciproquement, se complètent et se soutiennent, comme les termes inverses, mais adéquats et inséparables, d’une antinomie. La paix démontre et confirme la guerre ; la guerre démontre et confirme la paix ; la guerre à son tour est une revendication de la paix[13].>> La plupart des spécialistes contemporains aboutissent à une conclusion analogue :<<Guerre et paix sont étroitement emmêlés. Elles sont comme l’envers et l’endroit d’un même tissu[14]>>. L’innovation pacifiste consiste à penser la paix en soi, non seulement indépendamment de la guerre, mais souvent aussi de son support politique. Jusqu’à nos jours on admettait que la paix reposait sur un rapport de forces, consigné dans des traités de paix. Cela n’était possible qu’à la condition de reconnaître le droit à l’existence de la collectivité ennemie, sinon la guerre devenait exterminatrice. Divers politologues contemporains se sont interrogés sur la signification de la capitulation sans conditions, puisqu’elle n’a pas conduit à un traité de paix. Tous ces éléments font que la politique actuelle achoppe sur le conflit entre deux manières d’envisager la paix : la conception classique fondée sur un traité de paix et la conception pacifiste sans traité de paix. La conception classique reconnaît l’alternance historique des états de paix et des états de guerre. Le traité est le moyen juridique de maintenir la paix dans le silence des armes, compte tenu de la stabilité fondée sur le rapport politique des forces. Le maintien de la paix repose sur la dissuasion, qui est soit exercée par une hégémonie (pax romana), soit bâtie sur un équilibre de forces. La conception pacifiste, dont il existe plusieurs versions, depuis la non-violence absolue jusqu’au désarmement progressif, n’exclut pas toujours les traités de paix, mais privilégie les actions ponctuelles et informelles à propos d’événements occurrents, en se réclamant en général d’un modèle de la paix plus ou moins explicité. La divergence entre ces deux conceptions est à la fois philosophique et méthodologique : faut-il donner la priorité au phénomène de guerre, au sens où Proudhon disait :<<la connaissance de la paix est tout entière dans l’étude de la guerre [15]?>> ou au contraire faut-il élaborer d’abord un archétype de la paix au nom duquel on combattra la guerre ? La réponse à ce dilemme dépend d’une autre question : les conflits ne naissent-ils pas entre des ennemis qui ont une conception différente de la paix à instaurer ? L’opposition entre guerre et paix apparaît ainsi comme l’un des antagonismes fondamentaux des sociétés.

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Une Réponse to “Qu’est-ce que la paix?”

  1. Frère Futher Op Says:

    Cher Maître, le respet d’un penseur n’est rendu que par la pensée ! cela exige, de marcher pas à pas, étape par étape avec-le-Maître non seulement pour apprendre à marcher, mais et surtout, dire merci !

    La paix est un mode d’être !

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